Le 20 mars je
commence le texte L’or de Queen visant à simplifier mes premiers textes
écrits à chaud en octobre 2001 après la lecture de The golden summer, de
Daniel Nathan (alias Ellery Queen). Je vois l’argument monétaire de ce roman
composer une relation d’or idéale à partir de doubles de nombres de Fibonacci,
le bilan de cet été pouvant s’écrire, en cents, 466 = 178 + 110 + 178, à partir
des nombres de Fibo 55-89-144-233. Et je retrouve un équivalent de ce diminutif
Fibo dans l’épisode The Verdict of the Fish Bowl, où le tirage
d’une tombola est effectué dans le bocal de poissons rouges (goldfish) ;
il y a dans ce Fi(sh)bo(wl) 40 billets qui ont été achetés par 24
clients, ce qui d’une part correspond aux octuples des nombres de Fibo 5 et 3,
d’autre part me rappelle un Prélude et Fugue du Clavier bien tempéré
de Bach, en 24 et 40 mesures.
J’avais déjà noté la correspondance, mais je m’aperçois alors que les deux tonalités remarquables offrant des rapports dorés optimaux dans les deux volumes du Clavier sont selon la notation allemande fis et h, fa dièse mineur et si mineur :
|
tonalité |
Prélude I |
Fugue I |
Prélude II |
Fugue II |
total |
|
14 - fis |
24 |
40 |
43 |
70 |
177 |
|
24 - h |
47 |
76 |
66 |
100 |
289 |
Les deux
tonalités concernées totalisent 466 mesures, avec un rapport d’or presque
optimal entre elles (289/177 au lieu de 288/178), et forment le mot fish,
qui concerne plusieurs épisodes importants du Golden summer. Et je sais
que le mot hébreu pour poisson est dag, qui s’écrit avec deux lettres
translittérées dg, qui correspondent aux tons ré et sol, sol étant la quarte
de ré (ré-mi-fa#-sol) comme si est la quarte de fa# (fa#-sol#-la#-si). Mieux, d(alet)
et g(imel) sont les 4e et 3e lettres de l’alphabet
hébreu, et la quarte est la note dont la fréquence vaut les 4/3 de la tonique.
Ceci
outrepasse la « simplicité » du texte en cours, mais, celui-ci
achevé, j’envoie un mèl à la liste Oulipo sur cette curiosité fish-dag,
le 29 mars. Aussitôt après, je me rends compte que j’aurais pu attendre trois
jours pour offrir cette curiosité en poisson d’avril, mais le hasard me fournit
un autre poisson deux jours plus tard.
Le 31 mars, je
feuillette en vitesse un numéro de La Recherche avant de le rendre à la
Bibliothèque municipale, j’y vois un article sur la dyslexie où j’apprends
l’origine de l’anglais spoonerism (contrepet) : le révérend Spooner
d’Oxford (1844-1930) était célèbre pour ses dyslexies, dont our queer old
dean. J’y reconnais la base de la nouvelle My queer dean, de Queen.
J’achète le
numéro d’avril de Pour la Science, l’un des rares journaux à maintenir la
tradition du poisson. C’est probablement cet article « Le poisson à quatre
pattes » des pages 14-15, qui ma foi pourrait m’abuser, s’il n’y avait la
date et le fait que ces pages contiennent également quatre brèves fantaisistes
composées par Joël Martin, le spécialiste en contrepets du Canard enchaîné.
Mais il apparaît une curiosité à la page 19, où une autre brève tout à fait
sérieuse, « Messages électroniques, mensonges et téléphone », où sont
données les conclusions d’un certain Jeff Hancock qui a étudié les conditions
de mensonges avec 30 de ses élèves. Il s’ensuit que c’est au téléphone que les
gens mentent le plus, parce qu’il n’existe pas de trace écrite, ce qui est
exprimé ainsi : 37% des conservations téléphoniques
recèlent une contre-vérité. C’est moi qui souligne ce spoonerism, et
je transmets cette curiosité le 1er avril à la liste Oulipo.
