Alphabets (à
lire en priorité si on n’est pas familier de ce texte de Perec)
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ours, thème et
aversion
à Rolant,
« i-Zeus »
« Art OuLiTien : Ours, calcul et raison (…) »
Ainsi Perec définit l’OuLiPo dans Ulcérations. Un Oursoir de Calcul Rationnel ?
Bernard Magné rappelle que « ours » peut signifier
« règle(s) », et que les nombreux « ours » des
hétérogrammes de Perec désignent probablement la contrainte elle-même. Le
contexte de la citation ci-dessus m’évoque une vieille blague
mathématique : « Un ours polaire, c’est un ours cartésien qui a
changé de coordonnées. » Ceci peut orienter vers une contrainte de type
géométrique, et Perec avait toute chance d’être réceptif à ce genre de
blague, lui dont le nom apparaît dans le repère cartésien.
« Ours » est comme il a déjà été vu le 5e substantif
par ordre de fréquence dans Alphabets, avec 23 occurrences réparties en
14 dans les 11 premiers chapitres et 9 dans les 5 derniers. De la même façon
que les 59 occurrences de « or(s) » menaient au rapport pondéré des
nombres de Fibonacci 55/34 entre les deux parties, le réel rapport des
fréquences des ursidés dans les deux parties doit être établi en tenant compte
de leurs longueurs respectives, soit (9/5) / (14/11) = 99/70 = 1.41428...
C’est une excellente approximation de la racine carrée de 2 (ou √2),
1.41421…, et c’est même la meilleure approximation à ce niveau, parce que 70 et
99 appartiennent à une suite arithmétique analogue à la suite de Fibonacci
donnant les meilleures approximations du nombre d’or.
Le tableau déjà donné, mais avec les rapports
inverses :
mot
|
total
|
11 b-q
|
5 v-z
|
rapport v-z/b-q
|
or
|
59
|
34
|
25
|
1.618
|
art
|
37
|
26
|
11
|
0.93
|
nuit
|
26
|
19
|
7
|
0.81
|
os
|
24
|
20
|
4
|
0.44
|
ours
|
23
|
14
|
9
|
1.414
|
Le rapport √2, ou division sacrée, est connu depuis l’Antiquité comme
une harmonie essentielle, en concurrence avec le nombre d’or. A la différence
du nombre d’or, il est parfaitement établi que le rapport √2 a été
utilisé par les architectes, notamment romains, et il est toujours présent
aujourd’hui avec notamment le format DIN du papier (A1, A2, A3, etc.).
√2 correspond à la diagonale d’un carré de côté 1, or Alphabets
est composé de 176 carrés de 121 lettres chacun, dont certains (9) ont une
diagonale marquée par la répétition d’une lettre, ce qui est le plus souvent
mis en évidence dans la représentation matricielle du poème.
Lorsque j’ai découvert le rapport d’or dessiné par le mot « or »
dans Alphabets, une de mes premières préoccupations a été de regarder ce
qui se passait aux sections d’or des 176x121 lettres du recueil, soit à la 94e
lettre du onzain 109 et à la 27e du onzain 68, mais je n’ai rien
trouvé d’évocateur, ou je n’ai pas su le reconnaître.
Une tentative similaire mène ici à une immédiate sidération :
21296 lettres / √2 = 15058.58… à arrondir à 15059, ce qui correspond
à la 55e lettre du onzain 125, et cette lettre est l’
« s » d’un « ours » !
Qui plus est, il s’agit de la dernière lettre d’un « vers »
hétérogramme, et le calcul effectué à partir des 1936 vers d’Alphabets
aboutit à un nombre très proche d’un entier :
1936 vers / √2 = 1368.96… à arrondir à 1369 vers (ou 15059/11)
Ainsi 1936/1369 = 1.41417… est une bonne approximation de √2, et
cette fraction est étonnante car ses opérandes sont non seulement composés des
mêmes chiffres, mais ces deux nombres sont des carrés. Ainsi cette bonne
approximation de la première racine carrée non triviale est elle-même un carré,
1936/1369 = (44/37)2, dont la racine est la fraction 44/37, proche
de la racine carrée de √2 (ou racine quatrième de 2), fraction jadis découverte
par Roger Cotes, collaborateur de Newton (lequel apparaît dans le onzain 129).
