rémi schulz
Je n’ai rien modifié à ce texte dont Word donne pour date de la dernière modification le 28 juillet 1995, mais il y en a eu des versions bien antérieures. J’avais à l’époque vérifié maintes fois tous ces résultats.
Ils tournent autour de la remarquable généalogie de Jacob donnée par la Genèse à l’occasion de la réunion de la famille en Egypte, répartie selon les deux branches issues de ses deux femmes, Léa et Rachel. Sans le moindre artifice apparaît une double relation immédiate sur les valeurs numériques des noms des descendants :
– Les 48 descendants de Léa ont pour valeur 11952, multiple de 48 comme de 36 valeur de Léa.
– Les 21 descendants de Rachel ont pour valeur 4998, multiple de 21 comme de 238 valeur de Rachel (mieux, 4998 = 21 x 238).
Dans l’optique du texte ces relations sont des hasards, mais des hasards bien plus « probants » que les relations avancées par les partisans de la présence objective de la gématrie dans la Bible.
Un autre hasard a motivé la mise en ligne de ce texte et cette « Postface ». Il n’y a pas de raison d’inclure dans les comptes ci-dessus Léa et Rachel, mortes au moment de ce recensement, mais j’avais bien entendu effectué ces opérations, pour voir :
11952 + 36 = 11988 = 18 x 666 ou (6+6+6) x 666, avec 666 « nombre de la bête » qui a excité tous les délires, parfois interprété comme 6+6+6.
4998 + 238 = 5236, qui ne me disait rien à l’époque, mais qui m’évoque évidemment aujourd’hui la « Coudée royale » de 52,36 cm, royale connerie bien venue dans le contexte puisque ses adorateurs en situent volontiers l’origine dans l’Egypte des pharaons. Les amateurs de cette mesure basée sur le nombre d’or pourraient trouver du grain à moudre car mes relations mettent en évidence les nombres 2236, évoquant la racine carrée de 5, arrondie à 3 chiffres après la virgule (2,236), et 618, évoquant le nombre d’or lui-même (0,618).
A propos de 666, j’ignorais alors que je m’intéresserais plus tard aux Bucoliques de Virgile, et que j’aurais l’occasion de pouvoir dénoncer dans un roman l’ahurissante théorie d’un hurluberlu diplômé qui les a vu construites autour du nombre 666, non sans avoir opéré 4 ajouts ou suppressions de vers pour parvenir aux harmonies désirées… Bien que ceci semble fort suspect, le patron des études virgiliennes d’alors, l’académicien Jacques Perret, s’est fait l’apologiste de cette thèse devenue dès lors incontournable.
La Coudée royale est une autre affaire de mysticisme numérologique promu au rang de vérité scientifique, à ceci près que ce sont des représentants de la plus exacte des sciences exactes, les maths, qui y donnent leur caution.
Mais passons… Le hasard a voulu que j’apprenne l’existence de la Coudée royale en décembre 2000 dans Le Cachet de la poste (Gallimard, 2000), d’un certain Jean-Pierre Le Goff dont je ne savais rien. Au même moment, Jean-Pierre apprenait l’affaire du 666 chez Virgile en lisant Sous les pans du bizarre, juste paru, d’un certain Rémi Schulz dont il ne savait rien.
Nos livres ne se sont vendus qu’à quelques centaines d’exemplaires.
Le 15 mars 2003, jour de mes 52 ans et 36 semaines
Les données chronologiques du texte massorétique permettent de bâtir une chronologie continue, de la création du monde jusqu’à la période de rédaction des derniers livres de la Bible. Ces données sont en fait surabondantes et parfois contradictoires, soit par manque de souci d’harmoniser des détails ponctuels avec le projet d’ensemble, soit par réticence à supprimer du texte les données de systèmes chronologiques antérieurs. Il est néanmoins aisé de discerner les données essentielles et les événements leur étant associés, soit :
- une première période s’étendant de la création du monde à la naissance de Jacob, que l’on peut calculer en totalisant les 21 âges d’engendrement des 21 premiers patriarches, soit 2106 ans;
- l’âge auquel Jacob ou les autres patriarches ultérieurs ont engendré n’est pas précisé, mais Jacob a 130 ans à son arrivée en Egypte;
- le séjour des Hébreux en Egypte est de 430 ans;
- c’est ensuite le début de la construction du temple qui survient 480 ans après la sortie d’Egypte, dans la 4e année du règne de Salomon;
- il faut ensuite additionner les règnes des 21 rois de Juda, de Salomon à Sédécias, pour parvenir à la prise de Jérusalem, la destruction du temple et la fin du royaume, soit 434 ans et 6 mois; c’est le parallélisme avec les 430 ans du séjour en Egypte qui aide à choisir 430 ans pour la durée du temple plutôt que 431;
- c’est enfin la prophétie des 70 semaines de Daniel, ou 490 ans, qui fait le lien entre la prise de Jérusalem et le terme de la prophétie, identifié par la critique moderne à la redédication du second temple.
En utilisant le postdatage généralement employé dans la chronologie biblique, lequel ne prend en compte que les années complètes effectivement écoulées, ceci nous donne la chronologie suivante :
- (0) : année de la création;
- 2106 : naissance de Jacob;
- 2236 : entrée en Egypte;
- 2666 : sortie d’Egypte;
- 3146 : construction du temple;
- 3576 : destruction du temple;
- 4066 : terme de la prophétie de Daniel.
