Je tente de relater ici une formidable chaîne
de coïncidences, si formidable que je ne développe sur cette page que les
éléments que j’estime le plus facilement communicables, d’autres sont abordés ailleurs.
Un version imprimable de ce texte, en plus
petits caractères, se trouve ici.
Sous les JB la chance
Le 18 septembre 06, je reçus vers
11 h un paquet contenant le petit livre Gibbey ! Dernières
nouvelles !, de J. Barine, dédicacé par l’auteur, ou plutôt la moitié de
l’auteur car Barine est la signature commune de deux compères de la région de
Reims, Paul Gayot et Pascal Dourcy, qui ont écrit sous ce nom plusieurs
dizaines de nouvelles parodiques mettant en scène leur détective Jonathan
Gibbey.
Paul Gayot est aussi un important
responsable du Collège de Pataphysique, et il me joignait ses bons vœux pour
l’année 134 venant de débuter (l’ère pataphysique commence avec la naissance du
sieur Jarry Alfred le 8 septembre 1873).
J’apprécie au plus haut point les
nouvelles de Barine, et j’étais donc impatient de lire cette nouvelle fournée,
mais j’avais prévu pour ce midi une activité qu’il ne m’a pas semblé devoir
remettre, à savoir aller cueillir des amandes dans une ancienne amandaie depuis
longtemps en friche, au lieu-dit Jaron, à 5 km du village où j’habite, Mézel,
dans les Alpes-de-Haute-Provence.

J’ai donc pédalé 2 km jusqu’à la
D17, petite route de montagne grimpant abruptement vers Jaron, très peu
fréquentée. Une voiture immatriculée dans le 83 (le Var département limitrophe)
m’a doublé, et ceci a excité mon imagination.
Disons-le sans ambages, je suis
souvent considéré comme plutôt cinglé, car il me suffit de quelques mots ou
nombres pour me perdre dans des associations que la plupart des gens
trouveraient saugrenues. Si ma démarche est selon moi tout à fait justifiée, je
n’entends pas tenter cette justification ici, et ne présenter de mes fantaisies
que ce qu’il est nécessaire pour comprendre l’enchaînement des événements qui
ont conduit à révéler des bizarreries complètement indépendantes de ces
fantaisies.
Au plus bref, le fait d’être
entré dans l’année pataphysique 134 m’avait aussitôt frappé. La raison
essentielle pour laquelle ce nombre me fascine est qu’il est la somme de 51 et
83, nombres entiers en rapport d’or optimal. Sans essayer d’expliciter,
l’apparition de cette voiture du 83 sur cette route où il est rare de
rencontrer quiconque hors saison touristique m’a rappelé qu’une des trois
maisons de Jaron était occupée par des gens du 51 (la Marne, où habite Gayot
notamment), qui semblent y demeurer à l’année. Lorsque je suis arrivé à Jaron,
j’ai donc regardé les voitures stationnées devant cette maison : il y en
avait deux, immatriculées 434 AJB 51 et 266 ANL 51.
Parce que j’ai un intérêt
particulier pour le nombre 51, je suis assez certain d’avoir prêté attention
aux numéros des voitures garées devant cette maison, à chacun de mes rares
passages, et parce que j’ai une sensibilité particulière aux nombres en rapport
d’or, je suis absolument certain de n’avoir jamais repéré ces numéros, ensemble
du moins.
En effet on pourra vérifier que
434+266 = 700, et que
700 x 83 : 134 = 433.58 à
arrondir au plus proche entier 434
700 x 51 : 134 = 266.42 à
arrondir au plus proche entier 266
Par ailleurs j’ai eu tôt fait de
combiner les lettres AJB et ANL des plaques pour former le seul mot qui me dise
quelque chose, BLAJAN, nom d’un personnage de roman me semblait-il.
Je ne demande donc d’admettre
qu’une seule chose, que ces rapprochements m’ont frappé au point que la première
chose que j’ai faite une fois rentré à Mézel – après avoir cueilli les amandes
– a été d’interroger la toile, d’abord sur Blajan, que j’ai découvert être une
petite commune de Haute-Garonne, curieusement située sur une autre D17.
La recherche combinant Blajan et
Jaron n’a rien donné, celle combinant Blajan et Mézel amène une multitude de
pages qui semblent toutes être des listes énumérant de nombreuses communes.
