Voici un projet de roman tel que je
l’ai transmis fin 2003 à divers amis et connaissances.
« Le parfum de l’amant
d’Anouar » (titre provisoire)
Le narrateur est Adam Breger, secrétaire (et biographe) du fameux
détective Samson Sholem.
Un client vient les voir, le jeune prodige Delaunay, thèse à 16 ans,
puis essayiste, romancier, réussissant tout ce qu’il tente, se lançant
maintenant dans le cinéma avec le projet Le parfum de l’amant d’Anouar.
Il hésite depuis longtemps à se confier, il en a trouvé le courage
aujourd’hui.
Il sent depuis toujours d’étranges influences se mêler en son âme, il
sait des choses qu’il n’a jamais apprises, dans certains domaines, ce qui est
pour une grande part la raison de sa précocité.
Il a fini par réussir à identifier ses sources, en s’apercevant qu’il
lui suffisait d’ouvrir un livre de Jules Verne ou d’Ellery Queen pour en connaître
non seulement tout le contenu, mais aussi les motivations profondes. Il a
découvert ceci :
- Verne (autre nom de l’aulne) est mort le 24 mars 1905.
- Dannay, le Queen principal, celui qui a choisi le pseudo Ellery,
dérivé de alder, l’aulne, est né le 20 octobre 1905, 210 jours plus
tard.
- Dannay est mort le 3 septembre 1982, et lui, Delaunay (toujours
l’aulne), est né le 1er avril 1983, 208 jours plus tard.
Verne et Ellery ont tous deux écrit des parodies cachées de la Passion,
et Delaunay se sent contraint de faire une parodie de la Passion dans son film
en préparation. Il ne peut pas expliquer pourquoi, il y a un blocage, une zone
d’ombre portant sur tout ce qui touche à ses vies antérieures.
Il voudrait se dérober, mais il sent que des intérêts énormes sont en
jeu, qu’on ne va pas le laisser faire, qu’il n’est pas seul dans son
cas.
Il est venu voir le détective juif Sholem parce qu’il sent que la
judéité est importante dans l’affaire. Il y a cette étonnante anecdote
(absolument authentique) où un Juif polonais a voulu reconnaître en Verne,
plutôt antisémite, son frère Julius Olszewicz (parce ce qu’olszo est
l’aulne polonais), et Verne se serait réincarné en Dannay, d’origine juive
polonaise…
Sholem est le détective kabbaliste qui a réussi à démêler l’affaire de
l’Arbre de Vie, en rapport avec le Gilgoul, la révolution des âmes selon la
kabbale. Delaunay attend de lui des éclaircissements sur son cas, et une
protection immédiate. On arrive précisément à la semaine pascale 2004, où est
organisé un épisode préparatoire au film dans le manoir où il sera tourné.
Selon un concept proche du psychodrame, Delaunay travaille son scénario à
partir du vécu entre les acteurs, tous non professionnels.
Après le départ de Delaunay, deux personnes viennent lui conseiller de
ne pas s’en mêler. Julie l’amie de Delaunay, prétendument pour son bien, puis
un étrange individu, un brin menaçant.
Les détectives vérifient que tout ce que leur a raconté Delaunay est
exact, et découvrent que cette affaire de parodie de la Passion touche d’autres
grands noms du policier, notamment Gaston Leroux avec son Parfum de la dame
en noir, et Leroux est mort prématurément un Vendredi saint, le 15 avril
1927 (authentique). Sont encore concernés Maurice Leblanc, Agatha Christie…
Sholem et Breger s’installent donc au manoir, où ils trouvent Delaunay
distant, peu clair sur ses intentions.
Toute une galerie de personnages bizarroïdes, parmi lesquels certains
pourraient être les doubles de Leroux ou Leblanc, ou d’autres... Delaunay et
Julie logent dans une tour séparée, où ils font chambre à part à cause d’une
brouille dont on ignore les raisons. Sholem insiste pour qu’ils se barricadent
la nuit, seul lui doit avoir une clé permettant l’accès à la tour.
Il se passe diverses bizarreries, notamment le vendredi saint la
disparition du jeune beur Bab, celui qui jouera Anouar.
Dans la nuit de Pâques, Breger surprend des bruits qui l’inquiètent, il
va quérir l’aide de Sholem, mais ils ne peuvent abandonner le téléphone
intérieur par lequel Delaunay peut appeler à l’aide. Sholem va seul voir ce qui
se passe…
Il revient avec Bab, bien vivant, mais rien n’est clair dans ce qui lui est
arrivé. Le téléphone intérieur sonne aux premières lueurs du jour, c’est
Delaunay, qui semble blessé. Il ne réussit qu’à articuler un mot clairement,
« jour ».
Sholem et Breger trouvent les deux portes de la tour ouvertes, ainsi
qu’une fenêtre. Delaunay gît mort dans sa chambre, près du téléphone, le crâne
fracassé.
Le seul indice découvert est un monocle, qui porte une empreinte, mais
ce n’est celle d’aucun occupant du manoir. L’enquête piétine, etc.
