Le projet du « Roman du Siècle » est né fin 99, au moment où était célébré le prétendu nouveau millénaire. L’idée m’est venue de magnifier les 20 siècles et les 2000 ans par un roman qui se serait achevé sur un événement significatif le 31 décembre 2000 à minuit. Peu à peu me sont venus les principaux éléments de La fin, monsieur Win :
- construction en 100 chapitres
- 98 premiers chapitres comptant 200 000 signes typographiques
- les 2 derniers chapitres auraient été donnés à part, le 99 aurait eu 2000 signes correspondant exactement aux 100es signes des 98 chapitres, et le 100 aurait eu 20 signes correspondant aux 100es signes de ces 2000 (voir un premier jet de ces derniers chapitres, plus clair que toute explication)
- division en 5 parties avec pour titres ceux de Halfway House d’Ellery Queen, The Tragedy – The Trail – the Trial – The Trap – The Truth, rien que des T, 20e lettre qui est aussi l’initiale de Twenty, « vingt »
J’ai opté très vite pour une répartition selon une série de Fibonacci décroissante des 5 parties, de fait 6 puisque les deux derniers chapitres sont donnés à part : 41-25-16-9-7-(2). J’ai songé à Perec qui avait envisagé d’utiliser une telle série dans « 53 Jours » (et dans ce roman Perec cite Queen). J’ai été séduit par la présence des trois carrés du triangle de Pythagore, et par le fait que le terme suivant aurait été 66, un nombre encore perecquien.
L’intrigue s’imposait. La fin du trust des thés de Tony Twenty, établi en Corse, jadis 20e département. Assassinats de divers de ses enfants, dans une ambiance « Dix petits Nègres ». Un coupable désigné, l’un des jumeaux Win de Vintimille, enfants cachés du magnat, télépathes et incestueux…
Win est condamné, mais sa sœur parvient à l’innocenter, et le dénouement serait dans le premier chapitre caché. Quant au dernier chapitre, ç’aurait été l’explicitation du titre, « La fin, monsieur 20. », en comptant que les hypothétiques lecteurs auraient lu Win à l’anglaise, en pensant à twin où à Monsieur Ouine, le roman de Bernanos auquel il y avait quelques allusions.
Le nombre 20 et la lettre T devaient intervenir partout dans l’histoire de la famille Twenty. Le prénom Tony était choisi à cause du Tau, croix de Saint-Antoine. Les jumeaux, twins, découlaient du mot twenty, leurs noms étaient encore Antonio et Antonia, mais ils s’appelaient entre eux Tomio et Tomia, proches de l’hébreu teom, « jumeau ». Je n’avais alors aucune idée du nom grec du nombre d’or, tomê, « section », dont certains mathématiciens ont utilisé l’initiale Tau pour symboliser le nombre d’or.
Je ne pensais pas davantage à la ressemblance, plus sûrement fortuite, du mot « temps », time, avec ces teom et tomê.
Mais l’année 2000 s’est écoulée sans que mes timides démarches pour trouver un éditeur aient été fructueuses. Je ne me voyais pas attendre l’opportunité suivante (3000), et le projet à évolué.
Il a fusionné avec un autre projet, un roman en 91 chapitres concernant l’Essonne. Jibé Pouy a fait un roman en 30 chapitres concernant le Gard, dont c’est le numéro d’ordre, mais aussi la gématrie : GARD = 7-1-18-4 = 30. Le seul autre département dans ce cas est l’Essonne, ESSONNE = 91 [hum, petite erreur, il y a aussi la MARNE =51]. Il y avait un petit rapport avec mon histoire car CORSE est l’anagramme de score, « vingt » en vieil anglais, et CORSE = 60 = 3 x 20.
Or la première œuvre du fondateur de l’OuLiPo est Le Chiendent,
obéissant à une structure rigoureuse en 91 sections, 7 fois 13. La gématrie de
ce titre est 99, excédant de la valeur du H le nombre envisagé, ce qui m’a
conduit au titre INDECENTE (L’) = 91, en 9 + 1 lettres.
