brenda mergan : dans deux
beaux draps
rémi schulz
Je
me souviens que quelqu’un dont je ne me souviens plus disait que Perec avait
tant le souci du détail qu’il aurait dû devenir détaillant.
L’enquête de PdG sur le cas Benoit/Perec
s’achève sur une épaisse indécision. PdG a-t-il été manipulé ? les raisons
de la machination bensellienne semblent plutôt floues. A-t-il été
contre-manipulé ? a-t-on fait passer les réels indices par lui découverts
pour des artefacts cauteleusement disposés sur sa route ? Le lecteur
a-t-il été manipulé ? l’auteur n’a-t-il point semé quelques jalons dans
son texte en prime à la perspicacité ? L’auteur a-t-il été manipulé ?
Devant toutes ces questions une clause de
prudence s’impose : ne pas se fier aux documents découverts par Gondol
dont on ignore s’il s’agit de faux-vrais, de vrais-faux, ou de combinaisons
plus élaborées. Une piste sûre me semble donnée par Robert Bober, un proche de
Perec, un homme peu investi dans cette AGP (Association Georges Perec) où il
semble se tramer les plus étranges desseins (on a ainsi évité de mettre entre
les mains de PdG les bulletins récents de l’AGP qui, depuis la mainmise des
« 31 », colportent dans un langage hermétique de mystérieux messages
sur une largeur de 11 centimètres).
Donc, il y a 11 ans à peine, Robert B. a
écrit Quoi de neuf sur la guerre, Prix du livre Inter, dans lequel il
évoque sans dissimulation son ami dans le personnage de Nathan. J’ai vérifié
soigneusement dans L’Atlantide les assertions de Brasseur : oui,
l’inscription en croix autour du W qui serait un « i » en tifinar se
compose des lettres correspondantes ANT d’une part, NHA d’autre part, soit
NAT-HAN doublement inscrit autour de la lettre W.
L’affaire se complique en se reportant au
nom hébreu originel Nathan, palindrome qu’on peut tranlittérer NTN (nique ta
nounou). PdG promet quelques commentaires sur les lettres tifinar correspondant
aux TNTN encadrant le W central, + – + – , mais le lecteur attendra vainement
ces éclaircissements. Brasseur a suivi ici le principe bien perecquien d’en
dire le MOINS pour signifier le PLUS, principe qui poussé à l’extrême peut
mener à la plus vertigineuse abstraction.
Tout devient limpide en admettant que
Benoit, avec un art fini, ait bien souhaité inscrire en croix le palindrome
originel NTN, soit :
Ainsi ce nom croisé n’est-il que
l’extension par césure dans les 4 directions de la lettre T, comme la lettre T
résume elle-même ce nom, avant de se concentrer dans le point, puis de s’anéantir
dans la vacuité. A ce schéma vertigineux s’ajoute que la lettre Taw
sémitique a bien pour glyphe originel une croix, ce dont notre T a gardé Trace,
avec un petit écart ; dans certaines graphies le Noun se réduit
effectivement à un trait vertical. On remarquera que la figure totalement
symétrique permet de lire Nathan dans tous les sens, qu’il n’y a donc aucune
contradiction dans le discours de Morhange. En revanche Brasseur a fait délirer
Gondol en lui faisant imaginer une lecture de la formule triviale Antinéa de
bas en haut, à la rigueur admissible pour un targui jouant de la guitare avec
les pieds, mais il n’y a bien entendu là qu’un indice destiné à aiguiller le
lecteur sur la bonne voie.
La croix, c’est encore le repère
orthonormé qui définit le plan : ce repère, Perec…
On n’écrit pas qu’en tifinar dans ces
contrées où l’arabe est la langue commune : dans l’alphabet arabe les
traits verticaux et horizontaux correspondent aux lettres Alif et Ba, et le
message pourrait encore se lire comme la superposition de BAB,
« porte », et ABA, « père ».
Et W dans tout ça ? Il faut déjà
souligner que la mise en croix d’Antinéa autour d’une lettre non symétrique,
telle qu’elle figure dans L’Atlantide, est absurde. Donc il faut
chercher ailleurs et la bonne formule est probablement nathan,
« donné » en hébreu. C’est un qualificatif de la Thora, la Loi
donnée dans le désert à Moïse et Aaron ; remarquons nos deux personnages
(Saint-)Avit et Morhange. A et M, une contre-Bible de Benoit ?
