Est-ce
le destin ou le simple hasard ? Mais le hasard est-il
« simple » ?
RS
(=JCO)
J’ai procédé à la première mise en ligne des 5 autres pages de
cet ensemble le 13 janvier 03 (une première version de Noce, sans la
section Dites 33, était en ligne depuis quelques mois).
Des
coïncidences extérieures avaient ponctué cette écriture. Les pages Amour
et Haine étaient en cours lorsque je découvris les Dix Mots de
Queneau le 6 janvier, le lien avec mon projet Indécente (L’).
D’autres
coïncidences ont accompagné la mise en ligne, en tel nombre que je me limiterai
ici aux suites de ce qui s’est passé le lendemain.
Restons
d’abord au 13 ; FR3 diffusait à 15 h un téléfilm qui m’intéressait, dont
j’avais vu distraitement la fin quelques années plus tôt, et qui pouvait avoir
un rapport avec un de mes sujets d’intérêt, la noyade d’Erik
Ericsson et la mort de sa mère Ewa dans la Vie mode d’emploi. Le
principal personnage de ce film, La Fin d’un rêve, est Erik Eriksen, et
il y a une petite fille qui se noie avec sa mère. Je voulais en savoir un peu
plus, notamment si c’était tiré d’un roman.
Oui,
l’auteur de On this star est Virginia Sorensen, romancière mormone.
Le
lendemain je me rends à la Bibliothèque locale, et vais à tout hasard voir la
cote SOR : pas de Sorensen, mais mon œil accroche un roman à moitié sorti
du rayon, Une troublante identité, de Rosamond Smith. Le
père de la religion mormone est Joseph Smith. J’emprunte.
Ce même
mardi 14, j’aperçois chez le marchand de journaux un numéro hors-série de
Tangente, Mathématiques et Architecture. J’achète.
J’ai du
mal à en croire mes yeux en feuilletant ce « seul magazine des
mathématiques au monde ». Les chroniqueurs semblent être tombés dans
divers panneaux, jusqu’au poncif le plus éculé de la mystique du nombre d’or,
la pyramide de Khéops, accompagné du « Témoignage d’Hérodote », si
connu comme apocryphe que plus personne n’osait l’utiliser.
Et jusqu’à
la nouveauté la plus absurde, la « Quine des Maîtres » : les
bâtisseurs romans auraient disposé d’un étrange outil, analogue à notre mètre
pliant, et dont l’élément central, l’empan, mesure d’ailleurs exactement 20,00
cm (au Moyen-Age !), l’ensemble des cinq branches étant en rapport d’or,
de la paume à la coudée de 52,36 cm permettant de calculer pi (6 coudées font
3,1416 !!!).
J’envoie
un mèl au directeur de Tangente.
Le
lendemain je commence Une troublante identité (1995), dont le titre
original, You can’t catch me, est bien plus riche de sens.
Rosamond Smith est un pseudo de Joyce Carol Oates, dont j’ai jadis essayé de
lire Zombi, qui ne m’a pas ravi.
Ça
commence très fort avec Tristram Heade qui vient à Philadelphie pour acheter
une édition rare signée Queen… Queen Ann, mais Queen tout de même.
Son taxi
l’amène à la place Rittenhouse, où il a réservé une chambre à l’hôtel Sussex,
mais il décide soudain d’aller de l’autre côté de la place, à l’hôtel Moreau
(!!!), où il est reconnu immédiatement comme Angus T. Markham et conduit à sa
suite habituelle…
Il me
semble reconnaître plusieurs évocations de Queen, parfois par des détails très
précis, notamment des deux romans où Ellery Queen détective est conduit à enquêter
à Philadelphie.
C’est en
tout cas passionnant, toujours surprenant.
Je tombe
sur quelque chose qui me fait tiquer. Le chapitre 1 de la 4e partie
s’achève sur la phrase « Il courut comme si sa vie en dépendait. », et
le chapitre suivant commence de même par « Il courut comme si sa vie en
dépendait : ... ».
Le roman
compte 5 parties en 6-4-7-7-5 chapitres. Cette suture, unique, entre deux
chapitres apparaît au chapitre 18(-19) parmi 29, 18 et 29 appartenant à une autre
suite connue de type Fibonacci, celle de Lucas, 1-3-4-7-11-18-29-47-76…,
celle-là même qui a attiré mon attention sur Noce.
