Mon émerveillement devant les 594 lettres des 5 strophes impaires
de Noce de Kmar Bendana & Noureddine Mechri m’a conduit à tenter
d’en faire autre chose, en utilisant le fait que l’anagramme la plus directe de
NOCE est CONE, et que 594 lettres autorisent une structure de 22 vers de 6 à 48
lettres, chaque vers comptant 2 lettres de plus que le précédent.
Dans cet épithalame en 10 strophes, les 5 strophes impaires sont
construites à partir des 8 lettres KMARBEND de la fiancée, incorporant à chaque
strophe une des lettres de son fiancé, et vice-versa pour les 5 strophes paires
(c’est du moins la façon la plus simple de présenter la construction expliquée ici en détail).
Cette progression était une autre façon de justifier le CONE
projeté, puis après l’avoir créé tant bien que mal j’ai eu la curiosité de
m’interroger sur le nombre de lettres des 5 strophes paires (soit 2-4-6-8-10),
et leurs 870 lettres permettent précisément de construire un cône parfait de 29
lignes de 2 à 58 lettres (soit 2-4-6-…-54-56-58).
Ceci me semble bien plus remarquable que ma pauvre tentative, et voici donc d’abord une nouvelle représentation de l’ensemble de NOCE, en deux cônes, le cône Nour (des strophes paires) étant ici figuré en creux pour permettre l’insertion du cône Kmar (des strophes impaires). Les lettres du tronc commun demnr sont en noir, les lettres ouich particulières à Nour en bleu, et les lettres kma particulières à Kmar en rouge :
rireinouidedidonoudeneeodeurdedunenueedororniereinondeedun
eondeederniereneriendirenoue runedredondindiennereineenro
ireuniedonnemoicemurmurecec heminenechooucommencecedire
moncoeurincendieremueunece
ndrenoirerumeurrecheduneco
rnedorchimeredemercureoud echromeunedechirureinconn
uededouceurmiennecommemo nemoimemeuneencrenoirede
cidedececodeencoremince memoireindemnedumondeun
rocherunmenhirundockch madame imieendormiedunderrick
enormeindiencherokeeo dambrera rchideedechineunecomm
odedecedreuneodeurde rearmadaam ciredecorcedecuminch
armeancienenracinea arreeenraded ucoeurmemedecemonde
modernenocecommeun emaderearbrede eeaudoucecommeunce
rceauunerondeunmo benemeandredemar rceaudecraieunmar
cheenmandchourie bredanneeenanneeam uncarreauducorri
dorunaromedecor
emedemerendreabordea iandreunecadenc
edaccordeonbon mondrakkarabandonnenom heurdedieamonh
armoniemeridi adedemonmondedombremedon enneaumarbred
emademeureau nemonnommonaromemonamemona murmuredemab
oucheombrec mourmonnombredorbeauramoneur haudedemond
iademeuner demabrumebeaumaraudeurdemanuen adiocrache
saromance oueenborduredemademeureunbandeau unemouche
bourdonn brodedauroreadmireenmonmiroirmamar ebabouch
eaucoin ieenimbeedaubemareinemadianemadaurad demacha
mbreun eunbrindarumembaumeriredunriendunebrib chiena
boied edunrubandenouedunbaindemerdunairdederbo imanc
heru ukaaimeraenmourirmonamimoncoeurdonnemoiune edum
aro memoiredairaindecemondecourbecommeunecaroube cdi
ma unememoiredarmurememoiredemarueducairememoired nc
h
uboucanierdumarindecerbereauborddunemerdecarbone e
Mon projet était motivé par le fait que les 594 lettres des
strophes Kmar se répartissent en
– 473 lettres KMARBEND, soit 11 x 43,
– et 121 lettres OUIC, soit 11 x
11,
ce qui est tout à fait remarquable quand on connaît la théorie du
« biographème » 11-43, selon laquelle ces nombres interviendraient de
façon récurrente dans l’œuvre de Perec, en référence à la déportation de sa
mère le 11 février 43.
Si l’omniprésence du 11 est indubitable, les exégètes ont parfois
recours à d’étranges combinaisons pour dénicher des 43, et le lien contextuel
n’a souvent rien d’immédiatement dramatique. Ici il y a une belle structure
43+11, surdéterminée par un facteur 11, et par le reste du poème où tout semble
multiple de 11 (voir ici). Comme dans les autres cas de
possibilité de 11-43 chez Perec, on peut se demander si cette structure cachée
est fortuite, et comme dans les autres cas aucune réponse n’est assurée, mais
ce cas est néanmoins particulier en ce qu’il peut exister ici un motif
associant les strophes « Kmar » au 11-43.
