Noce de Kmar
Bendana & Noureddine Mechri
a été offert au grand public dans le Cahier de la Bibiothèque Oulipienne n° 19.
C’est un poème en beaux présents construit en 10 strophes
numérotées, où chacun des fiancés reçoit alternativement, une à une, les
lettres du nom du partenaire qui lui manquent, technique ici appropriée puisque
Kmar reçoit dans les strophes 3-5-7 les lettres O-U-I.
Les strophes sont subdivisées en sections par des sauts de
ligne simples, doubles, et triple en un seul cas, strophe 7, ces sauts seront
normalisés dans l’édition de la Librairie du XXe Siècle.
Par « nombre d’or » est généralement entendu le
rapport 1,618 supposé être un parangon esthétique, or le poème compte 20
sections, 76 vers et 1464 lettres. La césure spéciale, unique, le saut de 3
lignes, apparaît après 13 sections, 47 vers et 905 lettres, avec :
76/1,618 = 46,97 soit 47 arrondi
1464/1,618 = 904,82 soit 905 arrondi
La longueur très variable des vers ne laisse guère présumer
cette correspondance idéale, laquelle serait d’ailleurs loin d’être donnée pour
un poème à la métrique régulière.
Les couples 47/76 et 905/1464 ne sont pas quelconques. 47 et
76 sont les termes 8 et 9 de la série de Lucas, débutant par les termes
1-3-4-7-11…, qui approchent de mieux en mieux les puissances correspondantes du
nombre d’or. Par ailleurs ils correspondent aux valeurs numériques des nom et
prénom de l’auteur, qui pratiquait quelque peu cette technique, la gématrie
(voir son dernier jeu proposé dans le numéro d’avril 82 de Ça m’intéresse[1]) :
GEORGES = 76
(7+5+15+18+7+5+19)
PEREC = 47
(16+5+18+5+3)
905 et 1464 sont les termes 10 et 11 d’une série de
Fibonacci débutant par les termes 1-26-27-53-80…, une série mentionnée par
Perec dans ses travaux préparatoires à « 53 jours ».
Un poème qui cite le nombre d’or présentant une césure
spéciale à la section d’or idéale du poème, selon les vers et les lettres, les
quantités les mieux dénombrables sans ambiguïté, voilà qui serait nettement
plus décisif que maintes spéculations sur le nombre d’or en littérature, mais
j’ai trop l’habitude de coïncidences de cet acabit pour les considérer comme
probantes.
La meilleure façon de relativiser une hypothèse numérique
est d’en bâtir une autre tout aussi pertinente, ce que j’ai tenté à partir
d’une autre acception du nombre d’or, qui au niveau calendaire est un nombre de
1 à 19 indiquant le rang de l’année dans le cycle de 19 ans de Méton, utilisé
pour le comput de Pâques, or le poème présente quelques coïncidences sur le
nombre 19 :
Le texte original a été imprimé par Perec lui-même en 19
exemplaires numérotés de A à S.
Il comporte une lettre interdite, dans la dernière strophe,
un « s » (une radio crache sa romance)
qui aurait facilement pu être évité, « s » 19e lettre.
Il est paru dans le Cahier de l’Oulipo 19.
Il a 76 vers, 4 fois 19.
Il a 1463 lettres sans l’intruse « s », 77 fois
19.
Un cycle unissant les rythmes lunaire et solaire serait bien
venu pour illustrer cette noce particulière, car kmar ne signifie rien
d’autre que « lune » et nûr ed-din, « lumière du
monde » (attention ! voir ci-dessous), peut être
considéré comme un prénom solaire (son diminutif était Nour, « lumière »).
A remarquer qu’après « mémoire », formant leitmotiv à la strophe 9,
le substantif le plus fréquent est « monde », avec 4 occurrences.
Perec devait au moins connaître la signification du prénom de son ami
Noureddine, sinon celle de Kmar, or « monde » peut faire entendre
l’allemand Mond, « lune ». Viennent ensuite, avec 3
occurrences chacun, « cœur » et « or », plutôt
solaires.
