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Golden Summer (English)

Queen maudits 3

Queen maudits 4

 

 

Les Queen maudits (3)

Arsène Ellery ou Queen Hitler ?

 

Août 1938. Les Nippons oppressent la Chine, les Nazis s’envoient les Sudètes sans tirer un coup, et Ellery Queen publie Le Quatre de cœur.

Queen among the movie moguls, annonce la couverture : Ellery découvre Hollywood, les caprices des stars, l’inactivité forcée des grands écrivains payés à ne rien faire, les machinations publicitaires… Moins hard qu’Ellroy, non moins féroce.

Une énigme dans ce bouquin a longtemps titillé mes neurones. L’essentiel de l’action se passe pendant un mois, autour du dimanche 17 jour d’un double crime, mais ce mois n’est jamais nommé, pas davantage le millésime. Queen semble avoir usé de lourdes périphrases pour garder le mystère : le tant du mois dernier, tel jour du mois suivant, etc. Les noms des jours sont en revanche très souvent donnés, lundi 11, mercredi 13, vendredi 15, mercredi 20, dimanche 24, etc.

A une énième lecture je me suis aperçu que le point fort du roman était très proche de celui du Triangle d’or, de Leblanc (1917). Les amants Patrice et Coralie tombent dans un piège fatal le 14 avril 1895. Le hasard, un peu aidé, réunit leurs enfants respectifs Patrice et Coralie 20 ans plus tard, et les entraîne inéluctablement vers le même piège tendu par le même assassin le 14 avril 1915. Chez Queen les stars Royle et Stuart se haïssent depuis 20 ans, mais se réconcilient soudain et décident de se marier quelques jours plus tard, ce fameux dimanche 17 où ils sont tués dans des circonstances très particulières. C’est alors au tour de Royle fils et de Stuart fille de se rapprocher et de convoler le dimanche suivant, le 24, dans les mêmes circonstances où ils vont risquer la même mort.

Le 14 avril où est mort Patrice père était en 1895 le dimanche de Pâques, commémoration de la résurrection du Fils. Le premier dimanche 17 antérieur à août 1938 est le 17 avril, c’était le dimanche de Pâques. Ce pourrait encore être le 17 octobre 37, ou le 17 janvier 37, mais une relecture attentive du Quatre de cœur comme du roman précédent dans la continuité duquel il s’inscrit (The Devil to pay, février 38) ne favorise guère ces dates.

Il y a d’autres indices rapprochant Triangle de cœur et Quatre d’or. Patrice père ressuscite au soir de Pâques 1895 après avoir été officiellement déclaré mort ; il prend une nouvelle identité, mais il est assassiné au matin du 4 avril 1915, un 4 avril qui est encore dimanche de Pâques ! Il entame cependant alors une seconde survie car son assassin emprunte sa fausse identité et ses postiches. Chez Queen c’est Stuart grand-père qui meurt dans la nuit du 16 au 17, la nuit de la Résurrection, mais sa mort est cachée et un complice de l’assassin prend son identité.

Chez Leblanc Arsène confond l’assassin en prenant l’identité du docteur Géradec, tandis qu’Ellery sauve les jeunes Royle-Stuart en jouant le rôle du docteur Erminius. Dans les deux cas l’assassin se suicide.

Dannay, le Queen principal, était un grand admirateur de Leblanc.

La question des dates pascales chez Leblanc a nourri un ouvrage entier, mais l’édition nationale s’intéresse plus aux inédits de Zidane qu’à mes ratiocinations. Au plus bref, je n’ai pas réussi à me forger une opinion sur le cas Leblanc, dont ce qui est connu de la personnalité ne semble guère s’accorder avec ce que pourrait suggérer de multiples détails de l’œuvre.

En revanche, si je ne peux affirmer que Dannay ait réellement fait une lecture pascale du Triangle d’or, ni qu’il ait bien pensé à Pâques avec ce dimanche 17, il n’y a pas l’ombre d’un quart de poil de doute sur ceci : Dannay a écrit plus tard deux romans avec des dates de Pâques cachées, l’intentionnalité de ces dates étant cette fois certaine.

