Le secret de LA VIE, père C ? - suite - plus fin - addenda
Stilla...
Une érudite colistière de la
Listeperec@Associationperec.org me fournit quantité d’informations lyriques
essentielles, mais que j’ai quelques difficultés à assimiler, l’opéra n’étant
pas mon dada.
La Stilla du fantastique Château
des Carpathes a toutes chances d’être inspirée par la Stella des Contes
d’Hoffmann d’Offenbach, personnage en abyme de cantatrice. Offenbach avait
par ailleurs auparavant tiré une opérette d’un conte fantastique de Verne, Le
Docteur Ox.
D’abord, il n’était pas
absolument besoin d’une Stella « réelle » pour faire le facile
passage de Stilla à Stella, « l’étoile », et d’imaginer tout ce que
ce nom pouvait représenter pour Perec, comme ce qu’il a représenté pour son
créateur, Verne, dans ce roman écrit dans une période sombre de sa vie, après
la mort d’une amie chère. Avec l’étoile de l’espoir, c’est peut-être aussi le
jeu de mot bilingue avec still there, « toujours là »
(par sa voix enregistrée), ou still life, littéralement « vie au
repos », curieusement chez nous « nature morte », à l’origine d’une
page de style perecquienne.
La cantatrice Stilla fait un
lien privilégié entre les deux noms de la mère, Cécile, patronne des musiciens,
et Cyrla, soumise à l’humiliation de l’étoile jaune puis déportée vers
Auschwitz le 11/2/43. Je récapitule quelques chapitres 11 d’œuvres qui semblent
avoir nourri la création perecquienne, tous en rapport avec l’étoile :
-
L’Etoile du Sud, 11e chapitre du roman homonyme, disparition du diamant de
432 carats.
-
On nous écrit de la « Véga », 11e chapitre de
L’Epave du Cynthia, texte clé à la source de W : on y
apprend la survie d’un marin qui possède le secret de la naissance du héros de
Verne ; Véga (ou Wéga) est le nom de l’étoile la plus brillante de
l’hémisphère boréal, l’Etoile du Nord ?
-
Le
11e chapitre des Impressions d’Afrique de Roussel a fourni à
Perec le nom du Sylvandre de W ; dans le naufrage rousselien
ont péri une mère suissesse et son jeune fils ; le chignon de la mère est
planté « de longues épingles d’or disposées en forme d’étoile »,
image marquante à l’origine de l’envie en forme d’étoile de la petite Sirdah.
-
Le
11e chapitre du Château des Carpathes s’achève sur
l’impossible apparition de la Stilla, enveloppée dans un long vêtement
blanc : « Elle… elle… vivante ! »
Le visage livide du comte de
Gortz qui avait causé la mort de la Stilla au chapitre 9 envoie à Albi et au
blanc de La Disparition, à Haig mourant en jouant l’uomo bianco
de Don Giovanni, face à sa femme et sœur Olga jouant Donna Anna, au
chapitre 9 également. Une poule et un neuf ? et le livret est de da Ponte…
Je me suis déjà demandé si l’union entre Haig et Olga, personnifiant l’E et
l’O, n’était pas en rapport avec l’E dans l’O, le 27e signe
alphabétique, présent dans plusieurs mots clés, Œdipe, sœur, œuf, Cœcilia,
nœud, vœu…
Voglio divertir chante Don Giovanni dans le
26e et dernier chant de l’opéra de Mozart.
Voglio morire chante la Stilla à la fin
de l’imaginaire Orlando d’Arconati.
Précisément la Stella des Contes
d’Hoffmann interprète Donna Anna de Don Giovanni ! Le dernier
opéra d’Offenbach, mort pendant les répétitions, se déroule curieusement
pendant l’exécution de Don Giovanni. Le prologue présente Hoffmann en
personne, au début d’une représentation de l’opéra de Mozart, et son mauvais
génie Lindorf qui intercepte un billet de la Stella (transmis par son valet
Andres !) donnant rendez-vous à Hoffmann après le spectacle ;
Hoffmann avoue à son ami que Stella est sa muse, qu’elle incarne trois femmes
en une, et la durée du spectacle lui permet d’évoquer trois aventures
amoureuses, Olympia, Antonia et Giuletta, non sans quelques libations. Lorsque
Stella vient le rejoindre au Finale, Hoffmann est ivre mort, et c’est Lindorf
qui emballe la cantatrice.