C’est en combinant Jaron et Mézel
qu’est apparu quelque chose d’étonnant. Le moteur de recherche n’a découvert
que 4 pages en français contenant ces deux mots , et le premier mot qui
apparaît dans l’extrait donné de la première page est « gibay »,
alors que les dernières nouvelles de « gibbey » occupaient mes
pensées deux heures plus tôt tandis que je grimpais de Mézel à Jaron.
Voici la page des résultats telle
que je l’ai découverte ce 18 septembre :
|
|
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Haut du formulaire |
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Bas du formulaire |
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Web |
Résultats 1 - 4
sur un total d'environ 5 pages en français pour jaron mezel.
(0,39 secondes) |
Résultat de votre recherche : Mezel - GeneaNet
|
gibay, GERMOT, 1746, 1746, 1, Mezel,63226,Puy-de-Dôme,Auvergne,FRANCE,
Puy de Dôme, Auvergne, France. gibay, JARON, 1789, 1789, 1, Mezel,63226,Puy-de-Dôme
... |
|
Contrat relatif à la confection d ' un terrier
à Mezel ( Puy de Dôme ) ... Obligé icelles partyes chacune en
droict soy , ledit Jaron tous et chescuns ses ... |
Association Georges Perec :
publications annoncées dans le ...
|
Steven Jaron, "Ecrire la
Shoah", Perspectives : revue de l'Université Hébraïque de ...
Rémi Schulz, Quelle Queenerie, la vie : Queen//Perec, Bacbuc, Mézel, ... |
ABAFOUR ABALGRAND ABDUL ABEL ABOT
ABRAHAM ADAM ADDE ADELLE ADET ...
|
... JARMOND JARNOT JARON JARRI JARRON
JARRY JARY JASTHIERE JASTIERE JATHIERE ... MEUNIER MEUSNIER MEZANGEAU MEZEL
MEZER MEZERD MEZERT MEZIRA MIALE MIALET ... |
Pour limiter les résultats aux pages les plus pertinentes (total :
4), Google a ignoré certaines pages à contenu similaire.
Si vous le souhaitez, vous pouvez relancer la recherche en incluant les
pages ignorées.
Ensuite j’ai chargé chacune de
ces pages pour tâcher d’en savoir plus.
La première vient d’un site de généalogie,
dont les membres mettent en commun toutes leurs bases de données, constituant
ainsi un puissant outil. La page concernée correspond à une recherche sur les
patronymes de Mezel dans le Puy-de-Dôme, les 21 premiers noms venant de la base
de données de « gibay », pseudonyme d’un membre établi en prenant les
deux premières syllabes des deux branches de sa famille.
C’est une nouvelle coïncidence,
car « Gibbey » n’est autre qu’une transcription déguisée des
initiales JB, non celles de J. Barine mais plutôt celles de Jacques Baudou,
fondateur de la revue Enigmatika qui publie Barine.
Jaron dépend de la commune de
Beynes ; Jaron-Beynes serait un autre JB.
Je me suis ensuite souvenu que les
lettres d’une des immatriculations des voitures de Jaron étaient AJB. Sans ces
lettres JB qui m’ont évoqué Blajan je n’aurais probablement éprouvé aucun
besoin d’effectuer cette recherche « jaron mezel » où, selon la
logique Google, les résultats sont classés selon la proximité des termes de la
recherche. Ici les mots alphabétiques Jaron et Mezel sont consécutifs, et le
premier mot les précédant est Gibay. Les résultats apparaissent sous la forme
d’un tableau sur la page en question, dont la 13e ligne se présente
ainsi
.
|
gibay |
JARON |
1789 |
1789 |
1 |
Mezel,63226,Puy-de-Dôme |
Auvergne |
France |
.
ce qui signifie que la base de données de
« gibay » connaît la présence en 1789 à Mezel de 1 personne nommée
Jaron.
Si cette curiosité me concerne au
premier chef, puisqu’elle ne pouvait être découverte que par un familier de
Gibbey (sous cette forme ou une autre), il me semble que chacun peut en mesurer
le caractère exceptionnel, et ce n’est que le premier maillon d’une chaîne qui
va révéler des coïncidences plus extérieures à mon petit monde.
Mais d’abord cette première étape
Gibbey-Gibay est apparue dans un créneau temporel limité que je ne peux
d’ailleurs cerner exactement. Ce qui est certain c’est que Google connaissait
cette page le 18/09/06, mais qu’il ne la connaissait plus le 24/09/06.
Pourquoi ? je n’en sais absolument rien, et pas davantage quand cette page
a été créée, ni quand elle a été référencée par Google. Ainsi si ma velléité
amandaire avait eu lieu une semaine plus tard je n’aurais pu découvrir Gibay.