Ces dates sont bien connues des chercheurs qui ne sont pas parvenus à en déduire un schéma d’ensemble satisfaisant, la tendance générale étant le recalage des dates selon un schématisme décimal après la constatation que toutes les dates importantes à partir de la naissance de Noé obéissent à ce schématisme. Si l’on ne peut nier cette omniprésence de périodes multiples de 10 ans, il faut aussi se souvenir que les prescriptions bibliques imposent un découpage septimal du temps, mesuré en semaines d’années de 7 ans et en jubilés de 7 fois 7 ans ou 49 ans, la dernière année de ces septénaires étant consacrée à Dieu à l’instar du Shabbat et censée exempte de travaux agricoles. L’impossibilité de cette dernière obligation pour un peuple sédentaire explique peut-être le total manque d’écho de ces prescriptions dans le récit biblique qui ne mentionne aucune période sabbatique ou jubilaire, mais ces cycles sont très présents dans la littérature dite intertestamentaire, comme le livre des Jubilés qui reprend l’histoire biblique en datant chaque événement selon le système septimal des semaines et des jubilés. Nul n’imagine que l’achèvement du livre la dernière année du 50e jubilé soit un hasard, bien qu’il s’agisse de la seule date d’importance coïncidant avec la dernière année d’un cycle, or il se trouve que la dernière date de la chronologie massorétique, 3576 selon le postdatage ou 3577e année du monde, est aussi une année jubilaire, soit la dernière année du 73e jubilé. Il est aujourd’hui admis que le livre des Jubilés est contemporain de la rédaction des derniers livres bibliques, vers le milieu du 2e siècle avant l’ère vulgaire, époque probable aussi de la dernière révision chronologique de l’ensemble du canon biblique. Si la chronologie des Jubilés diverge fortement des données du texte massorétique, la mise en évidence de préoccupations jubilaires dans la littérature de l’époque, et le livre des Jubilés n’en est qu’un exemple, peut appuyer l’intentionnalité de la clôture de la chronologie biblique sur une année jubilaire. De nombreux autres arguments appuient l’hypothèse d’un schématisme septimal de cette chronologie :
- la chronologie est prolongée par la prophétie de Daniel, ses 70 semaines ou 10 jubilés étant divisées en 7 semaines, un jubilé, puis 62 et 1 semaines, « prophétie » vraisemblablement inspirée après coup par la révolte de Judas Maccabée et devant donc être considérée comme une donnée chronologique à part entière.
- une autre date charnière de la chronologie est une année jubilaire; Jacob naît en 2106, dernière année du 43e jubilé, 3 des 6 dates charnières vues plus haut sont donc des années jubilaires.
- l’an 2666 de la sortie d’Egypte est une année sabbatique.
- la vie de 147 ans de Jacob correspond à 3 jubilés, il meurt donc aussi une année jubilaire; la chronologie juive traditionnelle souligne le symbolisme septénaire de sa vie en plaçant plusieurs étapes importantes de sa vie à des âges multiples de 7.
- les 2 personnages dont les vies sont le plus immédiatement des multiples de 7, Lamek avec ses 777 ans et David avec ses 70 ans, naissent et meurent des années sabbatiques (874-1651 et 3072-3142).
La mise en évidence d’un schématisme septimal laisse place à plusieurs hypothèses quant aux relations privilégiées par les concepteurs de ce dernier état de la chronologie, ainsi :
- Jacob est aussi Israël, éponyme du peuple élu, il y a 40 jubilés de sa naissance au terme de la prophétie, scindés en 30 et 10 jubilés par la ruine de Jérusalem en 3576;
- il y a 1400 ans de la sortie d’Egypte au terme de la prophétie;
- la prophétie s’achevant à la fin du 83e jubilé s’adresse donc aux contemporains du 84e jubilé, 84 = 7 fois 12 possédant un riche symbolisme.
S’il est donc acquis que ces données chronologiques présentent une bonne cohérence selon un schématisme septimal, d’autres questions se posent, notamment sur les deux dates ne correspondant pas à des années sabbatiques, ayant pour point commun de délimiter des périodes de 430 ans, nombre atypique que l’on retrouve pourtant dans d’autres données bibliques. Les 560 ans de la naissance de Jacob à la sortie d’Egypte sont donc divisés en 130 et 430 ans tandis que les 910 ans suivants correspondant à l’existence d’Israël en tant que peuple souverain sont divisés en 480 et 430 ans. 910 ans représentent 130 semaines d’années, qui évoquent les 130 ans de Jacob à l’entrée en Egypte, lesquels font écho également à la première donnée chronologique, les 130 ans auxquels Adam a engendré Seth à son image, rapprochement que n’a pas manqué l’exégèse juive. La prise en compte de ces répétitions permet de discerner une division de la chronologie en deux périodes débutant et finissant par 130 ou 430 ans, autour de la date charnière de 2236, qui semblait correspondre à l’événement le plus anodin, l’arrivée de Jacob en Egypte.
Un peu d’arithmétique est nécessaire pour discerner à quel point la date centrale 2236 semble significative, 130 représente 5 fois 26, 430 5 fois 86, et 2236 26 fois 86. Ces nombres auraient en fait pu être mis en évidence par l’analyse factorielle des seules 3 premières dates charnières calculables à partir des données de la Genèse et de l’Exode, soit 2106 = 81 fois 26, 2236 = 86 fois 26 et 2666 = 86 fois 31. Or les nombres 26 et 86 sont immédiatement évocateurs pour l’hébraïsant le plus modeste, ils correspondent aux gématries, valeurs numériques traditionnelles, des deux désignations de Dieu de loin les plus courantes, Yahvé et Elohim, dits les noms de 4 et 5 lettres, translitérés YHWH = 26 et ALHYM = 86. Ceci ressemble à un canular car c’est principalement la concurrence de ces noms dans le livre de la Genèse qui est à l’origine de la théorie documentaire à la fin du siècle dernier, selon laquelle ce livre et d’autres résulteraient de la superposition de deux récits ayant évolué parallèlement dans les royaumes séparés de Juda et d’Israël, le document Elohiste n’employant jamais le nom Yahvé avant la révélation de ce nom à Moïse en Ex 3,15, et le document Yahviste utilisant essentiellement ce nom, amalgame harmonisé par une troisième couche rédactionnelle, le document sacerdotal établi par la caste des prêtres, à laquelle sont notamment attribuées les données chronologiques. Sans entrer dans les détails des controverses autour de cette théorie, l’apparition dans cette chronologie sacerdotale des valeurs des noms Yahvé et Elohim ressemble à un gigantesque pied-de-nez adressé aux chercheurs modernes, d’autant que l’exposition de ces valeurs s’achève avec la sortie d’Egypte, occasion de la révélation du nom Yahvé.
