rémi schulz : moi et mon jules
rémi schulz
Il est intervenu après l’écriture de Sous
les pans du bizarre toute une série de curiosités qui ne déparent pas des curiosités
que j’y étudie dans diverses œuvres.
Ainsi une partie de mon investigation
concerne les nombres de l’année julienne 365 et 366. En septembre 2000 est paru
Sous l’aile du bizarre de Kate Atkinson (titre original Emotionnally
weird) ; ce roman a selon le Nouvel Obs 365 pages, selon Lire
366.
Une amie a suggéré à la bibliothèque
municipale de Digne d’acquérir les Gondol 2-3-4, soit le mien et ceux de mes
deux potes Kerbellec et Brasseur. Lorsque ces livres sont arrivés à la
bibliothèque, ils ont été enregistrés sous les cotes 1071364, …365 et …366.
Tom Lapnus d’origine judéo-lettonne a
interprété à sa manière Virgile pour en faire un chantre de l’année solaire de
César. L’écriture du roman m’a amené à citer une coïncidence survenue en temps
réel, à quelques détails enjoliveurs près. Pensant à Héliopolis, « cité du
soleil », j’en ai perçu sans la chercher l’anagramme « Soleil
Hopi », titre d’un livre célèbre ; mon regard est tombé peu après sur
le Masque jaune de Guillaume Lebeau, L’Algèbre du besoin, qui se passe à
Sun City et qui cite discrètement une anagramme tirée du Silence des agneaux
(le film en VF : Esther Modier pour « reste de moi »).
Ce premier roman de Lebeau a été suivi de
L’Agonie des sphères, paru en février 2000, mais que j’ai lu après la
parution des Pans. On y trouve le libraire Walter Zap, d’origine
judéo-lettonne, détenteur d’un mystérieux ouvrage latin clé d’un code secret.
Lebeau et moi avons fait assassiner Walter Zap et Tom Lapnus le même jour, le 8
mai 1999. Chez Lebeau cette mort est anecdotique, sinon incertaine (Comme
ils ont dû s’occuper du libraire… page 323).
J’ai lu en avril 2001 Demi-Tour de
Boilet-Peeters (1997) et Aux frontières du Chaos de Franco Ricciardello
(2000), qui font intervenir tous deux des coïncidences autour du 8 mai,
coïncidences imaginaires d’une part, mais aussi coïncidences liées à l’écriture
du livre comme en témoignent les auteurs en préface.
Les coïncidences découvertes dans l’œuvre
de Pouy se sont multipliées. J’ai cité dans mon commentaire sur 1280 âmes
le vers pseudo-virgilien palindrome donné en version homophonique dans Cinq
nazes ; je n’ai pas tardé à calculer la gématrie de cette version, peu
évocatrice.
J’avais déjà calculé la gématrie latine
du vers « latin » original, rencontré dans un article sur Perec où il
était expressément attribué à Virgile, 416, somme de deux carrés (20² + 4²)
comme 365. Ayant d’une part pris au sérieux cette affirmation, d’autre part
débuté l’étude gématrique de Perec en utilisant l’alphabet latin (drôle d’idée
pour ce forcené du W !), j’ai pu imaginer une correspondance entre la
valeur de la moitié du palindrome, 208, et la RUE SIMON-CRUBELLIER (42 + 66 +
100 = 208) où Perec a imaginé son « romans » en 100 chapitres MOINS
le chapitre 66. J’ai vite abandonné cette voie fantaisiste, et ne songeais plus
à ce vers palindrome en faisant découvrir à Gondol le vers-refrain chez le
latiniste Noël Médec, au 11 rue Simon-le-Cribleur. Cette anagramme a été forgée
à partir de la rue de ce quartier Simon-le-Franc, où habitait un éminent
latiniste ami de Perec (Marcel Bénabou pour ne pas le nommer).
En fait Pouy a utilisé la version changée
Debord du palindrome, In girum imus nocte et consumimur igni, diminuée
du ecce central, ce qui souligne le côté « carré » de la
première version (car ecce = 16, ainsi le palindrome résiduel de 2 fois
16 lettres = 400).
