Mon
article La raison d’or, toujours la meilleure ? faisait mention
dans les généralités sur la section d’or de son emploi par Eisenstein, qui a
notamment signalé dans son livre Le film : la forme, son sens
(1938) qu’il avait placé au montage les deux scènes essentielles du Cuirassé
Potemkine aux deux points d’or du film.
Je
n’ai pas jusqu’ici pu consulter ce livre, disponible en français, mais je ne
doute pas qu’une de ces scènes soit la plus connue du film, celle de l’escalier
d’Odessa, l’escalier Richelieu devenu depuis l’escalier Potemkine, tant la
scène est célèbre. Or un article de ce même Teckel, Premiers cahiers
Ouphépopiens, d’Alexis Dantec, mentionne aussi la poussette descendant
l’escalier d’Odessa, ce qui n’a rien d’étonnant en soi puisque c’est
probablement l’image la plus emblématique du cinéma, mais voici
l’extraordinaire :
–
Sans sa couverture cartonnée, un numéro de Teckel compte 96 pages, numérotées
de 1 à 96.
–
Le partage d’or de 96 donne, en nombres entiers, 59 et 37 (ou 37 et 59).
–
La mention de la poussette du Potemkine apparaît au bas de la page 59 de Teckel
1, dans une note (où Dantec envisage de retourner la scène une fois son
descriptif modifié par le procédé oulipien S+7 : « la poussette
descend l’escalier » devient « le poussin descend
l’escalope »).
Ainsi
la scène voulue par Eisenstein à la section d’or de son film est mentionnée à
la section d’or de Teckel, dans ce même numéro où j’évoque cette structure du Cuirassé
Potemkine …
Il
s’agit d’un hasard absolu : je n’avais pas lu l’article d’Alexis Dantec,
lui n’avait pas lu le mien ; ni la personne qui a choisi les articles ni
celle qui les a mis en page n’avait en vue cette rencontre.
J’ai
repéré cette coïncidence peu après avoir pris connaissance du premier numéro de
Teckel dans son intégralité, mais elle a eu un rebondissement plus d’un an plus
tard, lorsqu’un hasard m’a mis entre les mains un numéro du Figaro Magazine,
celui du 16 juillet 05.
En
le feuilletant, je me suis arrêté à un article sur Odessa, signé Sébastien
Lapaque, dont je venais de lire peu avant un curieux polar, Les barricades
mystérieuses, découvert alors que je venais d’acheter deux jours plus tôt
chez un bouquiniste l’œuvre poétique d’Olivier Larronde, contenant son premier
recueil Les barricades mystérieuses, ainsi que Rien voilà l’ordre,
où un vers énonce « mon double enfui des sections d’or ».
L’article
sur Odessa est largement consacré au Cuirassé Potemkine, et m’apprend
que c’est un hasard qui a conduit Eisenstein à Odessa, parce que le mauvais
temps interdisait le tournage prévu à Leningrad. C’est sur place qu’il a
découvert les possibilités de l’escalier Richelieu, construit, pour tromper
l’effet de perspective, en s’élargissant dans sa descente vers la mer. Ainsi
l’escalier mesure 13 mètres de large en haut et 21 en bas, d’où la fantastique
perspective du bas vers le haut, mais je suis d’abord ébahi de ces nombres 13
et 21 qui sont des termes de la suite de Fibonacci, c’est-à-dire les entiers
dont les rapports fournissent les meilleures approximations du nombre d’or.
Je
ne sais si l’architecte qui a conçu cet escalier en 1841 utilisait le système
métrique, mais la mesure utilisée ne change rien aux proportions, et le rapport
13/21 = 0.619 est fort proche de la section d’or 0.618 prônée par Eisenstein,
et il y a donc une réelle relation d’or qui caractérise cet escalier qui
apparaît par ailleurs à la section d’or de son film !
Lapaque
mentionne les nombres 13 et 21, or j’avais donné dans Teckel, en exemple de
création utilisant le nombre d’or, mon poème Sator aux quatre vents,
formé de carrés de lettres se lisant dans plusieurs sens, basé sur la suite de
Fibonacci et s’achevant par des carrés de 13x13 et 21x21 lettres.
Sébastien
Lapaque…
C’est
dans Bach ou la Passion selon Jean-Sébastien, le livre du luthiste Guy
Marchand cité dans mon article, que j’ai appris les goûts numérologiques d’Eisenstein.
La
Passion et la Pâque sont étroitement liés.
Jean-Sébastien
Bach est couramment nommé Sébastien Bach.
Ce
livre sur le nombre d’or chez Bach est paru dans la collection Univers
musical chez L’Harmattan. J’ai aussitôt remarqué les initiales UM de cette
collection, correspondant aux lettres de rang 21 et 13 dans l’alphabet.
Enfin
Sébastien Lapaque semble faire le lien idéal entre mon étude de Teckel 1, sur
le nombre d’or chez Bach et Perec, et celle de Teckel 2 sur les coïncidences
pascales.
Tel
était le sous-titre original de mon étude Le mauvais jour d’Alfred, dont
la première version a été auto-éditée le 30 novembre 97, et dont la version
pour Teckel 2 a été entièrement réécrite. Ce sous-titre était une allusion aux
quatre évangélistes, bien sûr, et n’avait plus de raison d’être pour cette
version limitée d’où Ellery Queen était absent. Il va de soi que ce sous-titre
n’était pas inspiré par le livre de Marchand, tiré de sa thèse soutenue en
2000, dont le titre était Bach et le nombre d’or, sous-titrée La
Passion selon Jean-Sébastien.
Le
sommaire de ce Teckel 2 se signalait par une nouvelle rubrique, finale : Bonus.