Si Stella est une création
d’Offenbach, Hoffmann a bien écrit le conte Don Juan où un narrateur
passionné assiste à l’opéra de Mozart et s’en fait l’exégèse intime. Donna Anna
est pour lui amoureuse du séducteur, et si elle promet à Ottavio de l’épouser,
c’est qu’elle sait qu’elle ne pourra survivre longtemps à Don Giovanni. Et Dona
Anna se dédouble : tout en continuant de chanter sur scène, elle vient
rejoindre le narrateur dans sa loge et lui expliquer comme son art se confond
avec la vie. Le lendemain on apprend qu’elle est morte après la représentation.
Don Giovanni en chiffres, ce sont 37
scènes et 26 airs chantés, nombres perecquiens, notamment ceux structurant W
ou le souvenir d’enfance (37 chapitres en deux parties de 11 et 26).
Et trois rôles
féminins : Anna et Zerlina, draguées par Giovanni qui semble ainsi
s’intéresser à l’alphabet de A à Z, mais qui fuit l’E de son ancienne femme
Elvira…
Perec donne un nouvel angle
à la mort de Haig aux chapitres 18-19 de La Disparition, en la liant à
l’énigmatique phrase qui clôt Les aventures d’Arthur Gordon Pym :
« J’ai gravé cela dans la montagne, et ma vengeance est écrite dans la
poussière du rocher. » Marc Parayre a montré que Perec a joué ici avec le
hasard des 26 syllabes de cette traduction, en en proposant une transposition
en 25 syllabes, et à quel point le paragraphe précédent se prêtait à une
réappropriation perecquienne. On y trouve CINQ fois le mot BLANC en italiques,
à propos de Tsalal l’île dont le blanc est banni, Tsalal dont « une
minutieuse analyse philologique pourrait trahir quelque parenté avec les
gouffres alphabétiques… »
Si Poe et Baudelaire ne
pouvaient connaître la blancheur de l’E imaginée par Rimbaud, on peut
s’interroger sur ces gouffres alphabétiques à la fin d’un roman comptant
26 chapitres, et dont le chapitre 5 est intitulé La lettre de sang.
Tsalal a un sens immédiat en hébreu
biblique, où c’est un verbe signifiant « s’ombrer »,
« s’obscurcir », ce qui semble parlant, mais qui a d’autres
acceptions, comme en Habacuc 3,16 : « à Sa voix (de Dieu) mes lèvres ont
tremblé de frayeur ».
Je ne sais si Perec a pu
connaître ces acceptions, accessibles à tout hébraïsant, mais le parallèle
établi avec la mort de Haig en uomo bianco est étrange, car cet homme
blanc, la statue de pierre du Commandeur, transforme Don Juan en ombra,
l’un des tous derniers mots de l’opéra.
Quant à l’autre acception,
Augustus voit une relation entre le talion du rocher et le carcan de la statue
du Commandeur que doit revêtir son fils adoptif Haig ; il court au Mai
d’Urbino où se passe la représentation, mais arrive trop tard et doit tenter de
prévenir Haig de la salle. Haig lui-même entre en scène en retard, sans avoir
pu chanter sa première réplique, M’invistati…, écrit Perec sans
évidemment pouvoir énoncer la suite, e son venuto, débutant par la
lettre interdite promue au rang de mot. Si le mi tonitruant proféré par
Haig pourrait constituer la cause de sa mort dans le premier récit du chapitre
9 (mi est E dans les notations anglaises et allemandes, et ce mi pourrait
correspondre ici au mot e), le second récit attribue sa mort à l’effroi
ressenti en voyant son père adoptif se dresser, pâli, blanchi, et en entendant
son cri d’avertissement.