Peut-être le dernier mot de Delaunay a-t-il trait au fait qu’il s’est rendu
compte qu’il mourait le jour de Pâques, le légiste assure de son côté que les
lésions cérébrales subies étaient loin de garantir un énoncé cohérent.
Enfin réunion finale où Sholem annonce qu’il a compris que Delaunay
n’était pas libre de lui nommer clairement son assassin, parce qu’il savait que
Breger l’écoutait aussi. Il lui a fallu en un instant d’une extrême lucidité
trouver un mot qui puisse à la fois sembler anodin et receler un indice
accessible à l’intelligence de Sholem. « jour » s’inverse en
« rouge », et le nom Adam est de même racine que edom,
« rouge ». Breger a eu toute latitude de prendre la clé de la tour,
d’aller tuer Delaunay, et de laisser les faux indices qu’il savait le mieux
propres à égarer son patron.
Breger ricane et dénonce la totale gratuité de cette accusation. Sholem
l’admet, mais, conscient de l’absence de preuves, il a été en chercher dans le
récit de l’affaire qu’il sait régulièrement tenu par son biographe, en vue de
publication, et il les a trouvées, et chacun peut vérifier en relisant le
récit, qui n’est autre que le présent livre, que les indices de la culpabilité
du narrateur y sont multiples. Si ces indices n’étaient guère immédiats,
évidemment, il est par contre parfaitement logique que Breger, auteur policier
de premier plan, appartienne à une lignée du type Verne-Queen-Delaunay (Leroux
en l’occurrence), l’enquête ayant montré que la plupart des grands auteurs
semblaient concernés. Cependant Sholem conformément au désir de son client ne
révèle rien de ses personnalités multiples et du côté caché de l’affaire.
Sholem déclare que s’il a une nouvelle fois découvert le coupable cette
enquête reste pour lui un échec car il ne peut comprendre les motifs du
meurtre, et qu’il ne s’attend pas à ce que Breger s’en explique jamais. Le
narrateur confie alors au lecteur que Sholem ne pourrait pas comprendre, et que
son crime n’a pas un rapport absolument direct avec le problème des parodies
pascales, malgré qu’il soit bien un continuateur de la lignée Leroux. Il a tué
parce que Delaunay commettait une faute impardonnable pour tout écrivain digne
de ce nom, un plagiat, un détournement d’une œuvre littéraire contraire à son
propos initial, que Breger connaissait évidemment parfaitement.
Une note finale de la main de Sholem révèle que Breger démasqué s’est
enfermé dans un total mutisme avant de se suicider en prison. C’est lui Sholem
qui a écrit le dernier chapitre en parodiant le style de son biographe et en
lui imaginant un mobile qu’il estime plausible. Quelques mots sibyllins
pourraient donner à entendre que Sholem n’a pas eu dans cette affaire un rôle
aussi naïf que son biographe l’imaginait.
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Le roman est constitué de situations ou scènes toutes empruntées à
Leroux, Queen, Doyle, Christie…, adaptées et actualisées.
Tout ce qui a trait aux coïncidences pascales est authentique, il n’en
sera donné que le minimum nécessaire à l’intelligence du récit, mais un dossier
complémentaire pourrait être donné à la fin de l’ouvrage, ou sur mon site
Internet.
L’idée des réincarnations vient de la coïncidence entre la mort de Verne
et la naissance de Dannay, mais il existe dans la tradition juive des idées
proches qui pourraient être abordées, avec notamment des citations du Livre
des Révolutions des Ames à propos de renaissances de personnes nommées
« rouge » et « blanc »…
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Voilà donc le document tel que je
l’avais transmis.
Le nom du détective était inspiré par
Hercule (Samson colosse biblique) Poirot et par Sherlock Holmes (anagramme
Sholem).
Celui de l’assistant biographe Breger
était l’anagramme de Berger, en pensant au docteur Shepard narrateur et
assassin dans Le meurtre de Roger Ackroyd. Son prénom Adam,
« homme » en hébreu, était directement inspiré par le roman de Queen La
dernière femme de sa vie, où la victime, assassinée pendant la nuit de
Pâques, réussit à téléphoner au détective mais ne peut que lui répéter la
syllabe « hom… »
Je ne crois pas avoir alors pensé au
commissaire Adamsberg de Fred Vargas, dont je n’avais rien lu depuis Les
quatre fleuves en 2000.
Pour des raisons dont je ne suis pas
sûr de me souvenir, il était important que l’affaire se situât en 2004.
A remarquer le petit décalage de la
naissance de Delaunay 208 jours après celle de Dannay, lui-même né 210 jours
après Verne. Si Delaunay était né pareillement né 210 jours après Dannay, il
serait né le 3 avril 1983, soit le dimanche de Pâques. Il me paraissait
préférable de le faire naître le vendredi saint, puisque les modèles de Leroux
et Queen le condamnaient à disparaître le dimanche de Pâques.
En y réfléchissant un peu, il me semble
distinguer un « fil rouge » reliant tous mes projets non publiés.