Je découvrirai
une semaine plus tard une curiosité complémentaire. Ce résultat de Jeff Hancock
a déjà été évoqué dans la rubrique « Découvertes » du Nouvel Observateur
du 19-25 février, immédiatement suivi par un écho qui passerait quelques
semaines plus tard pour un évident poisson d’avril, « Les piranhas
réhabilités » : on y apprend qu’il existe des piranhas herbivores.
Le 2 avril
j’ai au courrier un cadeau du cher ami JiBé qui l’a probablement posté le 1er,
il contient les premières éditions françaises de deux Queen, Le dragon creux
(1947), et Le mot de la fin (1960). Je les connais évidemment bien tous
deux, surtout le dernier, marquant la fin du duo Dannay-Lee et prévu pour être
la fin des aventures d’Ellery Queen, offrant de multiples niveaux
d’interprétation.
Mais l’un
d’eux m’avait échappé jusqu’à maintenant. Quelques jours plus tard je me rends
compte à quel point ce cadeau fait sens à ce moment, car le roman est centré
sur l’énigme d’un certain John Sebastian qui reçoit chacun des douze soirs des
douze jours de Noël (du 25 décembre au 5 janvier) un paquet contenant divers
cadeaux, en nombre variant de 1 à 3, accompagnés d’un carton parodiant les couplets
de la comptine des douze jours de Noël. Le mystérieux fantôme responsable de
ces envois est le tuteur de John, l’imprimeur-éditeur AB Craig qui est obligé
de tuer John avant le 6 janvier, le jour des Rois, et qui a imaginé ces cadeaux
qui semblent l’accuser pour qu’ils le disculpent…
Parce que les
20 cadeaux composant les 12 envois correspondent aux 20 mots qui sont à
l’origine des noms des lettres de l’alphabet acrophonique ancêtre de notre
alphabet, du premier cadeau, taureau-maison-chameau, alef-bet-gimel,
ABC, jusqu’au dernier, un poignard, zayin, Z, enfoncé dans le dos de
John.
Le détective
Ellery envisage à plusieurs reprises un rapport arithmétique entre le nombre
total des cadeaux et 12, or 12 est la section d’or optimale de 20. Par ailleurs
7 est la section d’or optimale de 12, et le 7e envoi, au soir du
dernier jour de l’année, correspond au 12e cadeau, qui est un
poisson, de surcroît d’or, un golden fish. Et le 20e cadeau
correspondant au 12e envoi est en anglais dagger, venant du
français « dague », homophone du poisson hébreu, dag.
Et le rapport
20/12 est le même que le rapport 40/24 du Prélude et Fugue en fis, 7e
tonalité tandis que h est la 12e tonalité.
Environ une
semaine après avoir découvert le jeu théorique fish-dag, 4 jours après
en avoir informé quelques oulipotes, je reçois en cadeau-surprise ce roman où
les cadeaux-surprises 7 et 12 sont un fish et une dague.
La
correspondance y est envisagée entre les 12 jours de Noël, qui correspondent
traditionnellement aux 12 mis de l’année, et les 12 notes de la gamme
chromatique. Mieux, l’ABC, qui ouvre la série et qui désigne le coupable Arthur
B Craig, peut aussi représenter un accolement de l’alphabet et de la gamme. La
gamme a d’abord été représentée par les lettres ABCDEFG, et elle a été nommée
« gamme », de gamma 3e lettre de l’alphabet grec, parce
que les lettres alpha-beta avaient déjà trouvé emploi. Selon un
même processus, elle aurait pu être appelée quelque chose comme
« gammadelte », à partir des deux lettres formant le mot hébreu
« poisson ». En fait, il est même supposé qu’avant de se nommer dalet,
« porte », la 4e lettre de l’alphabet primordial sémitique
ait été nommée dag, car elle apparaît d’abord représentée par le
pictogramme du poisson (tandis que la lettre noun, N, souvent assimilée
au poisson correspond plutôt à l’anguille ou au serpent).