En 1964, Queen revient 20 ans en arrière avec Et le huitième jour… pour mener Ellery dans une étrange communauté dirigée par un Maître entouré d’un conseil des Douze, Maître qui se laisse mettre à mort le vendredi pour l’assassinat de Storicai (anagramme d’Iscariot), Maître qui ressuscite le dimanche 9 avril 1944 qu’il est à peine besoin de vérifier avoir été le dimanche de Pâques.

En 1970 c’est La dernière femme de sa vie, et le meurtre d’un fils de charpentier un dimanche 29 mars à 3 h 03 du matin, dans un foisonnement de détails trinitaires. Si Pâques tombait bien le 29 mars en 70, l’indice crucial démontrant également la tortuosité de Dannay se trouve dans un Queen publié 3 ans plus tôt, Face à Face, qui s’achève sur un mariage perturbé un dimanche des Rameaux, cette précision ne semblant aucunement indispensable à l’intrigue. Mais La dernière femme s’ouvre sur la dernière scène de Face à Face, ce qui permet d’identifier à Pâques le dimanche suivant où a lieu le meurtre, pourvu qu’on ait lu Face à Face et prêté attention à ce détail des Rameaux.

Ces romans offrent de plus des points interprétables comme des allusions au Quatre de cœur, période de 8 jours, Hollywood, mariage, et surtout mort le jour de Pâques, détail troublant en première analyse.

 

Pourquoi Pâques ? Je ne peux qu’indiquer une piste qui me semble fructueuse, à partir du très touffu Huitième jour qui mêle à la parodie pascale une communauté suggérée d’origine juive adorant un livre sacré qui n’est autre que Mein Kampf d’Adolf Hitler. Hitler est né le 20 avril 1889, un Samedi saint, commémoration du jour où le Fils gisait dans son caveau ; on comprend que le Père soit trop recueilli en ce jour pour prêter toute l’attention requise à ce qui se passe ici-bas ; quant au Saint Esprit, malgré un prix au catéchisme en 6ème, j’ai jamais vraiment compris ce qu’il foutait dans l’histoire.

Dannay est né un 20 octobre, à l’exact opposé du 20 avril sur le cercle de l’année. Dannay est né Daniel Nathan, dans une famille d’origine juive polonaise, et le 20 octobre 1905 correspond dans le calendrier juif au 21 tishri 5666, jour de la fête Hosha’ana Rabba, au 7e jour du cycle de 8 jours fériés de Soukkot, dont le 8e jour peut être assimilé à une mort et renaissance : c’est ce jour que s’achève la lecture synagogale du livre sacré plus conforme à la tradition que Mein Kampf, la Tora, aussitôt recommencée à son début.

Bon. D’ici à avancer que le 20e siècle se réduit à une dichotomie littéraire entre Mein Kampf et les aventures d’Ellery Queen, il y a quelques pas que j’hésite à franchir, néanmoins :

– le chapitre 7 du Huitième jour (composé de huit chapitres correspondant aux jours de la Semaine sainte), Samedi 8 avril, se réduit à 3 mots : « Et Ellery pleura. »

– la seule autre date présente dans ce livre est celle du 8 avril 1939, jour où le Maître a acquis son Mein Kampf ; ce 8 avril était un autre Samedi saint.

– le roman précédent, L’Adversaire, oppose Ellery à un étrange criminel qui s’identifie à la fois au Dieu des Juifs et à un certain Nathaniel (Daniel Nathan ?), né le 20 avril (Hitler !) 1924, qu’Ellery remarque avoir été le dimanche de Pâques, ce qui est exact mais ne constitue pas une preuve recevable en justice…

 

Retour au Quatre de cœur, où les journaux du samedi 23 écartent une nouvelle concernant la guerre sino-japonaise pour accorder leur primeur au nouveau mariage Royle-Stuart le lendemain. S’il y a quelque validité à l’hypothèse d’une correspondance entre cette huitaine (du dimanche de Pâques à celui de Quasimodo) et la Semaine sainte du Huitième jour, cette référence à l’oppression fasciste, la seule, vient à point nommé, le septième jour.