L’hypothèse rationnelle d’une intentionnalité de ces nombres comme valeurs des noms divins apparaît exclue. Certes l’alphabet numéral hébreu sur lequel est basé la gématrie apparaît vers la fin du 2e siècle avant l’ère commune, à une époque proche de la rédaction des derniers livres bibliques et du dernier remaniement de la chronologie, mais ce remaniement n’a pu porter sur les périodes de 130 et 430 ans, présentes dans toutes les sources parallèles et donc fort antérieures. La coïncidence est cependant trop forte pour éluder le problème, et, faute d’approche logique satisfaisante, rien n’empêche une étude plus approfondie amenant d’autres surprises.
L’orthodoxie juive selon laquelle le Pentateuque serait l’œuvre de Moïse directement inspirée par Dieu ne se soucie évidemment guère de l’hypothèse documentaire, mais elle n’a pas manqué de s’interroger aussi sur les différents noms de Dieu, généralement interprétés comme des qualités propres à ses différentes manifestations, n’entachant en rien son unicité, assurée par le verset le plus récité au cours des âges, car débutant la prière quotidienne et psalmodié pendant l’agonie : « Ecoute Israël, YHWH (est) notre Elohim, YHWH (est) un » (Dt 6,4). Une interprétation courante de ce verset est l’identification de YHWH protecteur d’Israël avec Elohim créateur du monde. La valeur numérique de ce verset est 1118, soit 26 fois 43 ou 86 fois 13, plus petit commun multiple des valeurs des deux noms divins. Il est remarquable que ce verset ait été évoqué dans l’exégèse de l’arrivée de Jacob en Egypte, où la description des retrouvailles de Jacob et Joseph fait état d’un grand émoi de Joseph mais reste muette sur le comportement du père. Rashi explique ce silence en imaginant que Jacob récitait la prière « Ecoute Israël » pour remercier Dieu. Si le grand commentateur maniait à merveille la gématrie, il est fort douteux qu’il ait songé ici à la relation entre la valeur du verset et l’année 2236 de l’événement car celui-ci est fixé par la chronologie de référence du Seder Olam Rabba 2 ans plus tard, par suite de la prise en compte d’une donnée en contradiction avec les âges d’engendrement des patriarches, la naissance d’Arpakshad 2 ans après le Déluge. Cette donnée semble plus vraisemblablement n’être qu’une tentative d’élimination d’un problème ponctuel, Arpakshad naissant selon ces âges d’engendrement l’année du Déluge alors que le texte précise que Noé, ses 3 fils et leurs femmes étaient seuls dans l’arche, et ne pas devoir interférer avec la chronologie d’ensemble.
Les deux derniers mots du verset, YHWH un, ont donné lieu à maints commentaires, la valeur de UN, ehad, étant 13, moitié de celle de YHWH. Les multiples de 13 ont une fréquence frappante en tant que valeurs de mots hébreux essentiels, bien que diverses tentatives de systémisation du phenomène apparaissent outrées. Ainsi les Juifs s’interdisant de prononcer le nom YHWH le remplacent dans la lecture biblique par le nom Adonaï, de valeur 65 ou 5 fois 13. Les valeurs 26 et 65 du nom de 4 lettres écrit et lu ont donc pour plus petit commun multiple 130, valeur du Sinaï, lieu de la révélation du nom. Curieusement, le document Elohiste refusant l’emploi du nom YHWH ne connaît pas le mot Sinaï mis en relation gématrique avec ce nom et appelle le lieu Horeb ou montagne de l’Elohim. Elohim, pluriel de majesté de eloha, dieu, peut prendre l’article défini en proclitique et devenir ha-elohim de valeur 91 ou 7 fois 13. Il est à noter que l’hébreu connaît aussi la forme el, pluriel elim, de valeurs 31 et 81, les deux autres facteurs apparaissant dans les dates charnières 2106 = 26 fois 81 et 2666 = 31 fois 86.
L’exégèse biblique a enrichi ses possibilités d’interprétation du texte par le recours à un procédé de codage effectivement employé dans la Bible, l’athbash, consistant à remplacer chaque lettre d’un mot par la lettre correspondante de l’alphabet pris à rebours. La valeur athbash d’un mot peut ainsi être considérée, et divers commentaires font intervenir la valeur athbash du nom YHWH, devenant MCPC de valeur 300. Je ne connais pas d’exégèse analogue du nom Elohim, devenant TKCMY de valeur 560, mais je remarque que 430 et 130 forment le seul couple de nombres dont somme et différence correspondent à ces valeurs athbash des deux noms divins.
Si l’on considère, au lieu des âges d’engendrement des 21 premiers patriarches menant au total 2106, date de naissance de Jacob, les dates d’engendrement correspondantes, la somme de ces 21 dates, de 130 à 2106, mène au total 26586, soit 21 fois 1266, date moyenne de naissance donc des 21 patriarches de Seth à Jacob. Il s’agit d’une année sabbatique située à 1400 ans de 2666, sortie d’Egypte, à 2800 ans de 4066, terme de la prophétie de Daniel, ou encore à 840 ans de la naissance de Jacob, 840 correspondant à la valeur du mot toldot, engendrements. L’aspect visuel du nombre 26586 peut également sembler remarquable lorsque l’on songe que c’est à compter de la naissance de Jacob qu’apparaissent les périodes de 130 et 430 ans, soit 5 fois 26 et 86 ans.