*Je ne sais comment j’en
suis venu à ce sens de din, qui ne signifie apparemment rien d’autre que
« religion », « foi ». Ce qui précède est donc plus que
sujet à caution, mais je conserve cette erreur (« de bonne foi »
comme dirait un ancien ministre) qui s’est avérée riche de sens (ce qui sera
développé dans une page future).
La première strophe, utilisant les seules lettres de (K)mar (B)endana, s’achève sur :
Et ce poème où les mots « soleil »,
« lune », « jour », nuit », « lumière » sont
interdits s’achève sur :
Dimanche, rue du Maroc,
qui est dans d’autres langues le « jour du
soleil » (Sunday, Sonntag).
Le cycle de Méton de 19 ans, 235 lunaisons, 6940 jours
émerveilla les Grecs en son temps et leur permit de régler avec précision leur
calendrier lunisolaire. Callipe affina encore cette précision en –330 en retirant
un jour à 4 cycles de Méton, soit 76 ans, 940 lunes, 27759 jours, mais la
période callipique n’a pas connu la gloire du cycle métonien dont la postérité
a gardé la remarquable correspondance entre 19 cycles solaires et 235 cycles
lunaires.
Il reste que la période de 76 ans a bien été utilisée et
demeure incontournable lorsqu’on veut faire intervenir la révolution
circadienne. C’est ici que peuvent intervenir les 20 sections du poème, dont
l’amateur de nombre d’or pouvait déplorer qu’il n’y en eût pas 21 (21/13 =
1,615) : si les 76 vers correspondent à 76 révolutions solaires
apparentes, alors chaque section correspond en moyenne à 940/20 = 47
révolutions lunaires.
Développée pour affaiblir la portée des proportions d’or
dans le poème, notamment du rapport 76/47, l’interprétation calendaire ramène
ces nombres 76 et 47 au premier plan. Aux siècles précédents le nombre d’or
était représenté par le symbole du soleil, et certaines spéculations le font
intervenir dans les rapports des orbites planétaires du système solaire.
Symbole qui valait aussi pour le jour du soleil, Dimanche, ici vers 76 et dernier.
Tout ça Métonne, mais il faut encore rappeler que 76 et 47
correspondent aussi aux valeurs des prénom et nom de l’auteur, qui ne sont pas
dépourvus de sens :
GEORGES = 76, un « terrien » (grec) dépendant au
premier chef du soleil
PEREC = 47, un « trou » (hébreu), une
« brisure » qui n’est pas sans évoquer les métamorphoses de l’astre
d’argent (Ag élément 47)
A se taper le callipique cul par terre.
Remarque 1 : les 3 occurrences du mot « or »
(nuée d’or, corne d’or, nombre d’or)
dans cette Noce en Tunisie peuvent
faire penser aux 50 ans des noces d’or, or Noureddine né en 1933 était selon le
calendrier musulman dans sa 50e année (sinon avait 50 ans) lors de
son mariage le 15 août 81. Son initiale nûn
correspond de plus à 50 dans l’abjad
arabe, le qâf de sa moitié Kmar à 100
(à noter encore que Qâf et Nûn, sourates 50 et 68, sont les deux
seules sourates du Coran ayant pour titre une lettre (et ces sourates préfixées
sont « contraintes » selon Rashad Khalifa : les lettres du
préfixe figurent en nombre multiple de 19 dans la sourate, 57 et 133 par
exemple pour ces sourates Qâf et Nûn) ; les sourates 24 et
54 sont La Lumière et La Lune, An-Nûr et Al-Qmar
).
