Le secret de LA VIE, père C ?  -  suite  -  plus fin  -  addenda

Le don de W, l’île X

Sur le clivage des W et des X

Le Jeu de la Vie

Pas  de palier pour Percival

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Sur le clivage des W et des X

 

une version simplifiée de ce texte est Le don de W, l’île X

 

 

Dans le Cabinet d’amateur #5, Dominique Bertelli a produit un remarquable travail sur les citations de Jules Verne dans La Vie mode d’emploi (VME), une lecture intégrale des Voyages Extraordinaires lui ayant permis de repérer nombre de citations certaines ou possibles n’apparaissant pas dans le Cahier des Charges de VME.

Je me suis avisé d’une notable curiosité en reportant les chapitres concernés sur le diagramme de l’immeuble : les 4 chapitres contenant d’indiscutables citations non programmées se trouvent sur une même colonne.

Si Bertelli n’a pas omis d’autres citations, et la méticulosité de sa recherche écarte la possibilité d’oublis majeurs, la probabilité pour que ces 4 seules occurrences se situent sur une même colonne est d’environ une chance[1] sur 2000 ; je me propose de montrer que la position exacte de chaque occurrence semble faire sens, ce qui donnerait un tout autre ordre de probabilité ne laissant guère de place au hasard. 

 

Voici d’abord la retranscription spatiale du tableau récapitulatif donné par Bertelli, avec de très légères modifications :

En turquoise les 10 occurrences prévues par le bicarré latin des citations de Verne, où j’ai fait figurer aussi les chapitres où elles ne semblent pas avoir été actualisées, le 76 où la contrainte Faux y a substitué une citation de Stendhal, le 28 où le Cahier des Charges n’indique rien, et où Bertelli n’a rien découvert.

En bleu le chapitre 6, qui correspond à une substitution inverse de Borges en Verne, également due à la contrainte Faux et indiquée dans le Cahier des Charges.

En rouge les 4 impli-citations – selon le terme consacré – non programmées ; je n’ai pas retenu ici le chapitre 44, dont la place logique devrait être parmi les possibilités d’allusion[2].

En rose les mentions explicites d’œuvres de Verne (le chapitre 72 comptant aussi une impli-citation est en rouge) ; j’ai ajouté aux 5 mentions d’œuvres la mention du nom Jules Verne au chapitre 61, seule mention du nom dans le texte de VME (hors épigraphe et pièces annexes).

 

1

2

3

4

5

6

7

8

9

0

1

 

83

15M

 

 

 

 

 

45

 

2

 

 

 

 

 

9

 

 

6

 

3

84

60

 

 

 

 

 

8M

 

44?

4

 

 

 

 

 

 

(28)

 

 

 

5

61V

85

 

 

 

 

 

 

 

 

6

 

 

 

 

87M

 

 

29

 

 

7

 

62

88

 

 

 

 

 

 

 

8

 

 

 

23

 

 

 

 

 

 

9

 

 

 

 

35

 

 

 

39M

 

0

 

72M

 

 

 

 

 

 

 

(76)

 

Le chapitre 62 a un statut particulier : c’est une impli-citation programmée de Butor qui est concernée, et Perec a choisi de citer le premier chapitre de Second sous-sol où Butor reproduit des phrases entières tirées de Voyage au centre de la terre. Ainsi les mots de la fin du chapitre 62 « graphites, anthracites, houilles, lignites, tourbes, bitumes, résines et sels organiques » viennent-ils bien d’un livre de Butor, mais celui-ci les avait empruntés à Verne – qui les avait probablement copiés dans une encyclopédie. Et dans ce texte signé Schulz je les recopie moi-même de l’étude de Bertelli…

La mention du nom Jules Verne au chapitre 61 fait elle aussi partie d’une citation programmée de Butor, et du même Second sous-sol. Elle a donc encore un statut particulier par rapport aux mentions d’œuvres de Verne qui ne présentent pas cette malice supplémentaire.

 

Il me semble essentiel que ces deux citations programmées de Butor se situent deux degrés sous les deux citations programmées de Verne dans ces colonnes, chapitres 85 et 84 ; elles correspondent bien à des seconds sous-sols, et celle du chapitre 61 se situe sous une citation de Voyage au centre de la terre, avec le titre Sur le clivage pyramidal des albâtres et des gypses, imaginé par Perec, mais dont l’auteur Otto Lidenbrock et ses qualités sont empruntés à Verne.

