Début décembre 04 j’appris
l’existence d’un concours de nouvelles noires intitulé « Quand la ville
dort », renvoyant de tels échos à certaines de mes préoccupations que je
décidai illico d’y participer. Ma nouvelle ne fut pas primée, sans surprise
puisqu’elle n’avait sans doute rien de « noir », et j’avoue par
ailleurs que je ne suis pas satisfait de ce texte, écrit sans inspiration ni
réel enthousiasme. On le trouvera ici, mot pour mot
tel qu’il fut soumis au jury.
Ma nouvelle traite d’un individu
nommé Ernie Pulsan, qui découvre de multiples bizarreries liées à son nom,
essentiellement aux valeurs numériques associées à son nom :
ERNIE = 51 (en additionnant les
rangs des lettres ERNIE, 5+18+14+9+5)
PULSAN = 83
ERNIE PULSAN = 51 + 83 = 134
Ces nombres forment une série
d’or, c’est-à-dire que 83 + 51 est la meilleure façon de partager 134 en deux nombres
entiers dont le rapport avoisine au mieux le nombre d’or, phi, 1.618... (ou
0.618… si on effectue le rapport du plus petit nombre au plus grand).
Toutes les bizarreries relatées
dans ma nouvelle sont exactes, à l’exception de ces prénom et nom « Ernie
Pulsan », qui ne sont cependant pas pure imagination, car ce sont des
anagrammes des prénom et nom « Irène Lapnus » d’un personnage de mon
roman Sous les pans du bizarre, écrit pendant l’été 1999, alors que je
n’avais aucun intérêt pour le nombre d’or.
C’est deux ans plus tard que j’ai
été atteint par la fièvre du nombre d’or, en réaction négative à l’article sur
Mallarmé évoqué dans la nouvelle, article où l’auteur évoque notamment une
possibilité de répartir en 51 et 83 les 134 vers de La Scène, dialogue
entre la reine Hérodiade et sa nourrice. Je n’avais pas créé le nom Irène
Lapnus pour des raisons numériques, aussi je n’avais pas pensé à faire le
rapprochement. Irène Lapnus était d’abord l’anagramme d’ « Arsène
Lupin », et son prénom seul l’anagramme de « Reine », rien à
voir avec Hérodiade mais traduction de Queen, mes deux auteurs policiers
favoris étant Maurice Leblanc et Ellery Queen.
J’ai fini par faire plus tard ce
rapprochement, sans y voir quoi que ce soit d’exceptionnel, jusqu’à ce que s’accumulent
diverses coïncidences autour de ces nombres 51-83-134 et du nombre d’or,
coïncidences qui ont justifié ma nouvelle mais que je n’ai pu toutes y
intégrer.
Il y a cependant un fait
essentiel que je n’aurais pas manqué de mentionner si je l’avais connu alors,
mais je ne m’en suis avisé que ce 18 mars. Un hasard m’a amené à feuilleter Géométrie
du nombre d’or, un livre de Robert Vincent que j’ai conspué ailleurs mais auquel je
rends grâces ici, et mon œil est tombé sur le nombre 51.83, qui n’est autre,
exprimé en degrés, que l’angle dont le cosinus vaut 1/phi, l’angle qui suffit à
déterminer ce que Don Neroman nomme dans Le nombre d’or, clé du monde vivant
le Triangle d’or, le seul triangle rectangle dont les côtés soient en
progression géométrique, de côtés proportionnels à 1, racine de phi, et phi.

Ceci constitue d’abord une
curiosité en soi, parce qu’il n’y a aucune relation causale voulant que cet
« angle d’or » s’exprime par un nombre qui laisse entendre deux
nombres eux-mêmes en relation d’or optimale, en l’occurrence 51 et 83, de telle
façon qu’il soit possible d’écrire cette approximation : cos(51.83) =
51/83. Il n’en aurait rien été si cet angle avait été exprimé en grades ou en
radians, ou si son approximation avait plus ou moins poussée (51.827 ou 51.8
degrés), mais de fait les angles sont généralement exprimés en degrés, avec
deux décimales.