A côté de ces intéressants aspects mathématiques apparaît une curiosité
perecquienne, puisque l’auteur d’Alphabets vouait un culte certain à sa
date de naissance, le 7 mars 1936, transformant le 7/3 en un identifiant qu’il
utilisait aussi bien sous la forme 73 que sous la forme 37, privilégiée car il
pouvait la partager en deux nombres fétiches, 26 et 11. Ainsi W ou le
souvenir d’enfance compte deux parties de 26 et 11 chapitres, et son livre
suivant n’est autre qu’Alphabets, entièrement gouverné par le nombre 26
de l’alphabet et par le compulsif 11 ; le second mot le plus fréquent du
livre, « art », offre 26 et 11 occurrences dans les deux parties du
recueil.
Il est alors fascinant qu’il existe
une relation entre 1936 et 37, et que cette relation corresponde, dans ce livre
où le carré de 11 est la contrainte primordiale, à deux vers s’achevant par les
mots « ours » et « loi », deux mots signifiant la
contrainte, avec 23 et 18 occurrences. En effet Alphabets s’achève sur
un énoncé hétérogramme complet : « un raz est Loi. » Une Loi
avec un grand L, comme l’Ours de la citation presque finale d’Ulcérations
(dans sa première version de la Bibliothèque Oulipienne).
A ce stade il faut tout de même énoncer un fait rédhibitoire : il est
pratiquement impossible que Perec ait été conscient de ces deux relations, les
23 « ours » dessinant par leur répartition la meilleure approximation
possible de √2, et la présence d’un de ces plantigrades au point exact, à
la fraction de lettre près, résultant de la division « sacrée » des
21296 lettres du recueil.
Comme il l’a déjà été expliqué, Perec a d’abord composé ses 176 onzains, en
16 suites de 11 selon la lettre ajoutée à la série de base ROSE LA NUIT, puis
s’est ingénié à en établir une disposition perturbée selon une logique minimale
pour la publication du recueil. Les occurrences de « or » formaient
le même rapport selon les suites d’origine comme selon les chapitres du livre,
mais il n’en va pas de même pour les « ours », répartis en 13 et 10
dans les suites d’origine, ce qui fait passer la merveilleuse approximation
99/70 du livre au rapport 110/65 auquel il est fort difficile de trouver un
sens aussi immédiat.
De même le 125e onzain du livre, à l’ours idéal, était en fait
le 128e dans l’ordre de composition, et le 125e dans
l’ordre de composition ne présente aucune particularité oursine.
Je renvoie aux analyses du CGP5 pour confirmation, mais ceci ne me semble
pas invalider ma démarche. Pour certains c’est l’intention qui compte, pour
d’autres le résultat, et c’est dans le livre proposé au public qu’apparaissent
ces formidables possibilités. J’avais déjà indiqué dans mon étude sur le nombre
d’or dans Alphabets que je ne croyais pas à une « intentionnalité
consciente » de Perec, dont l’intérêt pour le nombre d’or est au moins
acquis, suggérant l’intervention du supercalculateur qui siège dans
l’inconscient de chacun d’entre nous. Il faudrait ici solliciter davantage encore
ce supercalculateur, en admettant que les laborieux calculs effectués après
coup par Perec pour trouver une disposition satisfaisante de ses onzains n’ont
fait que ratifier un ordonnancement prévu d’emblée inconsciemment…
Je préfère ne pas me perdre dans l’immensité des hypothèses, et continuer à
suivre la piste des ours, en tentant d’abord de répondre à quelques questions
qui pourraient se poser : la division sacrée est-elle plus justifiée dans Alphabets
que la divine proportion ? ou l’inverse ? en fait ces diverses
fantaisies ne démontrent-elles pas mutuellement leur inanité ?
Il serait certes plus confortable de n’avoir qu’une seule hypothèse à
étudier, je m’y refuse par honnêteté. En tout cas il serait simpliste que
plusieurs hypothèses s’annihilent, et je crois plutôt que les différents motifs
relevés par les uns et les autres dans l’œuvre de Perec se conjuguent pour
démontrer que cette œuvre est irréductible à une logique usuelle dualiste.