L’article de Pour
la Science mentionné plus haut énonçait à propos des poissons à quatre
pattes : Les premiers tétrapodes auraient habité les deltas et les
régions lagunaires. Je fais un tour sur le net et il semble bien que cet
article soit sérieux, et que Gaël Clément ait bien découvert le premier Ichthyostega
européen, du moins sa mâchoire fossile. A ce propos, en revenant à l’histoire
de l’alphabet, le pictogramme du poisson entier se serait simplifié en sa seule
tête, puis encore stylisé en un triangle plus semblable à une porte de tente,
triangulaire, dalet commençant aussi par un D, devenant delta en
grec.
Le 8 avril je commence un texte consacré aux rapports entre Bach et
Queen, Gold Ellery Bach, en me limitant aux éléments rationnels.
J’envisage pour des motifs moins rationnels de le finir le 11, dimanche de
Pâques, mais des découvertes en cours d’écriture bouleversent quelque peu ce
programme, et je suis toujours attelé à la tâche mardi 13. Ce matin je regarde
ma boîte électronique, j’y trouve un message de Bruno de la veille, intitulé
« Qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? ». Il a reçu un
message intitulé « [Oulipo]Liste » venant de « Style.modedemploi »
se présentant ainsi :
Voici ma petite liste, en 12 + 8 : "Si par une nuit d'hiver un voyageur" (Italo Calvino)"Le pas si lent de l'amour" (Hector Bianciotti)"Comme la trace de l'oiseau dans l'air" (Hector Bianciotti)"Tristesse et beau
Il y avait une
pièce jointe que le Mac de Bruno n’a pu ouvrir.
Heureusement,
car ceci ressemble fort à un virus, mais d’un type assez rare, retransmettant
le début d’un message et son objet. J’en ai reçu quelques-uns l’an dernier, et
le message piraté se trouve d’ailleurs avoir été diffusé le 11/04/03, un an et
un jour avant de réapparaître chez Bruno, comme je le vérifie sur les archives
de la liste Oulipo.
C’est assez
bizarre au premier abord, car Bruno ne connaît d’autre membre de cette liste
que moi, et le virus ne peut venir de mon ordi, d’où j’ai effacé le message de
« Style… » aussitôt lu l’an dernier, mais je ne peux rien dire de
plus sur ces aspects techniques.
C’est encore
plus curieux aux abords suivants. Alors que j’écris sur les 12+8 cadeaux qu’un
John Sebastian reçoit en 12 envois, je reçois ce message en 12+8, et il est
arrivé sur ma boîte aux lettres le 12/04/04 à 21:38 ; 2-1-3-8 est la
correspondance célèbre des lettres-notes B-A-C-H à leurs rangs dans l’alphabet,
et je ne manque pas de remarquer dans mon étude que les envois 1 et 4 à John
Sebastian sont accompagnés de pictogrammes représentant les cadeaux offerts,
correspondant aux lettres ABC et H.
Ce message de
« Style… » était une réponse à un thème initié par Alain Zalmanski,
alias AZ, le 10/04/03, qui demandait une liste de 12 livres dont le titre était
en lui-même attirant, sans préjuger ou postjuger de son contenu. Pourquoi
12 ? pourquoi pas, répondit AZ, indiquant que ce nombre n’était pas
impératif et visait d’abord à être moins contraignant que ce que demandait récemment
CALIS, une liste de 27 livres essentiels. J’avais répondu à CALIS avec la liste
des titres anglais des 26 premiers romans signés Ellery Queen, du Mystère du
théâtre romain au Mot de la fin, plus The Golden summer.
J’ai aussi répondu
à AZ le 11/04/03, comme « Style », en remarquant à quel point les
titres contenant le mot « double » m’attiraient, notamment Double
double de Queen, évidemment. Mais j’avais aussi envoyé plus tôt ce jour une
création à la liste, un poème rimé de 26 vers avec pour particularité que
chaque vers se terminait par une lettre différente. Ces Echos de la presse
se présentaient comme 13 distiques, avec une introduction et 12 allusions à
divers journaux. C’était une idée en germe depuis plusieurs jours, écho à un
autre thème de la liste, et je me suis rendu compte qu’elle pouvait aussi
constituer une réponse à AZ. En voici les 4 premiers et 3 derniers
distiques :
Ne tombez pas dans le panneauQue représentent les journaux
"Le Monde" : un cliché d'AlcatrazLe pénis entier sous Le Bras"The Sun" titre en une qu'AndrewSe fait pomper à Waterloo
"Le Chasseur Français" a choisiChez Loiseau : le coup de fusil(…)"Minute" en vertu du bon sangExige un prompt retour au franc
On ne parle pas du "Canard"Puisqu'on emprunte ici son art
Et pour "Tangente" on attendraL'âge d'or du cancan du Drap
Le final
faisait allusion au nombre d’or et à un combat que je menais alors pour
dénoncer les aberrations du dernier numéro spécial de Tangente sur l’architecture.