Remarque 2 : il n’est pas nécessaire d’imaginer Perec
subordonner sa création à des comptes laborieux de vers et de lettres. Je
donnerai ici mon propre témoignage. Sans dévotion particulière pour le nombre
d’or, j’ai voulu jouer à lui dédier un sonnet obéissant à des contraintes
numériques précises sur les pieds, les mots et les lettres. Mes travaux sur les
sonnets me faisaient supposer que des « bons » nombres auraient pu
être 123 mots et 521 lettres, avec une première section à 47 mots et 199 lettres,
une seconde à 76 et 322 lettres, néanmoins j’ai préféré écrire sans calcul en
quelques minutes les premiers alexandrins développant mon idée de départ. Il
s’est trouvé que ma première section comptait du premier jet 42 mots et 178
lettres, correspondant à une meilleure possibilité d’harmonie d’or, pour un
sonnet de 110 mots et 466 lettres. Que ceci résulte d’une coïncidence ou d’un
calcul secret du cerveau, je ne vois pas pourquoi ce qui s’est produit pour moi
ne pourrait se produire pour d’autres. (voir ce sonnet)
Les considérations contemporaines de « 53 jours »
sur les suites de Fibonacci montrent un certain intérêt de Perec pour la
question, intérêt peut-être ancien. 20 ans avant, Perec a été amoureux d’une
belle Yougoslave, Milka, gravitant autour d’un mouvement artistique
traditionaliste, Zlatny Rez,
« La Section d’Or ». Peut-être ses membres se souciaient-ils autant
de l’illustre proportion que les membres de la Section d’Or fondée par les frères et cousin Duchamp, en tout cas
je remarque que le vers 47 suivi de la remarquable césure s’achève sur le mot derbouka, rimant avec Milka.
Remarque 3 : je n’ai pas parlé des mots, dont le
comptage n’est pas aussi sûr que les vers ou lettres. La contrainte dégressive
du poème, où un vocabulaire de plus en plus riche est offert à chaque strophe,
ne laisse pas augurer le rapport plus ou moins constant entre lettres et mots
qui apparaît généralement au long d’un texte à contrainte uniforme, ce qui se
vérifie quel que soit le mode de comptage utilisé.
Selon celui utilisé ailleurs par Perec, Noce compte 356 mots. Permutation de 365, et leurs 1464 lettres
correspondent à 4 fois 366… Il y a peut-être mieux à faire en rappelant un
monument cher aux adorateurs du nombre d’or, la grande Pyramide. Selon l’hypothèse
d’or, elle est construite sur un triangle de côtés 280, 220, et 356 coudées
(avec 356/220 = 1,618). Les 280 coudées de hauteur correspondent à 146,40 m…
Je rappelle le biographème 11/2/43 (déportation de Cyrla
Perec), dont les éléments se retrouveraient constamment dans les textes du
fils, selon certains exégètes. Les strophes impaires du poème partent du nom
Kmar Bendana, en 11 lettres. Elles contiennent 594 lettres, 11 fois 54,
réparties en 473, 11 fois 43, pour les lettres KMARBEND qui lui sont propres,
et 121, 11 fois 11, pour les lettres OUIC qu’elle reçoit de son époux. Les
initiales K.B. sont les lettres d’ordre 11 et 2. Si K = 11, KMAR = 43, et si on
veut les 3 nombres ensemble, les 2 premiers vers comptent 11 mots et 43
lettres. Le rapport entre Cyrla et Kmar ? clayr comme la lune…
Ce dernier point m’a amené à réfléchir plus avant sur la
structure du poème. Il y a 33 vers dans les strophes impaires, pour 43 dans les
strophes paires, mais la 10e et dernière strophe, en 10 vers, peut
avoir une double fonction. Il est clair que Perec a voulu réaliser dans ce
poème une double progression alternative partant des noms de chaque époux, mais
il s’est trouvé devoir résoudre un problème de dissymétrie : Kmar Bendana
a 5 lettres (OUICH) à recevoir de Noureddine Mechri et celui-ci 3 seulement
(KAB) de celle-là.