Il y a des points plus immédiats à souligner, comme la présence dans le roman du nombre 20 et du T, 20e lettre, les signatures de Dannay envisagées dans ma chronique précédente. Je rappelle en les soulignant les Pâques 1924 et 1944 de L’Adversaire et du Huitième jour, ce dernier roman datant lui-même de 1964, 20 ans après. Si la période de 20 ans du Triangle d’or s’est raccourcie à une semaine dans le Quatre de cœur, les 20 ans sont bien présents avec la période de 20 ans de haine entre Royle et Stuart, plusieurs fois mentionnée. Le grand-père Stuart se prénomme Tolland, son originalité consiste à être Tee-Totaller, soit à refuser toute forme d’excitant, comme alcool, tabac, café, thé (Tee redouble ici l’initiale T de Total). Ellery comprend qu’il s’agit d’un imposteur en surprenant Tolland à boire du iced tea (ou iced T, comme si le vrai Tolland était « refroidi »). Un autre indice est la surprise du complice de l’assassin qui a enterré Tolland et qui le découvre ressuscité le soir du dimanche 17.

Tolland Stuart serait donc mort la nuit de Pâques, or la lettre T symbolise dès 1932 la crucifixion pour Queen : l’assassin de The Egyptian cross mystery décapite ses victimes avant de les crucifier, et trace de grands T avec leur sang pour bien se faire comprendre. Le 20e chapitre de ce roman a pour titre Two Triangles, « Teux Triangles ». J’étudiais dans ma dernière chronique (Caïn #27) d’autres T et 20, notamment ceux de Trent’s Town, Trenton, ville maintenant célèbre pour ses colis à bacilles.

Le Triangle d’or a 20 chapitres. Peut-être Leblanc a-t-il songé aux 20 ans de 1895 à 1915, au T de la crucifixion, à l’initiale du Triangle… Quoi qu’il en soit Dannay très attentif à la construction formelle de ses propres romans a pu remarquer ces 20 chapitres qui structurent un autre roman de Leblanc, non lupinien, Le Prince de Jéricho (1928), où un mystérieux fragment s’avère être un morceau de la vraie Croix de la Passion.

Le Quatre de cœur n’a pas 20 chapitres, comme deux Queen d’importance stratégique, mais 23, or il y a 23 ans de 1915 à 1938, de la Passion de Leblanc à Passy à celle de Queen à Hollywood (« bois de houx », mais avec un seul L, Holy Wood, « bois sacré » est une désignation de la Croix du Christ).

Ces 23 chapitres se répartissent en 4 parties, selon la structure 5-6-7-5, or, coïncidence extrême, l’an 1915 après JC correspond dans le calendrier juif à l’an 5675 de la création : 5-6-7-5, 5675 ! La formule pourrait faire écho au climax de Leblanc, 14 avril 1895… 14 avril 1915…

 L’année juive commence à l’automne, or Dannay a écrit, sous son nom de naissance Daniel Nathan, sans faire savoir qu’il s’agissait d’un des illustres Queen, des pseudo-souvenirs d’enfance évoquant avec nostalgie l’été 1915, The Golden Summer (1953). Attendu qu’un été a généralement 3 mois, ce summer 1915 ou 5765 se traduirait avec un brin de bonne volonté « Le Triangle d’or ». Alors que ce triangle est chez Leblanc un tas de sable cachant des sacs d’or, L’été d’or débute par le chapitre The Big Cement-Bag Mountain, un tas de ciment qui vient confirmer la théorie du Big-Bag.

 

 

 

le site queenien incontournable (en anglais mais il y a une version flamande)

http://neptune.spaceports.com/~queen/