Ce combat contre l’obscurantisme doré semble sans espoir : cette semaine,
du 19 au 23 avril, France-Culture diffuse une série sur la musique au Moyen-âge où il est tranquillement affirmé dès
la première émission que la principale préoccupation des musiciens était le
nombre d’or. J’y apprends aujourd’hui 21 que la fête des Fous se déroulait du
lendemain de Noël jusqu’à peu avant l’Epiphanie, soit assez exactement la
période des 12 nuits de Noël où se déroule Le mot de la fin.
J’ai conservé quelques
réponses à la Liste d’AZ, ainsi celle de Pascal du 14/4 qui donne 12 titres
avec chacun des 12 mois, 12 autres avec chacun des 12 signes du zodiaque (ce
qui me rappelle que dans l’ordre traditionnel ce sont les Poissons qui viennent
en dernier), et 12 encore avec les 12 premiers nombres. Tout ceci trouverait
écho dans Le mot de la fin, où les protagonistes sont 12 personnes
représentatives des 12 signes du zodiaque. Divers indices me donnent de plus à
penser que 10 d’entre elles sont nées à des dates géminées, le 3/3 et le 12/12
étant les seules explicites. Ces géminations me semblent souligner les dates en
chiasme des deux personnes marquées par la dualité, les jumeaux John Sebastian
I et III, nés le 6/1/1905, et Ellery Queen, qui cache les cousins Lee et
Dannay, nés le 11/1 et le 20/10/1905, la date moyenne entre leurs naissances
étant le 1/6.
Une autre
réponse conservée, du même 14/4, était celle d’AC, qui donnait une liste de 26
titres contenant chacun une lettre isolée de l’alphabet. Pour les lettres M et
N, AC n’avait trouvé qu’un seul titre, M ou N ? d’Agatha Christie,
répété donc en 13e et 14e position de sa liste. Je
développais dans Godel Ellery Bach l’idée que la raison d’être des
triplés Sebastian – John I, II et III – était l’allusion à l’ABC au cœur du
roman, et que les jumeaux survivants A et C pouvaient désigner les initiales
d’Agatha Christie, parodiée dans plusieurs Queen et notamment ici : dans ABC
contre Poirot le faux coupable désigné par les indices alphabétiques est le
fou Alexander Bonaparte Cust, alors qu’ici le vrai coupable est bien Arthur
Benjamin Craig. C’est donc Assez Curieux d’avoir cette liste d’AC doublant
Agatha Christie pour les lettres correspondant au message doré, M et N, l’eau
et le poisson d’or.
On voit que
ces réponses n’avaient plus grand chose à voir avec la demande d’AZ.
« Style » en revanche était honnête, et ses titres répondent bien,
selon sa subjectivité évidemment, aux critères requis. Le premier d’entre eux a
un écho immédiat. Georges Perec a construit un texte, Penser/Classer, en
26 paragraphes « numérotés » selon un alphabet bizarre, correspondant
à l’entrée successive des lettres dans le 7e récit de Si par une
nuit d’hiver un voyageur de Calvino.
Ce livre a un
autre écho en ce matin du 13 avril 04 où je relis le début de ce message, car
la trame des 12 chapitres composant le récit principal de ce texte est basée
sur le carré de Greimas, or France-Culture rediffuse cette semaine à 11 heures
des entretiens avec le sémioticien. La coïncidence m’interpelle et je suis au
rendez-vous pour ce second entretien, où j’entends Greimas évoquer les débuts
de l’épistémologie en France : « Les gens disaient : qu’est-ce
que c’est que cet animal ? » Le transfert de Bruno était intitulé
« Qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? ».