Perec a résolu une partie du problème en commençant par Kmar
et en consacrant deux strophes au prénom puis au nom+prénom de Nour. Après 5 et
4 strophes il reste à chacun une lettre à recevoir de l’autre, et la logique
même de la construction du poème veut que ce rôle puisse être tenu par une
seule strophe. J’espère que le tableau suivant clarifiera la chose :
|
str. |
lettres |
vers |
str. |
lettres |
vers |
|
1 |
KMARBEND |
5 |
2 |
NOUREDI |
7 |
|
3 |
KMARBEND + O |
5 |
4 |
NOUREDI + MCH |
8 |
|
5 |
KMARBEND + OU |
5 |
6 |
NOUREDIMCH + K |
8 |
|
7 |
KMARBEND + OUI |
10 |
8 |
NOUREDIMCH + KA |
10 |
|
9 |
KMARBEND + OUIC |
8 |
|
|
|
|
|
KMARBEND + OUICH(S) |
10 |
10 |
NOUREDIMCH + KAB(S) |
|
les lettres
indiquées sont les lettres permises pour chaque strophe, ce qui n’implique pas
que chacune y soit obligatoirement présente (cas du K)
Il ne me semble pas accidentel que les deux branches convergentes
de cette construction aient toutes deux 33 vers, et si la dernière strophe doit
bien être considérée comme plurielle, je n’imagine guère que ce soit par
inadvertance que la seule « intruse » du poème, la lettre
« s » marque du pluriel, apparaisse dans cette dernière strophe.
L’abondance des 11 est frappante en envisageant cette
construction :
3x11 vers et 54x11 lettres pour les 5 strophes où Kmar
reçoit les lettres OUIC (11x11 déjà vu)
3x11 vers et 61x11 lettres pour les 4 strophes où Nour reçoit
les lettres KA (3 et 16)
10 vers et 18x11 lettres (+ 1 S) pour la strophe finale (101
lettres du tronc commun MREND, 67 lettres OUICH, 30 lettres (K)AB)
Noce de Kmar
Bendana & Noureddine Mechri, le titre du poème obéit à la contrainte des beaux
présents, mais il est aussi en 33 lettres (+ &), 20 du tronc commun MREND,
8 OUICH, 5 KAB.
Le titre pourrait être la 11e
strophe et le 77e vers du poème, il se rangerait du point de vue
logique avec les 10 vers de la 10e strophe, et on aurait
alors :
- 11 strophes réparties en 5-4-2
- 11x7 vers répartis en 11x
(3-3-1)
- 11x33 mots, en comptant &
pour un mot (mais pas pour une lettre !)
- 11x136 lettres[2]
« belles présentes » (sans « s » et « & »)
réparties en 11x (54-61-21)
- la somme de ces trois derniers
multiples de 11 est 1936, l’année de naissance de Perec, le nombre de vers de Alphabets
- les 11 vers de la 10e
strophe avec le titre totalisent 11x21 lettres, réparties en 11x11 du tronc
commun MREND et 11x10 KABOUICH.
- le nom de 11 lettres Kmar Bendana est formé des lettres
KMARBEND qui sont au nombre de 1067,
11x97, dans les 77 vers du poème ainsi complété, dont 11x43 dans les 33 vers
des strophes impaires et 11x54 dans les 44 vers des strophes paires (en prenant
le titre pour strophe 0)
- réciproquement, les lettres OUICH sont au nombre total de
429, 11x39, avec 11x28 pour les strophes paires et 11x11 pour les strophes
impaires
- la répartition qui vient d’être vue 43-54 des 97x11
lettres KMARBEND se retrouve dans la 1e strophe, la seule composée
avec les seules lettres KMARBEND, dont les 2 premiers vers ont 43 lettres (et
11 mots) et les 3 autres 54 lettres
- la lettre K, 11e de l’alphabet, apparaît 3 fois
dans chacun des groupes séparés de 33 vers, et 1 fois dans le « tronc
commun » de 11 vers (cet équilibre permet de donner un sens à l’absence du
K dans la dernière strophe qui aurait dû a priori contenir toutes les lettres
des deux époux).
J’ai représenté sur cette page
le poème en mettant en évidence lettriste une partie de ces relations
undécimales, et sur cette autre page une version
peut-être plus lisible faisant apparaître les deux colonnes de 33 vers (mais je
ne garantis pas le résultat selon les navigateurs).
Il faudrait observer aussi les 43 vers et 198 mots des
« vraies » strophes paires. Sans l’intruse S, la 10e
strophe a 43 mots et 198 lettres. A propos de cette intruse, j’ai perçu un bel
équilibre undécimal d’un autre poème en « beaux présents » de Perec,
en en décomptant les intruses, 11 x (11 + 11) + 11.