Je n’ai pas inventé que le mot « or » soit le substantif le plus
abondant du livre, ni que les nombres de ces « or » formaient le
« nombre d’or ». De récentes investigations
m’ont fait prendre conscience des parallélismes culturels et autres entre ce
nombre phi et √2, ce qui m’a permis de reconnaître une possible
expression similaire de √2 par les « ours », puis la suite…
De penser à la diagonale des carrés de lettres m’a rappelé que les matrices
des onzains, dans l’objet-livre Alphabets, sont loin de la proportion
carrée souhaitable, ce que j’ai toujours regretté. En fait je n’ai pas ce
livre, et travaille essentiellement sur une copie informatique du texte. Ce
n’est qu’à l’occasion de cette étude sur √2 que j’ai eu la curiosité de
mesurer les matrices des onzains, sur des reproductions de la première édition
du livre. Elles sont toujours très proches d’un rectangle d’or parfait (49,3 x
30,5 mm), d’une hauteur de 49,3 mm et d’une largeur variant très légèrement de
30 à 31 mm, selon la lettre caractérisant la série. Je pense que ce n’est qu’un
effet involontaire de la composition, fort sommaire, où l’on semble s’être
contenté d’utiliser sans espacement des majuscules en Elite, avec un interligne
aussi faible que possible, mais il n’en reste pas moins que le rapport d’or géométrique
se trouve ainsi massivement présent dans le livre Alphabets, pour chacun
des 176 onzains, et que je l’ai découvert grâce à √2.
Le format de l’hétérogramme édité m’a mené à m’interroger sur les formats
de composition. Je ne dispose que des deux reproductions de brouillons données
dans Portrait(s) de Georges Perec : l’un (page 213) a été composé
sur un carnet de format DIN (le format très courant √2, tel que le carnet
ouvert a les mêmes proportions que le carnet fermé), l’autre (page 131) vient
d’un autre carnet de format très proche du rectangle d’or !
Mes mesures les plus précises de ce
format sont 131x212 mm, des nombres en rapport d’or idéal, mais de plus les
légendes des deux reproductions, les seules, se trouvent pages 131 et
212 ! « Pour être fortuite, la rencontre n’en fait pas moins
sens. », comme écrit Bernard Magné à propos d’un autre onzain.
J’ai pu voir ces cahiers
qu’affectionnait Perec, récupérés après la faillite du comptoir Bienenfeld. La
reproduction de la page 131 avait été agrandie, et le format réel d’une page du
cahier est de 107x173 mm. C’est toujours un rapport d’or idéal, et force est de
constater qu’il ne s’agit pas de dimensions usuelles. A l’intérieur de la
couverture cartonnée, il est indiqué que ce cahier de commission a été imprimé
par la maison A. Roques, anciennement Gallin-Fuzellier, ce qui peut rappeler
comment Perec a fusionné Simon et Crubellier.
Enfin ce onzain 108, composé sur un rectangle d’or horizontal, voué à
devenir un rectangle d’or vertical sous forme imprimée, contient lui-même le
mot « or », mais ce brouillon livre la genèse du poème où rien ne
permet de supposer une quelconque préméditation. Au 3e vers Perec
s’est trouvé avec 6 lettres résiduelles dont il a noté plusieurs possibilités
et retenu « l’or tu s… » Dans ce onzain semble avoir été envisagé
(mais non retenu) « l’ours mâtiné l’air motus… »
Je p-ours-uis avec le onzain 125 complet, et son « ours » du 1369e
vers :
VOISTULENAR
VALOUNESTRI
VENILOTUSRA Vois-tu le narval
VINEASTULOR où n’est rive ni lotus raviné ?
VIETANLOURS
VIOLENTSURA As-tu l’orviétan,
VERSIONTULA l’ours violent sur aversion ?
VOUESLARTIN
VENTORIALUS Tu l’avoues : l’art inventoria l’us
VITALSONRUE vital : son ru, evil ou transe
VILOUTRANSE
On voit qu’il s’agit d’un onzain surcontraint, marqué par une colonne
verticale de V (ressemblant au symbole √ de la racine carrée…) Il y a en
tout 23 onzains concernés par une ou plusieurs surcontraintes sur les lettres,
le même nombre que les « ours »…
OURS est un mot de valeur 73, selon la somme des rangs des lettres. Je
rappelle que Perec se sert aussi bien de 73 que de 37 pour exprimer sa
naissance, et que ce mot achève le vers de rang 1369 = 37x37, tel que 1369/1936
=1/√2.
Justement cet OURS est un OURS sur (/), sur AVERSION, mot de valeur 103, et
le rapport de ces deux valeurs est encore une bonne approximation :
OURS / AVERSION = 73/103 (0.701), proche de 1/√2 (0.707).