Ce message
piraté s’interrompait sur un 4e titre tronqué, "Tristesse et
beau, qui se poursuivait originellement par té" (Kawabata). La
lettre T est au premier plan dans au moins trois Queen, je suppose que cette
insistance est liée au nombre 20 de l’anniversaire de Dannay qui structure
aussi deux autres romans, Double double le 20e Queen en 20
sections, et Le mot de la fin, en 20 chapitres qui font aussi apparaître
le motif 12+8 des cadeaux.
Je constate
encore que cette liste en 12+8 piratée le 12/4/4 se trouve réduite à 4 items.
S’il faut considérer la relation 20/12 comme dorée, ceci revient à considérer
la suite 4-4-8-12-20-… correspondant au quadruple de la suite de Fibonacci
1-1-2-3-5-…
C’est
« style » qui a envoyé originellement cette « liste »,
presque une anagramme, et l’orthographe style ne respecte pas
l’étymologie. Mieux, le latin stilus désigne le « style »,
mais aussi l’instrument de l’écriture, et encore le « stylet » ;
la première définition de ce mot dans mon Larousse est « dague ».
« style »
a un site intéressant sur le pastiche que j’ai visité, http://style.modedemploi.free.fr/,
et je vois que j’ai commencé un message à son intention le 19/05/03, qui s’est
borné à citer une phrase de son site, « Nous ne connaissons pas de
semblables entreprises pour la Science-Fiction… » J’en connaissais une, un
recueil de pastiches de John T. Sladek. Je ne me souvenais plus du titre et il
m’a fallu faire une expédition parmi mes cartons au grenier pour tenter de
retrouver le livre, sans succès, mais j’en ai ramené deux Sladek qui
ressemblent fort à des pastiches d’Ellery Queen, deux enquêtes du détective
dilettante Thackeray Phin, L’aura maléfique et L’invisible monsieur
Levert. Peut-être avais-je déjà fait ce rapprochement, mais ce PHIn prenait
une autre dimension maintenant que j’envisageais la présence de PHI dans
l’œuvre de Queen. En approfondissant je découvrais une égalité gématrique entre
les deux noms :
THACKERAY PHIN = 92+47 = 139 = ELLERY QUEEN = 62+77 =
139
Toujours
est-il que j’ai rangé le message en cours dans le dossier Brouillons, en
attendant de retrouver le recueil de Sladek toujours invisible à ce jour. En
exhumant ce brouillon, je m’aperçois que sa date correspond au 139e
jour de l’année, et cette équivalence m’est immédiate car la petite section
d’or de l’année de 365 jours tombe le 19 mai (vers 10 h) tandis que la grande
section tombe le 14 août (vers 14 h).
J’en ai phini,
pour l’instant du moins, avec « style » et « liste », mais
pas avec les coïncidences de ce 13/4/4. A 15 h j’écoute Le vif du sujet,
toujours sur France-Culture, émission souvent intéressante qui s’occupe
aujourd’hui d’un fait divers survenu le 20 mars dernier : deux femmes
d’âges voisins, toutes deux bien vêtues, ont été retrouvées noyées dans la baie
des Anges, à quelques kilomètres l’une de l’autre. Les enquêtes ont conclu à
deux suicides entièrement indépendants, et aucune autre piste n’a semblé
crédible, bien que les morts suspectes soient particulièrement examinées dans
cette « baie des Requins ».
Je pense à un
autre jeu ichthyologique opéré par Jibé pour son troisième titre dans la Série
Noire, La pêche aux anges. Ce roman niçois est composé de 26 chapitres,
dont les premières et dernières lettres sont A-a, B-b, C-c, etc., pour
illustrer une pensée de Wittgenstein.
Un point que
je n’ai pas développé dans Gold Ellery Bach est la ressemblance entre
les deux lettres marquantes N et Z, identiques à un quart de tour près, quart
de tour prégnant dans l’histoire de l’alphabet, ainsi la tête de bœuf cornue a
connu deux quarts de tour qui l’ont renversée en l’actuel A.