Qu’on ne s’étonne donc pas si une
consultation ultérieure ne donne pas les mêmes résultats que le 18/09/06,
certaines pages peuvent disparaître, d’autres apparaître (comme celle-ci dès
que Google aura revisité mon site dans son balayage incessant de la toile).
Note
ultérieure : De fait, aucun des 4 résultats du 18/09/06 n’apparaît avec
une recherche « jaron mezel » identique menée le 28/11/06, laquelle
ne donne que mes pages. On peut néanmoins toujours accéder aux pages primitives
en cliquant sur les liens de la page Google présentée ci-dessus (la seconde
page n’apparaît qu’en cliquant sur « en cache »). Pour reprendre ma
pénultième phrase, si ma velléité amandaire avait eu lieu quelques semaines
plus tard, je n’aurais évidemment pu donner suite à une recherche « jaron
mezel » sans aucun résultat.
La seconde page est un document
d’archives concernant encore ce Mezel du 63, où il y avait en 1642 un notaire
nommé Jarron, lequel est orthographié une fois Jaron ; sans cette faute,
la page ne serait pas apparue.
La troisième page concerne mon
Mézel à moi, et mieux me concerne moi. C’est une version électronique du
bulletin semestriel #37 de l’Association Georges Perec, paru en juin 2000.
Cette page reprend la rubrique Parutions du bulletin papier, énumérant 20
documents parvenus à l’association le semestre précédent. Le 17e est
un fascicule que j’ai auto-édité à Mézel, le 11e est une étude de
Steven Jaron, parue dans une revue israélienne.
Ceci m’a fait me demander si jaron
avait un sens en hébreu, langue que je connais un peu. Oui, jaron ou yaron
est la troisième personne du verbe ranan, « chanter
joyeusement », « exulter ». Par ailleurs le mot mazal,
« constellation », par extension « chance »,
« hasard », peut se prononcer mazel (le célèbre mazel tov,
« bonne chance ») ou mezel (il y avait jadis un restaurant de
ce nom dans un quartier juif de Paris). Ainsi jaron mezel pourrait
signifier quelque chose comme « la chance chante ». La chance aux
chansons et La musique du hasard étant déjà pris, j’ai choisi Le
triomphe du hasard pour titre de ce récit.
La quatrième et dernière page est
une liste de 8860 patronymes de la région d’Angers. S’il n’y a rien
d’extraordinaire à trouver deux noms dans une liste aussi longue, c’est néanmoins
la seule (référencée par Google du moins), et j’observe deux choses.
Jaron est suivi de Jary Jarron
Jarry… Je rappelle que la pataphysique initiée par Jarry joue un rôle dans le
processus qui m’a conduit à cette recherche sur Jaron.
Cette page est située dans un
sous-répertoire /jonathan/. Jonathan étant le prénom de Gibbey, j’ai remonté
l’arborescence pour en savoir plus, et découvert que le répertoire /pub/
précédent était un espace ouvert aux étudiants en informatique de l’université
d’Angers. « jonathan » est donc l’un de ces étudiants, lesquels
semblent avoir choisi à leur gré le nom de leur espace. L’espace de
« jonathan » est essentiellement occupé par différentes versions du
fichier des patronymes, sous différents formats. Ils contiennent tous JARON et
MEZEL, mais seul l’un d’entre eux est recensé par Google, j’ignore pourquoi.
Quoi qu’il en soit, j’observe que
la recherche « jaron mezel » a mené à deux listes de patronymes, deux
listes uniquement puisque les autres fichiers sont de nature différente, et que
ces deux listes doivent leur présence sur la toile à deux personnes qui ont
choisi de s’identifier « jonathan » et « gibay »
Le répertoire /pub/ contenait (le 24/09) 418 sous-répertoires. Je
trouve encore judicieux de mentionner qu’à proximité de « jonathan »
apparaissent « jb » et « jarry », comme en témoigne cet
extrait de l’index (en ordre alphabétique inverse) :
jonathan/ 16-Jun-2006 14:35 -
jmenard/ 15-Nov-2005 13:37 -
jmartin/ 21-Sep-2006 09:29 -
jimmy/ 28-Sep-2004 10:17 -
jeremy/ 12-Jun-2006 10:34 -
jean/ 10-Jun-2004 11:41 -
jblouin/ 21-Sep-2006 09:30 -
jb/ 14-Mar-1996 16:00 -
jaumotte/ 23-Mar-2004 14:05 -
jarry/ 26-Jan-2005 13:16 -
Selon une
définition de Jarry lui-même, la pataphysique est la science des exceptions,
c’est-à-dire la science par excellence puisque tout peut-être considéré comme
exceptionnel, ce que la règle confirme car elle peut être définie comme une
exception à l’exception…
Dans cette
affaire JB l’exceptionnel semble bien être la règle, et ce n’est pas fini.
