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Eléments pour une gématrie rabelaisienne.

 

Pantagruel = 109.

Certains détails de l’épisode de la naissance de Pantagruel m’ont particulièrement évoqué le personnage biblique d’Esaü :

- Pantagruel est velu comme un ours, la pilosité d’Esaü étant l’un des traits essentiels le distinguant du glabre Jacob;

- sa mère est Badebec, au « visaige de rebec », évoquant Rebecca, mère d’Esaü;

- Rabelais donne au gruel de Pantagruel la signification fantaisiste d’altéré en langue Hagarene, et gruel serait avec le a qui le précède l’anagramme de Raguel, nom du fils d’Esaü et de Basemath, fille d’Ismaël, fils de Hagar, Hagar et Ismaël étant en outre les exemples les plus immédiats d’altérés bibliques;

- Esaü est enfin l’exemple biblique de la goinfrerie.

D’autres auteurs ont vu ces correspondances[1] mais mon attention s’est aussi portée sur la sortie préalable du ventre de Badebec de 68 tregeniers..., 9 dromadaires..., 7 chameaux... et XXV charretées..., car une énumération biblique concernant Esaü comporte aussi des chameaux; il s’agit de l’offrande de Jacob à son frère, craignant de le retrouver après les tours qu’il lui a joués, de 200 chèvres, 20 boucs, 200 brebis, 20 béliers, 30 chamelles avec leurs petits, 40 vaches, 10 boeufs, 20 ânesses et 10 ânes[2]. L’exégèse juive a remarqué que le total de ces animaux, soit 580 en comptant 30 chamelons, les camélidés étant unipares, correspondait à la gematria, la valeur numérique traditionnelle, de l’autre nom d’Esaü, Séir, signifiant précisément velu (300 + 70 + 10 + 200 = 580 selon les correspondances de l’alphabet numéral hébreu[3]). J’ai eu la curiosité de vérifier la possibilité d’un jeu similaire chez Rabelais, ce qui m’a mené à un résultat encourageant dès le premier procédé de chiffrage envisagé, soit la correspondance des lettres avec leurs rangs dans l’alphabet latin, les lettres J et V utilisées dans les éditions modernes de Rabelais n’étant apparues que dans la seconde moitié du 16e siècle. Ce codage mène donc pour le nom PANTAGRUEL à la somme :

15 + 1 + 13 + 19 + 1 + 7 + 17 + 20 + 5 + 11 = 109, identique au total des éléments précédemment issus du ventre maternel, soit 68 + 9 + 7 + 25 = 109.

Sainct Hiaccho.

Je ne m’en suis pas tenu là, mais il me semble opportun d’abandonner l’historique de ma démarche pour donner un argument plus décisif en faveur d’un codage alphanumérique, d’une gématrie, dès ce chapitre 2 du Pantagruel. L’une des thèses les plus ambitieuses sur l’œuvre de Rabelais est celle de C. Gaignebet, dont une hypothèse fondamentale est la naissance de Pantagruel le 25 Juillet, jour de la St Jacques et de la St Christophe, seul saint géant, indiquée selon lui par une accumulation de signes[4]. La gématrie permet de mettre en évidence de surprenantes coïncidences sur cette date, soit, les nombres entre parenthèses représentant les valeurs des mots en majuscules :

- JUILLET (84) = CENT (40) NEUF (44);

- VINGT (68) CINQ (41) = 68 + 41 = 109;

- 25 JUILLET (84) = 25 + 84 = 109.

Ces coïncidences sont évidemment indépendantes de la volonté de Rabelais, mais c’est bien celui-ci qui a choisi les nombres 68, 9, 7, et 25 qui permettent les deux combinaisons 68 + 41 (vingt cinq) et à rebours 25 + 84 (25 Juillet), et qui a associé à la naissance de Pantagruel une sécheresse comparable à celle provoquée par Phaëton qui fit passer le chariot solaire si près de la terre « qu’il mist à sec toutes les contrées subjacentes, bruslant une grande partie du ciel que les Philosophes appellent Via lactea & les lifrelofres le chemin Sainct Jacques ». Les lifrelofres sont les gens du peuple effectuant le pélerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle dont le terme est bien sûr le 25 Juillet. Trois phrases séparent cette possible allusion voilée au 25 Juillet de la naissance effective de Pantagruel, dont le nom à l’étymologie fantasque gréco-hagarene tout altéré apparaît essentiellement inspiré  à Gargantua par la sortie du ventre de Badebec des fameux 109 éléments porteurs d’aliments propres à attiser la soif : «Ce qui luy fut monstré à celle heure mesmes par aultre signe plus évident. Car, alors que sa mère Badebec l’enfantoit, & que les saiges femmes attendoyent pour le recevoir, yssirent premier de son ventre soixante & huyt tregeniers, chascun tirant par le licol un mulet tout chargé de sel, après lesquelz sortirent neuf dromadaires chargés de  jambons & langues de boeuf fumées, sept chameaux chargés d’anguillettes, puis XXV charretées de porreaux, d’aulx, d’oignons, & de cibotz ».

