Alphabets

Les or(s) d’Alphabets

                                        & remarques annexes

 

 

Voici la liste de toutes les occurrences du mot « or(s) » dans Alphabets, avec d’abord le numéro du onzain, puis les extraits concernés dont la longueur du contexte est choisie subjectivement. La mise en page n’a pas été conservée, ainsi « Or » du onzain 120 en représente la première ligne.

Le numéro du onzain est suivi de sa position dans la suite de onzains construite sur la même lettre (et non dans un « chapitre » du livre dont la position sera donnée par le reste de la division du numéro par 11).

Il y a en tout 59 occurrences, concernant 44 onzains. Lorsqu’un onzain comporte plusieurs occurrences, son numéro est souligné, ainsi que les diverses occurrences du mot dans les extraits. 13 onzains sont dans ce cas, 11 avec 2 occurrences et 2 avec 3 occurrences.

« ors » (où « Ors ») apparaît 3 fois, que ce soit le pluriel d’ « or » ou un nom propre.

 

 

1   B1 Satin, or bleu (…)

11 B7 (…) et ors libérant souillure (…)

13 B9 (…) l’or ni bure : nil obstat (…)

14 C4 (…) si court Nil : or (…)

15 B10 (…) or instable… (…)

16 D2 (…) l’or du sidérant louis d’or usé (…)

26 C10 (…) or et nu : Corails.

35 D9 (…) noir d’étoiles à nu, dru, sali d’or, t’enlise. (…)

36 F4 Saute l’or infernal, (…)

41 F5 (…) or refusant loi et filon saur.

44 F7 (…) l’os, la feutrine, l’or (…)

52 G5 Tu rongeais l’argent souillant (rogue, singe ou rat si l’or s’engluait). (…)

65 J3 (…) j’astreins jalouse nuit à l’or, (…)

69 J4 L’or se jaunit. (…) Juin, Ors, Atlantis (…)

70 H10 L’hôte n’usa, irisé, l’or à thune (…)

74 J6 (…) l’or suit l’or janséniste, l’or jaunâtre (…)

75 K3 (…) Or, tel un kaiak, (…)

81 J11 or, la nuit, je sais (…)

93 M5 L’or se mutina (…) L’or mu : antimoine alu strontium (laser ?)

101 P5 (…) N’osa-t-il pulser à point l’or épuisant ?

102 M9 mourantes limites où l’an ranime l’or tu. (…)

105 Q1 (…) lors n’est or qu’à l’inquiet, l’or sans quoi l’art ne troque (…)

114 Q7 Les in-quarto sont reliquaires : Qu’on l’attaque, l’or sinistre, qu’on l’alite, qu’on rase l’or qu’instant a requis, l’or qui s’étalonne, qui sort là, sali, tronqué.

116 V1 Voir en ta Sultane l’or visuel sur ton vain livre où t’asservit la nouante loi – survivre (…)

120 V3 Or tel un vaisseau vint l’or, (…)

123 Q9 (…) alors qu’art-silo ne quêta ni l’or square ni lots qu’ont les Iraq.

128 Q10 or, lisant Queneau : (…) L’or qui trinque (…)

129 W2 (…) l’or saint où Wells entoura Winawer (…)

133 W5 (…) O, Twine, as-tu l’or (worst…) uni ? (…)

134 V9 (…) l’or s’évanouit vers l’art nous veillant (…)

136 W7 (…) ni l’autre, l’or au Twins !

138 X1 (…) Or six nuls réaux ont-ils en tour axial rosi un texte à lux noirs ?

139 V10 (…) l’an nous ravit l’éveil suant or.

141 W8 (…) Il nous suit l’or à New Town ! (…)

144 X5 (…) 0ù sert la nuit à l’or exsisant l’or ? (…)

146 X6 (…) silex où transi or n’a lu texte suri (…)

154 Y4 Or s’unit à l’yeuse l’oyat n’irisant l’oyé ru (…)

156 X9 (…) six lurons t’exilaient aux ors loin surex (…) un saxo rasoir n’exultait l’or (…)

159 W11 (…) Sol nu, waste, or nu, (…)

168 Z6 (…) La nuit rose ni l’azur total ni or (…) s’il unit l’or à Zeus.

169 Z7 (…) N’alliez au son triste un or (…)

170 X11 (…) Or lu : or sintaxe

174 Y11 (…) où lia styrène à or un styliste (…) Or, tel Yalta, ô, y surine…

175 Z10 (…) L’Or, si, tué, Oz, l’anté, l’Azur, (…)

 

 

Remarques annexes

 

Sachant l’importance pour certains exégètes de la date du 11/2/43, il est remarquable que la considération des seules occurrences du mot « or » réduise le total des onzains concernés à 43, par l’élimination du onzain 11. Parmi ces 43 il y a 11 onzains à occurrences multiples, dont 2 avec 3 occurrences. Le total des 56 « or » peut donc se décomposer en 43 + 11 + 2 (occurrences premières, secondes, et tierces).

 

Il y a 44 onzains avec « or(s) », soit exactement 1 sur 4.