GP-PG
Le lendemain de ces premières découvertes je me suis souvenu
que j’étais en 2000 membre de l’Association Georges Perec, et qu’en conséquence
je devais avoir le bulletin 37 de l’AGP.
Effectivement, et c’est précisément ce numéro qui m’a poussé
à quitter l’AGP, dont j’étais membre depuis plusieurs années. En février 2000
j’avais été l’intervenant du séminaire Perec, qui tous les mois offre des
petites conférences sur des thèmes en rapport avec Perec. Mon intervention trop
peu préparée avait été plutôt catastrophique, et j’espérais rattraper cet échec
avec le résumé prévu dans le bulletin.
Hélas le texte
que j’ai préparé, bien qu’envoyé sur disquette, a été transcrit avec plusieurs
erreurs et omissions, rendant certaines phrases incompréhensibles. On peut lire
ce texte sur le site de l’AGP, et je suis le seul responsable de ce que les
erreurs y demeurent car le webmestre du site aurait opéré les corrections
voulues si j’avais pris la peine de le lui demander.
Le mal était
irrémédiable sur le bulletin papier, mais voici ce que j’ai découvert en le
ressortant. Le résumé fautif de mon intervention se trouve page 17, sur le
verso de laquelle se trouve la rubrique Nous avons reçu, limitée à deux
articles :
Nous avons reçu
· De Bernard Magné, le "Cahier des charges" d'un projet qui consiste, à partir du Compendium de La Vie mode d'emploi et du poème Voyelles d'Arthur Rimbaud, à "broder le texte du compendium en attribuant une couleur de coton à chacune des lettres utilisées".
· Également la photocopie par Claude Nayraguet de la couverture d'un ouvrage de Paul Guth, édité en 1956, intitulé Le Naïf locataire, représentant la coupe d'un immeuble avec la mention des noms de ses locataires.
(j’ai donné
ici la version en ligne, sur le bulletin papier les deux articles étaient
fondus en un seul paragraphe)
Il se trouve
que le projet de broderie a été réalisé, et étendu à d’autres œuvres de Perec,
la plus importante étant un livre entier, Alphabets, représentant 21 296
lettres brodées. Ceci s’est concrétisé par une exposition en janvier 2006, et
le hasard a voulu que je me rende à son vernissage, et que j’y arrive avec dans
mon sac un exemplaire dédicacé du Naïf locataire, découvert quelques
heures plus tôt chez une amie libraire, par un complet hasard puisqu’elle
ignorait qu’elle possédait ce livre, apparu en cherchant autre chose. Nous
avons tous deux été frappés par le dessin de la couverture, rappelant
immédiatement un plan semblable donné par Perec à la fin de La Vie mode
d’emploi, et elle m’a offert le livre, comptant sur ma connaissance de
l’œuvre de Perec pour déceler d’autres éventuelles similitudes.

J’imagine
qu’on peut se défier des coïncidences obtenues par le truchement de la toile
aux presque innombrables ramifications. Pour moi cette immensité permet
précisément de mesurer la qualité d’une coïncidence, et le vertige me prend en
pensant que parmi les quelques dix milliards de pages recensées par Google le
mot « jaron » m’ait amené à « jonathan » et
« gibay » évoquant la création d’un éminent disciple de Jarry, mais
je conçois que ceux qui ne sont pas familiers de ces nouveaux outils se sentent
un peu perdus.
Or ce nouveau
développement met en évidence une coïncidence bien moins
« virtuelle » que le cas précédent, le bulletin 37 de l’AGP étant un
objet tangible, soumis au dépôt légal, tout comme le livre de Paul Guth. Le
travail des brodeuses est tout aussi palpable, et le bulletin omet de signaler
que les deux brodeuses à l’origine du projet sont étroitement liées au monde de
la psychanalyse : l’une est elle-même analyste, l’autre femme d’analyste.
Mon exemplaire
du Naïf locataire possédait sa bande publicitaire d’origine, laquelle
énonce :

J’avais retiré
cette bande avant d’arriver au vernissage, parce qu’elle masquait en partie
l’illustration de couverture, qui seule me semblait offrir un intérêt immédiat
pour les amateurs de Perec. Je l’ai montrée à diverses personnes qui s’en sont
étonnées, mais nul ne s’est souvenu que cette curiosité ait déjà été remarquée,
a fortiori évidemment qu’elle ait été signalée simultanément avec le projet des
brodeuses.