Noce qui
s’achevait sur « Dimanche », le premier mot de Queneau. Le
dernier mot, « courir », était celui qui avait à priori le moins à
voir avec mon histoire Very Dick, et voici qu’une forme de
« courir » pourrait avoir été utilisée pour signifier la césure d’or
d’un roman qui m’est parvenu fortuitement.
Pourrait ?
Il s’agissait maintenant de regarder si d’autres œuvres de JCO accréditaient un
intérêt quelconque pour le nombre d’or ou pour les suites de Fibonacci.
La
« Règle de Roubaud » veut qu’un texte sous contrainte évoque sa
contrainte. Il apparaît une phrase fort curieuse dans Un amour noir (I
lock my door upon myself, 1990), répétée ailleurs sous une
autre forme :
« Une
vie coupée en deux, mais non par moitié. »
Cette vie
est celle de Edith Margaret Honeystone, dite « Calla », que les trois
parties du livre découpent plutôt en trois !
- sa vie
jusqu’à 21 ans, mariée sans amour à un fermier ;
- son
aventure de l’année 1911-12 avec un Noir et sa dramatique conclusion, le
suicide avec son amant ;
- les 55
ans suivants, car elle a survécu au drame.
21 et 55
appartiennent à la suite de Fibonacci, de même que 5-13-8 et 3, les rangs
alphabétiques des initiales EMH et C. Il y aurait d’autres détails à analyser
dans cette histoire et sa structure.
Man Crazy (1997)
est structuré en 21 chapitres (+ prologue et épilogue) non numérotés, le titre
du 13e chapitre à la section d’or étant éponyme de celui du roman.
Le 14e chapitre commence par les mots « parle-moi de
toi » s’inscrivant dans la continuité du prologue éponyme.
Le roman
s’achève sur son 21e chapitre et le 21e anniversaire de
l’héroïne « folle des hommes » Ingrid Boone. Le M ouvrant le titre du
13e chapitre est la 13e lettre.
Il n’y a
en fait, à part son père, que très peu d’hommes dans la vie d’Ingrid, très
brièvement évoqués, jusqu’au 14e chapitre « La bite de
Satan », juste après la section d’or, avec l’apparition d’Enoch Skaggs,
gourou d’une secte satanique qui va transformer sa vie en cauchemar. (C’est
dans l’île de Skaggs que se trouve le service de cryptologie de la marine US. Enoch
en hébreu signifie « initié ».)
Détail
fort curieux, ce Skaggs membre de la Fraternité Aryenne a un compte bancaire au
nom de D.W. Nathan, nom juif correspondant exactement au nom de naissance de
Frederic Dannay, l’âme d’Ellery Queen, Daniel Walerstein Nathan. A ma
connaissance, ce nom ne peut avoir retenu l’attention que des rares lecteurs de
The golden Summer, unique roman publié par Dannay seul, sous la
signature Daniel Nathan, prétendus souvenirs de jeunesse de Danny W. Nathan,
dans lesquels j’ai lu une architecture d’or extrêmement élaborée.
Skaggs, qui se prétend le Diable, rebaptise Ingrid « la
Chienne », dog-girl. DOG est le contraire de GOD,
« Dieu », grand classique, notamment utilisé explicitement par Queen
dans L’adversaire. Dieu apparaît dans ce roman d’Oates, au 8e
chapitre, « Le Joker » qui est Dieu aussi bien que le père d’Ingrid.
On pourrait ainsi avoir une structure 8-5-8 bornée par Dieu-Joker et
Diable-Cock…
Le dernier
roman de « la romancière la plus célèbre des Etats-Unis » disponible
à ma Bibliothèque est Mon cœur mis à nu (1998).
610 pages.
Un prologue historique, puis trois parties inégales, composées de chapitres non
numérotés :
21
chapitres pour la première partie,
13 pour la
seconde,
9 pour la troisième
Presque la
vraie suite de Fibonacci, décroissante, 21-13-8, or le dernier
« chapitre » du livre est très particulier, sans lien diégétique avec
le précédent, constitué d’une phrase unique, longue, impersonnelle,
intemporelle…
Je pense à
La Fin, monsieur Win, formé de 5 parties en suite de Fibonacci décroissante,
puis d’un autre chapitre très spécial, et encore du dernier, constitué d’une
phrase unique.
La folle
logique qui semble présider à cette affaire voudrait que le dernier chapitre de
My heart laid bare recelât un message codé sous une quelconque forme,
mais je n’y crois pas au point de tenter de décrypter le texte français.