Le premier fut Roman novel,
conçu en 1998, inspiré par mes recherches sur Maurice Leblanc. Le détective
Honoré de Valmondada enquête en 1908 sur le fabuleux héritage de AV Monlorné,
mort à 106 ans et attribuant sa longévité à un produit miraculeux, le
Veranomnol. Son testament partage sa fortune entre toutes les personnes dont
les noms correspondent à l’anagramme du produit. Les 18 personnes identifiées
sont tour à tour assassinées, avec un climax pour Norman Love, le mystérieux
propriétaire du Vélo Mannor, écrabouillé par l’énorme vélo trônant dans
la réception de son motel, le soir du Vendredi saint (ce qu’aujourd’hui je rapproche
de la jeune Suissesse qui manque d’être tuée par la reproduction de Big Ben
dans Léviathan d’Akounine, le Vendredi saint 1878, 30 ans plus tôt*).
Le dénouement se situe le 1er
septembre 1908, où les prétendants à l’héritage sont censés se manifester. Et
Norman Love se pointe, expliquant qu’il a profité d’un concours de
circonstances pour passer pour mort, écartant la menace pesant sur lui…
Valmondada commence à donner sa version
de l’affaire, lorsqu’il est interrompu. Une détective privée anglaise,
surnommée « la nurse Pyne », menait en secret une enquête parallèle,
et elle dévoile qu’il est en fait Néron Volma, et que c’est lui l’artisan de
toute la série des crimes… Valmondada-Volma se suicide, en laissant un document
indiquant que l’affaire dépasse le sens commun, et révélant que ses deux
assistants, le narrateur Alban Lenoirc et son fils adoptif indien Dom (qui
sous-entendait [peau-]rouge) ont pour identités réelles Noël Navrom et Ramon
Olven, avec toutes les preuves leur permettant de co-hériter.
En 2000 j’ai eu l’idée de La fin,
monsieur Win, intégrée ensuite au projet Indécente (L’). Les
héritiers Twenty se trouvent éliminés l’un après l’autre par un meurtrier
insaisissable dans l’île du Rouge, nommée en pensant à l’île du Nègre de Dix
petits Nègres, devenu Dix petits Indiens aux USA (peut-être par
juste retour des choses car la comptine composée aux USA était originellement Dix
petits Indiens, devenue Dix petits Nègres dans l’adaptation
anglaise).
Les meurtres inexplicables de l’île du
Rouge étaient en fait commis avec le consentement des victimes, les enfants
légitimes Twenty n’ayant trouvé que cette solution pour sauvegarder l’héritage
familial, menacé par une tontine signée imprudemment par un des fils.
* Me remémorer ceci me fait prendre
conscience d’une prodigieuse coïncidence.
Toute l’affaire des 18 héritiers en
1908 était liée pour moi aux 106 ans vécus par Christian Rosencreutz de 1378 à
1484, 13 et 14 fois 106 ; ma première publication Bacbuc en 1996, La
roseur à réoser, suggérait une lecture rosicrucienne de Leblanc, notamment
de L’Aiguille Creuse se déroulant en 1908 (18 fois 106), où Lupin
« ressuscite » après sa « mort » un jour qui pourrait être
le Vendredi saint (jour essentiel chez les Rose+Croix). Pour des raisons qui
m’étaient alors essentielles, et dont je ne suis plus très sûr de la
pertinence, j’accordais alors un statut privilégié au partage de 106 en 30+76
(ou 76+30), et divers noms en dehors des anagrammes Roman Novel (lettres
elles-mêmes issues d’une lecture
rosicrucienne) étaient forgés pour que leur numérologie reflète ce partage,
notamment celui du narrateur, qui était prévu pour être celui de l’auteur de
Roman novel, figurant en couverture :
Alban Lenoirc = 30 + 76 = 106
Le cadavre pris pour Norman Love le
Vendredi saint était en fait un certain
Jean-Louis = 30 + 76
Je crois avoir voulu lui donner 30 ans,
enfin le découpage 76-30 de la 18e période de 106 ans 1802-1908
pointe sur 1878, l’année où Akounine a situé les meurtres significatifs de
Charles et Gustave le Vendredi saint, suivis de l’accident de la jeune
Suissesse (junge Schweizerin) dont elle sort indemne.
Son roman Léviathan est paru en
Russie en 1998, l’année même de mon idée, qui a connu quelques débuts de
réalisation, synopsis complet et début de rédaction de l’épisode clé au Vélo
Mannor.
1998 c’est 120 ans après 1878, or 120 ans
est la seconde période clé rosicrucienne, le tombeau de Rosencreutz étant
supposé avoir été découvert en 1604, 120 ans après sa mort en 1484,
conformément à l’inscription Post CXX annos patebo (Après 120 ans je
m’ouvrirai) sur la porte menant au sépulcre…
Je n’écris presque plus de fiction, la
dernière étant une nouvelle exploitant ce thème qui m’a été cher de l’année
1908 vue comme un summum rosicrucien (d’après mes lectures de Leblanc, car j’ai
un point de vue assez distant sur toutes ces fantaisies ésotériques). La
nouvelle doit paraître prochainement dans un recueil aux éditions L’œil du
Sphinx.