Il est également intéressant de considérer cette 10e
strophe selon les deux lettres la caractérisant, H et B, de rangs 8 et 2, or
ses 10 vers sont divisés en deux sections de 8 et 2 vers, et encore par une césure
particulière, car toutes les autres césures à l’intérieur des autres strophes
sont des doubles ou triple sauts de ligne alors qu’il n’y a qu’un simple saut
de ligne entre ces 8 et 2 vers finaux. Cette césure particulière, amoindrie,
pourrait être associée au fait que la contrainte réunit les deux époux dans la
strophe finale, mais il faut encore constater qu’il y a en tout 10 de ces
césures internes, 8 sauts doubles de ligne, et 2 particuliers (simple et triple[3]) ;
il y a encore 8 strophes coupées par ces césures internes, et 2 qui ne le sont
pas, la 5e avec ses 5 vers et son nombre d’or, la 9e
avec ses 8 vers.
H = 8 et B = 2 donc, et la même relation gématrique
quadruple s’applique aux lettres déjà introduites :
OUIC = 48 ; KA = 12, et donc OUICH = 56 ; KAB = 14
En considérant cette strophe comme l’aboutissement commun
aux deux groupes de 33 vers possédant chacun leur propre progression, le 67e
vers du poème peut être vu comme un double 34e vers, or il a 34
lettres (et cette 10e strophe a 10 vers). Il débute par le mot
« BonHeur » (dédié à mon harmonie méridienne)
qui réunit les deux lettres manquantes.
Alors que Kmar a reçu 11*11 lettres OUIC dans les strophes
3-5-7-9, cette 10e strophe
compte 11 lettres H.
C’étaient mes commentaires les plus raisonnables sur le
poème Noce. J’invite qui n’a pas peur d’aller plus loin à me rejoindre
sur la page E=AMOUR.
1er février 2003, 9 heures environ : il me
traverse l’esprit que j’ai dû omettre de m’intéresser à de possibles relations
d’or à l’intérieur des 9 premières strophes, des 33 vers de chacun des fiancés
dessinant lettre par lettre leur rapprochement, vers la fusion de la 10e
strophe.
Bingo ! Si le nombre d’or qu’éructait Dalida était Deux,
celui de Georges semble bien être le fameux φ = 1,618…, car les 9 strophes comptent
1265 lettres (1265/φ = 781,83 : partage
idéal 782-483)
313 mots (313/φ = 193,45 : partage
idéal 193-120)
66 vers (66/φ = 40,79 : 25-41 ?)
Ce dernier
point pose problème : certains vers admettent une césure, d’autres non. Il
y a ici deux possibilités de découpe des 66 vers, au 26e et au 41e.
Si ce dernier ne donne rien de satisfaisant, le 26e vers n’est autre
que
qui, au niveau du syntagme, admet la césure Mon amour
– mon nombre d’or conduisant, selon ses 6 mots, à un partage des 66 vers
en 25,33 et 40,67, proche du 40,79 calculé, or
- amour est le 120e mot du poème
- son « r » final en est la 483e lettre
Ainsi « mon nombre d’or » partage bien cet
ensemble selon le nombre d’or, rigoureusement, à la meilleure approximation,
selon trois critères différents !
La principale raison que j’avais de douter de
l’intentionnalité de la césure d’or déjà vue pour l’ensemble de Noce
était que, personnellement, j’aurais associé l’expression « nombre
d’or » à la césure d’or d’une construction d’or, ce que je n’ai pas manqué
de faire dans mon sonnet « UN, », mais je savais
aussi que Perec avait de plus en plus à cœur de masquer ses procédés d’écriture
(jusqu’à les (re)nier en réécrivant Ulcérations en orthographe
normalisée).
Or ici non seulement mon souhait intime se trouve réalisé,
mais la césure d’or est exacte selon le critère supplémentaire des mots.