L’éditeur y indiquait que, malgré la vocation de la revue à ne publier que des
folies littéraires, il s’était laissé séduire par un hasard propice : au
moment de la création de la revue, un
jeune auteur, Yves Jahan, avait soumis à un concours une nouvelle noire, dans
laquelle il mettait en scène un détective nommé Teckel…
Si
cette nouvelle occupant les 7 dernières des 96 pages de la revue a un statut
spécial, alors seules les 89 premières pages sont réellement caractéristiques
de sa vocation, non ?
Or
mon article occupe les pages 35 à 55, ce qui non seulement le situe à l’exact
milieu de ces 89 pages, mais dessine le double partage doré idéal du 11e
terme de Fibonacci 89, en 34-55 ou 55-34, correspondant exactement au découpage
du Cuirassé Potemkine :
–
34 pages des premiers articles, numérotées de 1 à 34 ;
–
21 pages du Mauvais jour d’Alfred ;
–
34 pages des derniers articles, numérotées de 56 à 89.
–
on vérifiera que 21/34 comme 34/55 et 55/89 sont d’excellentes approximations
de la section d’or 0,618…, car tous ces nombres sont des termes de la suite de
Fibonacci.
Cette
remarquable harmonie m’a porté à prêter attention à la pagination du premier
Teckel, pour y redécouvrir que mes deux articles y occupaient respectivement 5
et 8 pages (page 31 et page 71), encore des nombres de Fibonacci, peu
significatifs à eux seuls car il s’agit de petits nombres, mais la
considération de l’ensemble devient hallucinante, faisant apparaître tous les
nombres de Fibonacci de 5 à 89 (5-8-13-21-34-55-89). De plus, mes contributions
pour ces deux numéros se répartissent en 13 et 21 pages, les nombres mêmes de
l’escalier Potemkine ! lequel compte aujourd’hui 192 marches, soit le
nombre de pages de ces deux Teckels !! Les 8 marches du bas des 200
marches originelles en ont été supprimées lors de travaux postérieurs au film
(qui pourraient être homologuées aux 8 pages des couvertures des Teckels, mais
je pense aussi au Voyage d’hiver de Perec, qui compte 8 pages écrites et
192 pages blanches…)
Je n’avais aucune idée de la mise en page de
Teckel lorsque j’ai proposé à JiBé Pouy
mes contributions pour le numéro 1. Il m’avait accordé 30 pages pour le
numéro 2, et j’avais calibré en fonction du Teckel 1 mes contributions à 24
pages pour l’article de fond et 4 pages pour le Complètement
Sonè complémentaire, mais il n’y a finalement pas eu de place pour ce
poème, aussitôt accepté par la prestigieuse revue Formules, et la mise en page
a été modifiée, réduisant Le mauvais jour d’Alfred à 21 pages.
Alors
que Teckel 4 est encore en chantier, je songe que Pouy m’y avait accordé 10
pages, mais, malgré mon désir de respecter cette requête, ce que j’ai livré
excède de quelques centaines de mots le nombre que j’avais calculé correspondre
à 10 pages, ainsi la simple logique arithmétique fait que Déjà midi et
toujours pas de nègres ! devrait occuper 11 pages de Teckel 4.
Si
c’est bien le cas, compte tenu des 10 pages de mon CACA PIPI du Teckel
3, mes contributions se répartiront en
–
34 pages pour les Teckels 2-1
–
21 pages pour les Teckels 3-4
J’admets
qu’il est un peu léger d’écrire 2-1 plutôt que 1-2, mais c’était tentant.
Rémi Schulz, le 10/10/05
1er
PS : A ce jour (22 avril 06) Teckel 4 n’est pas encore paru, et cette
dernière harmonie est donc toujours conjecturale.
En
revanche d’autres découvertes sont venues magnifier certaines des autres
coïncidences, ainsi le livre sur le nombre d’or chez Bach mentionné plus haut
offre d’autres bizarreries dorées étudiées sur cette page.
Par
ailleurs les responsables de Teckel, l’éditeur Kerversau et le collationneur
Pouy, ont à leur commun actif une autre entreprise animalière, les éditions
Baleine dont l’essentiel de la production fut la collection de poche dans
laquelle furent publiés les Poulpes. Il est hallucinant que, sans calcul des
responsables, la proportion de Poulpes dans cette collection a flirté
constamment avec la section d’or.
Parmi
les multiples rencontres
exactes, il y a le numéro 186, qui est le 115e Poulpe, avec 115
section d’or optimale de 186. Il s’agit du seul numéro auquel j’ai participé
(avec une modeste contribution de 2 pages).
Curiosité
supplémentaire, la première harmonie d’or constatée pour le livre de GUY
MARCHAND dans la collection UNIVERS MUSICAL était sur ces mêmes nombres 115 et
186 (ce sont les valeurs numériques de ces expressions).
2e
PS : A ce jour (17 juin 07) Teckel 4 toujours pas paru est cependant
annoncé prochainement, et j’ai pu vérifier sur les épreuves que mon texte y
occupera en principe les 11 pages prévues (22 à 32).
Cette
confirmation arrive au moment où j’ai enfin pu voir Le cuirassé Potemkine,
ce dont je rends compte sur mon
blog. Les constructions dorées d’Eisenstein y semblent plutôt laxistes,
mais il apparaît pour la séquence L’escalier d’Odessa une harmonie si
idéale que je doute de son intentionnalité : cette séquence est très
exactement répartie en deux sections bien délimitées de 260 et 420 secondes,
soit 13 et 21 fois 20. 13 et 21 correspondent aux largeurs de l’escalier en
haut et en bas, et ses marches sont réparties en 10 volées de 20 marches
chacune, séparées par de larges paliers.