51-83 les détails

Bernier-Maridat !

Alphabets de Perec

Quand la ville dort

L’édifice d’or

37-97 une page sur quelques romans dorés malgré eux

 

Ville d’or

 

 

Début décembre 04 j’appris l’existence d’un concours de nouvelles noires intitulé « Quand la ville dort », renvoyant de tels échos à certaines de mes préoccupations que je décidai illico d’y participer. Ma nouvelle ne fut pas primée, sans surprise puisqu’elle n’avait sans doute rien de « noir », et j’avoue par ailleurs que je ne suis pas satisfait de ce texte, écrit sans inspiration ni réel enthousiasme. On le trouvera ici, mot pour mot tel qu’il fut soumis au jury.

 

Ma nouvelle traite d’un individu nommé Ernie Pulsan, qui découvre de multiples bizarreries liées à son nom, essentiellement aux valeurs numériques associées à son nom :

ERNIE = 51 (en additionnant les rangs des lettres ERNIE, 5+18+14+9+5)

PULSAN = 83

ERNIE PULSAN = 51 + 83 = 134

Ces nombres forment une série d’or, c’est-à-dire que 83 + 51 est la meilleure façon de partager 134 en deux nombres entiers dont le rapport avoisine au mieux le nombre d’or, phi, 1.618... (ou 0.618… si on effectue le rapport du plus petit nombre au plus grand).

Toutes les bizarreries relatées dans ma nouvelle sont exactes, à l’exception de ces prénom et nom « Ernie Pulsan », qui ne sont cependant pas pure imagination, car ce sont des anagrammes des prénom et nom « Irène Lapnus » d’un personnage de mon roman Sous les pans du bizarre, écrit pendant l’été 1999, alors que je n’avais aucun intérêt pour le nombre d’or.

C’est deux ans plus tard que j’ai été atteint par la fièvre du nombre d’or, en réaction négative à l’article sur Mallarmé évoqué dans la nouvelle, article où l’auteur évoque notamment une possibilité de répartir en 51 et 83 les 134 vers de La Scène, dialogue entre la reine Hérodiade et sa nourrice. Je n’avais pas créé le nom Irène Lapnus pour des raisons numériques, aussi je n’avais pas pensé à faire le rapprochement. Irène Lapnus était d’abord l’anagramme d’ « Arsène Lupin », et son prénom seul l’anagramme de « Reine », rien à voir avec Hérodiade mais traduction de Queen, mes deux auteurs policiers favoris étant Maurice Leblanc et Ellery Queen.

J’ai fini par faire plus tard ce rapprochement, sans y voir quoi que ce soit d’exceptionnel, jusqu’à ce que s’accumulent diverses coïncidences autour de ces nombres 51-83-134 et du nombre d’or, coïncidences qui ont justifié ma nouvelle mais que je n’ai pu toutes y intégrer.

 

Il y a cependant un fait essentiel que je n’aurais pas manqué de mentionner si je l’avais connu alors, mais je ne m’en suis avisé que ce 18 mars. Un hasard m’a amené à feuilleter Géométrie du nombre d’or, un livre de Robert Vincent que j’ai conspué ailleurs mais auquel je rends grâces ici, et mon œil est tombé sur le nombre 51.83, qui n’est autre, exprimé en degrés, que l’angle dont le cosinus vaut 1/phi, l’angle qui suffit à déterminer ce que Don Neroman nomme dans Le nombre d’or, clé du monde vivant le Triangle d’or, le seul triangle rectangle dont les côtés soient en progression géométrique, de côtés proportionnels à 1, racine de phi, et phi.

Ceci constitue d’abord une curiosité en soi, parce qu’il n’y a aucune relation causale voulant que cet « angle d’or » s’exprime par un nombre qui laisse entendre deux nombres eux-mêmes en relation d’or optimale, en l’occurrence 51 et 83, de telle façon qu’il soit possible d’écrire cette approximation : cos(51.83) = 51/83. Il n’en aurait rien été si cet angle avait été exprimé en grades ou en radians, ou si son approximation avait plus ou moins poussée (51.827 ou 51.8 degrés), mais de fait les angles sont généralement exprimés en degrés, avec deux décimales.