Ces phrases se retrouvent pratiquement inchangées dans toutes les éditions du Pantagruel, à l’exception du dernier nombre noté « vingt & cinq » dans l’édition princeps et « XXV » dans toutes les éditions suivantes. L’exactitude des graphies est essentielle dans un système gématrique et cela pose problème à l’époque de Rabelais où il n’existe pas encore d’orthographe académique, où chaque auteur peut avoir ses vues sur la question et chaque éditeur ne pas hésiter à le corriger selon sa propre norme. Il est ainsi tout à fait possible que Rabelais ait bien écrit d’emblée « XXV » mais que l’éditeur n’ait pas accepté cette fantaisie. Il faudrait sinon étudier quelle valeur pourrait avoir le « & », ce qui sera abordé plus loin. Les deux formes « vingt cinq » et « vingt & cinq » coexistent vers 1532, époque de rédaction du Pantagruel, comme en témoignent des ouvrages contemporains, mais Rabelais a opté avec une grande constance dans toute son oeuvre pour le « & » entre les dizaines et les unités, d’où la nécessité de trouver une autre forme permettant une lecture vingt cinq de valeur 109. Il est à noter que les chiffres romains étaient souvent utilisés pour noter les quantièmes du mois et que XXV décomposé en dix dix cinq aurait encore pour valeur 109 car DIX se trouve avoir pour valeur 34 moitié de la valeur de VINGT (68).

Il apparaît en fait une graphie « vingt cinq » dans la dernière édition de 1542 contrôlée par Rabelais du Pantagruel, chapitre 20, où Thaumaste et Pantagruel boivent « vingt cinq ou trente muys », pour « XXV ou XXX muys » dans les éditions précédentes. Rabelais n’aurait guère pu mieux indiquer qu’il entendait en écrivant XXV être lu « vingt cinq » et non « vingt et cinq ». L’on pourrait évidemment retourner l’argument esquissé plus haut selon lequel une graphie d’une édition unique restait incertaine, ce à quoi je rétorquerais que le sens doit aussi trouver sa part dans ces supputations. Je ne vois aucune raison de dévaluer ce « vingt cinq », sinon qu’il viendrait par trop valider mon hypothèse et pourrait ressembler à une réponse de Rabelais à une bavure de son premier éditeur. Si cette erreur n’est qu’une conjecture, sa possibilité est démontrée par le fait qu’un autre nombre en chiffres romains, faisant partie d’une énumération où les autres nombres ont une forme différente, soit « XVII grosses pommes de cuyvre » au chapitre 33, apparaisse sous la forme « dix sept » dans une seule édition intermédiaire, en 1535, variante qui n’est certainement pas due à Rabelais.

Si les nombres 68 et 25, ou plutôt XXV, étaient indispensables à Rabelais pour signifier à un lecteur complice sa connaissance des coïncidences liées au 25, ou XXV Juillet, il reste à rendre compte des nombres intermédiaires 9 et 7 qui offrent des possibilités d’interprétation bien plus immédiates que le nombre résiduel 16 (109 - 68 - 25 = 16) ou toute autre partition de ce nombre. En effet 7 peut évoquer Juillet, septième mois, et la présence de 9 permet la lecture CENT + NEUF = 40 + 44 = JUILLET, autre coïncidence liée au XXV/7; 9 et 7 sont encore les nombres de lettres des noms des parents, Gargantua et Badebec. Selon un symbolisme numéral plus immédiat, la naissance d’un Pantagruel quintessentiel, un Pentagruel, est précédée de la sortie de 4 sortes d’éléments porteurs de 8, 2 fois 4, sortes d’aliments altérants, faisant suite à d’autres quaternaires comme l’âge de Gargantua où Rabelais a évoqué 4 fois le nombre 4 par la forme « quatre cens quatre vingtz quarante & quatre ». Cet aspect quaternaire peut suggérer l’interprétation 524 = 4 fois 131, somme des valeurs des noms de la mère et du fils BADEBEC (22) + PANTAGRUEL (109) = 131.

 Les coïncidences sur le 25 Juillet n’ont rien de banal; je n’imagine pas de quelle autre manière une date exprimée sous cette forme pourrait receler trois fois un même nombre, et, en prenant en compte toutes les graphies des noms de mois et de nombres utilisées à ma connaissance au temps de Rabelais, je n’ai découvert qu’une autre date permettant le même jeu, le 18 Novembre, avec les relations :

- NOVEMBRE (88) = CENT (40)  SIX (48);

- DIXHUYCT = 106;

- 18 NOVEMBRE (88) = 106.