Si la référence à la mort de
la Stilla semble immédiate, le lien implicite avec le mot Tsalal de Poe
ouvre des gouffres de correspondances. Haig est-il mort d’avoir vu ou entendu
son père adoptif ? ou d’en avoir été perturbé au point que ses lèvres
tremblantes aient articulé le son interdit ? Que penser encore de cette
situation en abyme où le comédien qui joue le rôle d’un père spectral apportant
la mort est lui-même tué par la venue de son propre père spectral ?
Alors que Perec a donné une
forme monovocalique en A de la phrase finale de Poe, Stella ou Stilla donnerait
selon le même principe Stalla, anagramme de Tsalal…
Perec avait de bonnes
raisons de choisir pour hypotextes Le Château des Carpathes, Arthur
Gordon Pym et Don Giovanni, indépendamment les uns des autres, mais
il est étourdissant de découvrir des liens entre eux, soulignés ou non par
leurs réécritures.
Verne a écrit, 5 ans après
le Château…, une suite aux aventures de Pym, Le Sphinx des glaces.
Les 18 chapitres du Château
n’ont aucun rapport avec l’alphabet, mais correspondaient peut-être à une
volonté formelle chez Verne. Le roman débute par l’observation de la chute
d’une branche du hêtre tutélaire du château, signifiant pour le berger
Frik la fin proche du château. Le hêtre a jadis eu 18 branches, la veille il en
avait 4, aujourd’hui il en a 3 ; 4-3, de quoi retenir l’attention de
Perec. Hêtre ou ne pas hêtre…
Le roman précédant Le
Château des Carpathes est Mistress Branican en 1891. Je me
perds en conjectures sur le fait que l’un des personnages empruntés par
Offenbach est le nain Kleinzach, dont un autre nom chez Hoffmann est Cinabre ou
Cinnabar, parfaite anagramme de Branican.
Le Zahir
Le Zahir de Borges n’a rien
d’ovoïdal, mais l’auteur signale à la fin du recueil L’Aleph que ces deux
nouvelles sont inspirées par L’œuf de cristal de HG Wells. Peut-être ce
détail n’a-t-il pas échappé à Perec. Pas grand chose d’évocateur dans cette
nouvelle, sinon l’angle d’environ 137 degrés selon lequel il faut regarder
l’œuf pour pénétrer son mystère (je note au passage qu’il s’agit de l’angle
d’or), et la similitude des noms des deux hommes qui s’attachent à percer le
mystère de l’œuf, Mrs Cave et Wace.
L’érudite en matière lyrique
est aussi une holmesienne avertie, et l’autruche avalant le Diamant bleu de
Laurie, devenu l’Etoile du Sud chez Verne, lui évoque L’Escarboucle Bleue,
une des premières aventures de Sherlock, où le voleur de l’escarboucle, parano,
se débarrasse de la pierre en la faisant avaler à la plus grosse oie de sa
sœur, celle qu’elle lui réserve pour Noël. Mais une erreur se produit…
On croit encore rêver en
lisant les détails. Maggie Oakshott élevait 26 oies, et celle qu’elle
réservait à son frère Jem était toute blanche. Mais celui-ci se trompe
et emporte une mauvaise oie ; lorsqu’il revient chercher celle qui a avalé
la gemme, sa sœur lui apprend qu’elle a vendu ses 24 bêtes (en se gardant la
sienne) à l’auberge Alpha !
Par ailleurs le titre
original de l’aventure est The blue carbuncle (du latin carbunculus,
petit charbon). Alors que la piste du Père-C m’a amené au Père-Carbone du
chapitre 14 de VME, et à la citation de Proust pastiche de Renan pouvant cacher
une allusion à L’Etoile du Sud de Verne et à son Cyprien Méré, ce
qui m’a amené à mon hypothèse sur le cyprin Jonas, voici qu’une piste parallèle
m’amène à carbon uncle, « oncle carbone » ; et j’ai été
amené aussi à supposer que le père symbolique à qui Perec avait des comptes à
rendre englobait aussi son père adoptif, son oncle David, négociant en perles
(Maggie est une forme de margarita, perle).