Cette curiosité prend une autre
tournure en songeant que j’ai naïvement écrit une histoire mettant en scène un
personnage s’ébaubissant des valeurs dorées de son nom, sans soupçonner cette
possibilité que j’aurais bien évidemment utilisée sinon.
Ce n’est qu’un premier point, car
cette nouvelle n’aurait pas existé sans Irène Lapnus, qui soit dit en passant
rime avec « cosinus », or mon roman débutait par un mystérieux
message se présentant sous la forme d’un triangle, lequel s’avérait ensuite
être le triangle dit de Pythagore, de côtés 3-4-5, figure essentielle du roman.
Si le « triangle d’or »
est le seul triangle rectangle dont les côtés soient en progression géométrique
(a x c = b x b), celui de Pythagore est le seul dont les côtés soient en
progression arithmétique (a + c = b + b), et ces deux triangles sont
fréquemment associés : ils figurent côte à côte dans le livre de
Neroman ; Vincent donne à côté de l’angle d’or (51.83°) l’angle du
triangle de Pythagore (53.13°, et ces deux triangles sont assez voisins pour
être confondus par la plupart des gens).

Dans mon roman, l’obsédé du
triangle de Pythagore est Tom Lapnus, le mari d’Irène Lapnus, soupçonné d’avoir
assassiné trois latinistes en trois lieux de Paris correspondant aux sommets
d’un tel triangle.
Irène Lapnus est donc l’anagramme
d’Arsène Lupin, or une aventure du gentleman-cambrioleur se nomme Le
Triangle d’or.
Un point essentiel de ma nouvelle
touchait au catalogue de la collection Folio Policiers, à son étonnant numéro
134, La Marie du Port de Simenon, livre en fait paru sous le numéro 167 mais
dont l’occurrence 134 n’a jamais été supprimée des catalogues (voir détails et
preuves ici).
Le numéro 83 de la série est Quand
la ville dort, de Burnett, qui présente de telles opportunités de
correspondances diverses qu’il m’a paru s’imposer de participer au concours
« Quand la ville dort ».
Ces opportunités étaient telles
qu’elles ont éclipsé, entre autres, le cas du numéro 51, Connemara Queen,
avec une queen qui pourrait être une reine-irène-ernie de valeur 51.
Mais j’ai dû omettre d’autres
curiosités qui me semblaient plus parlantes. Ainsi il existe un autre titre qui
a occupé deux numéros de la collection, Moloch de Jonquet (moloch
est un mot sémitique signifiant « roi » !), d’abord annoncé
comme numéro 204 mais effectivement paru sous le numéro 212 ; le titre n’a
jamais été doublé sur les catalogues, où le 204 a disparu dès qu’est apparu le
212.
Ceci a une conséquence
importante. C’est dans le numéro 218, Meurtres à l’antique de Besson,
que j’ai découvert le catalogue donnant les deux Marie du Port,
catalogue qui mentionnait le numéro 204 bientôt appelé à disparaître (depuis j’ai vu que le
numéro 215 contenait le même catalogue).
Cette disparition a pour conséquence que chaque numéro suivant du catalogue
excède d’une unité son rang réel dans le catalogue, ainsi Meurtres à
l’antique est-il le 217e titre des catalogues complets depuis le
numéro 1 donnés dans divers volumes de la collection.
Or 217 est le nombre suivant dans
la série 51-83-134-, qui se poursuivrait par 351, or, je le mentionnais dans ma
nouvelle, le dernier numéro où figuraient les deux Marie était à ma
connaissance le 352 paru en octobre 2004, un 352 qui serait donc le 351e
titre d’un catalogue complet, pourvu qu’il n’y ait pas d’autre anomalie entre
les numéros 218 et 352 (NB en fait il y en a, non seulement dans cet intervalle, mais avant le
#167 où 6 numéros ne semblent jamais avoir vu le jour, 3 d’entre eux ayant disparu
du catalogue du #352).
