jibé pouy : le phénormène

rémi schulz : moi et mon jules

rémi schulz : cas

rémi schulz : baruq

rémi schulz

la double mort d’Albert Fnak

 

c’est plus dur de mourir lorsqu’on n’a pas vécu

 

Sous les Pans du bizarre a d’abord été écrit avec pour héros Albert Fnak. Selon l’idée de départ, le renoncement à ce nom aurait été une totale catastrophe, puisque mon premier coupable était François-Napoléon-Alexandre Cortier, opportun croisement entre Alexandre Bonaparte Cust d’Agatha Christie et François-Jules Cortier de Raymond Roussel, Fnak contre FNAC donc.

Le développement de l’intrigue m’a amené à découvrir un autre coupable, néanmoins ce personnage est resté tel quel dans la version finale, à ceci près que j’ai transformé François en Françoys pour concrétiser une coïncidence gématrique (la gématrie est la somme des valeurs des lettres d’un mot, avec A=1, B=2, etc.) qui s’additionnait à d’autres formidables coïncidences rencontrées dans l’écriture de ce roman sur les coïncidences numériques.

L’une des principales est le vers refrain de Virgile, de gématrie latine 365, dont les deux hémistiches divisent harmonieusement ce nombre de l’année en 169 et 196, carrés de 13 et 14. Une autre division du vers fait encore apparaître 365 comme somme des carrés de 10, 11 et 12. Ce sont les « Douze maîtres au carré » de la bible fnakienne qui m’ont fait songer à exploiter ce jeu sur les carrés centré sur 12, mais je n’ai absolument pas choisi les noms de mes personnages en fonction de calculs gématriques. Ce serait en effet trop simple de forger des noms propres à cet effet, mais je ne me suis pas privé de multiplier ces jeux en d’autres occasions, ainsi le roman se découpe en trois parties, « Vigiles des morts » = 196, « Il » et « Le mystère K.O. » = 21+148 = 169.

Ce sont des préoccupations littéraires qui ont guidé le choix des noms de mes personnages, néanmoins la curiosité m’a poussé à calculer leurs gématries ensuite, pour découvrir cette même harmonie dans les noms de mes 4 victimes : Lapnus + Burnachs = 83+86 = 169, et Courtas + Boulenger = 97+99 = 196. Je remarque aussi les différences 97–83 = 14 et 99–86 = 13 (169 et 196 carrés de 13 et 14).

Je ne peux prouver de façon absolue la non-intentionnalité de ces résultats, en revanche il est clair que le choix de François-Napoléon-Alexandre Cortier résulte de la si merveilleuse opportunité d’unir Roussel et Agatha en FNAC que je ne pouvais avoir d’autre choix. De fait c’est ce nom qui a conforté mon idée d’intrigue et orienté certains de ses développements. Sa gématrie 349 n’a de remarquable que de se trouver à 16 unités de 365, or I+16 = Y, et Françoys, plus qu’une licence, est ici une graphie recommandable pour ce prénom que Roussel inscrit dans un lointain passé. Mieux encore, pour mon cas, 9+16 = 25 n’est autre que la relation de Pythagore, et 25 correspond dans l’alphabet actuel à Y, la lettre samienne, traditionnellement associée à Pythagore de Samos. Non seulement cette relation de Pythagore est proche de la relation des carrés dans l’année, mais elle semble présente aussi chez Virgile. C’est de plus par hasard si les lieux choisis pour mes trois premiers assassinats se sont trouvés pouvoir correspondre aux sommets d’un triangle de Pythagore, et si le sommet du rectangle correspondant se situait du côté de la rue La Condamine, le nom parisien qui se rapproche vraisemblablement le plus d’Alcimedon, le nom virgilien essentiel dans les investigations de Fnak/Gondol.