Les lettres NZ
me rappellent une petite histoire survenue l’an dernier. JP Le Goff a eu la
curiosité de descendre les quelques marches du Regard de la Lanterne qui se
trouve place des Fêtes. C’est un vieil accès à l’une des rivières souterraines
qui drainent Paris, barré par une porte de fer ; à côté était gravé sur le
mur le mot RIEN en majuscules, le N de ce mot étant inversé. Le Goff rêva quelque
peu sur les motivations de cette inscription…
Je devais découvrir à 700 km une explication un peu plus prosaïque. J’étais tombé certain jour sur une voiture garée en certain endroit, immatriculée de certain numéro… Je passe sur la signification de ces « certain » qui entraîneraient trop loin, toujours est-il que je venais de découvrir l’identité du propriétaire qui habitait rue des Quatre Coins à Riez (04), où je pus noter une particularité sur la boîte aux lettres de l’individu, qui y avait inscrit son nom en majuscules : les U majuscules y étaient calligraphiés comme des N inversés. Ainsi, si ce travers n’est pas unique, le RIEN pouvait être un RIEU, soit une « rivière » en occitan.
Quoi qu’il en
soit, je m’émerveillais d’une part d’avoir découvert cette interprétation du
RIEN à RIEZ, d’autre part de trouver ce mot français de quatre lettres, comme
BACH, de même signification, dans une rue des QUATRE coins du département 04,
alors que RIEU peut être vu comme l’anagramme de l’allemand VIER, « quatre »
(U et V étaient jadis une seule et même lettre). On verra plus loin une
remarquable occurrence de ce mot vier chez Bach.
Par ailleurs
RIEU est à une lettre près DIEU, or il est possible d’homologuer le motif 21-38
souvent présent chez Bach à la valeur du mot GOTT, « Dieu », découpé
en GO=21 et TT=38.
Quatre coins,
Dieu. Je connais trois textes qui mettent en jeu crimes en carré, lettres et
nom de Dieu, le plus récent étant La bibliothèque de Villers de Benoît Peeters
où 4 assassinats sont commis aux 4 points cardinaux de la ville de Villers, les
initiales des victimes étant I-V-R-E, soit l’anagramme de vier, qui est
aussi « quatre » en flamand, seconde langue du belge Peeters. Le
démiurge responsable de ces crimes est le bibliothécaire Lessing, dont on
retrouve le corps au centre du carré, avec le message : « Je suis
l’alpha et l’oméga ». Il faut comprendre que son initiale permet de former
le mot LIVRE. Si RIEU est à une lettre près DIEU, le rieu allemand BACH est à
une lettre près BUCH, « livre ».
Le premier
texte est une nouvelle de Borges, La mort et la boussole (1942), où le
détective Erik Lönnrot enquête sur trois morts de kabbalistes poignardés les
soirs des 3/12, 3/1 et 3/2, dans des lieux Nord-Ouest-Est correspondant aux
sommets d’un triangle équilatéral. Des messages sont trouvés à côté des
victimes, « La première lettre du Nom a été articulée », « La
seconde… », « La dernière… ». Lönnrot devine que le Nom est le
Tétragramme JHWH (qu’on peut transcrire aussi IEVE) et qu’il va y avoir un
nouveau crime au lieu symétrique au Sud le soir du 3/3. Il s’y rend à l’avance
pour l’empêcher, mais tombe dans le piège tendu par un vieil ennemi qui le tue.
J’ai vu les
initiales des noms des victimes, Marcel Yarmolinsky, Daniel Simon Azevado,
Gryphius, Erik Lönnrot, pouvoir composer un autre mot en rapport avec le
Tétragramme :
MY
![]()
![]()
D(S)A G
EL
En bidouillant
légèrement ces lettres sont proches de l’hébreu migdal,
« tour ». Les meurtres du Nord et du Sud ont lieu dans une tour et un
mirador. Le verset 18,10 des Proverbes énonce « Le nom JHWH est une tour
puissante ». Pour certains commentateurs cette « tour
puissante » serait la lettre lamed, ל, la seule lettre de l’alphabet hébreu dont le tracé
domine la ligne d’écriture. Le papier étant cher, sa hampe est souvent
recourbée vers la droite pour pouvoir serrer davantage les lignes, ainsi le
dessin de la lettre se rapproche fort de la représentation ci-dessus des crimes.