Le 18 Novembre est loin d’être une date aussi importante que la St Jacques, qui offre une autre possibilité que semble avoir exploitée Rabelais dans un texte contemporain du Pantagruel, la Pantagrueline Prognostication où l’on lit au chapitre 5 « Toutesfoys ne iront tant de Lifrelofres à sainct Hiaccho comme feirent l’an DXXIIII », soit l’an 524. Le nombre 524 n’apparaît ailleurs dans l’oeuvre de Rabelais que dans le chapitre 2 du Pantagruel où sont mentionnés également le lieu St Jacques et les Lifrelofres, n’apparaissant respectivement qu’une et deux fois dans le reste de l’oeuvre[5], ce qui laisse à penser qu’il serait aventureux de prétendre interpréter séparément ces deux passages. Quoi qu’il en soit, SAINCT (63) HIACCHO (46) = 109, et il n’y a pas lieu de suspecter ici une coquille d’impression, cette graphie restant invariable dans les différentes éditions. Je ne connais pas d’autre occurrence de cette graphie Hiaccho, qui semble propre à Rabelais, qui me semble devoir évoquer Iacchos, autre appellation de Bacchos : selon l’alphabet grec IAKXOS = 901, renversement de 109.

Et pourquoi Rabelais aurait-il éprouvé le besoin de lier numériquement le nom de son personnage principal à une date ? L’on pourrait s’interroger pareillement sur les motivations des millions de gens qui font aujourd’hui confiance aux numérologues qui prétendent dégager une destinée de la valeur numérique d’un nom, sinon la forcer en harmonisant la numérologie d’un prénom ou du nom d’une société avec une date de naissance ou de création. Notre époque n’a pas le monopole de l’irrationalité et l’on peut aisément imaginer des pratiques similaires au temps de Rabelais, d’autant plus aisément qu’il a circulé tout au long du 16e siècle un oracle arithmologique, la Roue de Pythagoras, n’ayant été conservée que sous des formes corrompues qui n’ont pas permis d’établir quel pouvait être le mode exact de consultation de l’oracle[6]. Cette Roue portait les 23 lettres de l’alphabet latin avec des équivalences numériques étranges, une liste de nombres de 1 à 31 dans un ordre également bizarre, vraisemblablement les quantièmes du mois, et les noms des 7 jours et des 7 planètes en français avec des correspondances numériques toujours étranges, certaines desquelles étant néanmoins clairement identifiables aux sommes des valeurs des lettres des mots correspondants. Si certains calculaient donc les valeurs numériques des noms des jours au moyen d’un code complexe, d’autres pouvaient tout aussi bien calculer selon le code le plus immédiat, l’équivalence ordinale, les valeurs des noms des mois, ou celles des noms des nombres, d’une importance particulière pour les pratiquants de la gématrie. Ces calculs n’ont même pas besoin d’être opérés consciemment par certains individus capables d’associer immédiatement un mot à sa valeur numérique et de débiter des pages d’équivalences gématriques laissant pantois ceux pour qui les nombres ne sont pas familiers. Il me semble donc hautement probable que divers individus aient découvert ici ou là, à telle ou telle époque, tant que les graphies le permettaient (et elles le permettent encore aujourd’hui où le codage selon l’alphabet latin a toujours ses adeptes), ces coïncidences sur un jour d’une grande importance dans le calendrier religieux.

Que Rabelais les ait lui-même découvertes ou qu’il en ait été informé par ailleurs, la parfaite adéquation entre ces coïncidences, le nom de Pantagruel et les nombres qui l’accompagnent ne laisse guère de chances au hasard, chances inévaluables mathématiquement car il n’entre guère dans l’usage obstétrical de dénombrer les tregeniers et autres dromadaires issus des parturientes[.1] [7]. Il serait en tout cas réducteur d’imaginer que le dessein arithmologique de Rabelais ait pu se limiter à  cette relation entre son personnage, ou son livre intitulé aussi Pantagruel, et une date. Rabelais a montré tout au long de son oeuvre qu’il était un maître de l’embrouille, accumulant avec un art inégalé les termes les plus polysémiques et les références croisées, défiant ouvertement ses commentateurs sans les décourager formellement, et le choix du nombre 109 va s’avérer également redoutable tant ses implications semblent multiples, tant certains indices semblent indiquer que Rabelais a songé aux développements les plus sophistiqués. La St Jacques offre déjà plusieurs pistes : le Jacques fêté le 25 Juillet est le frère de Jean l’évangéliste, et le seul frère de l’œuvre est le moine Frere Jean; Jacques le Mineur est le propre frère de Jésus, et Pantagruel présente des aspects messianiques; enfin Jacques est la forme francisée de Jacob, frère d’Esaü, et Pantagruel possède plusieurs traits d’Esaü. 

Les Chartes arithmétiques.