Selon le bicarré générateur 6 citations de Butor sont programmées deux cases au-dessous de citations de Verne, mais ce n’est pas un pur hasard : Perec a modifié la place de Butor qui était originellement[3] le numéro 4 de la liste 2 des Citations et qui est devenu le 0 de la liste 1 (dont Verne est le 8, ceci expliquant en partie cela[4]).

 Parmi ces 6 décalages identiques les colonnes 1 et 2 offrent la particularité de concerner des chapitres consécutifs, 84 et 85 pour Verne, 61 et 62 pour Butor. Il me semble encore essentiel que deux des impli-citations de Verne totalement sauvages s’inscrivent dans la continuité de ces séquences, aux chapitres 83 et 60, formant ainsi deux chevrons superposés par cheval interposé.

 

Il n’est pas toujours aisé de relier deux citations entre elles, or ici les liens sont non seulement aisés mais donnent du sens à une bizarrerie du chapitre 83. Le principal élément permettant d’identifier la citation de Verne est le nom d’un banquier, Clawbonny, qui dans les Aventures du capitaine Hatteras est le médecin du bord, les autres noms des associés de la banque confirmant cette source. Les principaux personnages de ce chapitre sont les époux Danglars, qui ne peuvent manquer d’évoquer le banquier Danglars de Dumas, mais pourquoi ? La citation programmée du chapitre 85 vient de Mathias Sandorf, un clone avoué de Monte-Cristo : Sandorf passant pour mort revient se venger (d’un banquier notamment) sous l’identité du docteur Antekirtt, miraculeux thérapeute qui sillonne la Méditerranée sur son navire.

La citation du chapitre 60 tient en un seul nom, Aronnax, suffisant car l’index donne au naturaliste Pierre Aronnax les dates 1828-1905 de Verne, et d’une part Vingt mille lieues sous les mers se présente comme un récit à la première personne de Pierre Aronnax, d’autre part les dessins originaux de De Neuville ont utilisé le modèle de Verne pour le professeur Aronnax. La citation du chapitre 62 concerne la collection du naturaliste Lidenbrock.

Il va de soi que le seul nom Jules Verne du chapitre 61 est le lien le plus large entre toutes les citations de Verne, mais peut-être est-il plus important de trouver ce nom en pointe d’un des chevrons, qui tournés d’un quart de tour peuvent se lire V, initiale de Verne. Et deux V font un W, sinon un X…

Les indices essentiels des chapitres 83 et 60, sommets des chevrons, sont les noms Clawbonny et Aronnax, qui contiennent l’un un W, l’autre un X.

 

Bertelli a magnifiquement repéré que ce clivage des albâtres et des gypses faisait allusion au procédé de retexturation du papier Whatman des aquarelles, une fois les puzzles achevés, procédé à base d’albâtre et de gypse imaginé par Kusser et réalisé par Morellet, tous deux de l’école Polytechnique (l’X…).

Il a aussi su voir, après cette citation indiquée par Perec dans son cahier de travail, une autre citation non signalée[5],  teintée d’une amusante métatextualité : le puits désaffecté de Stone’s Hill où se cache un des assassins d’Antoine Brodin n’est autre que le puits construit voici 70 ans pour la Columbiad dans De la terre à la lune. Ceci donne du relief à un détail du chapitre 83, la « lunette permettant de voir la LUNE à UN mètre », qui selon Bertelli pourrait faire allusion au chapitre V de De la terre à la lune, que je souligne être intitulé Le roman de la lune ; d’autres exemples m’inclinent à penser que ce titre du chapitre V comme Verne pourrait se lire Le roman de l’aulne, le verne étant un autre nom de l’aulne. Ainsi cette autre pointe de chevron V contiendrait aussi une allusion au nom Verne.

Enfin Bertelli a également détecté une autre citation non signalée dans le chapitre 83 contenant l’allusion signalée à Mathias Sandorf : « Prudence a 24 ans. Elle a deux fois l’âge que son mari avait quand elle avait l’âge que son mari a. Quel âge a son mari ? », qui est un problème posé dans L’étrange aventure de la mission Barsac[6]. C’est dire que chacun des 6 chapitres constitutifs des chevrons contiendrait une citation de Verne inattendue…

 

Ces deux chevrons semblent prolongés par les chapitres 15 et 88, que je vais laisser de côté, mais reste la dernière citation non programmée, du chapitre 72, où Bartlebooth s’efforce de fréquenter des hôtels « où l’eau pour sa barbe faisait 86 degrés fahrenheit et non pas 84. » Bertelli a su se rappeler que Phileas Fogg congédia son domestique pour une affaire d’eau pour la barbe, qui se trouve, en chiasme[7], avoir été à 84 degrés au lieu de 86.