Par ailleurs
je n’apparais plus ici uniquement en tant qu’être fantasque aux pensées et
agissements difficilement vérifiables, mais aussi en tant qu’auteur d’un texte
bien établi (malgré ses erreurs), et l’attention portée aux trois lignes du
Bulletin mentionnant Le Naïf locataire permet de découvrir une autre
coïncidence.
Il va de soi
que PG, Paul Guth, se situe aux antipodes de GP, Georges Perec, et que la
ressemblance entre les deux plans en coupe d’immeubles est fortuite, Perec
ayant d’ailleurs donné les diverses sources de La Vie mode d’emploi
(VME). A l’exact envers de ces trois lignes page18, je déclarais en page 17 en trois
lignes également mon sentiment que les points communs bien plus frappants entre
VME et L’Adversaire d’Ellery Queen étaient tout aussi fortuits.
J’avais résumé
ces points communs dans les lignes précédentes, à savoir qu’un personnage
débutant par W entendait tuer sans raison intelligible le millionnaire Percival
pour lequel il travaillait, ceci dans un livre-jeu exploitant les échecs et le
puzzle, mais il y a un point que je n’ai pu évoquer car je l’ignorais faute
d’avoir lu L’Adversaire en VO, ce que j’ai enfin fait en août 2006. Le
roman original débute par un plan au sol de la propriété où sont commis les
crimes, plan qui ne figure pas dans l’édition française. Il est vrai qu’il
n’aide en rien à comprendre comment les crimes ont été commis, mais ce plan
permet au lecteur de découvrir avant les enquêteurs que les mystérieux cartons
envoyés aux victimes avant leur assassinat correspondent aux demeures des
victimes sur le plan carré découpé en un puzzle simpliste.
De même un
lecteur curieux de VME qui reporterait sur le plan final de l’immeuble la
progression des chapitres aurait de bonnes chances d’en découvrir le secret de
l’ordonnancement, la polygraphie du cavalier sur un échiquier de 10x10 cases.
S’il n’existe aucune influence de L’Adversaire sur VME, c’est néanmoins
grâce au roman de Queen, dont les personnages sont explicitement homologués aux
pièces des échecs, notamment Percival au cavalier, qu’il m’est venu que le
choix du prénom Percival pour le principal personnage de VME pouvait faire
allusion à la contrainte cachée de la polygraphie du cavalier, aboutissant au
dernier chapitre à la pièce où meurt Percival.
Je reviens à
la broderie, en constatant que c’est d’abord le carré qui a inspiré les brodeuses,
des 3 carrés de 60x60 du Compendium de VME jusqu’aux 176 carrés de 11x11 d’Alphabets.

Un poème d’Alphabets, le numéro 43, L’ange sourit, brodé
par Elisabeth Lethier
J’ai indiqué
que j’avais été au vernissage de l’exposition par hasard, ce qui n’est que
partiellement vrai. Je ne passe ordinairement qu’une semaine à Paris par an, en
hiver, et c’est peu avant ce voyage prévu que j’ai appris la tenue de
l’exposition ; je me suis arrangé pour
pouvoir y aller lorsque j’ai su que l’une des brodeuses, Dominique de
Liège, était une fan de mes écrits.
De fait le
catalogue de l’exposition contient la reproduction d’une de mes pages sur Alphabets,
où mes découvertes sont en rapport immédiat avec ma fascination pour le couple
de nombres 51-83 à l’origine de l’affaire Jaron. Ainsi chacun des 1936
« vers » hétérogrammatiques du recueil contient les lettres AEIOU et
LNRST dont les sommes des rangs dans l’alphabet sont respectivement 51 et 83.
Le travail des brodeuses ajoute une autre dimension à la distinction
voyelles/consonnes car elles ont repris les couleurs attribuées par Rimbaud aux
voyelles AEIOU, et opéré leurs propres choix pour les autres lettres.
Autre
coïncidence, Dominique de Liège figurait aussi dans la rubrique Publications du
Bulletin 37 de l’AGP, non loin de Jaron et Mézel :
·
Dominique de Liege,
"Perec, Pontalis : fin d'une ruse", Revue du Littoral n°43,
E.P.E.L, 1996, p. 81-97. Don de Sylvie Ullman.