Il n’existe aucune allusion explicite à la gématrie dans Rabelais, ce que certains esprits retors pourraient considérer comme significatif dans une oeuvre aussi foisonnante, appartenant à une époque où la plupart des grands esprits se passionnaient pour la Cabale juive, laquelle est bien présente avec de multiples références dès le Pantagruel. Rabelais lui-même avait une certaine connaissance de l’hébreu, il était l’ami de Jean Thénaud, auteur de divers traités sur la Cabale à la demande de François Ier; Thénaud se démarquait de l’engouement du temps pour les lettres hébraïques et proclamait une sainteté égale, sinon supérieure, des lettres latines, n’appuyant toutefois cette allégation que par une référence aux figures de Raban Maur. L’œuvre de Rabelais témoigne de son intérêt pour la mystique des nombres pythagoricienne et ce qui se rapproche le plus de la gématrie est l’adhésion sans réserves de Pantagruel lui-même à l’opinion attribuée à Pythagore selon laquelle la destinée d’un individu serait intimement liée au nombre de syllabes de son nom, au chapitre 37 du Quart Livre.

Les allusions voilées peuvent être de multiple nature, et je me bornerai au chapitre 23 du Gargantua où sont apportées pour instruire celui-ci « des chartes, non pour jouer, mais pour y apprendre mille petites gentillesses et inventions nouvelles, lesquelles toutes yssoient de arithmetique ». Ces chartes se comprennent au premier degré comme des cartes à jouer, mais la Charte est avant tout au 16e siècle l’alphabet, que Gargantua apprend pendant 5 ans 3 mois au chapitre 14, et l’on peut songer aussi aux tables donnant les équivalences numériques des alphabets hébreu, grec et latin, déjà publiées dans divers ouvrages[8], les gentillesses et inventions devenant alors l’art de la gématrie.

Si l’alphabet latin classique a 23 lettres, le problème est de savoir si c’est bien cet alphabet que Rabelais utilise, ou sinon quelle variante. Nous n’avons dans l’œuvre qu’un indice avec, au chapitre 25 du Tiers Livre, l’utilisation par Her Trippa d’un alphabet de 24 lettres, or Trippa est un condensé des noms des deux grands occultistes allemands Trithème et Agrippa, et Trithème a publié en 1502 un célèbre traité de cryptographie où est utilisé l’alphabet de 24 lettres suivant :

 

A

 1

B

 2

C

 3

D

 4

E

 5

F

 6

G

 7

H

 8

I,J

 9

K

10

L

11

M

12

N

13

O

14

P

15

Q

16

R

17

S

18

T

19

U,V

20

X

21

Y

22

Z

23

&

24

 

C’est moi qui ajoute les distinctions I,J et U,V confondues alors et les équivalences ordinales, car, si Trithème fait aussi correspondre les lettres aux nombres, ce n’est jamais avec leurs rangs qui représentent le degré zéro du chiffrage. Curieusement la lettre ajoutée en fin d’alphabet & se trouve ainsi avoir même valeur 24 que la somme des valeurs du ET (5 + 19) qu’elle remplace, aussi bien en latin qu’en français. Il faut encore remarquer que Trithème utilise aussi un alphabet de 22 lettres, comme l’alphabet hébreu, en confondant le Y avec le I et en oubliant le & à lire ET; dans ce système, Y aurait donc pour valeur 9 et Z 22. 

Pythagore, Platon, Rabelais.

La question se pose après la mise en évidence du lien Pantagruel-109-Sainct Hiaccho : Rabelais a-t-il employé le nombre 109 ? La réponse est oui, et dans un contexte significatif : Pantagruel annonce au prisonnier de l’armée du roy des Dipsodes Anarche, avant de le renvoyer vers son camp, qu’il attaquera celui-ci le lendemain avec 109000 combattants et 7000 géants[9]; Pantagruel seul en fait sèmera la déroute dans le camp ennemi en le compissant pendant la nuit. Ceci évoque l’exemple le plus célèbre, le plus ancien aussi probablement, de gématrie hébraïque, donné par les rabbins dès le 3e siècle en réponse à une exégèse patristique sur les 318 hommes accompagnant Abraham poursuivant l’armée des 4 rois mésopotamiens : ces 318 hommes correspondraient dans un premier temps au nom du serviteur d’Abraham, Eliézer, dont c’est la valeur numérique, et désigneraient en fait Abraham seul avec l’aide de Dieu, ce nom signifiant « Dieu aide »[10]. Si l’on peut se perdre en conjectures sur les 7(mille) géants (7 = G de géant, nombre de lettres de Panurge ?), les 109(mille) combattants sont aisément identifiables à Pantagruel, et cette équivalence a peut-être paru par trop transparente à Rabelais qui l’a supprimée des éditions ultérieures par la variante 1800000 combattants. L’image des géants sauvant leur roi du torrent d’urine, comparée à Enée portant son père, évoque facilement aussi la légende de Saint Christophe, saint géant fêté le 25 Juillet, condamné à expier ses fautes en prenant sur ses épaules les voyageurs pour leur faire traverser une rivière.