Il serait tentant de considérer la formule 1+3=4, en écho avec les 3 premiers termes de la suite de Lucas, 1 3 4, qui se poursuit par 7 11 18 29 puis 47 et 76, valeurs de PEREC et GEORGES.

On retrouve cette formule dans les 16 onzains contrevenant à la distribution en onzine (voir CGP 5 sur ce point). Parmi ces 16, 4 (soit 1 sur 4) sont des infractions absolues substituant une des 11 dispositions « autorisées » à une autre, et 12 (3 sur 4) sont des déviations donnant lieu à des dispositions bâtardes.

Parmi les 4 infractions absolues (113, 138, 144, 168), 3 sont des onzains comportant le mot « or », dont 2 à double occurrence. Pour ces 2 (144 et 168), on a 1 fois « or » et 3 fois « l’or ».

 Parmi les 12 autres cas figurent 5 onzains avec « or », dont 2 à double occurrence. Il y a en tout 12 « or » dans ces 16 onzains

Sans avoir envie de creuser plus avant, je remarque les fortes proportions de « or » dans ces exceptions, 5 occurrences sur 4 onzains pour les infractions absolues, 7 sur 12 pour les autres cas, ce qui est déjà supérieur aux 25 sur 55 m’ayant mis la puce à l’oreille.

Ces exceptions semblent également être restées énigmatiques pour les commentateurs des CGP 5.

 

Parmi les 12 cas de dispositions bâtardes, il est encore remarquable que 4 d’entre eux donnent une même variante de la même disposition prévue. Je ne tente donc pas d’aller plus avant ici, mais je note que parmi ces 4 (55, 69, 126, 134) figure le onzain 134, qu’il serait tentant de lire 1-3-4, ou de rapprocher de la valeur 134 de la série ESARTINULO.

Le numéro d’un onzain dans le recueil ne peut en principe avoir été prémédité, l’ordre des poèmes résultant de calculs postérieurs à leur écriture, mais le cas du onzain 134 est quelque peu particulier. Selon les dates de composition des onzains, fournies au lecteur du livre et confirmées par les brouillons des poèmes, ce onzain de la suite V a en fait été le tout dernier onzain composé par Perec, le 5/6/76. Il aurait « normalement » dû être le 11e poème de la suite V, et recevoir le numéro 148 dans le recueil, 5e du chapitre « x », mais Perec a choisi de lui donner la position V9, ce qui lui confère le 2e rang du chapitre « w », et le numéro 134.

Je n’essaie pas encore de démêler ces autres inextricables questions des décalages dans la composition de certains onzains ou de leur positionnement imprévu, mais je m’attache à cet important décalage de ce onzain 134, sachant que Perec s’est donné à d’autres occasions des contraintes temporelles (exemple le projet des Soli loci).

Perec a débuté ses Alphabets par la suite C, commencée le 1er janvier 74, achevée le 4 février.

Pour quelque raison que ce soit, ce projet est resté en plan jusqu’à la fin juin 75, mais Perec a néanmoins eu une certaine activité hétérogrammatique entre-temps, avec Ulcérations et La Clôture.

Les 15 autres suites ont été écrites du 27 juin 75 au 5 juin 76, et je ne distingue dans ce laps que trois points sans enjambements entre suites et mois :

– la fin de la suite K correspond au dernier poème d’octobre 75 (c’est le 88e onzain correspondant à la moitié du recueil) ;

– la fin de la suite Q correspond au dernier poème de février 76 ( ;

– les deux suites V et W ont été écrites en mars 76 (à l’exclusion du dernier onzain en V) ;

– les suites XYZ  ont été écrites en avril et mai ;

– enfin le dernier onzain en V, V9, le 134, est daté du 5 juin 76.

Cette relégation du dernier onzain en V permet d’imaginer une répartition en 21 et 34 des 55 onzains des suites VWXYZ. Il est remarquable que les poèmes bornant cette répartition contiennent tous des « or », V1 comme W11, X1 comme V9. En fait il y a des irrégularités dans la distribution de la suite W, où le dernier onzain composé est W7, mais ce numéro 136 est encore un « or ».

Le onzain 134 écrit en dernier peut sembler particulièrement significatif :

lais entrouverts,

là où vinrent à vous lis ouvrant lie,

liant souverain tu,

l’or s’évanouit vers l’art (...)

Significatif... c’est évidemment vite dit, mais comparé à d’autres... Enfin ce « souverain tu » ne fait-il pas allusion à la monnaie d’or ? ne ferait-il pas écho à « l’or visuel » du premier onzain en V ? « or » et « art » sont les substantifs les plus fréquents du recueil, avec 59 et 37 occurrences, soit un total de 96 dont le partage doré le plus artistique est précisément 59-37 (59/96 = 0.615).

 

1 3 4..., c’est encore le début de la suite de Lucas, une suite de type Fibonacci particulière dont les termes suivants sont 7 11 18 29 47 76, ces deux derniers nombres correspondant aux valeurs de PEREC et GEORGES.

Le 11 apparaît aussi dans cette suite, avec son partage doré idéal 4-7, nombres fusionnés plus loin dans le nombre 47 de PEREC, ou si on opte pour l’ordre 7-4, le nombre 74, identifiant l’année où Perec a commencé ses Alphabets.