Il faut maintenant se souvenir que la numérotation des 34 derniers chapitres de VME est double, le chapitre correspondant à la 66e position du cavalier n’ayant pas été écrit, ainsi le chapitre 66 correspond à la 67e position du cavalier, etc., jusqu’à la 100e position du dernier chapitre. Dans cette alternative les chapitres 83 et 85 sont donc aussi les chapitres 84 et 86, ce qui est assurément évocateur. Et la différence de deux degrés fait encore sens, avec le chevron 60-(61)-62 au second sous-sol sous le chevron 84-(85)-86.

Quant au chapitre 72, ce serait le « vrai » chapitre 73, un nombre significatif pour Perec, mais qui n’a pas besoin ici de cette particularité pour être remarquable. Il se trouve que selon cette numérotation les autres chapitres verniens de cette 2e colonne ont pour somme 84+60+86+62 = 292 = 4 fois 73, et les 5 chapitres totalisent 5 fois 73, soit 365, le nombre des jours de l’année, alors que ce chapitre 72-73 cite Le tour du monde en 80 jours.

 

Les pointes des chevrons peuvent aussi rentrer dans cette harmonie, ainsi le W complet totaliserait 438, un nombre qui apparaît avec les 438 puzzles[8] achevés par Bartlebooth, qui meurt sans pouvoir achever le 439e, une pièce en forme de W en main, dans un dernier chapitre qui contient encore une allusion minimale à Verne, avec le Club Nemo. Ce club fait partie d’une citation programmée de Cristal qui songe, mais il est fort probable que Sturgeon ait choisi ce nom en hommage à Verne, son premier auteur favori. Et ce chapitre est contigu au W (sous le chapitre 61).

Il est fort difficile de faire la part entre le hasard, qui intervient au moins à plusieurs reprises ici (par la polygraphie du cavalier et le bicarré latin notamment), et l’exploitation consciente du hasard, mais je rappelle l’ordre de la probabilité de départ qui n’était pas négligeable, 1 chance sur 2000, qu’il faudrait considérablement revoir à la hausse puisqu’il ne s’agit plus uniquement de cases au hasard dans une colonne, mais de cases bien particulières dessinant un motif spatial et numérique.

Il a été au moins vu que l’attribution du « second sous-sol » à Butor était un choix de Perec. C’est encore Perec qui a choisi les 24 ans de Prudence pour le problème du chapitre 85 (ou 86), et ce nombre 24 correspond à la différence des chevrons 60-(61)-62 et 84-(85)-86, et fort à propos encore avec la durée du jour ; les cycles diurnes et annuels du monde sont ainsi tous deux représentés dans la colonne. Et cette seconde citation non signalée qui double la citation « officielle » parle de double et de translation d’une paire d’éléments (deux états d’un couple à 6 ans d’intervalle). Quant à la première citation, elle concerne le cryptogramme de Mathias Sandorf, résolu à l’aide des rotations d’une grille dans un carré abscons, ce qui peut rappeler le diagramme de l’immeuble, où la rotation du chevron envisagé conduit au V et au double V.

 

Le chapitre 72 (ou 73) est essentiellement consacré à la description des quatre malles dans la cave de Bartlebooth, qui l’ont accompagné dans ses 20 ans de voyage. Quatre, comme il y a 4 chapitres verniens régulièrement disposés dans les étages supérieurs de cette colonne, et ces 4 malles sont également réparties en deux paires, les deux dernières étant réservées à des circonstances exceptionnelles. Mieux, la 3e malle, qui correspondrait en descendant au chapitre à citation « officielle », est une réplique modernisée de la malle du capitaine Nemo dans L’Ile mystérieuse, et Perec  rappelle que l’énumération de son contenu occupe 4 pages de l’édition originale Hetzel, dont il prend encore soin de préciser le foliotage, les pages 223 à 226. Cas unique sans doute dans VME, Perec donne ici en clair la référence d’une impli-citation, celle du chapitre 23 où 8 items de cette nomenclature apparaissent dans une vitrine de madame Moreau, seuls vestiges de son activité passée.