·
Steven Jaron,
"Ecrire la Shoah", Perspectives : revue de l'Université
Hébraïque de Jérusalem n°6, édition Magnès, Israël, 1999, p. 67-80.
·
Rémi Schulz, Quelle
Queenerie, la vie : Queen//Perec, Bacbuc, Mézel, 20 février 2000, 52 p.
·
(…)
·
Le numéro de juin du
Magazine littéraire est consacré à la pataphysique. L'article de Paul Braffort
sur "Oulipo et pataphysique" (p.58) s'attache à décrire dans les
publications du Collège de Pataphysique, les nombreuses références à l'œuvre de
Perec, qui était devenu "un auditeur emphytéote" du Collège, et
mentionne même une présentation de l'Association Georges Perec dans le numéro
19-20 des Organographes du Cymbalum Pataphysicum !
J’ai rassemblé
Liège, Jaron et Schulz, qui sont les articles 8, 11 et 17 de la liste, et fait
figurer l’article 20, évoquant le Magazine littéraire #388 consacré à la
pataphysique. Dans ce numéro apparaît évidemment le nom de Paul Gayot (mais
probablement pas Paul Guth), l’un des principaux responsables du Collège, mais
il peut être aussi sous-entendu dans le grain de sel ajouté par l’AGP,
puisqu’il est depuis longtemps le directeur des publications pataphysiques
françaises, dont ces Organographes.
Par ailleurs
un trait très caractéristique de Pontalis est qu’il signe ses écrits JB
Pontalis, parce qu’il n’aime pas son prénom Jean-Bertrand.
Un autre JB
donc, et l’analyse que Perec a suivie avec Pontalis lui a permis de vaincre ses
blocages d’écriture et de terminer W ou le souvenir d’enfance. J’ai
exposé ici
comment le jour où est né Perec, obsessionnel dans son écriture, correspondait
dans le calendrier hébraïque à la fête de Pourim, commémorant le renversement
de situation en Perse, où après avoir construit un immense gibet (JB…) pour
pendre le juif Mardochée et les siens, c’est le méchant Haman qui s’y trouve
pendu, ainsi que ses dix fils. Ce gibet est symbolisé dans le texte biblique
par un grand Waw (un W…).
Chave-Shoah
L’ampleur des
développements de l’affaire Jaron-Mézel m’a poussé à retourner sur les lieux,
pour prendre des photos témoignant que les voitures 434-266 n’étaient pas une
hallucination, et pour glaner d’éventuels renseignements complémentaires.
Je suis donc
remonté le matin du 20 septembre à Jaron. Les voitures étaient toujours là,
mais je n’en donnerai pas les photos ici pour préserver un minimum de confidentialité.
La boîte aux lettres de la maison ne présentait aucun nom, et j’ai regardé
celles des deux maisons avoisinantes. L’une ne porte que le nom de la maison,
L’Oustaou, l’autre porte le nom Chave Raymond.
Or deux heures
plus tôt environ j’avais vu ce mot « chave », nom provençal assez
courant, dans un tout autre contexte.
Je me suis
beaucoup intéressé jadis aux lectures kabbalistiques de la Bible, et puis je
suis passé il y a environ dix ans à d’autres centres d’intérêt qui me
semblaient plus faciles à faire partager, Perec entre autres. Donc depuis dix
ans je ne surveillais plus que de très loin les parutions dans ce domaine,
ainsi, alors qu’un de mes principaux thèmes de recherche avait été le texte
hébreu des Dix Commandements, et que je lisais volontiers les ouvrages du
rabbin Ouaknin, je n’avais pas remarqué qu’il avait publié en 1999 un livre
pourtant intitulé Les Dix Commandements, réédité en poche en 2002.
Ce n’est que
deux semaines environ avant ce 20 septembre 2006 que j’ai découvert ce livre,
en poche, que j’ai aussitôt acheté, ce que j’aurais fait bien plus tôt si j’en
avais connu l’existence.
Il figurait
sur ma table de chevet parmi d’autres livres à lire assez urgemment, et ce
mercredi matin j’ai abordé le 3e Commandement, Tu n’invoqueras
pas le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain…
Ouaknin a
intitulé ce chapitre Refuser l’indifférence, en se préoccupant
essentiellement du mot hébreu traduit par « vain », à savoir chave,
selon le système de transcription adopté par Ouaknin, "proche de chavé,
qui signifie « identique », « sans différence »."
écrit Ouaknin.
Il a renoncé
ici à expliquer la différence entre ces mots plus que proches qui pourraient
s’écrire en hébreu avec les mêmes lettres, et je fais de même.