Une étude approfondie de la gématrie dans l’ensemble de l’œuvre de Rabelais représente un travail gigantesque, et je me bornerai ici aux valeurs des noms des principaux personnages dans leur relation avec le nombre 109. J’ai été conduit à voir plus qu’une simple coïncidence dans la relation Pantagruel = 109 lorsque j’ai découvert que la moyenne des valeurs des noms de ses deux ancêtres jouant seuls un rôle dans l’œuvre était aussi 109, soit GRANDGOUSIER (132) + GARGANTUA (86) = 218 = 2 fois 109. Si dans le Pantagruel le personnage de Gargantua est rapidement éludé, expédié au pays des fées, le Gargantua nous montre une constante complicité entre Grandgousier et Gargantua qu’illustrerait magnifiquement cette complémentarité gématrique. Il n’est toutefois nullement évident que Rabelais ait envisagé d’emblée cette combinaison. Ces noms sont issus des Chroniques Gargantuines, recueils anonymes parus vraisemblablement peu avant le Pantagruel, peut-être dus à Rabelais lui-même, décrivant les exploits du géant Gargantua, fils des géants Grant Gosier (ou Gozier) et Galemelle fabriqués par Merlin à partir de baleines masle & fumelle. Puis vient en 1532 le Pantagruel de Rabelais où celui-ci imagine un fils au géant Gargantua, au nom dérivé d’un nain démoniaque des Mistères, Penthagruel. Le père de Gargantua n’y est mentionné qu’à deux reprises, sous la graphie Grantgousier dans l’édition princeps. Puis vient le Gargantua en 1534 où il est un personnage essentiel, mais son nom s’y trouve orthographié de 8 façons dans l’édition princeps, la graphie Grandgousier n’apparaissant que 12 fois sur 81 occurrences, et il faudra plusieurs éditions pour éliminer les graphies concurrentes. Si l’on peut se perdre en conjectures sur ces fantaisies éditoriales, il apparaît que le jeu final Grandgousier Gargantua = 2 fois 109 ne peut être un hasard, que Rabelais ait dès l’origine choisi lui-même les noms des protagonistes des Chroniques Gargantuines, ou qu’il ait saisi plus tard l’opportunité de modifier une graphie pour servir son dessein arithmologique.

Après la triade des géants vient Panurge, qui deviendra ensuite le personnage central des 3 derniers livres. PANURGE = 78, nombre dont la présence ostentatoire précisément dans ces 3 livres a intrigué divers commentateurs, mais constater qu’il s’agit de la gématrie de Panurge ne fait que déplacer une question à laquelle je donnerai plus loin ma réponse. Il me semble important de souligner la filiation alphabétique de Panurge, dont le nom est formé de 7 des lettres de Pan(ta)grue(l). Si les femmes de Grandgousier et Gargantua n’apparaissent dans le récit que pour leur donner un fils, si les autres figures féminines s’y limitent à des callibistris anonymes hâtivement braquemardés, la vie amoureuse de Pantagruel lui-même n’étant qu’anecdotique, le problème du Panurge des 3 derniers livres est de trouver une femme fidèle. Après le constat d’échec de toutes les réponses traditionnelles dans le Tiers Livre, il faudra aller quérir la réponse lointaine de l’oracle de la Bouteille, personnifié par la pontife Bacbuc, au nom rappelant la mère de Pantagruel : PANURGE (78) + BACBUC (31) = 109.

Le dernier personnage de premier plan est Frere Jean, FRERE (50) JEAN (28) = 78, immédiatement interprétable car Frere Jean joue dans le Gargantua un rôle similaire à celui de Panurge dans le Pantagruel. Mais le moine devient en 1552 Frere Jan dans le Quart Livre, et Rabelais prend la peine de modifier de même tous les Frere Jean du Tiers Livre dans sa dernière édition la même année. Peut-être Rabelais a-t-il anticipé ainsi la merveilleuse combinaison qu’il préparait pour son dernier livre, dont le point culminant, si l’on peut dire, est la descente vers Bacbuc de Panurge accompagné de ses trois amis[11], Pantagruel, Frere Jan, et le narrateur, l’abstracteur de quinte essence Alcofribas Nasier, soit : FRERE JAN (73) + PANTAGRUEL (109) + ALCOFRIBAS NASIER (145) = 327 = 3 fois 109, même somme que pour la triade des géants, en harmonie avec la rencontre Panurge + Bacbuc = 109. Les 108 degrés de cette descente sont mis en relation avec les tétrades de Pythagoras et de Platon, ce qui permet d’entrevoir l’ultime combinaison :

- FRERE JAN = 73 = PLATON ;

- PANTAGRUEL = 109 = PITHAGORAS ;

- ALCOFRIBAS (82) NASIER (63) = 145 = FRANCOIS (81) RABELAIS (64) ;

- Platon + Pithagoras + Francois Rabelais = 3 fois 109.