L’an 2236 est celui de la réunion de la famille de Jacob, et d’abord des retrouvailles de Jacob et Joseph, son fils préféré. La triade Joseph-Jacob-Isaac a attiré l’attention des amateurs de gématrie car les valeurs de leurs noms sont des multiples successifs de 26, soit 156, 182 et 208, ou 6, 7 et 8 fois 26. Si Isaac est mort depuis 10 ans, le multiple 130 = 5 fois 26 apparaît en tant qu’âge de Jacob. L’âge de Joseph peut se déduire des données du texte, la rencontre survient après 2 ans de disette suivant 7 ans d’abondance prédits alors que Joseph avait 30 ans : Joseph a donc 39 ans, et Jacob l’a engendré à 91 ans, en l’an 2197, soit encore une série de multiple de 13, le plus remarquable étant 2197, cube de 13. Ces 91 ans correspondent à la moitié de la valeur du nom de Jacob, tandis que la somme des âges au moment des retrouvailles, 130 + 39 = 169, carré de 13, représente la moitié de la somme des valeurs des noms, 182 + 156 = 338.
Avant ces retrouvailles a lieu un étrange ballet d’allées et venues des fils entre Canaan et l’Egypte. Au départ Joseph est seul en Egypte, Joseph dont le nom est le seul parmi les 12 fils à avoir une valeur multiple de 26, valeur de YHWH. Il existe une variante orthographique sur le nom de Benjamin; en prenant en compte la variante la plus fréquente, celle présente d’ailleurs dans la liste des descendants énumérés lors de l’arrivée en Egypte, la somme obtenue pour le nom des 11 fils est 3010, soit 35 fois 86, valeur de Elohim. La première année de famine Benjamin reste auprès de son père en Canaan tandis que les 10 autres fils vont chercher du blé en Egypte; Joseph exige d’eux qu’ils reviennent avec Benjamin et garde Siméon en otage; Jacob se refuse dans un premier temps à une nouvelle expédition, bien que son aîné Reuben se montre assuré du succès au point d’offrir la vie de ses deux fils en gage, puis se laisse fléchir devant la poursuite de la famine. Il est clair que la pire éventualité envisagée par les uns et les autres est de ne voir revenir de ce voyage ni Siméon ni Benjamin, qui resteraient donc avec Joseph. La somme des valeurs de ces 3 noms est 156 + 466 + 152 = 774 = 9 fois 86, tandis que la somme des valeurs des noms des 9 fils restants est 2392, soit 92 fois 26. Il s’agit de la seule combinaison d’un nombre quelconque de fils de Jacob (1024 possibilités) qui permette ce retournement de situation.
En fait ce retournement n’aura pas lieu. Si Jacob monte bien une machination visant à accuser Benjamin de vol, il n’ira pas jusqu’au bout et se dévoilera devant ses frères, prélude au regroupement de toute la famille. L’épisode pourrait se résumer numériquement à une séparation 26-86 menaçant d’évoluer en séparation 86-26 se résolvant finalement en une réunion en l’an 26 x 86.
En comptant Jacob avec les 9 fils destinés hypothétiquement à rester en Canaan, le total serait de 2392 + 182 = 2574 soit 99 fois 26 ou 6 fois 429; les 3 fils égyptiens ont toujours pour somme 774 factorisable aussi 6 fois 129. Ces nombres 429 et 129 sont à l’unité près les nombres 430 et 130, ce qui permet de découvrir une autre propriété des couples 129-130 et 429-430 qui sont les deux premiers couples d’entiers contigus multiples l’un de 13, l’autre de 43. Il n’est pas indifférent de trouver ces nombres multipliés par un facteur 6 car il est très facile d’augmenter une somme gématrique correspondant à plusieurs noms de 6 unités, représentant la valeur de la lettre copulative waw, accolable en proclitique au dernier nom. Ainsi le groupe de 3 noms peut muter de 774 = 9 fois 86 ou 3 fois 258 à 780 = 30 fois 26, celui de 10 noms de 2574 = 99 fois 26 à 2580 = 30 fois 86 ou 10 fois 258, et l’ensemble des 13 noms de 3348 à 3354 = 39 fois 86 ou 129 fois 26 ou 13 fois 258. Ces deux derniers résultats, qui ont pour effet de donner aux deux groupes de noms une même valeur moyenne de 258, pourraient aussi être obtenus en prenant en compte une variante du nom de Jacob comportant un waw voyelle, employée à 5 reprises dans la Bible.
La proposition de Reuben de gager le retour de Siméon et de Benjamin par la vie de ses deux fils laisse à penser qu’il n’a que ces deux fils, or l’énumération des descendants de Jacob arrivant en Egypte quelque mois après fait état de 4 fils de Reuben : Hénoch, Palou, Hetsron et Karmi. La somme des valeurs de ces deux derniers noms est identique à celle obtenue pour Siméon et Benjamin, soit 348 + 270 = 466 + 152 = 618.
La descente en Egypte de toute la famille de Jacob est l’occasion de l’énumération de l’état complet des 70 membres de la famille, répartis en 4 groupes explicitement dénombrés, 33 descendants de Léa, 16 descendants de Zilpa, esclave de Léa, 14 descendants de Rachel et 7 descendants de Bilha, esclave de Rachel. Le groupe de Léa contient en fait 34 noms, mais les deux fils aînés de Juda morts en Canaan doivent en être défalqués. Il n’y a donc que 32 descendants de Léa et 69 descendants de Jacob, ce qui n’est nullement en contradiction avec les autres données de l’épisode qui parle de 70 personnes de la maison de Jacob réunies en Egypte, sans en exclure Jacob, et de 66 personnes venues avec lui en Egypte, où se trouvent déjà Joseph et ses deux fils. Pourquoi 33 alors ? peut-être Jacob doit-il être inclus danc ce premier groupe, ou peut-être le dénombrement a-t-il été opéré par une autre couche rédactionnelle ou corrigé pour parvenir au total de 70.
Il s’agit hors de toute hypothèse d’une présentation unique dans la Bible, où aucune des multiples autres énumérations des fils de Jacob ou de leurs descendants n’obéit à cet ordonnancement qui sépare de manière absolue les descendants des deux femmes légitimes de Jacob, étant bien entendu que les esclaves n’ont aucun droit sur leur progéniture et ne sont que des ventres d’appoint pour leurs maîtresses respectives. Si Emile Osty remarque que les 4 groupes sont classés selon l’importance de leurs effectifs, ce n’est que déplacer la question puisque cette liste ne peut guère être tenue pour un compte-rendu fidèle. Le rétablissement des 32 descendants de Léa permet à André Chouraqui de discerner un même schématisme dans les deux lignées matriarcales, où les descendants légitimes sont deux fois plus nombreux que les bâtards.