C’est le meilleur partage de 176, le total des onzains, pour obtenir deux
entiers en rapport √2, ainsi 176/(1+1/√2) = 103.09… On obtient
aussi un bon rapport avec les nombres de vers :
1936/(1+1/√2) = 1134.08… La coupure tombe juste après le 1134e
vers, qui lu 11-34 pourrait être aussi significatif dans la numérologie
fantasmatique de Perec, où le couple 43-34 serait également important.
Le 1134e vers est le premier du onzain 104
LAPROUSTIEN la proustienne loi sur ta prose
NELOISURTAP
De nouveau la « loi », mais qui serait ici le premier mot complet
des 802 vers s’achevant sur « un raz est Loi ». Pour les lettres la
césure tomberait sur le second n de « proustienne ». A noter
que dans ce mot se succèdent les lettres « rous » formant
« ours ». Enfin une césure respectant les mots amène à considérer les
13 lettres LAPROUSTIENNE dont la valeur est 169, carré de 13 et somme des
nombres 70 et 99 formés par le rapport des « ours » (ces nombres
peuvent par exemple se retrouver à partir de la valeur 99 des consonnes LNPRST
autorisées pour un hétérogramme en P).
Le couple 70-99 appartient donc à une suite arithmétique dont les premiers
couples sont 1-1, 2-3, 5-7, 12-17, 29-41.
Ce n’est qu’à partir du troisième couple que l’approximation de √2
devient intéressante, or ce couple 5-7 correspond aux nombres de lettres des
nom-prénom de PEREC-GEORGES. Je rappelle que les valeurs correspondantes 47-76
sont en rapport d’or optimal, ainsi les nombres de lettres seraient en
« rapport d’ours », 7/5 = 1.4, soit √2 à 1% près (Perec
s’avèrera dans VME être l’homme du 99%).
17/12 est déjà une bonne approximation, et il est fascinant que,
parallèlement à la composition d’Alphabets, Perec ait écrit un autre
recueil d’hétérogrammes, les 17 carrés de 12x12 de La Clôture. Il n’a
donné aucune justification pour le choix du nombre des poèmes, où l’ours fait
une double apparition à la fin du 10e :
ça sort du lieu ton fil
sacro-saint (le cru discourant, le jus noir – placet futile – corsant l’ours
inachevé, l’ours antic) ?…
Les valeurs des mots INACHEVE / ANTIC, 67/47, donnent un rapport
√2 optimal, avec cette curiosité que 67 est le renversement de 76
(GEORGES / PEREC = 76/47 en rapport d’or optimal).
29 et 41 ne sont pas des nombres courants, c’est pourquoi il est surprenant
de les trouver parmi les brouillons de Perec, sur la feuille où apparaît le
détail définitif des 16 chapitres d’Alphabets, en 16 lignes
dactylographiées. A gauche des lignes 3 à 14, soit les chapitres
« d » à « x », Perec a ajouté, de 4 encres différentes,
deux colonnes de nombres, la première débutant par 29-41-53, progression
arithmétique de raison 12, l’autre par 23-34-45, progression de raison 11. Il
est assez clair que cette dernière correspond aux numéros d’ordre des premiers
onzains de chaque chapitre, et Willy Wauquaire a compris que la première était
une prévision de la pagination du livre, où chaque chapitre occupe 12 pages.
Ceci n’explique ni l’omission des nombres se rapportant aux deux premiers
et deux derniers chapitres, ni les changements d’outil (au moins 4 encres
différentes, 6 changements en 6 lignes consécutives), ni la finalité de ces
calculs (le livre ne sera pas paginé).
Il y a en tout 23 occurrences du mot « ours », concernant 22
onzains, soit exactement le huitième du total des 176 (il y a 44 onzains avec
« or »).
Ce 22 semble encore surdéterminé par le fait que c’est le onzain 22 qui
présente 2 occurrences de « ours » ; s’il s’agit toujours d’un
effet de la distribution finale des onzains, cet « enracinement » du
« 2 » est frappant.
Une autre harmonie dans la répartition des « ours » reste valable
selon l’ordre de composition. 22 c’est deux fois 11, et à l’exact milieu de ces
22 le 11e onzain « ours » s’achève précisément sur le mot
« ours » tandis que le suivant débute par « L’ours ».
On a vu que le onzain 125 était surcontraint par une colonne verticale de
V. Il y a 5 onzains en tout concernés par une colonne isogramme, et 9 par une
diagonale isogramme. Dans le onzain 42 un « ourS » participe à une
diagonale en S. Parmi les 99 vers hétérogrammes de ces 9 onzains ce vers oursin
est le 43e.