Cette aventure de Sherlock
fait la paire avec une autre, Les six Napoléons, où un voleur talonné a
caché la perle noire des Borgia dans une statuette en cours de fabrication,
bien que les deux histoires diffèrent par l’angle d’attaque : le mystère
d’une oie de Noël découverte avec un bijou dans le gésier, et celui de
statuettes volées et fracassées sans raison.
Ceci pourrait entraîner très
loin, car il y a aussi une histoire de perles noires dans VME, qui a sa source
chez Proust pastichant dans Le Temps retrouvé les Goncourt, alors que
l’affaire des diamants fabriqués par Dinteville, cachant peut-être une
référence à Cyprien Méré, est elle aussi tirée de Proust pastichant Renan dans L’Affaire
Lemoine. Dans ce même recueil Proust réutilise l’affaire des perles
noires, ayant une origine avérée dans le journal des Goncourt, qui deviennent
des diamants noirs, sous la plume de Saint-Simon maintenant. On repense au
diamant noir de Verne qui devient rose.
Au-delà de cette sympathique
métatextualité, Perec a pu être attiré par cette histoire de perles noires
parce qu’elles viendraient, selon Proust, d’un collier porté par Mme de La
Fayette, or le comptoir de perles fondé par Jacques Bienenfeld et exploité
ensuite par l’oncle David se situait rue Lafayette. Pour le reste il est
difficile de savoir où s’arrêter. Cyprien Méré me semble une excellente
explication du cyprin gobeur de Zahir, mais quid de l’œuf de Wells, du carbuncle
de Doyle ?
Pour boucler l’escarboucle, Doyle
est l’auteur d’une ambitieuse nouvelle, Cyprian Overbeck Wells
– Une mosaïque littéraire, où il imagine un prototype de cadavre
exquis raconté tour à tour par Defoe, Swift, Smollett, Scott et
Bulwer-Lytton. Rien d’évocateur dans cette nouvelle, sinon le principe du pastiche,
mais elle est extraite du recueil « Le capitaine de l’Etoile Polaire »,
et la nouvelle homonyme aurait pu retenir l’attention de Perec. Dans les icefields
des mers polaires, le capitaine Nicholas Craigie croit voir et entendre son
épouse décédée et part la rejoindre : You see her--you must see
her! There still! Flying from me, by God… On le retrouve mort de
froid, mais rayonnant de joie.
Samuel Rosenberg (in Europe
sur James Joyce) estime cette nouvelle de Doyle être une des sources possibles
de Ulysses, et Ulysse est une des sources certaines de VME. On
peut aussi noter le parallélisme avec L’Affaire Lemoine de Proust, autre
texte cité dans VME.
Bereaux
Le nom de la femme de Juste
Gratiolet est homonyme du nom courant Béraud, qu’un dictionnaire spécialisé
déclare d’origine germanique, de ber, « ours » totémique, et wald,
« commander ». Ce qui paraît significatif chez Perec, pour qui ours
était synonyme de règle, contrainte, loi : « Art
OuLiPien : ours, calcul et raison ». Le seul rameau vivace de la
descendance de Marie Bereaux est la lignée Gérard : Louis-Olivier-Isabelle
formant l’acronyme LOI. Béroalde (de Verville), auteur à clé de même
étymologie, est présent dans l’index de VME, où j’ose d’ailleurs conjecturer
que la série des BER est nettement surreprésentée.
L’erreur (?) Berloux
aurait-elle avoir rapport avec cette étymologie, sachant que l’ours et le loup
sont deux animaux totémiques germaniques essentiels ? Cette berlue
serait-elle à relier au fameux Beurre LU ?
