Le 26 novembre 1998 je travaillais à une énième approche de l’affaire Lovendale. Le point nouveau est que j’y développais l’idée de la formation du nom Love-N-Dale autour du N central par l’addition de moitiés de noms de deux célèbres libertins de la littérature, Lovelace, issu de Clarissa Harlowe de Richardson précisément, et Arthur Dimmesdale, de La Lettre écarlate de Hawthorne. Cette lettre est A, initiale de Adultery, A qui est aussi la lettre médiale de Elisabeth qui revendique fièrement l’adultère de son aïeule.
J’avais intitulé cette nouvelle étude du chiasme
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soit l’imbrication de ROMA(N)AMOR et de LOVE(N)OVEL, je ne suis pas sûr de
l’aspect que prendra l’image ci-dessus sur votre navigateur.
Je ne connaissais pas Jean Lahougue avant ce jour, où il est intervenu aux Jeudis littéraires de Pascale Casanova à France-Culture pour parler de ses livres récemment parus, Le Domaine d’Ana, roman à contraintes qui est un voyage au centre du langage, utilisant notamment les médiales des mots de nombre de lettres impair pour former un autre texte, et Ecriverons et Liserons en vingt lettres, correspondance avec Laclavetine sur le roman dont le titre est aussi un jeu polysémique : il y a 20 missives mais aussi 20 caractères dans Ecriverons et Liserons, développement d’une formule de Queneau, C’est en lisant qu’on devient liseron.
J’ai acheté le lendemain les deux livres de Lahougue et les ai aussitôt lus. Lahougue signale lui-même diverses coïncidences dans son travail, notamment la stupéfiante irruption d’une chercheuse espagnole travaillant sur son œuvre, Ana Roman, au début de cette nouvelle entreprise romanesque où il songeait précisément au prénom Anna pour son héroïne.
Pour le plus immédiat, Le Domaine d’Ana est un roman calquant le style de Jules Verne, dont l’épilogue est caché dans le texte, composé des mots médians des phrases en prenant le roman à rebours, conformément au programme contenu dans le nom Ana, cette clé de lecture étant par ailleurs donnée dans le chapitre central du roman, par la lecture des lettres médiales des mots, mais le lecteur n’est pas tenu de se livrer à cette gymnastique, les textes cachés étant complaisamment livrés par Lahougue. L’épilogue est une réécriture du chapitre central du Voyage au centre de la terre, où Hans fait jaillir de l’eau en frappant le roc de son pic. Lahougue n’a pas reconnu ici les allusions bibliques de Verne, à l’épisode des eaux de Mériba où Moïse fait jaillir l’eau du rocher en le frappant de son bâton, accessoirement à Jean le Baptiste. J'ai été moi aussi frappé du fait d’une exégèse juive expliquant l’épisode par le langage, ce rocher étant en hébreu translittéré SLO, les noms de ces 3 lettres s’écrivant SMK, LMD et OYN, dont les lettres médiales se réarrangent pour former le mot MYM, « eau ». Ainsi Lahougue a pu édifier son voyage au centre du langage, tentative littéraire très particulière, probablement unique en son genre, en relation immédiate avec une exégèse similaire, unique en son genre à ma connaissance également.
Après avoir choisi quelques jours plus tôt la forme ROMA(N)AMOR pour mon étude sur la lettre 14, je découvris au chapitre 14 du Domaine d’Ana le mot ROMA en capitales, devant être lu à l’envers par le narrateur, allusion manifeste au palindrome latin AMOR ROMA, également présent à mon esprit lors du choix de mon titre, ainsi je l’avais enregistré dans le fichier Romamor.
Donc me voici au 28 novembre, ayant repéré ces coïncidences et quelques autres. Ce samedi soir il y avait un téléfilm sur FR3, Louis et Violette, où le brocanteur Louis Roman débarrasse les affaires d’un vieil homme décédé. Il achète quelques meubles, et une collection des Voyages Extraordinaires de Jules Verne dans l’édition Hetzel « au phare ». Il n’y a toutefois que 46 volumes de cette édition qui en compte 47…
Roman retrouve ensuite le volume manquant dans le tiroir secret d’un meuble du vieil homme. Il y a à l’intérieur un testament olographe contenant des informations codées : hier et demain, pair pas impair… Hier et Demain est le titre d’un autre Verne, sur une page duquel a été ajouté un poème dont la lecture des seuls vers pairs révèle la cachette d’un trésor.
Pair et Impair, les maîtres mots pour le décodage du Domaine d’Ana, et il m’a semblé pendant un court plan que le Verne disparu était Voyage au Centre de la terre, titre approprié car l’accès au « centre » est désigné par l’ombre du Scartaris, tandis que la cachette du trésor se situe à l’ombre d’un arbre.
Deux jours après la diffusion de l’épisode de Louis Roman, le 30 novembre 98, la Saint-André bienvenue pour magnifier le chiasme RomaNoveL, Arte programmait Haut Bas Fragile de Jacques Rivette, où apparaît une Louise Loven qui découvre dans le tiroir secret d’un meuble des lettres de sa mère accusant son père de malversations diverses. Si je ne sais pas comment s’orthographie au juste Loven (Lovaine, Lowen, l’accent étranger du père autorise bien des possibilités), je me permets de supposer que ce nom doit beaucoup à une image qui a marqué bien des cinéphiles, celle des phalanges tatouées LOVE et HATE de Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur, ce qui privilégie la lecture Love N.
