Il devenait indispensable d’aller voir les propriétaires du
NOMBRE D’OR, ce qui fut fait le mardi 18 février 2003.
Le chemin de terre s’enfonce dans les bois, jusqu’à de
premiers bâtiments, une maison et la bergerie des chèvres de Nathaël Moreau,
probablement. Une boîte à lettres au nom de Prins, une flèche : NOMBRE
D’OR à 500 m.
Le chemin s’élève à l’ubac, dans la neige tombée
l’avant-veille, puis passe sur le versant ensoleillé. La maison est construite
sur une petite butte dans les collines, dominant la vallée, dite « ravin
de Laval », heureux palindrome.
Elle forme un rectangle d’or, comme me l’avait écrit Moreau,
je compte 8 pas sur 13, 56 planches de large sur 91. Le bois à l’extérieur est
un peu gris, mais l’intérieur est splendide.

Car on a répondu à mon coup de sonnette, une femme avenante,
parlant parfaitement français avec un léger accent, qui accueille calmement mon
ébouriffante histoire.
Elle s’appelle Anette Prins, est Hollandaise et consultante
en philosophie. Elle et son mari Reindert peintre vivent ici depuis l’été
précédent, avec quelques chats et chiens.
NOMBRE D’OR est le domaine d’Anette, or j’ai découvert la
veille un livre ahurissant, Le Temple du Secret, où un nommé Alfred
Weysen prétend avoir découvert le centre occulte du monde non loin d’ici, un
endroit qu’il nomme le clos Ana, alors que le centre de la terre de Jules Verne
est devenu pour Jean Lahougue Le Domaine d’Ana… J’approfondis ici cette
coïncidence.
Moreau a cédé sa maison aux Prins, « prince » en
hollandais. Dans mon adolescence j’ai été fasciné par la forme poétique de la
ballade, notamment par l’envoi final au Prince. Si j’ai apprécié Villon et
d’autres, la seule ballade dont l’envoi est resté dans ma mémoire est une pièce
de Verlaine, Ballade à propos de deux ormeaux qu'il avait. Depuis
plus de 30 ans, la moindre mention du mot « prince » fait défiler
dans ma tête cet envoi qui s’achève sur « ormeau(x) », anagramme de
Moreau.
J’ai retrouvé le poème complet sur Internet :
Mon jardin fut doux et léger
Tant qu'il fut mon humble
richesse:
Mi-potager et mi-verger,
Avec quelque fleur qui se
dresse
Couleur d'amour et
d'allégresse,
Et des oiseaux sur des
rameaux,
Et du gazon pour la paresse.
Mais rien ne valut mes
ormeaux.
De ma claire salle à manger
Où du vin fit quelque
prouesse,
Je les voyais tous deux
bouger
Doucement au vent qui les
presse
L'un vers l'autre en une
caresse,
Et leurs feuilles flûtaient
des mots.
Le clos était plein de
tendresse.
Mais rien ne valut mes
ormeaux.
Hélas! quand il fallut
changer
De cieux et quitter ma
liesse,
Le verger et le potager
Se partagèrent ma tristesse,
Et la fleur couleur
charmeresse,
Et l'herbe, oreiller de mes
maux,
Et l'oiseau, surent ma
détresse.
Mais rien ne valut mes
ormeaux.
Prince, j'ai goûté la
simplesse
De vivre heureux dans vos
hameaux:
Gaîté, santé que rien ne
blesse.
Mais rien ne valut mes
ormeaux.
J’ai la curiosité de passer ce poème dans mon programme
d’analyse, et je découvre qu’il compte 699 lettres, 3 fois 233, 13e
nombre de Fibonacci, nombre de l’Arbre de Vie, récurrent dans cette affaire.
C’est à peine une surprise de découvrir que la petite césure d’or tombe
exactement à la fin du 11e vers, sur l’ « r » de
« bouger », 267e lettre.