Bertelli a une interprétation habile du détail de cet emprunt, qui commence par le 4e item de la liste originale, 3 rabots, et s’achève par le 11e, 2 tarières : tout ce qu’il faut pour faire le 11/2/43 de la déportation de la mère.

C’est cependant laisser de côté cette référence unique, et en tenir compte permet de découvrir que l’emprunt de Perec débute au haut de la page 224. Si on tient au 11/2, il est notable que cette page 224 représente le verso, l’enVers, de la feuille 112 de Verne. Et ce nombre est associé à la mort de Roussel, dans la chambre 224 de l’Hôtel des Palmes à Palerme ; précisément, Perec a associé au chapitre 87 un tableau nommé L’Ile mystérieuse au peintre L.N. Montalescot (1877-1933), personnage et dates de Roussel (alors que ni Verne ni Roussel ne sont programmés pour ce chapitre[9]).

Le choix d’une page unique parmi 4 peut encore correspondre à une mise en abyme du choix d’une malle parmi 4. Je m’aperçois que l’harmonie des numéros alternatifs des 5 chapitres autour du présent 73 (la naissance de Perec le 7/3) peut trouver sens selon le 11/2 : la suite 60-62-73-84-86 correspond à des différences de 11 et 13 par rapport au 73 médian, l’acceptation du principe du chevron faisant de ce 13 un 11+2.

 

Les coordonnées de ces 5 chapitres de la 2e colonne sont 12-32-52-72-02 (de moyenne 34). Si « deux » apparaît 3 fois dans le chapitre 72, les références au double semblent plus significatives, les 2 fois 2 malles, les jumelles dans la seconde malle, la réplique de la malle de Nemo, l’anecdote sur les 2 Macklin. Le double est encore présent pour le familier de l’intertexte : les plants de basilic du premier Macklin sont une allusion au plant de basilic dupliqué dans Cristal qui songe, et la pimpante petite femme du second Macklin, prénommée Bunny, est une allusion à l’une des deux naines du même roman, Bunny et Zena.

 

Il y a une troisième et dernière citation de Second sous-sol, au chapitre 42 qui se situe deux cases sous le chapitre 28 où Bertelli a cherché en vain une citation de Verne. Il s’agit de la description des deux démarcheurs qui présente une particularité qui a attiré l’attention des exégètes : le texte les annonce se croiser au 4e étage alors que ce chapitre décrit le palier du 3e étage. S’il y avait de quoi penser au fameux 43 magnéen, n’y aurait-il pas lieu de penser dans cette nouvelle approche Verne-Butor à une velléité de passer au premier sous-sol ? Ou ce croisement au 4e n’est-il pas celui entre Verne descendant du 5e et Butor montant du 3? Par ailleurs ils côtoieraient sur ce palier du 4e les malles d’Olivia Norvell partant pour son 56e tour du monde, or la citation « officielle » du Tour du monde en 80 jours du chapitre 45 décrit le costume d’un missionnaire mormon, qui rappelle la description du costume identique des démarcheurs, l’un des deux étant un membre d’une secte chrétienne. 

L’attention portée aux étages pourrait être une explication à l’absence de citation du chapitre 28, à l’étage 05, or les dates de Jules Verne sont 1828-1905, données à deux reprises pour dates de personnages verniens (Aronnax du chapitre 60 et Arconati du chapitre 06). Dans ce chapitre 28 Valène envisage des drames dans l’immeuble, jusqu’à sa disparition à l’Horizon 84 (c’est-à-dire 99 ans après son achèvement en 1885, mais ce 84 trouve maintenant un autre écho) ; il imagine encore Mme Altamont tirer un coup de revolver sur Monsieur, or Altamont est un personnage des Aventures du capitaine Hatteras citées au chapitre 83-84, et Jules Verne a été blessé d’un coup de revolver au pied le 9 mars 1885 par son neveu déséquilibré Gaston.

 

 

Ma première réaction devant ces découvertes est d’abord l’incrédulité : quel cerveau aurait pu concevoir quelque chose d’aussi complexe ? et qui l’ayant réalisé aurait été suffisamment humble pour que le secret demeure ?