Or 351 n’est pas un nombre
quelconque, c’est la somme des nombres de 1 à 26, ou encore la valeur des 26
lettres de l’alphabet, et ces curiosités m’ont donc amené à découvrir un nouvel
aspect insoupçonné de 134, qui correspond donc au partage d’or optimal de la
valeur totale de l’alphabet en 217 et 134 (351/217 donne effectivement 1.618 en
arrondissant à 3 décimales).
Or il se trouve que mon nom a
aussi pour valeur 134, et qu’il est hétérogrammatique, c’est-à-dire composé de
lettres toutes différentes, les 10 lettres CEHILMRSUZ. Il se trouve encore que
le partage d’or optimal de 26 est en 10 et 16, ainsi à mon nom correspond un
réel découpage doublement harmonique de l’alphabet, peut-être pas aussi curieux
que l’angle d’or d’Irène Lapnus ou d’Ernie Pulsan, mais toutes ces bizarreries
concourent à tresser un formidable réseau de coïncidences autour de ce numéro
134, La Marie du Port, et c’est en tout cas grâce à elles que je viens,
au cours de la rédaction de ces commentaires, de découvrir une possibilité de
lire ce titre, si riche qu’elle aurait évidemment constitué un élément
essentiel de ma nouvelle, si j’en avais alors été conscient. (Si l’état civil
me connaît plutôt sous l’orthographe Rémy Schulz, j’ai toujours détesté cet Y et
opté pour la forme Rémi bien avant d’avoir calculé la valeur de mon nom ou
celle de celui d’Arsène.)
La Marie du Port est donc un titre en 13 lettres (et 4 mots, 13-4
toujours…), mais qui ne compte que 11 lettres différentes, LAMRIEDUPOT, de
valeur 134. Nous y voilà, mais ce 134 là est bien plus riche que celui fourni
par les lettres de mon nom, car il offre une subdivision immédiate en
AEIOU = 51, soit les 5 voyelles
classiques (Y est aussi une semi-consonne)
DLMPRT = 83, soit 6 consonnes en rapport
d’or avec ces 5 voyelles
Ces 6 consonnes n’ont a priori
rien de spécial, a priori seulement. Un autre Georges, Perec, a à son actif une
œuvre hautement bizarre, Alphabets, composée de 16 séries de 11 poèmes
hétérogrammatiques. Chacun de ces poèmes est composé de 11 « vers »
de 11 lettres, chaque vers étant composé des 10 lettres EAISTNRULO, qui sont
dans cet ordre les lettres les plus fréquentes en français, l’autre lettre
étant dans chacune des séries l’une des 16 lettres restantes de l’alphabet.
Ces 10 lettres ont encore la
valeur 134. Bien évidemment leur répartition en voyelles et consonnes donne
aussi 51 et 83, et bien évidemment encore les 16 autres lettres ont pour valeur
217, et ce recueil actualise donc magnifiquement le partage d’or de l’alphabet.
Ceci m’a poussé à approfondir et à découvrir des irrégularités dans la
répartition du substantif le plus fréquent dans le recueil, à savoir le mot
« or », et je montre ici comment ces
irrégularités des « or » sont distribuées précisément selon le nombre
d’or.
Dans mon roman Irène Lapnus était
documentaliste au labo 83 du CNRS à Gif ; c’était une allusion à Perec qui
avait la même fonction au labo 38.
S’il n’est pas impossible que
Perec, amateur de jeux de lettres et nombres en tout genre, ait pu concocter
quelque chose autour du nombre d’or, qui apparaît explicitement ailleurs dans
son œuvre, on n’imagine guère Simenon impliqué dans une construction
numérologique. Il se trouve pourtant que, deux mois après La Marie du Port,
il a écrit Les sœurs Lacroix, où un peintre laisse après sa mort de
mystérieux cahiers de Recherches sur le Nombre d’Or, recherches qui
demeurent incompréhensibles pour sa famille. Les quelques extraits qui en sont
donnés montrent que Simenon s’inspirait d’un quelconque opuscule sur la
question.