L’orme arbre de vie ? Il aurait été idéal que le poète
en eût trois, mais 15 jours plus tôt je me suis émerveillé de découvrir les
Trois Ormeaux, un haut lieu d’Alise-Sainte-Reine, les coïncidences sur le mot
« reine » de la page précédente m’ayant fait
m’intéresser au martyre de Sainte Reine.
Alise est en Côte-d’Or, proche de Dijon, où habite le
rédacteur en chef de Florilège, rue Arthur-Rimbaud…
Prins débute par les lettres P-R, de rangs 16-18, évoquant
1,618…
La valeur de PRINS est 76, nombre de vers de Noce.
Anette Prins m’a fait part d’une autre visite d’une personne
frappée par le panneau NOMBRE D’OR, quelqu’un de chez Iris Bleu de
Gréoux-les-Bains, atelier de vitraux où on utilise aussi le nombre d’or. Il y a
un site http://www.iris-bleu.com , que
j’ai été visiter.
Sur la page Liens, le premier mentionné est celui de
Jean Moreau, artisan en vitraux à Pons (17).
13 mars 03 : je reçois le numéro 110 de la revue
Florilège, posté de Dijon (21) le 12/3, le cachet de la poste… Je vois encore
quantité de nombres sympas là-dedans, par exemple en lisant 12/3 comme 123,
gématrie de GEORGES PEREC (76+47).
Le cahier consacré aux 10 mots compte 34 textes, le mien
débute en page 66, alors que c’est dans les 66 premiers vers (répartis en 2
fois 33) de Noce qu’est apparue la miraculeuse césure d’or insoupçonnée
au moment où je l’ai écrit, entre Mon amour et mon nombre d’or.
Mon texte se termine page 68, valeur de « amour »,
tandis que le 110 du numéro correspond à « mon amour » (= 42 + 68
correspondant aux 21 et 34 fois 23 lettres des 66 vers avant et après la
césure)…
A propos d’AMOUR, Le Goff m’a signalé quelques jours
auparavant un roman allemand de Thomas Vogel (« oiseau », qui se
prononce comme Le Goff à l’envers) où il serait question de Fibonacci et de
nombre d’or, qui serait employé dans la structure même du récit.
Sur une page en allemand, je découvre qu’il y a d’autres
contraintes employées ponctuellement dans le roman, notamment des textes en
beaux présents et des mini-textes de 11 mots, ceci évoquant Perec et notamment Noce.
Le plus hallucinant est la mention d’un lipogramme, une
description de prairie (de campagne…) s’interdisant les lettres AMOR. Je suis
impatient de découvrir ça, sachant qu’à partir de la Lettre d’amour du
roi George, je suis parvenu à une lecture ROMAN AMOR qui a trouvé des
échos notamment dans un poème explicitement fibonaccien précisément nommé Roman amor…
L’adresse de cette page est elle-même significative, datée
du 18 juin qui devient en notation anglaise un 06/18 évoquant la forme
alternative du nombre d’or, 0,618…
http://www.fnweb.de/archiv/2002/m06/18/me/rundschau/20020618_m071051002_16802.html
Par ailleurs la page entre dans le cadre des cérémonies
liées au jubilé (50 ans) du duché de Bade-Wurtemberg, évoquant encore la
« noce d’or » de Perec où j’ai vu une certaine importance du nombre
50.
Mais au moment où j’ai déchiffré tant bien que mal cette
page, j’ai surtout vu les résonances avec le 18 juin 53, date importante du roman
de JC Oates que je lisais, Souvenez-vous de ces années là (You must
remember this) : c’est ce jour que devait avoir lieu l’électrocution
de Julius et d’Ethel Rosenberg, condamnés pour espionnage sans preuves réelles.
Les Rosenberg ont eu droit à 24 heures de sursis, peut-être
parce qu’une sombre ironie avait voulu que ce 18 juin fût leur 14e
anniversaire de mariage…
En cette année 2003 l’actualité ne risque guère de mettre au
premier plan le jubilé de cette exécution inique, qui a révolté Perec également.