Avant d’essayer d’expliquer l’audace de Rabelais se promouvant sur la première marche d’un podium aussi illustre, il faut d’abord justifier ce Pithagoras = 109 au lieu de l’orthodoxe Pythagoras valant 122 selon l’alphabet de 23 ou 24 lettres :

- dans l’autre alphabet de 22 lettres de Trithème les lettres I et Y sont confondues au 9e rang; si cette solution est a priori satisfaisante, ne remettant en cause aucune des relations envisagées jusqu’ici, d’autres relations semblent nécessiter un Y de valeur 22 et non 9;   

- l’interchangeabilité des lettres I et Y est constante dans l’orthographe d’alors; si un helléniste tel que Rabelais se devait de transcrire avec fidélité les racines comportant iota ou upsilon, de multiples exceptions se présentent dans l’oeuvre éditée, notamment sur le nom Pythagoras[12];

- c’est le Y de Pythagoras qui fait problème, et c’est aussi la seule lettre qui soit glosée dans l’ensemble de l’œuvre, au chapitre 33 du Quart Livre où les vaisseaux des voyageurs s’ordonnent devant la menace du Physetère selon « le Y grégeois, letre de Pythagoras », où Pythagoras se trouve être le 109e mot du chapitre dans un épisode riche en signes (comme l’acrostiche PNTGRL formé par les divers éléments présents sur mer, dans leur ordre d’entrée en scène : Physetère, naufz, Thalamège, Guallions, Ramberges, Liburnicques); peut-être faut-il imaginer le Y se transformant en I après le retour des navires en file indienne, le danger passé...

Rabelais aurait peut-être apporté d’autres éléments dans une version complète du Cinquième Livre, mais, quelque justification que l’on imagine aujourd’hui, il est évident qu’il a organisé son épisode final autour de cette combinaison, quitte à avoir dû forcer la coïncidence sur Pythagoras et modifier le nom de Frere Jean.

Les degrés tétradiques.

Les 108 degrés tétradiques sont présentés comme le carré de la tétrade Pythagorique, soit (1 + 2 + 3 + 4) = 10, augmenté du cube premier, soit 8, et sont homologués à la vraie psychogonie de Platon, soit 2 fois la somme des nombres de la grande tétrade platonicienne : 1 + 2 + 4 + 8  (+ 1) + 3 + 9 + 27 = 54 en ne comptant qu’une fois le 1. Personne avant Rabelais ne semble avoir songé à considérer ce doublement, et ce 8 n’a aucune justification immédiate. Je n’ai pu trouver d’explication à ces étrangetés avant de songer qu’il existait aussi une grande tétrade pythagoricienne, composée des 8 premiers nombres : 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 = 36. Les nombres employés par Rabelais pour construire son 108 sont précisément les seuls communs aux deux grandes tétrades, 1, 2, 3, 4 et 8, et 108, plus petit commun multiple de 36 et de 54, peut prétendre à cumuler leurs qualités traditionnelles, sans oublier ses possibles qualités propres.

La peur de Panurge (= 78) après avoir descendu environ 78 degrés témoigne d’une attention particulière de Rabelais pour la partition de 108 en 78 et 30. Je ne me hasarderai pas à discuter les motivations arithmosophiques profondes de cette partition, le fait est qu’elle apparaît ailleurs dans l’œuvre, au moins dès le Gargantua. Ainsi, la seule occurrence de 78 dans le Tiers Livre, hormis le titre « l’autheur susdit supplie les lecteurs bénévoles soy réserver à rire au 78e livre », apparaît au chapitre 3 associée au nombre ordinal 30, avec l’infernal monde sans crédit ni dette imaginé par Panurge, qui pourrait être le 30e de l’infinité des mondes de Métrodore ou le 78e monde de Pétron, pythagoricien qui en dénombrait 183. Ce 78e monde de Pétron est un ajout de la dernière édition de 1552, comme si Rabelais incertain de pouvoir achever son dernier livre s’était résigné à livrer une clé essentielle avec cette paire de nombres ininterprétable dans son strict contexte. Les multiples occurrences de 78 dans le Quart Livre sont peut-être liées au concile de Trente devenu dans l’ouvrage concile de Chesil, ainsi les offrandes accordées avec une écrasante magnanimité aux concilistes ou aux habitants de Chaneph comparés aux concilistes sont mesurées par le nombre 78 (chapitres 18 et 59). Enfin l’abbaye de Thélème au chapitre 53 du Gargantua est formée de 6 tours de 60 pas de diamètre jointes par des murs de 312 pas de longueur, soit une longueur totale par côté de 2 fois 60 = 4 fois 30 et 312 = 4 fois 78 unités.

La gématrie apporte de nouveaux éléments. 108 degrés déterminent 109 niveaux, et de fait CENT (40) HUYT (69) = 109. Cette relation était peut-être déjà présente dès le Pantagruel avec le couple Gargantua (86) + Badebec (22) = 108, et Cent Huyt = Pantagruel = 109. Les nombres 36, 54 et 108 ont comme seuls facteurs premiers 2 et 3, le Pair et l’Impair pythagoriciens, que Rabelais désigne au chapitre 20 du Tiers Livre par les transcriptions du grec DYAS (45) et TRIAS (64) de somme 109. Les nom et prénom de François Rabelais (81, 64) ont eux-mêmes pour valeurs des puissances de 2 et 3.