Ouaknin
explique ensuite que le mot shoah, le terme choisi pour désigner
l’extermination dans les camps de la mort, peut être considéré comme le féminin
de ce mot chave, qu’il écrit aussi shave pour mieux coller à
l’orthographe répandue shoah, d’où il se lance dans divers
développements sur la shoah en tant que refus de la différence des
autres…
L’important
pour moi est ici que chave soit effectivement presque le même mot que shoah,
ce qui est évident quand ces mots sont écrits en hébreu, où l’adjectif
« vain » au féminin s’écrirait effectivement comme shoah, or
voici que le seul mot, ou presque, que je trouve écrit à Jaron est
« Chave », alors que j’apprenais deux jours plus tôt qu’un nommé
Jaron était l’auteur de Ecrire la Shoah.
Cette
coïncidence est totalement indépendante de moi, mais il fallait un concours de
circonstances pour le moins exceptionnel pour la révéler. Il me semble très
probable que j’aurais très vite oublié que chave était un mot hébreu, et
j’ai d’ailleurs dû vérifier dans le livre de Ouaknin l’exacte identité des deux
chave rencontrés le même jour. Il est piquant que ce mot puisse
signifier « identique ».
J’ai écrit
plus haut que Chave était un patronyme assez courant en Provence. Il n’est pas
si courant puisque pagesjaunes.fr ne connaît que deux Chave dans mon
département (mais pas celui de Jaron).
La seule
rencontre du chave hébreu et du Chave provençal aurait été anecdotique,
mais il a fallu que je trouve Chave à Jaron, juste après avoir appris qu’un
autre Jaron était l’auteur de Ecrire la Shoah, et que j’apprenne
l’existence du chave hébreu dans un chapitre dont l’idée majeure est de
rapprocher chave et shoah.
A mon humble
avis ce rapprochement est d’ailleurs plutôt « vain » (chave),
et représentatif du pilpoul rabbinique, qui permet de parler de
n’importe quoi à partir de n’importe quoi. Certes les mots chave et shoah
se ressemblent fort, mais une caractéristique de l’hébreu est que de nombreux
mots aient des acceptions diverses, voire contraires, et, en humble mécréant,
je ne suis pas du tout sûr que le rédacteur du 3e Commandement ait
songé à autre chose qu’au sens immédiat du mot chave.
Cela non pour
entamer un débat sur la question, mais pour suggérer que ce rapprochement est
peu commun, et que j’aurais eu peu de chance de le trouver ailleurs que dans
Les Dix Commandements du rabbin Ouaknin.
Il va de soi
qu’il doit exister énormément d’études sur la Shoah, mais Ecrire la Shoah
a une dimension particulière, pouvant se comprendre « écrire le mot
Shoah ». Je n’ai trouvé sur la toile que deux autres études publiées
comportant ces mots :
Annelise
Schulte NORDHOLT, Ni victime, ni témoin. Henri Raczymow et la
difficulté d'écrire la Shoah
Daniel
DELAS, Penser / Écrire la Shoah. À partir de trois récits de rescapés
(Semprun, Kertész et Klüger)
Je n’ai pas
trouvé d’autre lieu-dit Jaron en France.
Donc, sans
craindre les redites, chave = shoah selon Ouaknin, Jaron (Steven) a
écrit Ecrire la Shoah, et on trouve Chave écrit à Jaron…
Les à-côtés de
cette coïncidence irréductible trouvent des échos avec les chapitres
précédents. Ainsi je suis devenu un fan de Jonathan Gibbey à cause d’un des
premiers titres de J. Barine, Les vains commandements, d’abord paru
confidentiellement en 1986 dans Enigmatika, réédité en 2005 dans le recueil 20
pas dans l’insolite.
Cette longue
nouvelle remplit une contrainte que j’avais rêvée de réaliser, violer dans une
même histoire les 20 règles établies par un maître du polar des années 20, Van
Dine, 20 règles censées codifier le roman de détection classique, 20 règles
tombées dans le même oubli que leur auteur ; j’avais imaginé dans mon Sous
les pans du bizarre en 1999 que leur seul intérêt était d’écrire un récit
les violant toutes, ignorant que ce défi avait été relevé bien plus tôt par
Barine.