Ce 20/04/2004,
un livre est venu me rappeler cette nouvelle, Borges et les orangs-outangs
éternels, de Luis Verissimo, nouveauté de ma Bibliothèque municipale. Ses
jeux de lettres symétriques sont fort proches de jeux queeniens, notamment la
quintuple signification d’un message dans la nouvelle E = Murder.
J’apprends dans ce roman que le nom de la femme de Borges était Leonor Acevedo,
ce qui peut apporter une lueur sur le choix des noms des victimes Azevado et
Lönnrot, et je distingue aujourd’hui d’autres possibilités de lecture.
Le piège tendu
à Lönnrot est une apparente série de 3 qui cache une série de 4, ainsi le soir d’un 3 est selon l’usage juif le
début du jour suivant. Le triangle de mort doit être complété en un losange,
mais je me demande si Borges n’a pas songé aussi au lambda grec, Λ,
dérivé du lamed hébreu. Ce serait toujours la propre initiale de Lönnrot
que dessineraient les 3 premiers crimes. L’erreur d’y voir le delta
grec, Δ, peut comporter en elle-même sa rectification, puisque c’est la 4e
lettre de l’alphabet, mais est-ce consciemment que Borges a choisi les noms
marquant cette fermeture erronée de la figure, Daniel Azevado et Gryphius,
donnant les initiales DAG, premier nom supposé de la 4e
lettre ?
L’autre texte
est L’Adversaire (1963), qui a marqué le retour à l’écriture de Queen
cinq ans après le donc provisoire Mot de la fin. On sait aujourd’hui que
la signature de la dernière série « Queen » ne représente plus le duo
des cousins Dannay-Lee mais diverses collaborations avec des auteurs de premier
plan chargés de mettre en forme les canevas établis par Dannay, et c’est un
Poisson que Dannay a choisi pour replonger dans l’écriture, Sturgeon, de plus
un poisson divin dans ce roman où le coupable est Dieu, Sturgeon étant prénommé
Theo(dore).
Le sturgeon
est selon mon Cassel’s un anadromous fish, un poisson qui remonte le
courant des rivières pour pondre. Le mot anadrome est aussi employé pour
désigner la lecture à rebours des mots, or le « mot de la fin », qui
permet à Ellery de découvrir la vérité, est ici la lecture anadrome du mot dog,
« chien », donnant god, « dieu ». Le jeu est bien
connu, mais la plume d’un Dieu Poisson-anadrome en renforce l’impact, et le
contexte hébraïque peut faire penser à un jeu dag-gad,
« poisson-chance » ; le dernier des quatre, qui va échapper à la
dernière tentative d’assassinat, est persuadé d’avoir la guigne et d’être un
Sadim qui transforme le gold en dlog.
Soit le jeu god-dog
avec un « L », l’éventuelle tour-JHWH de Borges, or l’affaire se
passe ici à York Square, terrain carré de la famille York bâti de 4 demeures
aux 4 coins, explicitement comparées aux 4 tours de l’échiquier. Les 4 cousins
York ont hérité de ces demeures de Nathaniel York Sr, ils sont tués les uns
après les autres par un mystérieux Y qui envoie au préalable des cartons
portant les capitales J-H-W-H. Le coupable est l’homme de main de York Square,
John Henry Walt, qui se prend pour Dieu le Père, et qui a décidé que les
cousins n’étaient pas dignes de cet héritage qui aurait dû revenir à Nathaniel
York Jr, le fils déshérité disparu en Amazonie, dont il entretient avec ferveur
une stèle commémorative au centre de York Square.
Par rapport à Borges, je remarque que les initiales d’Erik Lönnrot correspondent au diminutif couramment employé d’Ellery, El, qui signifie tout bonnement « dieu » en hébreu, et qui est phonétiquement la lettre L. Lönnrot fait probablement allusion au spécialiste du Kalevala, le docteur Elias Lönnrot, dont le prénom est doublement théophore (hébreu Elyahou, « Dieu est YHWH).