 La partition de 108 en 30 et 78 trouve un appui gématrique dans le fait que TRENTE = 78. Ainsi le 78e monde de Pétron pourrait émaner de quelque subtile façon du 30e de Métrodore, ou lui être équivalent. Il existe un rapport patent entre l’éloge des dettes du Tiers Livre et la description des mœurs de Panurge conclue au chapitre 17 du Pantagruel par la phrase déjà présente dans l’édition princeps : « Fin de compte il avoit (comme ay dict dessus) soixante & troys manieres de recouvrer argent : mais il en avoit deux cens quatorze de le despendre, hors mis la resparation de dessoubz le nez ». Là aussi apparaît un subtil équilibre, car SOIXANTE (100) & (24) TROYS (90) = 214, et cette balance exacte des crédits et débits contredisant les sens obvies des textes peut souligner les liens constatés par ailleurs de Panurge avec Mercure, dieu des commerçants. Une relation est envisageable entre les deux couples de nombres, car si 30 noté Trente mène à 78, 30 noté XXX en chiffres romains mène à 63, et les multiples graphies du nombre 78 permettent d’imaginer la forme valide SOIXANTE (100) & (24) DIXHUIT (90) = 214. C’est encore tirer parti opportunément des libertés offertes par l’absence d’orthographe fixe, mais tout n’est pas possible et je doute qu’il existe beaucoup de tétrades de nombres offrant des possibilités comparables à cette tétrade 30-78-63-214, compte tenu de toutes les graphies envisageables : je n’en ai pas trouvée. Si cette liberté demeure contestable, il semble plus assuré que Rabelais ait bien considéré l’homologation XXX = 63 car l’épisode suivant du Pantagruel s’achève avec les « vingt cinq ou trente », « XXV ou XXX » dans les premières éditions, libations de Pantagruel et Thaumaste en l’honneur de Panurge. Il est maintenant clair que Vingt Cinq = 109 = Pantagruel et que Trente = 78 = Panurge[13], mais les formes XXV = 62 et XXX = 63 peuvent aussi se rapporter aux deux personnages, Pantagruel occupant le 62e rang de la généalogie des géants et apparaissant précisément dans cet épisode comme le maître spirituel supposé de Panurge.       

Autres pistes. 

L’étymologie gréco-hagarène de Pantagruel, tout altéré, peut donner à penser que le sens auquel songe Rabelais soit tout aultre, dans une langue qui ne serait ni le grec, langue de Japhet, ni l’égyptien, langue de Cham, mais la langue de Sem, l’hébreu, or Rabelais nous donne effectivement la forme consonantique, à la manière hébraïque, PNTGRL inscrite mystérieusement sur la lettre d’une dame de Paris dans laquelle Panurge recherchera par tous les moyens un message caché. Je ne vois qu’une possibilité de donner un sens hébreu cohérent à ces consonnes, PNT GRL vocalisé pinnat goral, l’assise (l’angle, le pilier) de la destinée, une signification correspondant parfaitement au lien numérologique entre le nom de Pantagruel et sa date de naissance. Ces consonnes, quelque sens que l’on en tire, valent dans le système numéral hébreu 80 + 50 + 400 + 3 + 200 + 30 = 763, soit 7 fois 109. Ce goral, « sort », « destin », s’accorde bien avec la devise grecque de Rabelais, agathê tukhê, où le mot tukhê de même sens a dans l’alphabet numéral grec la valeur 1308 = 12 fois 109.

Les 7 fois 109 de l’hébreu PNT GRL pourraient donner l’idée d’une nouvelle interprétation des 109 mille combattants et 7 mille géants supposés attaquer le roy des Dipsodes Anarche et ses 3 cents géants. Ce nom Anarche peut évoquer Anaq, géant biblique dont les 3 fils également géants ont été à l’origine du renoncement des Israélites sortis d’Egypte à conquérir la Terre Promise, sanctionné par une terrible punition divine. Le calcul des valeurs numériques des noms hébreux de ces 3 géants[14] n’est pas sans surprises :

- Achiman : 1 + 8 + 10 + 40 + 50 = 109;

- Sisaï : 300 + 300 + 10 = 610;

- Tholmaï : 400 + 30 + 40 + 10 = 480.