Mais on a bel et bien
Bereaux, qui dénie une piste exclusivement germaine, et je m’en veux de ne pas
avoir pensé de suite à l’hébreu ber, « puits », alors que ce
mot doit être connu de tout bibliste, avec Bersabée ou Bersheva lieu de
résidence des Patriarches, et notamment de Jacob avant l’exil en Egypte, nom
glosé dans la Bible elle-même, signifiant Puits du Serment ou Puits des Sept.
Le puits et les eaux,
ça va bien ensemble, et un puits est encore un trou percé vers les eaux
souterraines, et que le trou puisse devenir ours en une autre
culture n’est pas à négliger. Le Puits a encore un sens kabbalistique associé
au phallique Juste déjà évoqué (surtout qu’il s’agit d’un puits séminole), mais
il est plus immédiat de songer au Puits de Jacob de l’Evangile de Jean,
l’affaire de la Belle Samaritaine, en repensant à l’identification de Juste
Gratiolet à Jacques Bienenfeld.
Gratiolet
est le nom d’un
physiologiste (Louis Pierre Gratiolet) qui résout la contrainte Physiologie en
1860 au chapitre 58, ce qui n’empêche pas de réfléchir plus avant sur ce nom.
J’y ai ainsi vu une sorte de plus petit commun multiple aux mots ETROIT et
LARGE : toutes les lettres de chaque mot y sont présentes, sans aucun
excédent. Cette antinomie s’accorde bien à la première phrase décrivant les Gratiolet :
« ni ceux qui eurent presque tout, ni ceux qui n’eurent presque rien ne
réussirent. »
Pour revenir à Jacques
Bienenfeld, l’un des sens du mot hébreu dont dérive Jacob ou Jacques est
précisément « étroit », et un parallélisme m’apparaît de plus en plus
net entre l’immeuble du 62 rue Lafayette jadis entièrement occupé par
l’entreprise de Jacques et le 11 rue Simon-Crubellier construit par Juste.
David neveu de Jacques a dû restreindre les activités de la société au 5e
étage de l’immeuble, de même Emile fils de Juste a dû vendre la plupart des
appartements de son immeuble, habitant lui-même le 5e. Puis il n’y a
plus eu de Bienenfeld au Comptoir Lafayette et le dernier Gratiolet s’est
trouvé refoulé à l’étroit dans les chambres de bonnes.
SUITE et
FAIM
Il m’est venu que les
initiales MFAI des 4 femmes de la lignée Gérard Gratiolet pouvaient se lire
FAMI, début de Famille, mais fin aussi puisque le nom des Gratiolet s’éteint
avec Isabelle. En ajoutant le J de Juste on aurait « famij »,
transcription phonétique presque complète du mot, à l’exclusion de l’e caduc
qui peut encore être significative.
Mon Larousse encyclopédique
de 1978 donne pour premier exemple à la rubrique famille la famille
Bach. Je m’ébaubis de ceci, sachant que JS Bach a écrit en exergue d’un
canon Fa-Mi et Mi-Fa est tota musica. Si l’exégèse de cette formule
serait hors sujet, il n’est pas inutile d’observer que Fa et Mi sont les 4e
et 3e degrés de la gamme.
Robin Marr
A son propos Jacques Lecarme
évoque la piste de Nicolaï Marr et de Polivanov (présent dans la dernière
rubrique du BILL sous la forme Paul Ivanov). Je ne sais rien de ces linguistes,
mais une encyclopédie me donne le nom de David Marr, neurophysiologiste qui ne
pouvait être ignoré de Perec. La théorie de la vision de ce Marr pourrait
s’accorder avec la reconnaissance du substitut du Tétragramme grâce à ses
voyelles, et pourrait même amener le familier en neurophysiologie à lire David
au lieu de Robin, et le substitut du père de Perec est son oncle David.