Le tiroir secret du meuble n’est pas un ressort très original, mais je me suis émerveillé de ces hasards de programmation mariant par ce poncif un Louis Roman à une Louise Loven (je garde cette orthographe) alors que j’avais été conduit à la veille de ces diffusions à disposer les 5 lettres Loven sous les 5 lettres Roman.
Avec en prime Verne, le jeu pair-impair, la programmation sur la 5 dans l’après-midi de ce même 30 novembre de L’Homme qui aimait les femmes, personnage qui porte le nom de Robert Morane…
Bruno Duval a attiré depuis mon attention sur le palindrome DRAWER-REWARD, « tiroir-récompense », bien venu pour ces tiroirs qui recèlent effectivement dans deux cas au moins des « récompenses » dans un contexte anglais. Celui qui a contenu le Richardson se passe de commentaires, et le testament retrouvé dans le Verne fait allusion à un autre titre que Louis Roman a depuis revendu à un Américain.
J’ai relaté ces coïncidences dans un chapitre d’une énième version du Mauvais jour d’Alfred. J’y avais transféré le fichier-image correspondant au titre Roma(N)amoR de l’étude de novembre ; le samedi Saint 3 avril 99, je découvris que l’image originale avait laissé place à ceci (un X rouge dans un rectangle blanc encadré de noir, je ne suis toujours pas sûr de comment il apparaîtra sur votre navigateur) :
J’utilisais alors le traitement de texte Word 97. J’avais utilisé pour composer
le titre de mon étude RomaNamoR le logiciel de dessin Coreldraw. Nulle magie
ici, mais un autre extraordinaire hasard. Sans comprendre exactement ce qui
s’est passé, j’ai pu vérifier l’instabilité d’autres fichiers-images du même
type qui se sont pareillement transformés, après quelque avancement dans l’écriture
de mon texte, en un X rouge encadré de noir, même lorsque l’image originale
n’était pas symétrique. Je supposais que c’était ainsi que Word réagissait
lorsqu’il se trouvait devant une image qu’il ne savait plus interpréter, il me
semble aujourd’hui qu’il doit y avoir un rapport avec un symbole identique
indiquant les images non téléchargées sur les pages internet.
Pas de miracle donc, mais dans un contexte de bizarreries multiples un esprit faible peut se trouver frappé par ce chiasme devenant X, d’autant que ce n’est pas le seul détail troublant :
- Dans mon étude originelle j’avais après coup jugé plus seyant d’encadrer mon titre en chiasme, opération aisée sous Word, et voici qu’un cadre réapparaît sorti d’on ne sait où.
- La nouvelle image est rouge et noire, un rouge venu d’on ne sait où, or Louise Loven est constamment vêtue de rouge et noir dans le film de Rivette.
- Ce X est rouge, et mon N au centre du chiasme faisait pendant au A central d’Elisabeth, interprété par rapport à La Lettre écarlate de Hawthorne ; le fichier-image incriminé était de plus intitulé Romamor, avec un A central, pour la raison première que j’ai l’habitude de donner aux fichiers des noms n’excédant pas 8 caractères.
- Je laisse de côté ici d’autres coïncidences avec les thèmes étudiés dans Le Mauvais Jour d’Alfred.
Coïncidence en temps réel. Aujourd’hui 24 octobre 2002 où j’écris cette page, je pense que nous sommes jeudi et qu’il y a donc ces fameux Jeudis Littéraires que j’écoute maintenant très rarement. Le premier invité est Thierry Beistingel, dont j’ai appris l’existence sur une liste littéraire ce matin pour son précédent roman de 2000, Central (!!!), écrit uniquement à l’infinitif. Le message signalait aussi ce dernier roman, Composants, écrit sans pronom personnel défini, mais il ne sera pas question de cette contrainte au cours de l’entretien de 40 minutes avec Pascale Casanova.
J’y apprends que Composants est en 5 parties, pour les 5 jours de la semaine de travail, divisées chacune en 3 chapitres, pour les 3 parties de la journée. Quelques minutes avant l’émission, j’avais sorti mon Voyage au centre de la terre, dans l’édition Folio Junior agrémentée de jeux. L’un des jeux est un cryptogramme répartissant « Jules Verne est l’auteur du Voyage au centre de la terre » en 3 rangées de 5 colonnes de séries de 3 lettres. La grille de 3 x 5 est fondamentale dans Le Domaine d’Ana, gouvernant au moins tout son aspect graphique.
Il manque un volume de Richardson parmi 18
Il manque un Voyage Extraordinaire parmi 47
Et un épisode des Milliards de Lupin parmi 29
18, 29 et 47 sont des nombres consécutifs de la série de Lucas, le précédent est 11.
L’épisode disparu de Lupin relate essentiellement l’appel des 11 membres de la Maffia Paule Sinner. Seuls deux sont présents, et leurs cartes Paule Sinner (numérotées de 1 à 11) leur ont été volées. Soudain un intrus se lève, qui se prétend le numéro 11, mais détient en fait toutes les cartes ; c’est Arsène Lupin.
S’il est question de 11 dans cet épisode perdu, le roman lui-même compte 11 chapitres, et le chapitre IX est incomplet du fait de cette perte.
Les 18 et 47 volumes me font penser au SDG achevant les 2088 mesures du Clavier bien tempéré, acronyme de SOLI DEO GLORIA, de valeur 134 selon l’alphabet latin.