Plus bizarre la gématrie de mon propre
vers refrain homophonique, forgé en quelques secondes dès l’idée venue, d’un
seul jet. Les deux hémistiches latins, de valeurs « latines » 169 et
196, carrés de 13 et 14, sont devenus :
Tout c’qui t’embourbe est du mou = 345
Mais le Gard mène à tout, qui
t’aida ? Nîmes =
345
Les
valeurs « françaises » sont égales, comme bien entendu les deux
moitiés du palindrome « latin », et égales à 345, alors que le
triangle de Pythagore 3-4-5 est la structure de base de mon roman, ceci parce
que le vers refrain lui-même ponctue des strophes de 3, 4 et 5 vers de 12
pieds.
Le chant d’Alphésibée est donc composé de
strophes de 3-4-5 vers, mais mieux encore il compte avec ses deux vers
d’introduction 345 mots.
Ce doublement de 345 m’évoque bien
d’autres choses qui seraient un peu longues à exposer. Je me borne à rappeler
le hasard qui m’a fait situer les meurtres de mes latinistes en trois points
correspondant assez exactement aux trois sommets d’un triangle de Pythagore,
hasard exploité dans le roman.
Des bizarreries sont apparues dans la
traduction espagnole des Pans, à commencer d’abord selon mon éditeur par
le fait qu’un éditeur étranger ait aussitôt acquis les droits de ce premier
roman d’un auteur inconnu. Le traducteur d’Extrañas apariencias n’a pas
pris contact avec moi, et, bien qu’il ait repéré quelques juegos de palabras,
je crains que certaines finesses ne soient guère accessibles aux lecteurs
castillans, comme le « Poe enfoui » qui achève le roman, dont la
traduction « Poe ha huido » ne permet pas de retrouver la
contrepèterie « Pouy en faux ».
Si les quelques mots d’espagnol que je
connais ne me permettent pas d’étudier cette traduction, j’ai été étonné de
voir mon chapitre 5, « Cesser », devenir « César »
en espagnol. Il se trouve que « cesser » se traduit par cesar,
sans accent, qu’une erreur en aval a vraisemblablement transformé en César,
le nom de l’empereur, identique au nom français. D’autant plus bizarre que ce
chapitre 5 correspondant selon ma construction au premier vers refrain aurait dû
en principe contenir des révélations sur le vers refrain effectif et l’identification
classique de son Daphnis avec César. L’intrigue n’étant pas assez avancée à ce
stade, je me suis borné à des allusions peu compréhensibles lues dans une
lettre, destinées à être développées et explicitées au chapitre 7.
J’en viens à l’hyperbizarre avec les
coïncidences autour du « chiasme holographique », c’est-à-dire la
structuration des Bucoliques autour des nombres 90 et 662. C’est la théorie
fantasmatique de Paul Maury autour des nombres 90 et 666 qui m’a amené à
découvrir cette structure bien réelle, du moins dans l’édition des Bucoliques
utilisée.
Je rappelle la fantastique coïncidence
utilisée dans la première version du roman, alors que le libraire-enquêteur se
nommait Albert Fnak, de valeur 90. Il enquêtait sur les morts de quatre
personnages dont les noms totalisaient la valeur 666. Lorsque je me suis aperçu
de cette harmonie non voulue, j’ai changé le prénom d’un latiniste pour obtenir
662, mais le nom du libraire a ensuite été modifié par l’éditeur.
Ne sachant comment remplir mon chapitre
10, « K » ou Cas, j’ai eu l’idée de la série de 60 devinettes
sans grand rapport avec mon histoire, quoique… Inspiré par les énumérations
rousseliennes des Nouvelles Impressions, j’ai utilisé la structure
10-11-12-13-14, déjà exploitée pour d’autres petits textes comme l’ode Toi
l’été, pour construire 60 devinettes en 60 alexandrins, avec quelques
petites contraintes annexes.
La composition de ce texte m’a beaucoup
amusé, je l’ai peaufiné petit à petit, jusqu’à une version jugée définitive
dont j’ai désiré connaître la structure intime.
Après quelques manipulations pour adapter
le texte aux normes du compteur statistique de Word (suppression de la
ponctuation, des nombres d’ordre des cas, réintégration des notes), le premier
coup d’œil aux résultats m’a laissé sidéré : le texte comptait 90 lignes
et 662 mots !