La suite coule presque de source. Le libraire Léon Pridegor de Treize
Mérous d’occase trouve en novembre 2000 dans ses rayons La
fin, monsieur Win, étrange livre signé Enid Navette. Il me suffisait d’en
résumer l’intrigue, et comme je n’avais plus à me soucier de la réalisation
effective j’ai imaginé de doubler la contrainte symétriquement : les
premiers signes des centaines des 200 000 formeraient l’article annonçant
l’accident de Tony Twenty en prologue, dont les 2000 signes contiendraient
selon le même principe les 20 signes du titre, « La fin, monsieur
Win ».
Léon soupçonne une élégante noire, Tine Dencel, de Champcueil,
dans l’Essonne. Son intelligence littéraire est aussi phénoménale que sa
naïveté sexuelle. Elle peut ainsi amener Léon à une nouvelle approche de
l’écrivain auquel il a voué sa vie, Jeanne-Eve Turdo, auteur des 13 aventures
du Mérou, détective privé sourd-muet. Jeanne-Eve a disparu en 41, laissant un
14e roman inachevé.
Léon soupçonne que Tine connaît le secret de la fin manquante de La
fin, monsieur Win, et ce secret, évidemment dévoilé le 31 décembre,
lui permet d’accéder enfin à la compréhension du message des 14 Mérous au grand
complet.
Ce secret des 14 Mérous était inspiré par la curieuse aventure
éditoriale des 14 Contrepoints de l’Art de la Fugue de
Bach.
Je me limite ici à ce qui présente un rapport immédiat avec
l’affaire des Dix Mots. La rencontre dans mon projet Win
de Queen et de Fibonacci était fortuite ; je n’imaginais pas me trouver
plus tard disposer de suffisamment de données fibonacciennes chez Queen pour
envisager d’y consacrer un livre (raison pour laquelle je ne donne pas trop de
détails sur ce dossier), ni que la seule page Web correspondant à une création
authentique associant « Ellery Queen » et « Fibonacci »
vienne de Vintimille.
Cette Tesina constitue le travail de fin d’études lycéennes
du jeune Alessio Palmero, qui semble bien doué, pour l’année 2000-2001, et elle
a été couronnée de la plus haute note possible, 100/100.
Mais voici que j’apprends que Fibonacci Quarterly s’est
aussi intéressé à Bach, et que dans son n° 2 de 1964 Hugo Norden a consacré une
étude au premier contrepoint de Bach. Sans avoir lu l’article dont un sérieux
minimal est attendu dans cette revue très exigeante, j’en imagine aisément le
point essentiel.
Cette fugue de 78 mesures ne fait entendre que deux fois le thème
à la tonique en voix de tête, à la mesure 1 comme il se doit, à l’alto, puis à
la mesure 49 au soprano. Le découpage des 78 mesures selon ces entrées donne 48
+ 30, en proportionnalité avec le 7e terme de Fibonacci 13 = 8 + 5.
L’exemple fibonaccien d’Alessio porte sur ces termes, également rencontrés à
maintes reprises dans cette affaire :
- les 13 km de la D8 coupés par le panneau de Moreau = Orme +
Au ;
- les 13 km de la N85 (!!) culminant au col de l’Orme =
Remo ;
- les 13 beaux présents de Noce répartis en KMARBEND et
OUICH ;
- je pourrais citer plusieurs cas chez Queen.
Sans avoir lu cet article je doute néanmoins qu’il puisse me
convaincre que le livre de chevet de Bach ait été le Liber Abaci de
Fibonacci. Peut-être Norden a-t-il remarqué que l’entrée de la mesure 49 est
soulignée par le fait que les deux notes de la mesure 48 à l’alto correspondent
aux deux premières notes du thème à la dominante, la et ré, ainsi l’oreille
s’attend à la suite du thème à la dominante… C’était un piège, le vrai thème
commence à la mesure 49 au soprano, et il ne commence pas sur le ré tonique,
déjà tenu à l’alto, mais sur un mi, les 11 autres du thème étant ensuite
inchangées.
Je doute fort que Norden ait vu que Bach m’a ainsi lancé un subtil
clin d’œil, en faisant débuter les deux parties de cette fugue dorée par Ré-mi.
-.-.-.-
J’ai commencé à écrire cette page le vendredi 10 janvier 2003 19:15:45 comme en témoigne très précisément Word.