La plupart
des chapitres sont divisés en sections, numérotées en chiffres romains, en
commençant au « I », mais deux chapitres de la première partie n’ont
pas leur première section numérotée, le (7) et le (14) qui ont chacun 6
sections (avec les 5 dernières numérotées de II à VI).
Avant la
première bizarrerie, les 6 premiers chapitres comptent 34 sections.
Avant la
seconde bizarrerie, les 13 premiers chapitres comptent 55 sections.
34 et 55
sont encore des termes de la suite de Fibonacci.
(J’ai cru un temps à la
preuve d’une intention, jusqu’à la consultation de l’édition américaine, où j’y
ai encore cru quelques secondes après avoir vérifié la présence originale de
ces manques. Mais la première section du chapitre 17 n’est pas non plus
numérotée, de même celle du chapitre 37 dans la dernière partie)
Aller plus
loin dans cette seule analyse numérique serait fastidieux, je mentionne
néanmoins le total de 191 sections pour les 3 parties et 43 chapitres, 191 dont
la section d’or 118 tombe exactement à la fin d’un chapitre (le 30e),
à un point qui n’est pas quelconque (entre 3 titres de chapitres normaux et 4
titres entre guillemets).
191… Mon
projet La Fin, monsieur Win en 100 chapitres a évolué en Indécente
(L’) en 91 sections, la dernière section étant composée de 190 mots et 910
lettres. (Et le Prologue ? dans ce second projet La Fin, monsieur Win
avait un prologue.)
118-191
sont des termes de la suite 1-5-6-11-17-28-45-73-118-191-309-500-809…, dont les
doubles donnent les approximations courantes du nombre d’or (x 1000),
618-1000-1618, et les quadruples les mesures métriques de la Quine des initiés,
764-1236-2000-3236-5236.
Si je
doute fort que des bâtisseurs romans aient jamais connu les suites de Fibonacci
et la Quine, il n’en va pas de même avec cette bâtisseuse de romans…
… qui
semble être une des rares personnes en ce monde à avoir compris le sens profond
de l’œuvre de Queen.
Par
exemple le chapitre 12 de ce dernier roman s’achève sur une exécution
programmée à Trenton au 1er juin 1910, et le 1er juin est
la première date mentionnée dans Une troublante identité.
J’ai pu appeler
le 1er juin « jour des Queen » (par opposition au 6/1,
Jour des Rois), à la suite de ma lecture de La Maison à mi-route,
que j’appelle volontiers à phi-route et qui commence le 1er
juin 1935 par l’assassinat à Trenton d’un homme qui menait deux vies
parallèles, à Philadelphie et à New York.
Le dernier
Oates traduit en France est Johnny Blues. C’est ici la suite de Lucas
qui semble convoquée, avec ses termes 11-18-29-47-76.
Encore un
roman complexe écrit à une première personne du pluriel (WE) correspondant aux
134 élèves de la promotion 196* du lycée de Willowsville, petite ville de
l’état de New York fondée par J.W.W. Edgihoffer (JW WE) qui me rappelle
fortement la Wrightsville d’Ellery Queen fondée par Jezreel Wright (JW). L’un
des élèves est un descendant de l’illustre famille, prénommé Reginald, dans
lequel j’entends REGINA, « reine », queen, et devine alder,
« aulne », à l’origine du prénom Ellery.
(aux dernières informations,
JCO a fréquenté le lycée de WILLIAMSVILLE, ce qui atténue fortement le rapport
envisagé ci-dessus entre Willowsville et Wrightsville…)
Une
première partie en 19 chapitres numérotés, narrant essentiellement le fait
marquant de la promotion, l’assassinat de l’amant de la mère de l’idole des
élèves, Johnny Heart. Le 19e chapitre appartient cependant à un
autre registre, se situant au lendemain de la réunion du 20e
anniversaire de la promotion.
Une
seconde partie en 10 chapitres également numérotés, évoquant le destin de Johnny
Heart (au niveau du temps, les 29 chapitres de ces deux parties pourraient être
répartis en 18 et 11).
Une
troisième partie non découpée en chapitres, contant le détail de la réunion du
30e anniversaire (un 30 qui suit 29 chapitres), à laquelle sont venus
87 des 134 anciens élèves. Elle s’achève sur l’énumération des noms de tous les
absents, non pas 47 (134 – 87) mais 46. Ce manque correspond peut-être à Bo
Bozer, mort quelques semaines auparavant et qui a désiré que sa veuve amène
l’urne funéraire à la réunion, ce que la narration semble juger d’un goût
douteux.