Cette curiosité prend une autre tournure en songeant que j’ai naïvement écrit une histoire mettant en scène un personnage s’ébaubissant des valeurs dorées de son nom, sans soupçonner cette possibilité que j’aurais bien évidemment utilisée sinon.

Ce n’est qu’un premier point, car cette nouvelle n’aurait pas existé sans Irène Lapnus, qui soit dit en passant rime avec « cosinus », or mon roman débutait par un mystérieux message se présentant sous la forme d’un triangle, lequel s’avérait ensuite être le triangle dit de Pythagore, de côtés 3-4-5, figure essentielle du roman.

Si le « triangle d’or » est le seul triangle rectangle dont les côtés soient en progression géométrique (a x c = b x b), celui de Pythagore est le seul dont les côtés soient en progression arithmétique (a + c = b + b), et ces deux triangles sont fréquemment associés : ils figurent côte à côte dans le livre de Neroman ; Vincent donne à côté de l’angle d’or (51.83°) l’angle du triangle de Pythagore (53.13°, et ces deux triangles sont assez voisins pour être confondus par la plupart des gens).

 

Dans mon roman, l’obsédé du triangle de Pythagore est Tom Lapnus, le mari d’Irène Lapnus, soupçonné d’avoir assassiné trois latinistes en trois lieux de Paris correspondant aux sommets d’un tel triangle.

Irène Lapnus est donc l’anagramme d’Arsène Lupin, or une aventure du gentleman-cambrioleur se nomme Le Triangle d’or.

Plus ici sur l’angle 51.83.

 

Un point essentiel de ma nouvelle touchait au catalogue de la collection Folio Policiers, à son étonnant numéro 134, La Marie du Port de Simenon, livre en fait paru sous le numéro 167 mais dont l’occurrence 134 n’a jamais été supprimée des catalogues (voir détails et preuves ici).

Le numéro 83 de la série est Quand la ville dort, de Burnett, qui présente de telles opportunités de correspondances diverses qu’il m’a paru s’imposer de participer au concours « Quand la ville dort ».

Ces opportunités étaient telles qu’elles ont éclipsé, entre autres, le cas du numéro 51, Connemara Queen, avec une queen qui pourrait être une reine-irène-ernie de valeur 51.

Mais j’ai dû omettre d’autres curiosités qui me semblaient plus parlantes. Ainsi il existe un autre titre qui a occupé deux numéros de la collection, Moloch de Jonquet (moloch est un mot sémitique signifiant « roi » !), d’abord annoncé comme numéro 204 mais effectivement paru sous le numéro 212 ; le titre n’a jamais été doublé sur les catalogues, où le 204 a disparu dès qu’est apparu le 212.

Ceci a une conséquence importante. C’est dans le numéro 218, Meurtres à l’antique de Besson, que j’ai découvert le catalogue donnant les deux Marie du Port, catalogue qui mentionnait le numéro 204 bientôt appelé à disparaître (depuis j’ai vu que le numéro 215 contenait le même catalogue). Cette disparition a pour conséquence que chaque numéro suivant du catalogue excède d’une unité son rang réel dans le catalogue, ainsi Meurtres à l’antique est-il le 217e titre des catalogues complets depuis le numéro 1 donnés dans divers volumes de la collection.

Or 217 est le nombre suivant dans la série 51-83-134-, qui se poursuivrait par 351, or, je le mentionnais dans ma nouvelle, le dernier numéro où figuraient les deux Marie était à ma connaissance le 352 paru en octobre 2004, un 352 qui serait donc le 351e titre d’un catalogue complet, pourvu qu’il n’y ait pas d’autre anomalie entre les numéros 218 et 352 (NB en fait il y en a, non seulement dans cet intervalle, mais avant le #167 où 6 numéros ne semblent jamais avoir vu le jour, 3 d’entre eux ayant disparu du catalogue du #352).