Le soir Arte diffusait Résurrection, adaptation du roman de Léon
(Tolstoï, pas Pridegor). A la fin le prince Dimitri à moitié mort dans le froid
sibérien est recueilli dans une maison où tout le monde est en liesse. Il
questionne. Il est minuit, le 31 décembre 1899, le nouveau siècle arrive... FIN
Cette fin est une invention des frères TaVIaNi.
Le roman s’achève sur une profession de foi chrétienne dure à faire passer de
nos jours.
-.-.-.-
Le 14 janvier 03, soit le Jour de l’An du
calendrier julien, j’ai découvert l’œuvre de Joyce Carol Oates dans les
derniers romans de laquelle j’ai vu des structures fibonaciennes. La lecture
systématique de ses romans m’a amené à La Légende de Bloodsmoor
(1982) ; pas de Fibo, mais le roman s’achève le 31 décembre 1899 à minuit
avec la mort de monsieur Zinn. C’est le père de 4 filles qui en a adopté une 5e,
mais l’argent de la famille est revenu tout entier à cette fille adoptive, qui
est en fait la vraie fille de la sœur de Mme Zinn. C’est étrangement proche de
mon projet La fin, monsieur Win où la fortune Twenty échoit à monsieur
Win plutôt qu’aux 4 enfants légitimes Twenty.
Je passe sur d’autres rapprochements.
-.-.-.-
Les deux derniers chapitres de La fin,
monsieur Win, selon une largeur de ligne de 50 signes permettant de
comprendre les règles gouvernant l’écriture (bien sûr la présentation du livre
lui-même eût été tout autre).
Chapitre 99
J'avais pour
réussir un atout essentiel, la certit
ude absolue de
l'innocence d'Antonio, mon Tomio. L
ors Remis ne
pouvait l'avoir accusé, et les lettre
s ailrt
signifiaient autre chose pour lui que rita
l,
mais quoi ? La vérité m'est apparue peu à peu,
par touches
infimes, au cours du procès. Et grâce_
justement à ce
mot vérité, ressassé à chaque témoi
gnage, la
vérité, toute la vérité, ce mensonge aff
reux selon
lequel Tio aurait tué Remis. A force d'
entendre le mot,
je me suis rappelé un gag de Remi
s, qui disait
volontiers : Chez nous, nous sommes
very Thé.
Ce thé qui est aussi l'initiale T, la
vin
gtième lettre,
véritable calamité pour les Twenty.
Paul est crucifié, Quentin empoisonné par du
thé,
et Remis meurt le T à la main, le vingt
octobre,
toujours le
vingt, le jour même où il écrivit son_
poème sur la fin
du vingtième siècle. Je suis arri
vée à en percer
le secret de fabrique, les centièm
es lettres
composaient un nouvel alexandrin, dans
le même style
parodique :
et jusqu'au cent
vingt fo
is l'affaire est
repassée.
Le leitmotiv vérité
et m
a réflexion sur
la tournure d'esprit de Remis m'on
t menée à la
solution. Ce n'est donc pas rital qu'
il fallait
comprendre mais LARIT, elle a hérité, s
a soeur, Sirène.
Au seuil de la mort, Remis a dû r
essentir un
besoin de vérité plus fort que la fami
lle, les
milliards, l'empire TTT. Mais ceci rester
a…
Tia fut interrompue par la sonnerie du
téléphone
, alors
qu'approchait l'heure fatidique. Elle alla
décrocher. Ce fut bref, et elle se borna à
quelqu
es répliques :
Ainsi c'est fini maintenant…
Merci,
M
imile, de nous
avoir prévenus…
Je peux le
comprendr
e, mais vous
leur transmettrez néanmoins toutes no
s condoléances.
Le temps passera, nous arriverons_
bien à régler
ces problèmes. Mais dites-moi, ça s'
est passé quand
?
Oui, il fallait s'y attendre,
à 2
0 heures
exactement…
Elle raccrocha.
Alors que
sonna
ient les
premiers coups de minuit, glas de l'an 20
00, Tio dit :
Madame Wine, je crois avoir
deviné qu
e cette fois
c'est la vraie mort de Tonton Twenty.
Chapitre 100
La
fin, monsieur 20.