Donc Fnak accusait FNAC = 365 des assassinats des 4 latinistes, BCBL = 365, mais ça ne s’arrête pas là. Françoys-Napoléon-Alexandre Cortier s’écrit en 32 lettres, valeur de FNAK. Mieux, les 4 victimes avec leurs prénoms totalisent 58 lettres, valeur d’ALBERT. Ces 58 lettres totalisent la valeur 666, or les Eglogues de Virgile excitent l’ardeur des numérologues de tout poil depuis qu’un certain Maury a imaginé en 1944 diverses harmonies dans les 666 vers des 8 Eglogues autour des 90 vers de l’Eglogue centrale, schéma qui a séduit le grand virgilien Jacques Perret, l’académicien à l’origine du mot « ordinateur ». J’espère avoir montré qu’il existe des harmonies non moins frappantes dans les 662 vers réels de ces Eglogues que dans les 666 vers imaginés par Maury, et j’ai donc modifié le prénom de Burnachs, Daniel, en Adalin, qui n’est peut-être pas catholique, mais je n’allais pas passer 15 jours à chercher un prénom de 6 lettres de valeur 41.

Si j’ai donc un peu triché ici, le nom d’Albert Fnak m’était imposé, choisi par Pouy, or ALBERT FNAK = 90. Dans cette affaire d’Eglogues de 90+666 ou 90+662 vers, c’est un monsieur 90 qui enquête sur les morts 666 ou 662… J’avais mis ça en valeur, c’est le cas de le dire, au début de mon chapitre 13, on devine ma douleur lorsqu’il a fallu oublier Albert Fnak pour faire honneur à cet affreux Pierre de Gondol. Ce n’est évidemment qu’un détail dans un bouquin qui a d’autres qualités, un détail bien évidemment imperceptible au lecteur et que finalement ce changement m’a permis de révéler. Ça me tient néanmoins à cœur puisque j’entendais montrer dans ce bouquin qu’il peut exister dans la littérature des structures, des pans de signification qui échappent à toute intentionnalité des auteurs. Que pouvais-je souhaiter de mieux qu’être à mon tour victime de ce phénomène ? Et ce n’est pas la seule curiosité involontaire découverte après coup dans mon texte.

 

J’avais plus sciemment fait intervenir Albert ou Fnak dans beaucoup d’autres jeux. Certains ont pu être modifiés pour le nouveau nom, d’autres non. Parfois la modification a été plutôt bénéfique, par exemple pour le mot de M.A. au chapitre 11 qui est composé d’éléments de 10-11-12-13-14 lettres dont la gématrie totale est 730, 2 fois 365 ; ma première version Cher Albert,…,…Arrivedersi était plutôt bancale avec cette faute finale grossière, mais je n’avais pas envie d’y passer trop de temps ; c’est devenu Caro Pierre,…,…Arrivederci sans faute.

Après avoir renâclé devant PdG j’ai tout de même reconnu quelque légitimité à ce nom, par exemple pour le jeu πR2 gondole, que j’ai pu utiliser puisque mon texte évoquait Alcide Pierdeux de Jules Verne, mais j’ai appris ensuite que cet aspect avait échappé aux créateurs du nom, Pouy et Antoine de Kerversau, qui n’ont choisi prénom et particule que pour des raisons d’euphonie avec Gondol(e).

Et mon roman semblait bien prévu pour gondoler rond, puisqu’il est structuré en 3 parties et 14 chapitres ; je rappelle que cette structure est empruntée à Virgile.

Il faudrait aussi dire un mot du Bel Art, page 103, anagramme d’Albert, mais les trois vers de Clovis Hesteau de Nuisement sont bien réels, à quelques détails près, comme le titre de l’ouvrage d’où ils sont censés provenir, ces Dessous de l’Eden spagyriques devant évoquer Albert Spaggiari et un autre Albert, autre braqueur égoutier d’une nouvelle de Pouy, La chasse au tatou dans la pampa argentine. Les 3 vers forment l’acrostiche CDE (3-4-5) et ont 10-9-6 mots ; le permis d’huminer que je me suis accordé fait que ces 10-9-6 mots ont pour valeur 1096 (selon la gématrie latine qui est aussi celle du vieux français), le nombre de jours d’une période triennale au temps de Virgile.

Etc., etc.