C’est précisément cette division en 48 descendants de Léa et 21 descendants de Rachel qui se révèle riche en coïncidences gématriques, ces 21 derniers noms ayant pour somme de leurs valeurs 4998, soit 21 fois 238, valeur du nom de Rachel. L’on ne peut espérer un résultat aussi parfait pour le groupe de Léa, car la valeur 36 de son nom est trop faible pour être la moyenne d’un nombre de mots hébreux un tant soit peu important, mais la somme obtenue présente des propriétés fort proches car elle est aussi bien multiple de l’effectif du groupe que de la valeur du nom de la mère, soit 11952 = 48 fois 249 = 36 fois 332.
Ces relations en évoquent une autre, plus aisément accessible : le récit du retour de Jacob en Canaan mentionne la présence de ses 11 fils, leur sœur Dina également née en Padan Aram semblant oubliée, Benjamin ne devant naître qu’en Canaan. La somme des valeurs des noms des 11 fils est 3014, soit 11 fois 274, somme des valeurs des noms de Léa et Rachel. Il est possible d’associer la valeur de Jacob à ces 3 relations, ce qui permet d’annuler la part de gratuité semblant entacher la relation sur le groupe de Léa, d’autres nombres acceptables en tant que sommes gématriques répondant aux mêmes propriétés. Les 3 totaux se factorisent donc, en privilégiant leur rapport avec les noms des femmes de Jacob, 274 x 11, 36 x 332, et 238 x 21 ; la somme des multiplicandes fournit sans surprise 548, 2 fois la somme des valeurs de Léa et Rachel, et la somme des multiplicateurs fournit 364, 2 fois la valeur de Jacob.
Aussi remarquables qu’aient été les autres coïncidences numériques précédemment étudiées, il semblait fort aventureux de prétendre en déduire des propositions exégétiques claires. Ces 3 relations par contre suggèrent facilement une interprétation en parfait accord avec le récit biblique : les 11 fils de Jacob forment une structure unie à leur arrivée en Canaan, mais avec l’âge croîtra la rivalité entre les fils premiers-nés de Léa, essentiellement les 4 premiers pouvant prétendre au droit d’aînesse (l’on sait que les 3 premiers en seront disqualifiés pour diverses fautes), et les fils de Rachel l’aimée de Jacob enclin à accorder sa préférence à ses enfants nés sur le tard; la certitude que Joseph affiche de sa supériorité mènera ses frères à comploter sa perte et la rivalité entre les tribus principales des deux lignées matriarcales, Juda et Joseph, restera un motif constant du récit biblique, jusqu’à la partition de la terre d’Israël en deux royaumes dirigés par les descendants des deux fils, prélude à leur affaiblissement et anéantissement, bien que les alliances autour de ces deux pôles soient loin de refléter la dichotomie matriarcale, au point d’en constituer pratiquement l’antithèse puisque la seule tribu qui continuera à accepter la royauté judaïque sera celle de Benjamin, le seul autre fils légitime de Rachel. La tradition juive connaît enfin un messie issu de Joseph qui rétablirait l’unité d’Israël avant l’avènement du messie issu de Juda.
Les deux états de la descendance de Jacob font référence à deux événements précis, le retour en Canaan où l’ensemble des fils paraît célébrer conjointement les deux matriarches, et l’arrivée en Egypte marquée par la dichotomie entre les deux lignées, ce qui fait écho à un motif chronologique bien connu des chercheurs : les 430 ans en Egypte représentent deux fois la durée de la présence patriarcale en Canaan, soit 25 ans de l’arrivée d’Abraham à la naissance d’Isaac, 60 ans d’Isaac à la naissance de Jacob, et les 130 ans de Jacob qui totalisent 215 ans. Il a déjà été vu d’autre part que Joseph avait 39 ans en 2236, et, Jacob ayant encore travaillé pour Laban 6 ans après sa naissance, 33 ans séparent logiquement son retour en Canaan de l’exode en Egypte. Joseph, enlevé à 17 ans, aurait donc anticipé de 22 ans l’exode familial, mais après avoir vécu 11 ans en Canaan, respectant ainsi le schéma d’ensemble suivi par la famille. Ces données soulignent la relation gématrique existant entre Canaan et l’Egypte, soit kana’an = 190, moitié de mitsrayim = 380, ce dernier nom étant une forme duelle désignant l’ensemble des haute et basse Egyptes.
Ce rapport du un au double apparaît dans d’autres données bibliques, comme l’âge d’Isaac ayant vécu 120 ans après avoir engendré Esaü et Jacob a 60 ans, ces 60 ans étant eux-mêmes divisés en 40 et 20 par son mariage. Il est encore frappant que la valeur du nom Esaü, 376, puisse être le double de la valeur 188 soit de la variante du nom Jacob comportant un waw supplémentaire déjà évoquée, soit de son nom usuel de valeur 182 précédé d’un waw copulatif, et Jacob. Si Isaac n’a pas mis les pieds en Egypte, ce n’est pas le cas de Moïse qui a 80 ans au moment de l’exode vers Canaan, et qui vivra ensuite 40 ans non en Canaan mais dans le no man’s land séparant l’Egypte de Canaan, par suite d’un courroux divin. Ce partage de la vie de Moïse par la sortie d’Egypte en 2666 évoque une autre possibilité de schématisme étudiée par Murtonen et Johnson, lesquels ont pris en compte la durée réelle, historiquement établie, séparant la prise de Jérusalem en – 587 de la redédication du second temple en – 164, soit 423 ans qui, ajoutés aux 3576 ans de la chronologie biblique mèneraient à 3999 ans, partagés en 2666 et 1333 ans par la sortie d’Egypte, l’année de la redédication étant la 4000e année du monde. Il faudrait évidemment pour valider ce schéma supposer une connaissance exacte de ce laps de temps, ce qui semble loin d’être assuré. Ainsi l’écart de 67 ans de ces 423 ans réels avec les 490 ans de la prophétie de Daniel, dans l’hypothèse où son terme serait effectivement la redédication, apparaît relativement faible par rapport au surplus de 166 ans de la chronologie du Seder Olam Rabba qui identifie le terme de la prophétie à la destruction du second temple en 70. Je remarque pour ma part une autre curiosité : la durée de 430 ans du premier temple part du début de sa construction, qui a duré 7 ans, ce qui signifierait que sa durée de fonction effective ait été de 423 ans, de 3153 à 3576, 423 ans avant la redédication du second temple. Il y aurait encore 846 ans, 2 fois 423, de la mort de Joseph en 2307 à 3153.