Robert Bober a réalisé un film sur les
lieux de l’enfance de son ami Perec, En descendant la rue Vilin. Il y
développe l’idée que le W omniprésent dans le corpus perecquien corresponde à
la lettre hébraïque Shin, ש, dont le glyphe originel est beaucoup
plus précisément un W, représentation d’une « dent », signification
de shin. Le film de Bober pourrait se résumer à la question éternelle,
« A-t-il la dent ? » ; c’est une anagramme parfaite de
« L’Atlantide »…
Les sources les plus sûres confirment
donc une étroite filiation entre Perec et Benoit, ou le contraire, enfin au
moins un rapport… Ceci ne permet pas de valider les divers documents découverts
par Gondol, mais justifie au moins un complément d’enquête, en amont notamment.
Pourquoi cette frénésie autour du sonnet Les Chats de Bauledaire ?
Coup d’œil sur les Fleurs du Mal : alerte de niveau 11 sur
l’échelle de Richer, il s’agit du poème no 66, un nombre bien connu
chez Perec. Ainsi, dans l’île de W qui compte 4 villages formant un carré, les
Olympiades réunissent 66 athlètes de chaque village qui dessinent par une
parfaite mosaïque humaine un grandiose W lors de la cérémonie
d’ouverture. L’homme mosaïque, c’est Moïse ; dessins et desseins de Pierre
et Perec se confondent étrangement.
Les chats… Perec était un grand ami des
chats, néanmoins ils n’apparaissent qu’une seule fois dans W, dans un
contexte épouvantable : Perec donne comme exemple de X signe
contradictoire de l’ablation un article de la revue J. appl. Physiol.
1973, 34 relatant d’atroces expériences de vivisection féline.
Les chats ne sont la 66e pièce
que dans les éditions « autorisées » des Fleurs du Mal ;
selon l’ordre original de l’édition de 1857, où Baudelaire a conçu un ensemble
évidemment délibéré de 100 poèmes, il s’agit de la 56e pièce. Après
tout, « cinq ou six » est considéré comme le substitut du
« Onze » proscrit de la Disparition, mais regardons plutôt
l’architecture originelle du recueil, ruinée par l’interdiction de certaines
pièces, divisée en 5 sections :
– Spleen et Idéal : 77 poèmes
– Fleurs du Mal : 12 poèmes
– Révolte, Le Vin, La Mort :
3+5+3 = 11 poèmes
Dans Aspects ésotériques de l’œuvre
littéraire, Jean Richer voit Spleen et Idéal se répartir en 7 séries
de 11, dessinant donc une série de 11 sections, ou encore de 7 et 3 sections
entourant les Fleurs du Mal proprement dites, que d’endochronèmes
perecquiens ! Mes yeux s’exorbitent en découvrant les titres des poèmes
ouvrant ces 7 et 3 :
– no 1 : Bénédiction
(Benoît vient de benedictus, béni)
– no 90 : Le Reniement
de Saint Pierre (Aaargh !!!)
Après une telle confirmation je n’ai plus
le cœur à commenter les numéros et titres d’autres pièces bodleriennes, encore
moins à m’épuiser à l’indispensable étalonnage avec les 100 chapitres de La
Vie mode d’emploi. Pour les connaisseurs, j’émets cependent que le no
73 de Bédelerre est Le Revenent. (plus avant dans la structure
des Fleurs)
Il suffit, donc. A ce train il apparaîtra
infailliblement que non seulement les hypothèses les plus folles concernant les
chréodes rétrochronémiques chez Benoit ne sont point si folles, mais que
s’arrêter à ce stade serait d’une pusillanime inconscience.
Il est néanmoins un dernier point qu’il
me semble devoir signaler. On aura deviné que Le Ronsard à brus signant le 54e
jour a dissimulé les noms de personnages infictifs sous de subtiles
anagrammes. Il apparaît ainsi à quelques reprises un certain Jo Ourbak, qui
n’est autre que l’auteur de O transe (Luc I), éminente personnalité dont
le rôle dans la carrière de Perec n’a certes pas été négligeable.
L’impardonnable hiatus incite à relancer les dés pour ce patronyme, et obtenir
au premier jet :
Ourbak = Barouk, barouk, en hébreu
« béni ».
Oui ? oui.