Je note encore qu’il s’agit d’un onzain de la suite en F, qui compte 4
occurrences du mot « ours », record suivi par la suite en W avec 3
occurrences. L’histoire de l’alphabet montre que nos lettres F et W ont pour
origine la même lettre waw de l’alphabet sémitique.
Rémi Schulz, 17 janvier 07
Les 23 occurrences :
2 B2 (…) inanité (l’ours-babil : un
raté) (…)
18 F1 (…)
l’ours finaliste fourrant l’if où se roule sa fin tarte (…)
22 C7 Cet ours lainé (…) le
cas rituel court (insanité !) l’ours à cru (…)
42 F6 (…)
Fin : sûr natif (l’ours…) et faneur, Ô, lis !
44 F7 (…) sa
loutre sûre à flot infantile (ours fort usé…) (…)
50 F11 (…)
l’ours nié fréta, ô, l’insu.
71 K2 (…) le
koustar Nikita s’enroule son kilt au raki – ours lent.
72 H11 (…)
lion haï en l’ours total, (…)
80 J10 (…)
tel ru s’ajuste à Nil, j’orne l’ours, j’italise. (…)
85 M2 (…) si
l’automne ranime l’ours timoré suant larmes (…)
95 M7 (…) son
armure, s’il t’a nommé liant ours.
101 P5 L’ours
patiente (…)
118 V2 Suave
litron : l’ours aviné (…)
125 V7 (…)
As-tu l’orviétan, l’ours violent sur aversion ? (…)
127 W1 (…) ours winternal où Wissowa lit runes ! (…)
129 W2 (…) A
lu sir Twain l’ours Erewon (…)
146 X6 (…)
L’ours exulte : soir anxieux l’an sort
150 W10 (…)
et ni l’ours Watson (…)
152 X8 (…)
l’ours ni l’axe (…)
153 Y3 (…)
s’il n’orna l’ours yéti.
158 Y7 (…) ni
l’ours étayé (…)
165 Z4 (…)
striant l’ours zélé, (…)
Remarques annexes
Roussel précourseur ?
Il va de soi que Perec n’a pu lire Comment lire Raymond Roussel
(1988), mais les idées de Philippe Kerbellec sur le « procédé » sont
si sensées que tout lecteur actif de Roussel peut les avoir pressenties, sans
nécessairement être parvenu à la généralisation opérée par Kerbellec.
Il n’est ainsi pas hors de portée de supposer un double jeu dans les crises
d’aménorrhée de la reine Duhl-Séroul au début de Locus Solus.
L’aménorrhée est l’absence de règles, d’ours selon le parler populaire, tandis
que le terme anglais correspondant au sens général « règles » est rules,
transcrit alors phonétiquement « roulès » (comme Holmes est devenu
Holmès) :
LES OURS = ROUSSEL (anagramme parfaite)
roulès = Séroul = Roussel (anagrammes phonétiques)
Le fait que la reine dans Impressions d’Afrique se nomme Rul ne peut
que conforter ces lectures.
Le triangle isiaque
Horus est l’anagramme de Hours, nom propre équivalent à « Ours ».
La mystique arithmosophique connaît le triangle de Pythagore sous le nom de
« triangle isiaque », où aux côtés orthogonaux ou cathètes 3-4
correspondent Osiris et Isis, tandis qu’à la diagonale ou hypoténuse 5
correspond leur fils Horus.
Le Nil apparaît dans plusieurs onzains, et Horus dans le 40 :
« hostile n’a Horus hurlé à ton inhalé suroît ». Le onzain suivant
offre une diagonale de E du Nord-Est au Sud-Ouest (suroît)
Perec précurseur du code biblique
Les onzains 41-42-43 sont surcontraints par une diagonale isogramme (ainsi
que par un acrostiche). Cette succession est encore en partie un hasard puisqu’elle
concerne les onzains F5-F6-G3. Je m’émerveille du fait que les lettres
concernées par ces diagonales soient E-S-L, car la récente affaire du
« code biblique » a popularisé le sigle ELS, Equidistant Letters
Sequence, « Séquence de Lettres Equidistantes », appliqué aux
messages éventuels lisibles dans un texte dont ont été éliminés tous les signes
non alphabétiques, y compris les espaces.
C’est le cas des matrices typographiques d’Alphabets, où les
diagonales sont des ELS avec des sauts de 10 ou 12 lettres, selon qu’elles sont
senestro- ou dextro-descendantes.
