rémi schulz

vingt fois sur le messier

 

Je ne connais guère Léo Malet, bien que son « homme qui met le mystère K.O. » m’ait frappé dans ma jeunesse, lorsque la vieille TSF familiale daignait capter Sottens diffusant ses aventures.

J’ignorais qu’il était né un 7 mars, comme Perec et Ravel, et l’énigme de cette série des Nouveaux Mystères de Paris débutant dans l’ordre, se poursuivant anarchiquement, puis s’interrompant en oubliant 5 arrondissements.

L’idée de Simsolo de reprendre le projet en l’achevant est belle, celle de l’associer à la série alphabétique, pour n’être pas nouvelle, est éclairante.

Dans toute série, l’esprit curieux d’en dégager une logique en scrute d’abord le début, puis la fin, puis le centre.

Si la fin du projet malettien reste dans le brouillard, son centre est formé des épisodes 10 et 11, illustrant le 15e et le 9e, personnalisés chez Simsolo par Odalisque et Inès.

Soit OI, comme le jeu de l’oie, comme si l’ordre avait été tiré aux dés. La spirale des arrondissements autour du Palais du Louvre ressemble à celle du jeu autour du Château de l’Oie. Il a d’ailleurs existé des jeux de l’oie géographiques dont la case finale était Paris, phare attirant les provinciaux comme l’héraultique Malet.

Parcours parisien parrainé par le hasard ? Un hasard un brin orienté, car encadrant ce OI central viennent les 13e et 12e, Marquita et Lumière chez Simsolo, ML, initiales de Malet Léo. On peut encore lire ce quaternaire central MOI  L, Moi L(éo), d’autant que c’est le 5e qui suit, la lettre E.

 

L’oie, c’est aussi la Mère l’Oie (M. L’OIE ?), ou Mother Goose, évoquant les comptines utilisées avec succès par les anglo-saxons, Van Dine, Agatha Christie, Ellery Queen…

Les 3 premiers Mystères ont respecté la suite ordinale qui est aussi la suite alphabétique ABC, rappelant le fameux ABC contre Poirot. Si l’ordre des 5 derniers Mystères est inconnu, c’est du moins l’une des 120 permutations de GKRST, alors que la première enquête de Burma était 120, rue de la Gare.

En respectant l’ordre séquentiel, les 4 derniers romans auraient accrédité KRST, les consonnes de Krist ou de Kristie…

 

Simsolo n’a pas choisi cette voie, optant pour l’ordre GRSKT pour ses 5 derniers meurtres, mais ses autres choix semblent en accord avec ces premiers commentaires.

Un premier criminel a commis les 3 premiers meurtres 18 ans plus tôt, des traductrices d’initiales AA, BB, CC, dans les arrondissements 1, 2, 3 : le schéma même des ABC murders de tante Christie.

Ce tueur se nomme Charles Aumère, géniale trouvaille rassemblant le Charles Père-au des Contes de ma Mère l’Oye, le bon Homère qui construisit les 24 chants de son Iliade selon l’alphabet grec, et la reine Agatha C. par ses initiales inversées.

A propos, comment ne pas comprendre l’entreprise de C.A. d’éradication des traîtresses traductrices quand on sait que le Assistant Commissioner qui vient à la fin des Ten little Niggers constater l’insoluble mystère, nommé 12 fois the A.C., est traduit par « sous-chef de police » ?

 

Son disciple Jean DuponT va sévir dans les 17 autres arrondissements, de D à T, en suivant la séquence des Mystères d’une part et la règle de Troie initiée par le père Aumère d’autre part.

Ainsi les crimes forment des triades, un tantinet sexuelles.

La triade centrale est donc OIL (LOI, L’OI), mais la victime L est découverte avec 4 mois de retard, si bien que cette triade se lit d’abord OI, et même OIE puisque la victime suivante est Eva dans le 5e.

OI, Oie sans sa lettre finale, or la première victime d’Aumère était Aline Anse, soit ANSER (oie latine) sans sa lettre finale. Jean-Jacques Reboux a pondu en 96 son Massacre des innocents, explicite jeu de l’oie parisien, rythmé par les meurtres d’un tueur surnommé Anser.

 

Le 12e crime touche le 12e arrondissement, tous tueurs et tous écrivains confondus. Chez Malet il y avait aussi concordance pour ABC, et incertitude finale avec des possibilités pour RST. Chez Simsolo qui a achevé le turf il y a concordance pour ABCLT, 1 2 3 12 20.

Voici qui n’est pas sans évoquer Le mot de la fin d’Ellery Queen (1958). C’est un roman construit sur la comptine de Mother Goose des 12 jours de Noël (when the sun seems so low…), mais les cadeaux traditionnels y sont remplacés par les 20 lettres d’un alphabet un peu particulier. Queen a parodié ici ABC contre Poirot, et cette suite alphabétique semble accuser l’imprimeur Arthur Benjamin Craig, soit ABC, qui est d’ailleurs l’assassin effectif.

Ce roman est construit en 20 chapitres, comme celui de Simsolo, comme le Massacre des Innocents cité plus haut.

 

La dernière triade est boiteuse. Dupont exécute un quidam qui ressemble à Léo Malet dans le 11e, puis se suicide déguisé en madame Thérèse (de La Vie devance oie) sur la tombe de Simone Signoret au Père-Lachaise, 75020 Paris.

Il sera utile de savoir que Noël Simsolo est un égomane invétéré, qui a décrété que sa résidence parisienne constituait à elle seule un arrondissement surnuméraire, qui se travestit chaque soir en la blonde Ursula.

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