De nombreuses autres relations, explicites ou gématriques, font apparaître ce motif un-deux en rapport avec la famille de Jacob et l’Egypte. Joseph ayant subrepticement remis dans les bagages de ses frères l’argent payé contre le blé, Jacob les renvoie lors du second voyage munis d’une somme double. Comme il l’a été vu, l’aîné de Jacob paraît avoir deux fils peu de temps avant l’exode, mais en a deux fois plus lors de l’exode effectif. Le fils suivant, Siméon de valeur 466, a 6 fils dont le total des valeurs est 932, double de 466. 932 est aussi la valeur des 4 fils de Rachel et Joseph a donc choisi comme otage un fils de Léa possédant une relation gématrique avec la famille de Rachel. Celle-ci semble avoir eu la main heureuse du point de vue de la gématrie dans le choix du nom de ses enfants, les deux premiers, les bâtards Dan et Nephtali, ayant pour somme de leurs valeurs 624, soit pour moyenne 312, double de la valeur 156 de Joseph. Elle a enfin nommé son dernier fils Ben-oni, « fils de mon malheur », de valeur 119, moitié de la valeur de son propre nom, Rachel = 238, mais Jacob a changé ce nom funeste en Benjamin.
La première liste complète des fils de Jacob est donnée en Gn 35,23-26. Reuben y fait seul l’objet d’un commentaire en étant qualifié d’aîné de Jacob. En tenant compte de ces mots, de valeur 410, la valeur totale des 12 noms est de 3576, soit 12 fois 298. Reuben perdra les prérogatives attachées au droit d’aînesse, et c’est à Joseph que semble échoir ce droit, selon les bénédictions de Jacob, bien qu’il semble par la suite entendu qu’il soit revenu à la tribu de Juda. Il est remarquable que les deux noms de Juda et Joseph, accompagnés de la mention aîné de Jacob sans préjuger à qui en échoit l’honneur, ont pour valeur 596, soit deux fois 298, les 10 noms restants ayant pour valeur 10 fois 298. 596 est aussi la valeur des capitales des deux royaumes, Samarie comme Jérusalem. 3576 est encore la date de la prise de Jérusalem, fin de la chronologie biblique. Les 8 fils de Léa ont pour somme de leurs valeurs 2234, ce qui correspond à l’année charnière entre les 7 années d’abondance et les 7 années de disette. Les 4 fils de Rachel ont pour somme 932, et la date de 3166 correspond à l’achèvement du palais de Salomon, présentant une certaine importance car l’exégèse juive juge sévèrement Salomon d’avoir consacré bien plus de temps, 13 ans, à la construction de son palais qu’au temple, 7 ans, et la destruction du temple adviendra 410 ans après l’achèvement du palais, correspondant à la valeur d’aîné de Jacob.
La valeur 228 d’aîné, bakhour, correspond à la moyenne des valeurs des deux premiers Patriarches, Abraham + Isaac = 248 + 208 = 456 = 2 fois 228. Jacob, que la mystique juive voit synthétiser les différentes qualités de ses deux aïeux, peut se hisser à ce niveau 456 en ajoutant à sa propre valeur celles de ses femmes légitimes, 182 + 36 + 238 = 456. La moyenne de leurs 3 noms est de 152, valeur de Benjamin, seul nom choisi par Jacob, tandis que les 11 noms choisis par Léa et Rachel avaient pour moyenne 274, somme de leurs valeurs 36 + 238. L’exégèse juive émet cependant un doute sur le nom de Lévi, la formule type « elle l’appela ... » étant remplacée dans son cas par une forme masculine, et voit Dieu qui a choisi sa tribu pour Le servir à l’origine de son appellation. La valeur de Lévi, 46, s’additionne à celle de Jacob pour donner 228. Lévi est aussi l’un des deux fils dont l’âge est précisé, soit 137 ans correspondant à la moyenne des valeurs de Léa et Rachel. Les 10 tribus d’Israël ayant perdu leur identité dans la déportation après la chute de Samarie, les deux seules tribus représentant Jacob restent celles de Juda et Benjamin, de valeurs 30 + 152 = 182, valeur de Jacob. Il demeure aussi une partie de la tribu de Lévi = 46, avec 182 + 46 = 228, mais l’on peut encore classer les 3 tribus selon leur lignage matriarcal, soit toujours un nombre de tribus de Léa double de la dernière tribu de Rachel, Benjamin, mais son nom vaut deux fois plus, 152, que les deux autres réunies, 30 + 46 = 76.