Or 351 n’est pas un nombre quelconque, c’est la somme des nombres de 1 à 26, ou encore la valeur des 26 lettres de l’alphabet, et ces curiosités m’ont donc amené à découvrir un nouvel aspect insoupçonné de 134, qui correspond donc au partage d’or optimal de la valeur totale de l’alphabet en 217 et 134 (351/217 donne effectivement 1.618 en arrondissant à 3 décimales).

Or il se trouve que mon nom a aussi pour valeur 134, et qu’il est hétérogrammatique, c’est-à-dire composé de lettres toutes différentes, les 10 lettres CEHILMRSUZ. Il se trouve encore que le partage d’or optimal de 26 est en 10 et 16, ainsi à mon nom correspond un réel découpage doublement harmonique de l’alphabet, peut-être pas aussi curieux que l’angle d’or d’Irène Lapnus ou d’Ernie Pulsan, mais toutes ces bizarreries concourent à tresser un formidable réseau de coïncidences autour de ce numéro 134, La Marie du Port, et c’est en tout cas grâce à elles que je viens, au cours de la rédaction de ces commentaires, de découvrir une possibilité de lire ce titre, si riche qu’elle aurait évidemment constitué un élément essentiel de ma nouvelle, si j’en avais alors été conscient. (Si l’état civil me connaît plutôt sous l’orthographe Rémy Schulz, j’ai toujours détesté cet Y et opté pour la forme Rémi bien avant d’avoir calculé la valeur de mon nom ou celle de celui d’Arsène.)

La Marie du Port est donc un titre en 13 lettres (et 4 mots, 13-4 toujours…), mais qui ne compte que 11 lettres différentes, LAMRIEDUPOT, de valeur 134. Nous y voilà, mais ce 134 là est bien plus riche que celui fourni par les lettres de mon nom, car il offre une subdivision immédiate en

AEIOU = 51, soit les 5 voyelles classiques (Y est aussi une semi-consonne)

DLMPRT = 83, soit 6 consonnes en rapport d’or avec ces 5 voyelles

Ces 6 consonnes n’ont a priori rien de spécial, a priori seulement. Un autre Georges, Perec, a à son actif une œuvre hautement bizarre, Alphabets, composée de 16 séries de 11 poèmes hétérogrammatiques. Chacun de ces poèmes est composé de 11 « vers » de 11 lettres, chaque vers étant composé des 10 lettres EAISTNRULO, qui sont dans cet ordre les lettres les plus fréquentes en français, l’autre lettre étant dans chacune des séries l’une des 16 lettres restantes de l’alphabet.

Ces 10 lettres ont encore la valeur 134. Bien évidemment leur répartition en voyelles et consonnes donne aussi 51 et 83, et bien évidemment encore les 16 autres lettres ont pour valeur 217, et ce recueil actualise donc magnifiquement le partage d’or de l’alphabet. Ceci m’a poussé à approfondir et à découvrir des irrégularités dans la répartition du substantif le plus fréquent dans le recueil, à savoir le mot « or », et je montre ici comment ces irrégularités des « or » sont distribuées précisément selon le nombre d’or.

Dans mon roman Irène Lapnus était documentaliste au labo 83 du CNRS à Gif ; c’était une allusion à Perec qui avait la même fonction au labo 38.

S’il n’est pas impossible que Perec, amateur de jeux de lettres et nombres en tout genre, ait pu concocter quelque chose autour du nombre d’or, qui apparaît explicitement ailleurs dans son œuvre, on n’imagine guère Simenon impliqué dans une construction numérologique. Il se trouve pourtant que, deux mois après La Marie du Port, il a écrit Les sœurs Lacroix, où un peintre laisse après sa mort de mystérieux cahiers de Recherches sur le Nombre d’Or, recherches qui demeurent incompréhensibles pour sa famille. Les quelques extraits qui en sont donnés montrent que Simenon s’inspirait d’un quelconque opuscule sur la question.