En effet KMAR débute par un K, 11e lettre, et la somme
des rangs des 4 lettres KMAR est 43 (11+13+1+18).
Je n’en déduis rien, je constate, en rappelant que Perec
pratiquait ces jeux numériques sur les lettres.
Cette représentation a inspiré les brodeuses perecquiennes, et
voici un détail d’une première réalisation due à Elisabeth Léthier et Assia de
Maupeou, montrant le haut du « cône Kmar » :

J’ai ajouté les lettres des deux premiers vers :
Ma dame d’ambre rare
Armada amarrée en rade de Madère
qui comptent 11 mots et 43 lettres…
Un autre tic de Perec consistait à jongler avec les suites de type
Fibonacci, et les brouillons de Noce montrent
qu’une contrainte utilisant ces suites de Fibonacci y a été envisagée. Un autre
11 apparaît pour le nom complet Kmar Bendana, formé de 11 lettres, à mettre en
parallèle avec les 16 lettres de Noureddine Mechri. Une suite additive basée
sur 11 et 16 conduit à :
11-16-27-43-70-113-183- …, suite que les connaisseurs peuvent
identifier à la Série
Rouge du Modulor, le système de mesures en rapport d’or imaginé par le
Corbusier, que Perec avait quelque chance de connaître puisqu’il s’intéressait
à la question.
Sans en rien déduire encore, je constate que cette œuvre est la
seule de Perec où apparaît l’expression « nombre d’or », dans la 5e
strophe (ou 3e strophe Kmar), et que c’est une des deux œuvres de
Perec (pour l’instant du moins) où je vois une nette architecture d’or (sans
préjuger de son intentionnalité). L’autre œuvre est Alphabets, où un
autre motif 43-11 est intimement lié au mot « or » lui-même (43
onzains contiennent ce mot, dont 11 avec des occurrences multiples).
Et voici donc mon triste essai conique. L’idée du cône étant
insuffisante pour « stimuler ma racontouze », je me suis imposé
plusieurs contraintes supplémentaires qui excuseront éventuellement la pauvreté
du résultat :
– l’ensemble de Cône est l’anagramme des strophes impaires
de Noce ;
– chaque vers impair est palindrome ;
– chaque paire de vers rime ;
– attendu qu’il y avait 44 O pour les 22 vers prévus, ces O sont distribués
régulièrement.
Le titre CONE ne fait pas partie des 594 lettres. Un titre
alternatif me séduit, moon, obéissant à la
dernière contrainte (kmar signifie « lune » en arabe).
A remarquer qu’un vers compte en moyenne 27 lettres, ce qui peut
correspondre aux 11+16 lettres des noms des deux fiancés.
/\
CONE
monnom
nommedon
borneenrob
bordureducob
rocedennedecor
nombreembarbedor
cornudrakkardunroc
morneamenarendreamok
noiremirareerarimerion
momieanemieedumaureammon
rodarimemedammadememirador
roueaaubadebueubununueedamor
coneemanemamienneimamenameenoc
nouedubeaubandeaubrunmabruinedoc
nomadedemaruemareerameuramededamon
mondebarbarearidemurmureemudunbarbon
eoneniramarudemarneenrameduramarinenoe
bombebrunedemandearduedunedauradeencanoe
roidederimerememberannarebmemeremirededior
dodeurmiennebeniedieumuiddunebandemedianedor
moiredemaruedramaduneerreenudamardeuramederiom
donneamadamedambreunbardeembaumemiedurareabandon
Enfin une
tentative de lecture traditionnelle de ces lettres :
CONE
mon nom
nommé don
borne en rob
bordure du cob
roc Eden né décor
nombre embarbé d’or
cornu drakkar d’un roc
morne amen à rendre amok
noir émir à réer, à rimer ion
momie anémiée du maure Ammon
rôda ri même dam, ma dème mirador
roue à aubade bue, Ubu nu, nuée d’amor
cône émané, ma mienne, imam en âme, Enoc
noue du beau bandeau brun ma bruine d’oc
nomade de ma rue, marée, rameur, âme de Damon
monde barbare, aride murmure ému d’un barbon
éon en ira, ma rude marne en rame dur, amarine
Noé
bombe brune, demande ardue d’une daurade en
canoë
roide de rime, remember Anna Reb, mémère mire
de Dior
d’odeur mienne bénie, dieu, muid d’une bande
médiane d’or
moire de ma rue, drama d’une erre en u, dam,
ardeur âme de Riom
donne à ma dame d’ambre un barde embaumé, mie
du rare abandon
et une anagramme du titre complet :
Nombre d’or de Kmar en chaîne candide &
une