Il ne manque donc pas de sel que ces ELS successives soient construites sur
les lettres ESL, mais ce n’est pas tout. La diagonale suivante est très proche,
celle du onzain 45, ou F8, en N, qui débute par « Tu as, orfelin, usé la
trionfale – sort infusé – Tora : un fil (…) » D’autres avant moi ont
montré l’ineptie des prophéties véhiculées par les best-sellers de Michael
Drosnin, mais il est moins connu que les ELS sont une généralisation d’un
procédé déjà utilisé de longue date par l’exégèse rabbinique. L’un des
résultats les plus étonnants concerne précisément le mot TORA : les deux
premiers livres de la Tora (et ces deux seuls) contiennent un T dans leurs
titres (Berechit et Chemot) qui sont aussi les premiers mots des
livres, et en lisant une lettre sur 50 à partir de ces T on obtient dans les
deux cas les 4 lettres du mot TORA, dans l’ordre (en hébreu bien entendu).
Combien mettraient des jours,
sans aide, à voir le sel
Dont sont sursaturés un mot, une anecdote !
Roussel
Something ELS
La plasticienne Marylin Rolland m’a fait remarquer que ELS était soi-même
une ELS dans l’alphabet écrit séquentiellement. Elle l’a repéré parce que ses
recherches sur Alphabets l’ont menée à transposer les lettres en notes,
selon la correspondance classique la-si-do-ré-mi-fa-sol = ABCDEFG =
HIJKLMN, etc.
Cette ELS E-L-S est la seule séquence d’écart 7 composée de lettres de la
série AEIOU LNRST, ainsi mi est la note prépondérante dans cette
transposition. De plus il faut y ajouter les Z, or, curieusement, j’ai dédié
cette page à un autre Roland, Roland Brasseur, en utilisant le dernier vers
d’un onzain en Z (le 162, qui dit en fait : « O inst/ruis là ton
zé/ro, l’anti-Zeus ! »)
Zone otobiog
Marylin m’a également appris l’existence d’une ELS inouïe dans Alphabets.
Les lettres centrales (soit les 61es) des onzains 144 à 150, les 7
premiers du chapitre « x », sont successivement EARSOTO, qu’on peut
découper en EARS, pluriel de l’anglais ear, « oreille », et
OTO, génitif du grec oûs, « oreille » encore (ot- ou oto-
préfixe quasi automatique pour tout ce qui touche à l’oreille).
Il est encore difficile d’y voir autre chose qu’un hasard, toujours du fait
de l’ordonnancement tardif des onzains (des doutes sont cependant permis pour
les derniers poèmes), mais c’est encore un « hasard » qui pose des
questions, surtout quand on sait qu’en hébreu « oreille » est un mot
dont la translitération la plus immédiate est ozen (phonétiquement ozεn), anagramme de
« onze », nombre de base de l’édifice perecquien (ainsi la distance
de ces ELS ears et oto est 121, 11 au carré).
Quant à ot, c’est la « lettre » en hébreu, pluriel otiot.
Le verbe « ouïr », « écouter », c’est shema’, dont
dérive le nom Shimon, Simon, qui est parfois Crubellier.
Le onzain 144 s'achève sur « Lex (…) ouit rixe à sort
nul » ; si ce n’est pas limpide, c’est l’un des seuls onzains où
l’ouïe est convoquée. Son dernier vers « ixe à sort nul » pourrait
s'appliquer à l'absence de tout hasard dans ce chapitre « ixe ».
Le dernier O d’OTO dans le onzain 150 est l’initiale d’un OURS,
« l’ours Watson ». Une nouvelle interprétation pourrait être
développée puisque ours contient oûs, l’oreille grecque, tandis
que l’ours anglais bear contient ear (et Watson n’est-il pas le
confident, l’oreille de Sherlock Holmes ?) L’ours en peluche a par
ailleurs fréquemment les oreilles nettement surdimensionnées.
Enfin « ours », c’est dov en hébreu, qui m’évoque d’abord
Rabbi Dov-Ber, fondateur du principal courant hassidique, où Ber est la
traduction en yiddish (allemand Bär) de dov. Tel qu’il est
orthographié en yiddish, ber est l’anagramme du verbe rava’,
« être carré », et de son palindrome ‘avar,
« traverser », dont dérive le mot ‘ivri,
« hébreu ».

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