Je me suis gardé jusqu’ici d’approfondir la question de l’intentionnalité de la gématrie. La datation de l’adoption par les Hébreux de l’alphabet numéral prête à controverses, car une utilisation ésotérique des lettres-nombres peut toujours être envisagée antérieurement à ses premières traces historiques. Il existe cependant une nette différence entre des relations ponctuelles, ne mettant en cause que des mots isolés, contre lesquelles ne peut être assené aucun argument décisif, et des relations d’ensemble impliquant une importante série de mots, comme les noms des 69 descendants de Jacob. J’ai eu l’occasion d’évoquer le problème des divergences de graphies sur certains noms, tel Benjamin ou Jacob qui peuvent recevoir respectivement un yod ou un waw supplémentaire. Il est tenu pour acquis que l’hébreu ancien n’était composé que de consonnes, mais l’évolution de la langue a conduit à utiliser dans certains cas particuliers les lettres yod et waw comme voyelles. Ceci a donné l’idée de généraliser l’emploi de ces lettres pour noter d’autres voyelles correspondantes et faciliter la lecture des livres aussi bien en hébreu qu’en araméen utilisant les mêmes lettres. Mais le système restait fort imparfait, ne notant que certaines voyelles avec des lettres qui pouvaient aussi avoir valeur de consonnes, de plus en plus inadéquat à mesure que l’emploi de l’hébreu se limitait au seul usage cultuel. Le problème fut résolu avec l’invention d’un système complet de notation des voyelles utilisant une ponctuation auxiliaire, mais le besoin se fit alors ressentir de retrouver la pureté originelle du texte biblique, avec pour premier souci d’en présenter une forme unique, les différents copistes ayant au cours des siècles accumulé toutes sortes d’omissions, gloses intempestives et vues orthographiques originales. Ce fut l’œuvre de deux écoles de rabbins massorètes qui, aux 8e et 9e siècles, travaillèrent à l’élaboration de ce texte, la légende voulant que les deux écoles soient parvenues à deux textes identiques à la lettre près, les divergences ne portant que sur de menus détails d’accentuation. Ce texte serait en principe identique à la première version imprimée de la Bible hébraïque au 15e siècle sur laquelle sont fondées les éditions ultérieures et donc également identique à la lettre près à n’importe quelle édition imprimée achetée de nos jours dans une librairie kosher ou à une Bible à usage synagogal calligraphiée.
Bien qu’il ait été établi par plusieurs générations de rabbins, ce qui suppose une transmission de leurs critères de travail, ce texte massorétique présente divers types d’étrangetés auxquelles les chercheurs n’ont pu trouver d’explication définitive. Il en est ainsi des graphies pleines et défectives, c’est-à-dire des mots qui apparaissent pourvus ou non de waw ou yod voyelles; par exemple le mot toldot, engendrements, comportant deux voyelles o notables par la lettre waw, apparaît dans le seul livre de la Genèse sous ses 4 graphies possibles. Il est fort difficile d’imaginer comment aurait pu être conçu un système de relations gématriques sur un ensemble de noms sachant que ces noms à l’origine uniquement consonantiques ont été dans un second temps agrémentés de lettres voyelles en partie élaguées dans un troisième temps. Ces relations n’auraient pu être élaborées que dans la dernière phase, or l’addition ou la suppression de quelques waw ou yod de faible valeur laisse peu de liberté et ne permet certainement pas d’expliquer le degré de complexité des relations étudiées plus haut.
16 voyelles seraient théoriquement supprimables parmi les 267 lettres composant les 69 noms des descendants de Jacob, d’autres pourraient être ajoutées, ce qui est d’autant plus certain qu’un autre texte biblique aisément accessible comporte quelques voyelles supplémentaires dans ce passage précis. Si le Judaïsme ne connaît qu’un seul texte biblique, ce miraculeux texte massorétique qui pour les orthodoxes les plus farouches serait à la lettre près le texte biblique originel, de multiples vénérables manuscrits dorment dans les bibliothèques et R. Kittel a basé son édition critique de la Bible sur le plus ancien texte complet connu, un manuscrit du 10e siècle qu’il estimait être une copie exacte du texte établi par l’école des massorètes de Ben Asher. Près de 80 différences orthographiques portant sur les waw et yod s’y rencontrent parmi les quelque 5000 versets du Pentateuque, avec une concentration notable dans les 8 versets énumérant les descendants de Léa où l’on trouve 3 noms comportant un waw supplémentaire, les deux Hetsron fils de Reuben et petit-fils de Juda et Shimron fils d’Issachar, d’autant plus notable que les autres variantes ne concernent aucun nom propre. Aucune modification n’apparaissant parmi la descendance de Rachel, la relation unissant leurs 21 noms reste inchangée, 4998 = 21 fois 238, mais l’addition des 3 waw dans la descendance de Léa mène au total de 11970 qui n’est plus divisible ni par 48, effectif du groupe, ni par 36, valeur de Léa. Le texte se prêtait à l’intégration de Jacob à ce groupe de Léa, ces 49 noms ayant alors pour somme 12152, soit 49 fois 248, et l’ensemble des 70 noms de la famille totalise 17150, soit 70 fois 245. Ces 70 noms contiennent en outre 274 lettres, correspondant à la somme des valeurs de Léa et Rachel.
Voilà qui est encore confondant. La partition la plus immédiate de la liste est celle en descendants de Léa et descendants de Rachel, la logique imposant de classer Jacob à part, le texte pouvant porter à l’intégrer au premier groupe. La probabilité d’obtenir des valeurs pour ces groupes multiples de leurs effectifs, en se tenant à cette seule propriété, est d’environ une chance sur 1000 (21 x 48 ou 21 x 49). Je passe sur les raisonnements linguistico-arithmétiques qui démontreraient qu’il n’existe pour chaque cas qu’une seule solution acceptable demandant un certain nombre de waw et de yod, sans préjuger de leur attribution exacte à tel ou tel nom. Et les coïncidences ne se limitent pas à cette seule propriété.
Il est probable que d’autres manuscrits offrent d’autres leçons, le vérifier exigerait un tour du monde des grandes bibliothèques avec les lettres d’accréditation nécessaires, car si Kittel a scrupuleusement respecté l’orthographe de son manuscrit de base, son travail critique ne porte pas sur les variantes vocaliques, ce qui aurait sans doute par trop alourdi l’appareil critique. Les chercheurs rejettent l’hypothèse simplificatrice d’une identité du texte massorétique usuel avec le texte produit par l’autre école de massorètes, celle de Ben Nephtali.