Il est difficile de faire comprendre à quel point ces
équilibres semblent éloignés de hasards. J’ai déjà souligné qu’il s’agit d’un
poème en vers libres (comptant de 1 à 9 mots, de 4 à 35 lettres), ce qui augure
mal d’équilibres vers-mots. Par ailleurs on peut vérifier que la nature double
de la contrainte ne favorise pas les équilibres mots-lettres. Les strophes
impaires, disposant d’un choix plus restreint de lettres, présentent un rapport
lettres/mot plus faible que les strophes paires[4],
et il n’y a ainsi que peu de zones, trois, où l’équilibre est réalisé, où le
rapport lettres/mot est suffisamment proche de la moyenne des 66 vers. La
première commence au début du 25e vers, et s’achève sur
« nombre » au 26e vers.
A noter aussi qu’il n’y a rien de litigieux dans cette
partie du poème. Pas de faux « beaux présents », et les sauts de
ligne ne jouent pas ici (mais bien sûr cette nouvelle relation d’or réactualise
le triple saut de ligne après « derbouka »).
Les quantités de lettres 483-782-1265 correspondent aux
termes de la suite de Fibonacci 21-34-55, multipliés par 23.
J’ai représenté ces 66 vers en deux blocs de largeur 23
caractères sur cette page, ce qui permet divers
constats.
Le bloc des 483 premières lettres, ou 21 x 23, occupant 25
vers 1/3, est suivi d’un autre bloc de 483 lettres s’achevant sur un vers et
une section, en 24 vers 2/3. Le vers suivant, qui forme à lui seul une section
entière, n’est autre que « Noce ». Ainsi mon nombre d’or ponctue une partition d’or idéale
correspondant selon les lettres à 21-34, tandis que la seconde section admet une autre ponctuation d’or avant Noce,
correspondant à une partition 21-13.
Le titre Noce de Kmar Bendana & Noureddine Mechri
compte 34 caractères ; il est remarquable que le « u », 21e
lettre de l’alphabet, y apparaisse en 21e position ; de même le
premier « u » que reçoit Kmar de Nour est celui de « Mon
amour », ponctuant la section d’or à la 21e ligne de 23
caractères.
Il est absolument fascinant que les mots « mon
amour », qui ponctuent de l’autre côté cette partition 21-34, aient les
valeurs numériques 42-68 (MON = 13+15+14 = 42), doubles de 21-34, ainsi chaque
mot, sinon chaque lettre, du vers Mon amour mon nombre d’or semble
significatif.
Dans le même ordre d’idée, 23 correspond au rang du
« w », mais encore à la somme des initiales GP, 7+16.
Les 66 vers s’achèvent sur « au bord d’une mer de
carbone ». Je ne sais ce qu’est une « mer de carbone », mais il
est encore fascinant que ce mot de la fin puisse encore épouser numériquement
la structure des 66 vers :
C (je ne C quoi en faire, sinon C = A + B)
ARB = 21 (1+18+2)
ONE = 34 (15+14+5)
ARB-ONE est équivalent à MON-AMOUR et à la division des 66
vers en 21x23 lettres s’achevant sur « mon amour » et 34x23 sur
« arbone »…
Les termes précédents de la suite 313-193-120 (les nombres
de mots) sont 73 et 47, deux nombres perecquiens puisque PEREC = 47 est né un
7/3.
L’ensemble du poème a déjà été considéré, avec la césure
d’or à la moyenne raison sur derbouka. Il convient encore de se souvenir
qu’il a un titre dont le nombre de caractères est fibonaccien, et de noter les
nombres de lettres suivants, « laids présents » compris :
34 caractères du titre, 9e terme de la vraie
suite de Fibonacci
1265 lettres des deux fois 33 vers, 10e terme
d’une suite de Fibonacci débutant par les termes 23-23
199 lettres de la dernière strophe, 11e terme de
la suite de Lucas.
L’ensemble compte 1498 caractères, 11e terme
d’une suite de Fibonacci débutant par les termes 2-26, se partageant en 926 et 572.