El(lery)
découvre que les cartons d’avertissement assemblés représentent les 4 demeures
de York Square, laissant au centre l’espace correspondant à la stèle de
Nathaniel. Je me sens assez sûr ici que l’ordre des meurtres dessine intentionnellement
un N, qui passe précisément par cette stèle, et ce n’est pas une hypothèse
hardie d’imaginer que Nathaniel ait quelque rapport avec Daniel Nathan, et que
cette furie cousinicide soit liée à la rupture consommée entre Dannay et Lee.
H H

N
J W
Les 3 premiers
cartons JHW semblent désigner John Henry Walt, comme les cadeaux alphabétiques
désignaient ABC dans Le mot de la fin. L’analogie conduit encore à ABC +
H.
L’idée suivante
de Dannay, « Et le huitième jour… », sera aussi un roman fortement
théologique, avec Ellery, pris pour El-Roï (« Dieu voit ») par une
communauté de modernes Esséniens dans une Quenan inspirée de Qumran, en passe
d’être oint comme leur nouveau Messie. C’est à Avram Davidson, un « fils
de David »…, que Dannay a confié la mise en forme de son synopsis
christique, où la lettre N est, cette fois explicitement, de première
importance.
Le bouchon plus loin
J’ai limité Gold
Ellery Bach aux aspects raisonnablement acceptables. Ainsi je n’ai pas
mentionné que le manuscrit autographe du premier volume de Das
Wohltemperirte Clavier s’achève, à la fin de la dernière fugue en h,
sur la signature SDG, acronyme de Soli Deo Gloria. Or DG est aussi la
translittération du poisson hébreu, dag, alors que les deux paires
Prélude-Fugue idéalement dorées sont les paires fis-h. Les rangs de DG
dans l’alphabet sont 4-7, de somme 11, or il y a 11 paires Prélude-Fugue de fis
à h, et c’est dans cet ensemble qu’apparaît la plus formidable harmonie
fibonaccienne que j’ai rencontrée, pour les seules fugues :
- les 7
premières fugues totalisent 377 mesures, 14e nombre de
Fibonacci ;
- les 4
dernières fugues totalisent 233 mesures, 13e nombre de
Fibonacci ;
- 377 se
trouve être la valeur gématrique de l’hébreu sheva’a,
« sept » ;
- ce n’est
peut-être pas un hasard si le titre du recueil de 24 tonalités a 24 lettres, il
est en tout cas possible d’envisager un parallèle selon lequel les 4 dernières
fugues correspondent aux lettres VIER, qui forment en allemand le mot
« quatre ».
Rien d’évident
ne se passe pour les Préludes du premier volume, mais il y a une nette
curiosité pour les 11 Préludes correspondants du second volume, qui totalisent
586 mesures, dont la section d’or optimale est 362, et les 11 Préludes se
répartissent successivement en :
3 P totalisant
112 mesures
6 P totalisant
362 mesures
2 P totalisant
112 mesures
ainsi la
répartition 3-6-2 fait apparaître en son centre 362 !
Par ailleurs
j’ai rencontré aussi ce nombre 586 dans le Credo de la Messe en si
mineur (h), somme des deux relations dorées consécutives 129-80 et
233-144, toutes deux remarquables : la seconde est fibonacienne, la
première fait apparaître 80, jour de naissance de Bach (le 21 mars 80e
jour de l’année), en tant que petite section d’or de 209, jour de sa mort (28
juillet 209e jour). La moyenne 181-112 entre ces deux relations peut
trouver une signification gématrique, 181 et 112 étant les valeurs respectives
de Iesus Nazarenus et Christus, le Poisson des chrétiens grecs.
Je découvre
que ces pièces de fis à h ont aussi les rangs 14 à 24 dont la somme est 209,
avec possibilité de les répartir en 5, 14 à 18 = 80, et 6, 19 à 24 = 129. Les implications
offertes sont telles qu’elles seront l’objet d’une autre étude.
D’autant que
c’est le 30/4/4, et que je n’envisage pas de poursuivre ce Vois, don spiral
au mois de mai.
Rémi
Schulz