Pour revenir à la question des 6 consonnes LMRDPT de La Marie du Port, il se trouve que les nouvelles consonnes DMP sont les 3 lettres suivant  EAISTNRULO dans l’ordre des fréquences en français.

 

Ernie Pulsan voyait une magnifique harmonie de la collection Folio autour de son numéro 134 : chacun des trois romans de Simenon portant les numéros 101-134-167 (101 étant symétrique de 167, la vraie Marie du Port) a 8 chapitres ; le roman symétrique du 83, Quand la ville dort pendant 38 chapitres, est le 185, Les monte-en-l’air sont là ! de Siniac, en 38 chapitres également. Les 100 chapitres de Burnett-Simenon-Siniac seraient donc idéalement découpés en 38-24-38 chapitres, soulignant les deux partages dorés de 100, 62-38 et 38-62.

Je ne peux qu’être d’accord avec lui, mais j’ai dû ici grandement simplifier mes vues sur cette collection Folio d’une part, sur la suite 14-24-38-62-100 d’autre part ; on trouvera ici la fantastique apparition de cette suite chez Bach, et quelques considérations sur des coïncidences diverses, notamment dorées, rencontrées indépendamment dans Les monte-en-l’air sont là !

En fait l’imbrication des bizarreries dans cette affaire est telle que je désespère de pouvoir jamais en donner un exposé intelligible, mais il y a au moins l’approche gématrique de cette triade Burnett-Simenon-Siniac qui me semblait essentielle et que j’ai omise pour ne pas trop accumuler de chiffres dans cette nouvelle déjà quelque peu encombrée.

Ainsi, de même que LAPNUS (ou PULSAN) = 83, BURNETT = 100, alors que Pulsan envisage les 38 chapitres du numéro 83 Quand la ville dort être la petite section d’or d’un ensemble de 100 chapitres.

Le mieux est à venir avec Siniac et Simenon dont les 38 et 24 chapitres sont en rapport d’or approximatif (il serait plus exact d’écrire que 62 se répartit idéalement en 38 et 24), car

SINIAC = 55

SIMENON = 89

or 55 et 89 sont les 10 et 11es nombres de Fibonacci, offrant le très bon rapport d’or 89/55 = 1.618. 

De fait ce sont les nombres mêmes structurant la pyramide de Chéops, selon les tenants de son architecture dorée, et l’angle dont le cosinus vaut 55/89 est 51.83° ; les rapports des nombres de Fibonacci précédents n’ont pas la même précision et ne donnent donc pas cet angle.

 

Le 24 mai, lors de mon passage à Aix relaté ici, j’ai trouvé le Folio Policier #374 tout nouvellement paru, Pour toutes les fois de Lalie Walker. Depuis que j’ai imaginé une répartition dorée des 38 chapitres de Quand la ville dort, je lis volontiers ce titre Caen, la ville d’or, parce que Caen est le chef-lieu du 14, un nombre m’évoquant l’or (car notamment gématrie de l’hébreu zahav, « or »). Or ce roman se passe à Caen, son personnage principal se prénomme Laure, et il a 38 chapitres. Les 38 chapitres de Quand la ville dort évoquaient en premier lieu les 38 chapitres du Songe de Poliphile, or cette Laure est une psychologue spécialisée dans l’étude du rêve.

 

Bien plus tard, je me suis souvenu que j’avais jadis vu une relation d’or qui me semblait significative dans le fascicule broché Nombre d’or et Architecture romane Auvergne. Je l’ai retrouvé pour découvrir que cette relation concernait l’église Notre-Dame du Port, qui semble si dorée que l’auteur du fascicule, Guy Mourlevat, lui a consacrée un livre entier.

Notre-Dame du Port offre un curieux écho à la Marie du Port de Simenon. Son ami Jean Mambrino a soutenu dans Le mot du coffre que les multiples « Marie » apparaissant dans son œuvre trahissaient une ferveur mariale cachée.

 

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