Pour revenir à la question des 6
consonnes LMRDPT de La Marie du Port, il se trouve que les nouvelles
consonnes DMP sont les 3 lettres suivant
EAISTNRULO dans l’ordre des fréquences en français.
Ernie Pulsan voyait une
magnifique harmonie de la collection Folio autour de son numéro 134 :
chacun des trois romans de Simenon portant les numéros 101-134-167 (101 étant
symétrique de 167, la vraie Marie du Port) a 8 chapitres ; le roman
symétrique du 83, Quand la ville dort pendant 38 chapitres, est le 185, Les
monte-en-l’air sont là ! de Siniac, en 38 chapitres également. Les 100
chapitres de Burnett-Simenon-Siniac seraient donc idéalement découpés en
38-24-38 chapitres, soulignant les deux partages dorés de 100, 62-38 et 38-62.
Je ne peux qu’être d’accord avec
lui, mais j’ai dû ici grandement simplifier mes vues sur cette collection Folio
d’une part, sur la suite 14-24-38-62-100 d’autre part ; on trouvera ici la
fantastique apparition de cette suite chez Bach, et là quelques
considérations sur des coïncidences diverses, notamment dorées, rencontrées
indépendamment dans Les monte-en-l’air sont là !
En fait l’imbrication des
bizarreries dans cette affaire est telle que je désespère de pouvoir jamais en
donner un exposé intelligible, mais il y a au moins l’approche gématrique de
cette triade Burnett-Simenon-Siniac qui me semblait essentielle et que j’ai
omise pour ne pas trop accumuler de chiffres dans cette nouvelle déjà quelque
peu encombrée.
Ainsi, de même que LAPNUS (ou
PULSAN) = 83, BURNETT = 100, alors que Pulsan envisage les 38 chapitres du
numéro 83 Quand la ville dort être la petite section d’or d’un ensemble
de 100 chapitres.
Le mieux est à venir avec Siniac
et Simenon dont les 38 et 24 chapitres sont en rapport d’or approximatif (il
serait plus exact d’écrire que 62 se répartit idéalement en 38 et 24), car
SINIAC = 55
De fait ce sont les nombres mêmes
structurant la pyramide de Chéops, selon les tenants de son architecture dorée,
et l’angle dont le cosinus vaut 55/89 est 51.83° ; les rapports des
nombres de Fibonacci précédents n’ont pas la même précision et ne donnent donc
pas cet angle.
Le 24 mai, lors de mon passage à
Aix relaté ici, j’ai trouvé le Folio Policier #374 tout
nouvellement paru, Pour toutes les fois de Lalie Walker. Depuis que j’ai
imaginé une répartition dorée des 38 chapitres de Quand la ville dort,
je lis volontiers ce titre Caen, la ville d’or, parce que Caen est le
chef-lieu du 14, un nombre m’évoquant l’or (car notamment gématrie de l’hébreu zahav,
« or »). Or ce roman se passe à Caen, son personnage principal se
prénomme Laure, et il a 38 chapitres. Les 38 chapitres de Quand la ville
dort évoquaient en premier lieu les 38 chapitres du Songe de Poliphile,
or cette Laure est une psychologue spécialisée dans l’étude du rêve.
Bien plus tard, je me suis
souvenu que j’avais jadis vu une relation d’or qui me semblait significative
dans le fascicule broché Nombre d’or et Architecture romane Auvergne. Je
l’ai retrouvé pour découvrir que cette relation concernait l’église Notre-Dame
du Port, qui semble si dorée que l’auteur du fascicule, Guy Mourlevat, lui a
consacrée un livre entier.
Notre-Dame du Port offre un
curieux écho à la Marie du Port de Simenon. Son ami Jean Mambrino a
soutenu dans Le mot du coffre que les multiples « Marie »
apparaissant dans son œuvre trahissaient une ferveur mariale cachée.