Il reste donc la constatation que cette généalogie de Jacob, qui constitue le plus important ensemble bien structuré de noms propres du Pentateuque, recèle des équilibres numériques d’une ingéniosité stupéfiante, et ce dans les deux seuls types d’éditions actuellement accessibles de la Bible hébraïque, mais l’ingénieux ne peut être situé à aucune étape de l’élaboration du texte. Certains invoqueront le Grand Ingénieur, c’est leur droit, je pense pour ma part avoir détecté d’autres exemples de phénomènes analogues dans d’autres textes et dans d’autres langues.
Le texte mentionne explicitement les 66 personnes de la maison de Jacob venues avec lui en Egypte, la somme des valeurs de ces 66 noms est 16068, qui possède de remarquables factorisations :
- 16068 = 103 fois 156, valeur de Joseph; celui-ci de son côté en Egypte songeait peut-être aussi à ses 11 frères et à ses 66 collatéraux en baptisant ses deux fils Manassé et Ephraïm, de somme 726 = 11 fois 66; 103 est la valeur du mot MHNH, camp, terme important dans l’épisode du retour de Jacob en Canaan où il fait l’objet d’un jeu anagrammatique avec le mot MNHH, offrande;
- 16068 = 26 fois 618, 26 valeur de YHWH et 618 valeur de Siméon + Benjamin, les frères sujets à une attention spéciale de la part de Joseph, ou de Hetsron + Karmi, les deux derniers fils de Reuben ; 16068 représente encore le plus petit commun multiple de 156 et 618;
- 16068 = 78 fois 206, valeurs des radicaux DBR et HLM, rêver et parler, à la source de l’hostilité de ses frères qui haïssaient Joseph pour ses rêves et ses paroles.
- 16068 = 6 fois 2678, somme des valeurs des 10 patriarches d’avant le Déluge, d’Adam à Noé.
Ce dernier point mérite plus ample examen. En effet les valeurs d’Adam et Noé sont 45 et 58, de somme 103, les 8 patriarches intermédiaires totalisant 25 fois 103. Or non seulement les 618 de Siméon + Benjamin ou Hetsron + Karmi représentent 6 fois 103, mais les valeurs des deux derniers fils de Reuben, 348 et 270, sont sextuples de celles de Noé et d’Adam. De l’autre côté, la famille de Joseph en Egypte totalise 882, soit 6 fois 147, durée de vie de Jacob, un résultat à mettre plutôt en parallèle avec le total 2236 obtenu pour la famille de son unique frère utérin Benjamin, soit 6 fois 376, valeur d’Esaü frère de Jacob. L’on peut encore remarquer que les 4 rescapés du Déluge, Noé et ses 3 fils, totalisent 936, 6 fois 156, valeur de Joseph, formant avec la première relation un chiasme autour du facteur 6, mais il est un peu gênant d’y trouver Noé qui figurait déjà dans le groupe des patriarches d’avant le Déluge ; il est vrai qu’il pourrait en être omis parallèlement à Hetsron dans le groupe des 66, lequel est le seul nom doublé dans la liste, soit donc 65 noms différents valant 6 fois les 9 noms des patriarches morts avant le Déluge et 4 rescapés du Déluge valant 6 fois Joseph.
Les 22 patriarches d’Adam à Jacob totalisent 6641, nombre premier se prêtant mal à l’interprétation, mais Jacob a reçu après son combat avec l’ange le nom d’Israël, souvent employé ensuite par le récit biblique pour le désigner, et les 22 noms d’Adam à Israël totalisent alors la valeur bien plus fascinante de 7000. Leurs durées de vies sont aussi précisées, soit un total de 12073 ans, soit 22 fois 548 + 17 ans. Cet excédent de 17 ans correspond à la vie de Jacob-Israël en Egypte, c’est-à-dire qu’à l’arrivée de Jacob en Egypte, pivot de la chronologie, la durée de vie moyenne des 22 patriarches était d’exactement 548 ans, représentant 2 fois la valeur de Léa et Rachel. L’étude des 12 noms des patriarches d’après le Déluge, de Sem à Israël, dégage une curiosité principale : les deux groupes symétriques de 4 noms suivant Sem et précédant Israël ont même total 1328, soit 4 fois 332, les 4 noms restants, Sem, Réou, Seroug et Israël, totalisant 1666. Or 1666 correspond au tiers de la valeur 4998 du groupe de Rachel tandis que la valeur 11952 du groupe de Léa représente 9 fois 1328. Il faut encore considérer une certaine homologie avec les 10 patriarches d’avant le Déluge où les 8 noms intermédiaires ont aussi été considérés séparément du premier et du dernier.
La considération des valeurs des familles fait tilt pour Lévi, qui avec ses 3 fils parvient au total de 1560. L’on sait que les Lévites seront par la suite détachés des tribus d’Israël pour être consacrés au service de Dieu, et il y a donc quelque raison de les considérer à part, d’autant que les 4 Lévites les plus notables au temps de cette consécration seront Moïse, Aaron et ses fils Eléazar et Ithamar, totalisant également 1560. Les 62 descendants profanes de Jacob l’accompagnant en Egypte totalisent donc 14508, soit 62 fois 234, représentant 3/2 de la valeur 156 de Joseph. La moyenne des 4 Lévites est 390, somme de 234 et 156, préfigurant peut-être la répartition des Lévites parmi les territoires des différentes tribus, en se souvenant aussi des 137 ans de Lévi, moyenne des valeurs de Léa et Rachel.
Il y aurait encore beaucoup de relations à considérer dans un ensemble aussi important, je me bornerai à une dernière approche. Cet ensemble possède une hétérogénéité choquant quelque peu la logique : il y figure deux femmes, qui dans le système patriarcal de l’époque ne peuvent être à l’origine de clans, et quatre descendants de la troisième génération dans deux familles introduisant une autre dissymétrie. En omettant ces 6 noms, de somme 1350, les 63 noms restants totalisent 15600, 100 fois 156, valeur de Joseph. L’on se souvient du rôle particulier des Lévites, Lévi et ses fils totalisant 1560. Les 11 familles profanes totalisent donc 90 fois 156, divisés en 20 fois 156 pour les 11 fils de Jacob et 70 fois 156 pour ses 48 petits-fils.