La liste
des 46 est presque uniquement composée de noms qui ne sont jusqu’ici jamais
apparus, à l’exclusion de Johnny Heart, l’idole qui n’est pas venue, qui figure
en dernier. Aucun ordre alphabétique ne semble la gouverner, garçons et filles
y sont mélangés… Le seul point notable
est un unique « et » unissant les 18e et 19e
noms, Jori Fullenweider et « Buck » Weisbeck.
Aucun de
ces noms n’était apparu précédemment, et le seul renseignement accessible au
lecteur est leur position dans la liste, et la position de cet unique
« et » correspond à la petite section d’or parmi 46 éléments (18-28),
section qui aurait été bien meilleure pour les 47 élèves manquants au complet.
Le « manque » parmi les « manquants » est certes un coup
plutôt tordu, mais qui a osé terminer son roman par cette liste
indigeste ?
29
chapitres puis 47 manquants répartis en 18-29, et le seul âge précisé pour un
des participants de la fête est 47 ans. On trouve par ailleurs des nombres de
la série de Lucas curieusement soulignés par des variantes. Un élève se
rappelle fort bien de l’adresse des Heart à Las Vegas, au 47 Arroyo Seco alors
qu’elle a déjà été donnée au 837. Selon les journaux, le grand-père Heart a 76
ou 72 ans.
Une autre
curiosité est le « Cercle », élite des élèves, formé de 5 garçons et
8 filles, nombres de Fibonacci.
Le 1/6,
Jour des Rois, un message de Pascal Kaeser m’a fait prêter attention aux Dix
Mots de Queneau, Kaeser qui pourrait être une forme de Kaiser,
« empereur », de Caesar, alors que l’affaire Tangente se
développant en parallèle m’a conduit à imaginer dans un conte satyrique une
étymologie du mot « roi » à partir d’un nom propre.
(En fait Kaeser est bien
plus sûrement « fromager » qu’ « empereur »)
Ce jour
des Rois j’ai donc vu la lecture Queneau = « Queen + Au », et
j’allais bientôt découvrir que mes lectures fibonacciennes de Queen trouvaient
un autre écho dans la Quine des Maîtres romans, dont les éléments sont censés
équivaloir à 34-55-89-144-233 lignes ou « grains d’orge ».
C’est
grâce à Jean-Pierre Le Goff que j’ai appris l’existence de la Coudée Royale de
233 lignes ou 52,36 cm. Lors de son enquête sur les 52 touches blanches et 36
noires du piano, l’un des multiples effets du « simple hasard » qui
semble orienter nos vies lui a fait parvenir trois feuillets du Cahier de
Boscodon. Ce qu’il narre dans Le cachet de la poste (Gallimard, 2000),
sans mettre en doute la fiabilité de ces fragments, mais ce n’est pas ce point
qui l’intéressait et on ne peut lui en tenir rigueur.
Au moment
où je découvrais ce livre d’un inconnu nommé Le Goff, Jean-Pierre découvrait de
son côté celui d’un inconnu nommé Schulz, qui voyait le nom de Caius Julius
Caesar étroitement associé aux nombres du calendrier julien. Le Goff
s’intéressait de son côté aux 52 semaines et 36 décans de l’année.
Le 27
novembre où nous avons découvert le « NOMBRE D’OR », j’avais prévu,
si le TGV de Jean-Pierre avait été dans l’après-midi, d’aller avec lui à
l’abbaye de Silvacane, où un contaminé de la Quine, l’architecte Matthieu
Lalanne, a découvert une mesure exacte en coudées royales. Lors du festival
annuel de La-Roque-d’Anthéron, festival de piano à 52+36 touches, les concerts
les plus prestigieux sont donnés dans l’abbaye de Silvacane…
(Découvert depuis
ceci : ces 52+36 notes vont d’un LA grave à un DO aigu, or sur un cadran
de téléphone LA-DO est équivalent à 52-36)
A un
kilomètre du « NOMBRE D’OR », jouxtant au plus près la borne
kilométrique 44 de la D8, une stèle témoigne de la mort d’Arsène Burle, tué par
les Allemands le 16 juin 1944.

Ce 16 juin
m’a aussitôt évoqué le Bloom’s Day cher aux Irlandais, et Joyce Carol
Oates doit probablement son premier prénom à une personne pareillement initiée,
car elle est née un 16 juin.
(ça n’a en fait rien d’évident et n’apparaît pas
dans ses diverses bios)