Achiman a donc pour valeur 109 et ses deux frères 1090, coïncidence sans grand intérêt tant que l’on ne fait pas le parallèle avec un livre centré sur une lignée de 3 géants, où l’un vaut 109 et ses deux ancêtres un multiple de 109. Il faudrait donc admettre une formidable coïncidence, mais Rabelais par divers indices semble montrer qu’il n’ignore rien de ces correspondances. Il y a bien sûr l’importance de l’épisode dans le livre, Pantagruel Roy des Dipsodes, et diverses corrélations possibles avec la conquête de Canaan, mais aussi des détails très précis :

- les 3 cents géants sauvent Anarche de la noyade en l’emportant à leur col, or le nom commun anaq signifie collier;

- le premier épisode de la guerre est la défaite des 660 chevaliers d’Anarche, 660 correspondant à 3 fois la valeur d’Anaq en hébreu, 220;

- Tholmaï est à l’origine du nom Barthélémy, « fils de Tholmaï », fils de géant ; on peut alors se demander si l’étymologie grecque de Thélème ne serait pas un trompe-l’œil.

- Anaq apparaît au 36e rang dans la généalogie de Pantagruel, sous la forme Enay, francisation de la transcription Enac de la Vulgate.

 

 

J’ai signalé le couple Gargantua-Badebec = 108 avec CENT (40) HUYT (69) = 109. Cette partition 40-69 correspond aussi aux noms latins des parents de la Sainte Famille : Ioseph = 69, Maria = 40. Il a été vu que le 62e rang de Pantagruel dans la généalogie des géants correspondait au 62e rang de Jésus dans la généalogie humaine, lorsque l’on ajoute aux 42 générations de Matthieu, comptées à partir d’Abraham, les 20 générations précédentes, comme l’a fait Saint Augustin[15]. La curiosité d’aller voir ce qui se passe au 42e rang de la généalogie des géants est récompensée par Bolivorax, l’un des seuls noms de la liste forgé par Rabelais, nom d’étymologie mixte gréco-latine comme Pantagruel serait d’étymologie mixte gréco-hagarène, seul nom avec Pantagruel de valeur 109.

 

Chacune de ces pistes pourrait être développée, d’autres non évoquées également. S’il me semble distinguer quelques grandes lignes du projet numérologique de Rabelais, je m’avoue absolument incapable d’en présenter une synthèse qui m’apparaît en fait de plus en plus insaisissable à chaque progrès de ma recherche.



[1] G.Defaux, Pantagruel et les sophistes, La Haye, 1973.

[2] Gn 32,15-16.

[3] Elie Munk par exemple donne cette équivalence dans sa Voix de la Thora, mais j’avoue ignorer si des sources anciennes la mentionne. Elle est cependant assez immédiate pour être détectée par un hébraïsant moyen.

[4] C. Gaignebet, A plus hault sens, Paris, 1986.

[5] Dans le Tiers Livre, ch. 22 pour le comique Sainct Iago de Bressuire, Prologue et ch. 8 pour les Lifrelofres. A remarquer aussi dans La cresme philosophalle, texte attribué à Rabelais : « le noir Scorpion pourrait souffrir solution de continuité en sa substance, et par l’effusion de son sang obscurcir et embrunir la voye lactée au grand dommage des lifrelofres Jacobipetes », montrant l’intérêt de l’auteur pour les troubles astraux dans la voie lactée au temps de la St Jacques.

[6] P. Tannery : Notice sur des fragments d’onomatomancie, Paris, 1885.

[7] Si la norme était d’accoucher de 3 séries de 1 à 70 éléments porteurs d’aliments minéraux, animaux et végétaux, la probabilité d’obtenir la combinaison 68-16-25, ou 25-16-68 tout aussi significative, serait de 2 chances sur 343000.

[8] comme le De origine literarum de que numeris omnibus de De Falco en 1520

[9] ch. 18 de l’édition princeps, 28 de l’édition de 1542.

[10] Voir par exemple Midrash Bereshit Rabba sur Gn 14.

[11] Ch. 35 de l’édition de 1564, où apparaît certes la graphie Jean au lieu de Jan, mais l’on ne peut guère accorder de crédit au graphies du Cinquième Livre, composé à partir de brouillons de Rabelais, sans qu’il soit exclu d’ailleurs que Rabelais ait lui-même orthographié Jean par habitude dans ses brouillons.

[12] Pithagoras apparaît ch. 13 et 20 du Cinquième Livre, avec les réserves exposées à la note précédente, mais on trouve aussi des Pithagoriens au ch. 62 du Quart Livre. Le Y de Pythagoras symbolise classiquement la dualité des chemins offerts à l’homme, le I symboliserait aisément l’unité découverte par l’initié.

[13] Il apparaît 3 graphies orthodoxes dans le système grammatical de Rabelais « vingt & cinq ou trente » (P18, T31, Q36), mais très significative paraît être l’unique forme voisine « vingt & six ou trente » dans le Gargantua, où Pantagruel et Panurge ne sont pas présents, avec Vingt & Six (140) + Trente (78) = 218 = Grandgousier + Gargantua, personnages centraux de l’ouvrage.

[14] Nb 13,22 et aussi Jos 15,14 et Jug 1,10 où Achiman apparaît en seconde position.

[15] E.M. Duval, The design of Rabelais’s Pantagruel, New Haven, 1991.


 [.1]