A la moyenne raison, les 926 caractères tombent sur l’
« n » de « un » dans le désormais connu 47e
vers, « d’un air de derbouka ». Cet « un » n’est pas
anodin, car le nombre d’or, φ = 1,618…,
est un rapport, le rapport à UN. A ce 926e caractère achevant l’
« un » correspond l’ « e » final de « Dimanche »,
le jour doré du soleil…
Cet « un » est le dernier d’une série de 5
(« Rire d’1 rien/ d’1 bribe/ d’1 ruban dénoué/ d’1 bain de mer/ d’1 air de
derbouka »), tandis qu’à la strophe 8 apparaît une énumération de 8
« un » (« comme 1 eau douce/ comme 1 cerceau, 1 ronde/ 1 morceau
de craie/ 1 marché en Mandchourie/ 1 carreau du corridor/ 1 arôme de coriandre/
1 cadence d’accordéon »). 5 et 8 sont des termes de la suite de Fibonacci.
A la petite raison, les 572 caractères tombent au milieu
d’un mot, sur l’ « o » de « Noue » débutant le 29e
vers. Ce n’est encore pas anodin, car le « nouage » revient à
plusieurs reprises dans Noce, et c’est l’occasion de remarquer que, dans
le bloc de 66 vers où apparaît la triple césure d’or à la petite raison, le
premier bloc de 483 lettres s’achevant sur « mon amour » admet aussi
une césure d’or à la petite raison, à la 184e lettre qui est l’
« r » du mot « nouer ».
Je ne sais ce qu’est ici cet « édredon d’indienne »,
mais les vers 29-30 sont « Noue en bordure de ma demeure/ un
bandeau brodé d’aurore », où on entend beaucoup d’or pour finir
cette 5e strophe.
Toutes ces dernières relations ne sont valables que pour les
lettres.
Les 199 lettres de la dernière strophe n’offrent pas de
césure notable à 76 ou 123, mais il y aurait bien des choses à dire tout de
même. Je me borne ici à signaler que le fameux « s », l’intruse, est
la 110e de la strophe (2 fois 55, le nombre qui structurait les 9
strophes précédentes). D’une part il existe une belle césure 42-68 (sur l’
« e » de « marbre ») de ces 110, d’autre part la
considération des 55x25 lettres du début du poème jusqu’à cet « s »
marque du pluriel mène à une césure 34-21 (soit 850-525) sur le premier
« un » du Groupe des Cinq vu précédemment.
Ces découvertes sur Noce ont été accompagnées de
coïncidences extérieures dont on trouvera un point de départ aux Dix Mots.
On peut consulter aussi ma page sur Un
poème.
[1] Et donné dans Jeux
intéressants, 1997, chez Zulma.
[2] La lecture calendaire
pourrait être relancée, car il existe une remarquable période de 11 ans correspondant
à un peu plus d’un jour près à 136 lunaisons.
Selon le calendrier
grégorien, la période de 11 ans sera 3 fois sur 4 de 4018 jours, soit un nombre
entier de semaines. Une conséquence de ce fait est que la date de Pâques
revient presque 3 fois sur 4 à la même date tous les 11 ans. C’est aussi
pourquoi 34 années du calendrier musulman lunaire correspondent à 33 années
solaires.
[3] Il faudrait aussi remarquer
que cette autre césure particulière apparaît dans une autre strophe de 10 vers,
qu’elle coupe en 9-1, qui peuvent encore être interprétés en tant que strophes,
césures, ou rangs de lettres : Kmar reçoit dans cette 7e
strophe la lettre I de Noureddine tandis que Noureddine reçoit dans la strophe
suivante la lettre A de Kmar, et le vers unique commence par les lettres AI,
« aimer à en mourir ». Parmi les 10 vers de cette 7e
strophe un seul ne contient pas la lettre I. La 8e strophe a
également 10 vers, répartis en 2-1-7, où le vers solitaire correspond à un seul
mot, « noce », serti par 9 vers qui contiennent tous la lettre A. I
et A sont dans les deux cas les dernières lettres non communes des prénoms.
[4] Pour être précis, les strophes impaires comptent 594 lettres pour 158 mots, soit un rapport de 3,76 lettres/mot, les strophes paires 671 lettres pour 155 mots, rapport 4,33.