Un peu tortueux, certes. En
tout cas celui qui aurait reconnu la citation de Marthe Robert ne pourrait pas
ne pas penser à Marthe Robin, désespoir des psy- de tous poils (le nom du
collaborateur suivant est Stefani, alors que Perec était le cas Stéphane pour
Pontalis). Et l’amateur d’isogrammes qui repérerait les Crosswords and
isograms de la rubrique suivante ne manquerait pas non plus de penser à
Raban Maur, qui a croisé les mots de maintes façons dans ses poèmes isogrammes
de Louanges de la Sainte Croix. Et Hariri auteur de ces jeux peut
évoquer le Harar, qui associé à la suite vocalique précédente peut rappeler que
Rimbaud s’était rebaptisé Abdu Rinbo au Harar…
Au secours !
L’Adversaire
Je reviens sur son
« opération Percival », ayant pour but la mort du millionnaire
Percival York, après avoir pris conscience du « roman policier intitulé Dog
days » dans la bibliothèque de Percival Bartlebooth décrite au dernier
chapitre ; dans l’index, il devient un « roman
(policier ?) »…
Si les contraintes
imposaient pour ce chapitre l’animal Chien et le genre littéraire Policier/SF,
il y avait des myriades de possibilités de les résoudre autrement que par ce
roman (policier ?) au titre anglais, qui offre des résonances immédiates
avec L’Adversaire, où la solution de l’affaire est plus ou moins
suggérée inconsciemment au détective (et au lecteur) par un chien nommé Bub,
diminutif de Belzebub.
Ce chien a reçu le nom du
Diable parce que le Diable est l’opposé de Dieu, God, dont dog,
le chien, représente la rétrogradation. Or en français comme dans d’autres
langues latines, les mots « jour » et « dieu » ont la même
racine étymologique, le sanskrit dev (latin deus/dies,
espagnol dios/dias…), ainsi dog days représente un genre de
palindrome bilingue probablement voulu.
Le monde n’a pas attendu
Queen pour découvrir ce jeu, mais celui-ci y a introduit une dimension
supplémentaire avec le nom palindrome Bub. Or le chapitre 43 de VME donne à
penser que le responsable de l’opération Parsifal est Joseph Hébert, le
père de Paul, un nom choisi pour résoudre la contrainte Ubu, le modèle d’Ubu
ayant été Joseph Hébert, dit « père Hébert », professeur de physique
au lycée de Rennes. Bub et Ubu…
Bub est le chien d’Ann Drew,
baptisé par son fiancé Archer, correspondant au fou des échecs. Les fous
veillent sur les diagonales, et je veux bien parier, fort de divers précédents,
que Queen a choisi ce nom Ann Drew pour évoquer l’X, malgré cette lettre finale
inattendue dans son ironie même…
Après la mort de Bartlebooth
marquant l’échec de son entreprise débutée en 1925, l’épilogue évoque Alban
Berg et le cinquantenaire de Wozzeck créé le 14 décembre 1925. J’ai eu
la curiosité d’en regarder le livret, d’après le sombre drame de Georg Büchner Woyzeck
(1836). Un Y transformé en Z après un problème de W qui devrait être X… Perec
connaissait bien l’opéra de Berg (cité ailleurs dans VME) comme la pièce de
Büchner.
Wozzeck et Marie ont un fils
qu’ils appellent Bub (diminutif de Bube, petit garçon). Wozzeck (dont le
confident se nomme Andrès) jaloux poignarde Marie puis se suicide en se noyant.
Dans la dernière scène on voit Bub jouer avec d’autres enfants qui lui
annoncent la mort de sa mère. L’enfant continue à jouer à cheval sur son bâton,
« Hop, hop ! Hop, hop ! Hop, hop ! », avant de se
décider à suivre les autres enfants vers l’étang tragique.