Est-ce un hasard si Perec a débuté son œuvre le 1/1/74 ? un autre si les 11 premières suites liées par les dispositions en onzine ont des pics d’ « or » pour les séries 7 et 11 ?

S’il est périlleux de répondre à ces questions, il apparaît en revanche un partage 7-4 tout à fait net dans la suite C, la seule suite de onzains composée en 74. Les CGP 5 détaillent les contraintes les plus immédiates de cette suite très particulière, « rimes » en onzine des 11 onzains à partir du « télostiche » L’USINE A TROC du premier, diagonales isogrammes pour les onzains 9 et 10, enfin acrostiche L’USINE A TROC pour le dernier onzain dont les rimes CLOURSTIANE redonneraient au stade suivant L’USINE A TROC (on lit d’abord les lettres paires, puis les impaires à rebours), mais omettent une contrainte qui concerne les 4 derniers onzains de cette suite C et eux seuls dans tout le recueil, d’où on peut inférer que ce ne saurait être fortuit : il n’y a aucun enjambement dans ces poèmes, c’est-à-dire qu’à chaque « vers » de 11 lettres correspond une séquence de mots complets. Cet effet est souligné par les textes « en clair » du poème où il est patent que Perec s’est efforcé de donner un sens autonome sinon à chaque vers, du moins à chaque groupe de 1 à 3 vers.

 La onzine (des onze suites de B à Q) débutée en 74 s’achève en 76. Dans la série des N-ines existe aussi la tétrine ou quatrine qui, à partir de 7476, ferait apparaître 7647, ou 76-47 = GEORGES-PEREC. Il est remarquable que le déblocage de la construction de l’édifice se situe fin juin 75, soit peu après le coup de foudre avec une Catherine qui restera sa compagne jusqu’à sa mort. Les 15 autres suites ont été composées de juin 75 à juin 76, et Perec y a insisté sur le mot « juin », évidemment dans la suite J, qui ressort  par une des rares infractions à la contrainte sérielle faisant apparaître la forme adjectivale inconnue « junien » alors que la forme sérielle correcte donnerait l’adjectif existant « julien », d’ailleurs tout à fait acceptable dans son contexte : « l’an sort junien »

Il est ahurissant que 1974 soit divisible par 47 (47 x 42) et 1976 par 76 (76 x 26). Il est en revanche normal que les facteurs 26 et 42 offrent un rapport 0.619 presque aussi doré que 47 et 76, mais on peut remarquer que 26 et 42 poursuivent la suite à laquelle appartiennent les nombres issus du partage de l’alphabet en 10 et 16 lettres, … 10 16 26 42 …, qui sont les doubles des termes de la suite de Fibonacci. 

 

A propos du partage doré idéal de 134 en 51 et 83, je remarque que sur ses cahiers préparatoires Perec a noté de 1 à 11 les 11 dispositions des onzains de la première suite, la suite B, à partir de laquelle il a déterminé les dispositions pour les autres suites. Pour la 7e suite, la suite J qui correspond à un pic de 7 « or », les dispositions se présentent dans l’ordre 5 10 8 3 2 7 11 6 1 4 9, où je suis tenté de lire dans les 5 10 8 3 initiaux quelque chose comme 51o83, voire 51°83, l’angle de Chéops, voire 5x10 = 50 et 83 (CATHERINE = 83, BINET = 50).

Hasard, bien sûr, mais l’accumulation des hasards dans cette affaire est confondante. Ainsi le premier onzain en J est le 51e du recueil, hasard toujours puisque cet ordre a été établi après la composition des poèmes, mais il reste que dans l’ordre de composition ce premier onzain en J est le 67e, avec 67 moyenne entre 51 et 83.

Ce premier onzain en J peut encore être jugé significatif, sachant qu’il débute par « Sur la jointe nuit rose » et qu’un autre titre envisagé pour Alphabets par Perec était Rose la nuit.

 

Je reviens sur le partage des 16 lettres identifiant les suites en BCDFGHJKMPQ = 97 et VWXYZ = 120. Le rapport de ces deux nombres est donc proche de deux fois le nombre d’or, 2 x 0.619, et ce n’est pas un hasard. Il existe des liens étroits entre la suite « alphabétique » … 51 83 134 217 351 … et la suite 1 4 5 9 14 23 37 60 97 …, ainsi chaque terme de la première suite peut être obtenu en additionnant un terme de la seconde suite au terme situé deux rangs après lui : 14 + 37 = 51 ; 23 + 60 = 83 ; 37 + 97 = 134 …

 C’est exactement de la même manière qu’on obtient la suite de Lucas à partir de la suite de Fibonacci. En fait, toutes ces suites additives peuvent être déduites de façon plus ou moins simples de la suite de Fibonacci, mais ici les combinaisons rencontrées sont particulièrement simples. Ainsi les combinaisons fibonacciennes des 34/55 de l’ensemble du recueil avec les 13/21 de la onzine mènent aux 47/76 (Perec/Georges). Une autre addition de 13/21 mène à 60/97, on a vu plus haut comment en déduire 51/83.

 

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