Sans réponse à cela, je ne peux que constater à quel point la chose pourrait résoudre élégamment quelques unes des questions que peut se poser le lecteur de VME. L’œuvre vengeresse de Gaspard Winckler est explicitement un puzzle de puzzles, il est assez évident qu’il en va de même pour VME. Ce ne serait qu’en ayant résolu chaque chapitre, chaque pièce du super-puzzle, que le lecteur aurait une chance de percer la stratégie globale, d’établir quelles pièces sont primordiales. Il parviendrait à ce W sur le diagramme de l’immeuble, à deux doigts de la main mourante de Bartlebooth crispée sur un W impossible à placer…

Pouvait-il exister meilleure clé que l’œuvre de JULEs VERNE, qui se proclamait lui-même LE VENJEUR par la bouche de son plus célèbre personnage, Nemo, apparaissant précisément dans le chapitre clé 72, et dans la dernière pièce, le chapitre 99, le bureau où meurt Bartlebooth ? Bienvenue au Club…

Et dans la pièce supérieure au Club Nemo apparaît précisément le nom Jules Verne, à la droite de laquelle se trouve la pièce Mathias Sandorf, clone du vengeur archétypal Monte-Cristo. Le Club Nemo est une citation de Cristal qui songe, récit d’une cruelle vengeance au travers d’une double amputation de trois doigts, reportée dans VME sur Morellet, celui qui applique le clivage des gypses et des albâtres pour annihiler les puzzles reconstitués…

 

Je me suis aussi demandé si cette nouvelle découverte pouvait confirmer ou infirmer d’autres pistes suivies par ailleurs impliquant Verne. Il pourrait y avoir un rapport entre les graphites débutant la citation de Butor pastichant Verne et les diamants de Dinteville/Lemoine débutant la citation de Proust pastichant Renan, dans laquelle Bertelli voit une possible allusion à L’Etoile du Sud de Verne, ce qui m’a aidé à bâtir l’hypothèse du Père C, où C serait entre autres l’élément Carbone, dont les formes cristallines naturelles sont le diamant et le graphite.

 

A propos des graphites substituts de l’or noir dans ce chapitre 62, j’avais envisagé l’hypothèse que Perec ait marqué la tomê, la section d’or des 99/100 chapitres de VME, avec l’atomiste amputé Kolliker. Je ne voyais guère d’autre élément du chapitre étayant cette idée, or voici que j’entends le 4 septembre dernier énoncer comme un fait avéré la composition des Variations Diabelli à partir du nombre d’or ; Butor est aussi mentionné en clair dans ce chapitre pour ses Dialogues avec 33 Variations sur un thème de Diabelli. Si je doute personnellement d’intentions arithmologiques profondes chez Beethoven, la question n’est pas là, mais plutôt de savoir si Perec aurait eu accès à de telles supputations.

 

Il y a enfin le remarquable motif numérique 60-62-73-84-86 = 365 qui me touche particulièrement, en tant que découvreur d’un vers virgilien de gématrie 365 dont le découpage 60-47-62-74-60-62 fait apparaître doublement 60 et 62. Dans le roman basé sur cette recherche je n’ai pas manqué de faire diverses allusions à Perec, ainsi qu’à Spenser, auteur d’une remarquable ode construite sur les nombres 24 et 365, mais dont le secret est resté longtemps caché.

Je ne voyais pas alors de rapport direct entre Spenser et Perec, or il y a peu m’est apparu que la mort solsticiale de Bartlebooth pouvait être rapprochée de l’ode de Spenser, célébrant la Saint Barnaby, le jour du solstice d’été de son temps. Et voici que je découvre cet étonnant motif[10] faisant apparaître 24 et 365.

Voir ici les développements de ce rapprochement.



[1] Il y aurait diverses manières de calculer, qui ne changent rien à l’ordre de grandeur. En tenant compte des 10 cases de citations prévues, du chapitre disparu, d’une première citation tombée au hasard, on aurait 8/88 x 7/87 x 6/86 soit arrondi 1 chance sur 1960.

[2] Verne a effectivement parlé de l’expédition à la recherche du Franklin dans les Aventures du capitaine Hatteras, mais ce sont des faits historiques, et Perec en donne plusieurs détails qui ne sont pas présents chez Verne, sans reprendre nulle part ses mots : il est donc clair qu’il avait une autre source, mais rien ne l’a empêché de penser aussi au texte parallèle chez Verne.