L’autre opéra de Berg est
LULU, ce qui rappelle certain(e)s BER-LU…
W comme
Wagner
L’érudite en art lyrique me
fournit des informations sur la Tétralogie qui semblent extrêmement
intéressantes, mais j’avoue ne pas avoir envie d’étudier cette œuvre, bien
qu’il soit certain que Perec la connaissait intimement. Je livre donc les
propres mots de son commentaire sur Marie Bereaux (lue BERWALD) mère des 5 fils
ELGOF (lus FOGEL) :
C’est le
"WALDVOGEL", l'oiseau de la forêt, qui ouvre les yeux et les oreilles
de Siegfried, parfait Orphelin (ses parents les jumeaux Siegmund et Sieglinde
sont morts) a été élevé "dans la forêt" par Mime, le frère d'Alberich
(l'"albe" noir contradictoire, opposé à l'albe "blanc"
Wotan)... c'est Mime qui a fabriqué le fameux Heaume qui rend invisible (voir
la fameuse scène de l'"Or du Rhin", avec le "nuit et
brouillard")... Ce heaume, et aussi l'anneau de son frère Niebelung
Alberich, ont été volés par l'intermédiaire du "feu" (alchimique?) le
demi-dieu LOGE (qui depuis la fin de "la Walkyrie" entoure et
"protège" sous sa forme ignée le rocher de Brünnhilde
"disparue"... punie par le Père Wotan) par Wotan lui-même, mais
celui-ci est contraint de les remettre, avec l'OR, aux géants Fafner et Fasolt
en paiement de la construction du Walhall et de la délivrance de Freia...
Fafner tue son frère Fasolt et s'approprie l'or qu'il garde désormais sous sa
forme (ignée aussi...) de DRAGON dans sa grotte. Mime attend depuis des années
que Siegfried soit prêt à tuer le dragon à son profit, et récupère l'OR.
Il parle du dragon et de
l'or à Siegfried et le conduit près de la grotte. Siegfried tue le dragon : en
retirant son épée, il mouille sa main du sang du dragon : "Wie Feuer
brennt das Blut ! " ... le sang brûle comme le feu!
Pour "éteindre" la
douleur du "feu/sang" sur sa main, Siegfried porte celle-ci à sa
bouche : il "avale" donc ainsi un peu du sang du dragon ... et
soudain il "comprend" les "paroles" que lui adresse le WALDVOGEL...
L'oiseau est dans un "tilleul" et lui donne son premier indice (sur
3) : il y a le TRESOR des Niebelungen dans la grotte : le heaume et l'anneau,
le pouvoir! s'ensuit une scène entre les deux frères/nains Alberich et Mime,
qui s'accusent de vouloir l'un et l'autre voler cet or et ce pouvoir.
Siegfried survient au milieu
de la querelle, Alberich sort, et Mime s'adresse en "FAUX" à
Siegfried : il pense lui dire des paroles trompeuses, mielleuses, pour qu'il ne
se méfie pas et aille innocemment conquérir pour lui l'OR...
C'est alors que le WALDVOGEL
donne à Siegfried son deuxième indice : MIME veut tuer Siegfried, et SIEGFRIED
"entend" la vraie pensée meurtrière de Mime sous les
"fausses" paroles du nain... Il tue Mime, et le balance dans la
grotte. Il retourne ensuite sous le tilleul (LINDE) de l'oiseau, et lui tient
ce langage (2è acte, scène 3, n° 239) : "je suis si seul, n'ai ni
frères ni soeurs, MA MERE DISPARUT, MON PERE TOMBA, jamais le fils ne les
vit!" Il demande à l'oiseau de lui indiquer un compagnon pour
être moins seul... et c'est alors que le WALDVOGEL lui donne le troisième
indice : sur un rocher, entourée par le feu, dort la plus belle des femmes,
Brünnhilde, qui sera à lui s'il "traverse les flammes" et l'
"éveille" ! Le Waldvogel ajoute :"Gai dans la douleur, je chante
l'amour ; des délices du mal, je tisse ma chanson (web ich mein lied !) ... nur Sehnende kennen den Sinn ! seuls les ardents EN SAVENT LE SENS !
"Siegried demande alors "pourrai-je PERCER le feu ?" (werd
ich das Feuer durchbrechen ?) l'oiseau lui dit que jamais un lâche n'éveillera
Brünnhilde... il vole au dessus de Siegfried, l'égare d'abord dans plusieurs
directions, puis vole vers le but, et Siegfried le suit : "ainsi le chemin
m'est montré, voltige, avance, je suis ton vol!"