Je m’étais
particulièrement intéressé à cette question suite à mes recherches sur les Dix
Commandements, plusieurs commentaires rabbiniques classiques doublant ce
nombre. Je n’y insiste pas, l’intérêt présent étant que ce sont ces 20/vains
commandements qui m’ont amené à Gibbey, sans lequel il n’y aurait pas eu de
coïncidence Gibbey-Gibay le 18 septembre, sans quoi il n’y aurait pas eu de
coïncidence chave-Chave le 20 septembre, en rappelant que ce chave
est traduit par « vain » dans les Dix Commandements.
Je remarque
que ceci s’est produit le 20 du mois, et que le nombre 20 intervient à
plusieurs reprises dans cette série de coïncidences, souvent associé à
21 :
– Les 21
premiers résultats de la recherche de patronymes à Mezel (63) sont ceux de Gibay,
mais seuls 20 sont donnés sur la première page de résultats (dont Jaron).
Note ultérieure :
Depuis ma première recherche cette page a évolué et aujourd’hui (28/11/06)
débute par 2 autres noms (mais il y a toujours 21 noms donnés par Gibay).
– Dans son
recueil 20 pas dans l’insolite, Roland Lacourbe a choisi de faire
figurer Les vains commandements en entracte, en sus de 20 autres
nouvelles.
– Il y a 20
ans que cette nouvelle est parue (et probablement 21 qu’elle a été écrite).
– Le Naïf
locataire, paru lorsque Perec avait 20 ans, a 20 chapitres, et sa lecture
le 21 septembre m’a fait découvrir une nouvelle curiosité…
Parmi les
habitants de l’immeuble du Naïf, il y a les Pommes de Terre, ainsi surnommés
parce qu’ils ont le teint des tubercules. Pour cette occasion, Paul Guth
énumère 4 variétés de patates, dans l’ordre la Shave, l’Early, l’Institut de
Beauvais et la Géante sans pareille.
J’ai indiqué
que Ouaknin donnait les deux orthographes chave et shave, et
c’était encore une curiosité de rencontrer « Shave » le lendemain de
la coïncidence chave-Chave. Je ne connaissais ce mot qu’en anglais –
« rasage » – mais je n’ai pas douté qu’il s’agissait d’une variété
connue de patate.
Pourtant ma
recherche sur la toile a été totalement « vaine » : aucun résultat
significatif rapprochant Shave de « pomme de terre » ; un site
répertoriant quelque 6000 variétés de patates connaît bien les autres variétés
énumérées par Guth, mais pas la Shave, le nom le plus proche étant Sava.
Alors j’en
suis encore réduit à constater le fait : en 1956 la première variété de
patate qui vient sous la plume de Guth est la Shave, superbement inconnue 50
ans plus tard.
Ouaknin
distingue les mots qu’il transcrit chave et chavé,
« vain » et « identique ».
Je
constate que cette différence d’accentuation est identique à celle
différenciant Mézel, mon village du 04, de Mezel, celui du 63. C’est parce que
Google ne prend pas en compte les accentuations que j’ai pu découvrir Gibay.
Comme
je l’ai dit plus haut, mezel peut être une prononciation d’un mot hébreu
signifiant « chance », dont un synonyme populaire est
« veine ».
Le
mot shoah s’écrit en hébreu comme le féminin de « vain », soit
« vaine »…
La
richesse de notre langue est telle qu’un autre synonyme de « chance »
est « pot », et qu’un super-pot au sens propre est une jarre,
« jarron » étant selon mon dictionnaire des noms de famille un
diminutif de « jarre ».
Ce
17 octobre, en train d’écrire ceci avec la radio en sourdine sur
France-Culture, j’entends à propos de la difficulté d’écrire sur la Shoah
l’expression « tourner autour du pot », avec Perec en exemple
notable.
La
seconde des Dernières nouvelles de Gibbey est Pas de veine dans
l’aven…
Cette
nouvelle est une amusante histoire d’écho, que Jonathan Gibbey résout avec
brio, et je me suis aperçu à cette occasion que GIB (impératif
« donne ! » en allemand) pouvait être considéré comme un écho
polyglotte (polygrotte…) de NATHAN (« donner » en hébreu), ce dont J.
Barine a été le premier surpris.
Pour
reprendre le beau jeu de mots qui achève la nouvelle, Barine et Racine
pourraient être ex-aequo puisqu’on trouve dans le Prologue d’Esther
ces vers :
Et vous, qui vous plaisez aux folles
passions
qu'allument dans vos cœurs les vaines
fictions…
puis
acte I scène 3 :
Esther.
Juste ciel! Tout mon sang dans mes veines se glace.
Mardochée.
On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Ceci
ne ressemble-t-il pas à la shoah, juste après un vers qui ne manque pas
de veine ?..