rémi schulz
J’ai dû limiter et simplifier dans Sous
les pans du bizarre mes investigations virgiliennes à un strict minimum,
que je n’ai pu réduire à moins de 15 pages que bien des lecteurs ont déjà eu du
mal à assimiler.
Il n’est pas question ici de résumer ce
condensé, mais d’évoquer quelques points que je ne me console pas d’avoir
écartés.
Je suis donc venu jadis à étudier la 8e
Eglogue de Virgile, travail qui m’a fait imaginer dans ce poème un hommage à
César et au calendrier bissextile qu’il venait d’instaurer. Les extraordinaires
corrélations rencontrées dans le texte m’ont amené à oublier tout sens
critique, dans une certitude frénétique qui a pu me conduire aux prédictions
les plus téméraires, telle celle-ci :
« Si j’ai raison, le pivot de ce
texte est le mot effer, et je devrais trouver autour de ce mot une
architecture autour du nombre 183. »
183, c’est : la valeur numérique de Caius
Iulius Caesar, selon les rangs des lettres dans l’alphabet latin ; la
moitié de 366, nombre de l’année bissextile instaurée par César ; un
nombre de totalité pour les pythagoriciens.
Quelques lignes de programme furent donc
écrites pour calculer ce qui m’était inconnu dans ce texte saisi sur
ordinateur, les nombres de lettres et valeurs des 329 et 332 mots précédant et
suivant effer :
- les 329 mots totalisaient 1830 lettres
de valeur 20564 ;
- les 332 mots totalisaient 1744 lettres
de valeur 18300.
1830 et 18300, c’était inespéré, je ne
sais d’ailleurs pas ce que j’espérais exactement, n’ayant guère pris le temps
d’y réfléchir. Sinon, le bon sens m’aurait indiqué qu’il était téméraire
d’imaginer Virgile additionner lettres et valeurs numériques sur des dizaines
de vers, et plus encore d’espérer retrouver ces comptes sur un texte ayant fort
peu de chances d’être identique lettre pour lettre à celui sorti du stylet de
Virgile, pour de multiples et péremptoires raisons.
Avant de comprendre cela, ma fièvre
numérique m’avait conduit à d’autres résultats, notamment la coïncidence qui
clôt mon chapitre virgilien, la valeur numérique des noms des douze mois latins
elle-même multiple de 183 et 366, coïncidence époustouflante car présente
depuis des centaines d’années dans un calendrier semblant encore prédestiné à
subir la réforme julienne.
Etc., etc., bref, je n’ai exploité dans
mon roman que la seconde relation, 18300, et je n’ai pas mentionné 1830 qui
aurait conduit à trop de complications, parce que ce nombre n’était en fait pas
exact, une lettre ayant été oubliée dans ma saisie du texte.
Je me console aisément aujourd’hui de
cette « erreur » qui vient en fait conforter mon approche actuelle,
selon laquelle ces harmonies semblant faire sens n’ont rien à voir avec quelque
intentionnalité que ce soit, virgilienne ou autre. S’il n’est qu’extrêmement
probable que la valeur 18300 résulte de distorsion(s) dans la reconstitution
d’un texte distant de 20 siècles, mon compte de 1830 lettres dans ce même livre
est une erreur certaine, mais reposant sur une réalité objective, due aux aléas
de la reproduction photographique utilisée pour cette réimpression. La dernière
lettre du mot illis, à la fin du vers 19, très pâle sur l’original,
était devenue imperceptible sur la photocopie utilisée pour la saisie du texte
(illis illisible…).
D’autres erreurs ont obéi au schéma
inverse : je me suis d’abord désolé que mes résultats ne correspondent pas
à une harmonie idéale assez proche, avant de découvrir, après vérifications,
que cette harmonie était bien présente. Je ne citerai qu’un cas ne reposant pas
sur ma seule parole : plusieurs relations semblaient suggérer un rythme
triennal pour les années bissextiles, ce qui était évidemment absurde, mais
j’ai découvert ensuite que cette aberration était bel et bien effective au
temps de Virgile, le décret de César ayant été mal interprété.
Certaines personnes reconnaissant mes
découvertes ont cru pouvoir en modérer le caractère inouï en imaginant que
j’avais balayé systématiquement l’ensemble de la poésie latine avec de
puissants outils informatiques. Eût-ce été le cas, la concomitance des Eglogues
avec les premières années du calendrier julien resterait sidérante, mais la 8e
Eglogue est bien le premier poème latin que j’ai étudié, et je peux, sinon le
prouver, du moins exposer la démarche qui m’y a conduit.
J’ai été amené à m’intéresser à Rabelais,
où ma première découverte a porté sur Pantagruel, nom de valeur 109 (toujours
selon l’alphabet latin inchangé à l’époque de Rabelais). Ce nombre se retrouve
dans le total des 68 trucs, 9 machins, 7 choses et XXV bidules sortis du ventre
de sa mère avant la naissance du géant. Pantagruel (109) serait né à la
« Sainct Hiaccho » (109), appellation unique propre à Rabelais pour
la Saint Jacques, le 25 juillet, avec toute une série de coïncidences autour de
cette date :
SAINCT (63) HIACCHO (46) = 109
25 + JUILLET (84) = 109
JUILLET (84) = CENT (40) NEUF (44)
VINGT (68) CINQ (41) = 109
Etc., etc. On remarque en plus la
présence des nombres 68 et 25 (XXV) dans la liste de parturition.
La citation dans Le Tiers Livre de
l’énigmatique vers final de la 4e Eglogue m’a fait consulter
Virgile, sachant qu’il existait des considérations numérologiques sur
l’architecture des Eglogues (ainsi Maury y trouvait aussi le nombre pythagoricien
183 dans les sommes de vers 73-110 et 69-114, « extrapolées » à
partir des nombres réels 73-109 et
70-111) ; j’espère qu’on comprendra maintenant pourquoi les 109 vers de
l’Eglogue 8 ont fait tilt.
Ce n’est pas fini. Le fameux mot effer
dont il était question au départ avait deux raisons d’être distingué. D’une
part c’était au sein de l’Eglogue 8 le 12e mot avec F parmi 24,
d’autre part les 662 mots de cet ensemble peuvent correspondre aux 662 vers des
Eglogues 1-2-3-4 et 6-7-8-9 ; précisément effer correspond au
dernier vers de l’Eglogue 4, le vers cité par Rabelais. Ce n’est qu’après avoir
bien avancé dans l’étude des Eglogues que je me suis avisé que effer
laissait entendre FR, les initiales de François Rabelais.
L’autre mot avec 2 F de cet ensemble, effigiem,
pouvait aussi laisser entendre selon l’ancienne prononciation scolaire les
lettres FIJM, et je me suis souvenu de ce doublet FR-FIJM lorsque j’ai
rencontré FMR FIJ dans Suzanne et les ringards de JB Pouy. Après mon effer
virgilien entouré de multiples de 183, je devais découvrir que ce no
2013 de la Série Noire (11 fois 183) était construit autour d’un poème de 366
mots (2 fois 183).