[3] Ce changement n’a pas été corrigé sur le tableau du Cahier des Charges Mathews et Butor restent intervertis.

[4] Le bicarré latin d’ordre 10 est plutôt complexe vu qu’il a pu être conjecturé comme impossible par un esprit aussi brillant qu’Euler. Il résulte de la perturbation d’un carré régulier basé sur la séquence 1,2,3…8,9,0, dont il reste maintes traces visibles dans le carré de départ utilisé par Perec (et c’est l’origine manifeste de son système de coordonnées de l’immeuble). L’œil infaillible de Willy Wauquaire a repéré qu’il n’y a que pour cette paire 8//0 qu’apparaissent six « seconds sous-sols », présents dans tous les carrés obtenus par permutation des colonnes du carré de départ, soit les carrés 11 (gouvernant les Citations) à 19.

[5]  Cependant cette citation non signalée fournit l’élément de départ, Stone’s Hill (de la terre à la lune), caractérisant le tableau 84 dans la liste primitive établie par Perec dans ses travaux préparatoires à Un Cabinet d’amateur, ce qui lève toute ambiguïté tant quant à l’intentionnalité de la citation que quant à son importance pour ce chapitre 84.

[6] C’est aussi un problème qui peut apparaître dans n’importe quel recueil de jeux mathématiques, il n’est donc pas absolument certain comme dans les autres cas qu’il s’agisse d’une citation intentionnelle, mais c’est évidemment probable. La seule autre citation additionnelle non signalée repérée par Bertelli dans un chapitre programmé est « William Falsten » au chapitre 29. Ce nom semble bien en provenance directe du Chancellor, mais personne n’a encore pu expliquer pourquoi l’index lui donnait les dates 1873-1907 d’Alfred Jarry. L’an sept les tuera ? (lancette-laitue-rat, rébus issu de Stendhal substitué par le Faux à une citation de Verne au chapitre 76, Verne lui-même amateur et composeur de rébus)

[7] Curieusement, la première phrase du roman de Verne contient une erreur sur Sheridan (dont Fogg habite la maison), déclaré mort en 1814 alors que c’était 1816. Il y a aussi l’énorme bourde finale où Fogg fait payer à Passepartout 80 x 24 heures de gaz alors qu’on vient de nous expliquer que le voyage n’avait duré que 79 jours londoniens ; erreur de 24 heures !

[8] Ce nombre a une « raison » évidente, l’indicatif 61 du dernier chapitre, ce qui n’interdit pas que Perec ait exploité les possibilités offertes. Je rappelle que dans W on voit 264 athlètes se disposer en forme de W.

[9] Bernard Magné a vu que ce chapitre contenait un important contingent d’items empruntés au catalogue de la vente effectuée après la mort de la mère de Roussel, Marguerite, puisés dans 11 rubriques de ce catalogue. Perec les a réarrangés pour faire figurer les 2 éléments de la rubrique 224, deux pots de pharmacie, de chaque côté de la pendule de la rubrique 243, 2/43 entre deux 11/2 ? Je remarque que Roussel porte le numéro 6 dans la série Citations où Verne a le numéro 8, qu’il en constituerait en quelque sorte le second étage… mais aucune citation programmée ne se situe deux cases au-dessus d’une citation programmée de Verne.

[10] Je voudrais encore signaler d’autres pistes numériques.

Les maîtres chanteurs de Nuremberg, de Wagner, se déroule deux 23 juin consécutifs. Cet opéra en abyme est construit en trois actes de 3, 6, 5 scènes.

Les 6 chapitres formant le motif W mènent au nombre 438, nombre des puzzles achevés par Bartlebooth, ce qui peut donner une alternative d’interprétation du chapitre final (mais laquelle ?). Les 62 puzzles non résolus, comme les 61 non commencés, correspondent aussi à des éléments du W, les deux chapitres Butor-Verne.

Il me semble encore pertinent de rappeler les rangs alphabétiques des lettres W et X, 23 et 24. C’est la prise en compte du chapitre manquant qui fait passer la distance entre les chevrons de 23 à 24 unités.

Il faut renverser l’immeuble d’un quart de tour à gauche pour lire le W à l’endroit, dans ce qui constituerait alors le coin inférieur gauche du carré.