Elisabeth Lovendale

Louis Roman et Louise Loven

Le contrepoint XIV

roman amor

Roman Novel

Noir roman et Amour noir

Les Monte-en-l’air

Gématrie chez Leblanc

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ROMAN AMOR

 

 

En juillet 2001 un article de la revue Europe 825-826,  Mallarmé et le Nombre d’Or, m’a conduit à m’intéresser à la question, d’abord en réaction au peu de sérieux de cette étude.

Ainsi, entre autres hallucinations, Gehrard Goebel s’obstine à voir le nombre de Fibonacci 34 dans l’un des derniers poèmes de Mallarmé, le Prélude des Noces d’Hérodiade, lequel ne compte clairement que 30 vers.

Dans ma propre première étude sur la question, je remarquais que les 4 premiers vers de ce poème donnent l’acrostiche SNES, soit l’envers du SENS, où de SENS où Mallarmé a fait ses débuts, chef-lieu du 89e et alors dernier département. 89 est un autre nombre de Fibonacci, et je posais la question du SENS du choix de sa dernière retraite, 89 rue de ROME, la ville où mènent tous les chemins, tous les SENS.

Il y avait des choses un peu plus sérieuses dans cette étude, mais là n’est pas la question. Un de ses premiers lecteurs, l’estimable WW, m’a informé de l’existence d’une œuvre littéraire authentiquement « fibonaccienne », Mes Hypertropes (1977), de l’oulipien Paul Braffort.

Comme l’Oulipo comptait alors 21 membres, nombre de Fibonacci, Braffort a dédié à chacun de ses confrères un poème tel que le poème d’ordre N contienne des citations des poèmes correspondant à la décomposition la plus simple de N en somme de nombres de Fibonacci. Ceci implique certaines règles de structure, notamment pour les poèmes correspondant à ces nombres, mais passons…

 

J’ai flashé au premier regard sur le poème 18, intitulé ROMAN AMOR, puisque j’avais moi-même été amené à découvrir (ou à imaginer) cette formule palindrome ROMANAMOR à partir des 18 lettres d’amour. Elle n’a rien d’exceptionnel en soi, dérivant du palindrome antique AMOR ROMA, également rencontré chez Lahougue, mais elle m’apparut étonnante dans le contexte de mes hypothèses sur SNES-SENS, Fibonacci et la rue de ROME. Et palindROME signifie à peu près « pareil dans l’autre sens ».

Le poème présente un autre point commun avec mon affaire, il se passe en Angleterre, et plutôt en Angleterre victorienne car il fait référence à Jack l’Eventreur, qui sévissait 20 ans environ avant Jim Barnett. Ceci parce qu’il est dédié à Jean Queval, auteur de De l’Angleterre.

Dans des cas pareils, je cherche à aller plus loin. ROMANAMOR a 9 lettres, de valeur 108 = 9 x 12. De même ELISABETH et LOVENDALE sont des mots de 9 lettres, de valeurs 81 = 9 x 9 et 90 = 9 x 10. Mais le dédicataire a aussi pour valeur 108, JEAN QUEVAL = 30 + 78 ou (5 + 13) x 6.

Ceci est tout à fait remarquable car ce 18e poème cite les poèmes 5 et 13, et c’est un hasard parfait puisque c’est l’ordre alphabétique des membres de l’Oulipo qui a déterminé les dédicaces. Le roi Georges (Perec) est le 16e, Queneau le 17e, Queval le 18e. De toute manière Braffort n’a pas procédé à ces calculs gématriques et c’est un autre hasard si le titre AMOR ROMAN a même valeur que le dédicataire.

 

Pendant un temps je m’en suis tenu là, le texte même du poème semblant fort loin de l’affaire Lovendale, puis la série de Fibonacci est venue interférer aussi avec l’acrostiche ROMAN des Monte-en-l’air, et je suis revenu aux Hypertropes de Braffort.

C’est dans le poème 1 que ça se passe, le poème le plus cité ultérieurement, à 9 reprises, ce qui détermine sa forme, 9 distiques, 18 vers octasyllabes.

Braffort a choisi ses rimes à partir de son mot clé, Fibonacci (selon une phonétique discutable, mais passons), soit :

1-2 FI

3-4 BO

5-6 FIBO

7-8 NAC

9-10 BONAC

11-12 SI

13-14 NACSI

15-16-17-18 FIBONACSI (doublé)

Ce mathématicien a pensé à son confrère Banach pour assurer une partie de la rime du vers 14, ce qui l’a induit à faire apparaître Bach au début du vers :

Au club des rois du « spinach » (si

Bach n’y vint jamais, Banach si !)

C’est-à-dire que le nom Bach apparaît pour l’élément 14 d’un groupe de 18, ce qui correspond exactement à la structure de L’Art de la Fugue (qui n’a été résolue qu’en 1983). Cette œuvre est d’ailleurs emblématique pour l’Oulipo, son fondateur Queneau a déclaré s’en être inspiré pour ses Exercices de style (1947).

Il apparaît un autre parallélisme entre les deux structures : les 14 premiers vers n’exposent que des fragments de FI BO NAC SI, tandis que c’est la rime sur 4 syllabes des 4 derniers vers, ce qui peut s’apparenter à la contrainte sévère des 4 canons, après les 14 fugues qu’on peut considérer comme des « canons partiels ».

 

Il y a une autre coïncidence extrême qui, comme dans le cas du 5-13 de Jean Queval, est en grande partie une conséquence des contraintes de départ. Le « Bach » du vers 14 du poème 1 va être cité dans le poème 14. Ceci parce que le poème 1 doit être cité dans les neuf poèmes 2-3-4-6-9-12-14-17-19, d’où la structure en neuf distiques et l’origine obligée de la citation dans le 7e distique formé des vers 13-14. Ç’aurait pu être le vers 13, mais ça a été le 14.

 

Ainsi le nom Bach apparaît deux fois dans ces Hypertropes, dans le 14e vers et dans le 14e poème, mais on y trouve un autre 14, qui n’a pas besoin de Bach pour être remarquable.

J’ai dénombré 377 vers dans l’ensemble des 20 poèmes, or 377 est le 14e terme de la série de Fibonacci !

Il y a en fait une alternative. Le poème 11 est une suite de 12 hexasyllabes rimant en « o », mais la dernière strophe est

Mais pleure va si nos

Elfes notre pâtre aux

nues compose un patro-

nyme

Faut-il considérer ce « nyme » comme un vers ? Je n’en ai rien fait, car « nyme » peut s’ajouter à chaque vers du poème pour donner syno-nyme, homo-nyme, etc. Braffort consulté sur la question déclare ne pas avoir visé un quelconque total de vers, donc cette coïncidence est effective, et elle n’est pas une conséquence des contraintes initiales, car certains des poèmes sont libres, non structurés.

 

Pour revenir à Roman Amor, le poème 18, je trouve plaisant de le voir s’achever sur

Tel un roman de Mérimée

mais rimé !

Mon ROME originel, de l’adresse de Mallarmé (mal armé !), mène à un RIME, comme REMI devient REMO en Italie, comme la coquille transformant NEVERMORE en NEVERMIRE (les 171 Folio).

A propos de Bach (14 = 2-1-3-8), je remarque aussi les 32 vers de ce poème 18, dont les poèmes sources 5 et 13 ont tous deux 14 vers. Par ailleurs les autres poèmes correspondant à des nombres de Fibonacci sont les poèmes 1-2-3-8…

 

Elisabeth Lovendale

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