Les 90 lignes étaient une surprise.
J’étais bien conscient d’avoir écrit 60 alexandrins + 10 vers de notes + 8 vers
découpant les 60 alexandrins en deux groupes (10-11-12 et 13-14), mais le
découpage inégal des alexandrins en « cas » avait imposé des
enjambements avec cette conséquence remarquable : les 60 cas occupaient 72
lignes. Remarquable puisque j’ai imaginé Virgile avoir lui-même réuni les
séries 10-11-12-13-14 et 3-4-5 dans le nom Alcimedon, ainsi mon ode Toi
l’été compte 72 lettres réparties selon ces séries.
Les 662 mots étaient ahurissants. J’avais
cherché en vain dans les Bucoliques 90 vers consécutifs comptant 662 mots (mais
il y a 45 vers et 331 mots), et j’aurais composé par hasard ce texte
idéal ? Pas tout à fait, car le compte des mots est une opération exigeant
une stricte définition préalable de ce qu’est « 1 mot ». Les
compteurs de différents traitements de texte ne sont pas en accord sur la
question, notamment en ce qui concerne les mots composés et élidés. Pour moi
j’ai tendance à considérer qu’un mot est une séquence continue de lettres, aussi
j’avais remplacé par des espaces les apostrophes et les traits d’union de mon
texte, mais je n’avais en fait éliminé que les tirets (–) distingués
automatiquement par le logiciel des traits d’union (-). Il y en avait 8, ainsi
le texte comportait selon mes critères 670 mots.
Il aurait été simple d’obtenir le total
magique par quelques modifications, je m’en suis gardé. J’observe néanmoins que
parmi mes mots élidés ou unis par -, il y a 4 « vrais » mots composés
(aujourd’hui, presqu’île, chef-lieu, outre-Manche) et qu’un « bon »
compte pourrait donc être 666, toujours pour mes 90 lignes. (un repentir en 662
mots ici)
Et ce texte figurait dans la première
version « définitive » du roman, imprimée en 4 exemplaires, alors que
son héros était encore Albert Fnak = 90 enquêtant sur la mort des quatre
personnages = 666 (je n’avais pas encore calculé leurs valeurs).
Peu après le vrai-faux compte de 662
mots, un ami m’a envoyé une copie d’une rubrique du Dictionnaire des
symboles musulmans de Malek Chebel portant sur l’extraordinaire découverte
de Rashad Khalifa qui a soumis le Coran au comptage informatique. 29 sourates
débutent par des sigles coraniques, des groupes de lettres dont la
signification restait ténébreusement obscure. Khalifa a découvert que dans 18
cas le total de ces lettres pour la sourate en question était un multiple de
19, et proposé diverses constructions pour les autres cas. Les détails de ce
travail peuvent être consultés sur http://www.submission.org ou dans les ouvrages de l’auteur.
Il se trouve que parmi les sources de mon
texte Cas figurait la sourate 10, Jonas, introduite par le sigle
ALR. Pour diverses raisons j’avais modifié en A.L.N., et j’ai eu la
curiosité de regarder combien mon texte contenait de ALN, soit 268 A, 182 L,
216 N, en tout 666 lettres !
Ceci pour toujours 90 lignes, plus le
sigle A.L.N. qui selon mes critères compterait pour 1 ligne et 3 mots. C’était
un peu ennuyeux de devoir oublier les 662 ou 666 mots précédents, et je me suis
résolu à une légère modification.: J’ai élu le cas 57, parce que j’ai vérifié
les comptes de Khalifa pour deux courtes sourates comportant une lettre-sigle
facilement identifiable par un non-arabisant, le Qâf qui est aussi la 19e
lettre dans l’ordre abjad de l’alphabet et l’initiale de Quran, « Coran ».
Bien que la sourate 42 soit deux fois plus longue que la sourate 50, intitulée
d’ailleurs Qâf, toutes deux comptent 57 Qâf, et le Parâna
du cas 57 est devenu Porâna. Ainsi, contrairement à ce que préconise
Khalifa, le sigle n’intervient pas dans mon compte, et ma sous-rate contient 90
lignes, 662 mots et 662 ALN.
Ou préconisait, car Khalifa a été
assassiné par des inconnus le 31 janvier 1991.