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A propos de l’essentiel

 

 

On aura constaté que mon Mauvais jour d’Alfred ne comporte guère d’interprétation des faits énoncés et encore moins de conclusion. Ce n’est pas un oubli, et il me semble en l’état des choses impossible de déduire quoi que ce soit de définitif de ces faits.

Mieux, je n’imagine pas que quiconque puisse jamais en fournir d’explication satisfaisante, et ce n’est pas faute d’avoir étudié de multiples théories tentant de rendre compte du phénomène.

La difficulté vient de ce que l’approche scientifique ne se fie en principe qu’à des faits objectifs, alors que ce phénomène ne peut se limiter à ces faits objectifs : faire abstraction du « reste » serait malhonnête, mais on ne peut non plus espérer convaincre en se basant sur des fantaisies impossibles à prouver.

Si cette version du Mauvais jour d’Alfred se limite aux faits objectifs, dûment présents dans des œuvres populaires imprimées à millions d’exemplaire, j’ai eu droit à ma part de fantaisie dont je ne donnerai qu’un exemple survenu dès l’ouverture du dossier.

 

C’est en avril 97 que j’ai lu Le parfum de la dame en noir. Sachant déjà que la date du 14 avril 1895, leitmotiv du Triangle d’or, correspondait au dimanche de Pâques, j’ai aussitôt vu que la Parfum se déroulait pendant la semaine pascale de 1895, et j’ai passé plusieurs jours à éplucher fébrilement les deux romans sous toutes les coutures pour y dénicher toutes les possibilités d’allusions pascales.

Puis c’en a été trop, et j’ai eu envie d’oublier la question pour un temps en lisant un petit polar pour le seul plaisir. J’avais acheté peu avant un Ellery Queen réédité en mars 97, Et le huitième jour…,  et c’est sur lui que mon choix s’est porté…

…pour découvrir avec ahurissement que les huit jours de l’action du roman, du 2 au 9 avril 1944, correspondaient à la semaine pascale, et qu’il constituait une évidente parodie pascale avec de multiples éléments parfaitement reconnaissables :

– condamnation et mise à mort le vendredi saint du chef d’une secte religieuse, qu’il dirige entouré de 12 conseillers ;

– dans cette condamnation interviennent le reniement de son successeur et la trahison d’un des Douze, Storicaï (anagramme d’Iscariot), pour 30 dollars d’argent ;

– réapparition miraculeuse du chef le dimanche de Pâques…

 

Je n’espère pas faire admettre aisément que je puisse être tombé par hasard à un moment aussi crucial sur une parodie pascale évidente (qui n’est cependant évidente que lorsqu’on est sensibilisé à la question, ainsi j’avais lu jadis ce Queen sans en deviner les implications), mais ce fait s’est néanmoins passé ainsi, et il a, au moins pour moi, la même réalité que les faits objectifs que je peux faire partager à tous.

Ce fut loin d’être la seule manifestation de ce type, mais celle-ci a un caractère bien particulier puisqu’elle fait apparaître une parodie pascale certaine par un auteur qui ne l’a cependant jamais confirmée ni n’a désiré expliciter ses intentions dans ce roman.

D’une part c’est probablement un cas unique, en ce qui concerne les auteurs de stature internationale du moins, d’autre part il devient possible de mesurer à l’aune de cette certitude d’autres possibles parodies.

Ou presque certitude… parce mon expérience en la matière m’a appris à ne vraiment accepter comme intentionnel que ce qui a été effectivement reconnu comme tel par l’auteur, et encore… Mais il faut bien se fier à quelque chose, et il s’agit en l’occurrence de multiples coïncidences pascales dans le contexte d’une secte religieuse explicitement comparée aux Esséniens, à une époque où on imaginait volontiers que Jésus ait été Essénien, alors…

 

S’il n’y a pas de contexte religieux dans le Parfum, du moins est-il imprégné d’une certaine sacralité tragique, et les cartes sont brouillées du fait que, si le Parfum peut être considéré comme une parodie pascale, ce ne peut être que comme une parodie inversée. Ceci posé, il n’y a plus qu’à constater à quel point les mêmes procédés semblent employés dans les deux romans : action située en un temps légèrement reculé, omission constante des noms de jours, allusions à la lune, respect des événements clés de la semaine sainte…

Paradoxalement, mes doutes naissent ici de l’emploi par Leroux de certains mots par trop clairs, dont Queen a réussi à s’abstenir, « résurrection » et « ressuscité » qui reviennent à tout instant, et une fois l’impardonnable « Pâques » qui devrait être particulièrement prohibé.

Néanmoins malgré ces « fautes » on ne semble guère jusqu’ici avoir deviné ni condamné cette parodie, alors je ne sais que penser…

Par ailleurs la parodie certaine de Et le huitième jour… m’a conduit a étudié d’autres œuvres de Queen qui pourraient être des parodies pascales plus contournées, voir ici.

 

Rémi Schulz, le 28/12/04