Les Marie de trop

 

 

Dans beaucoup de romans de la collection Folio Policiers, le catalogue de la collection en fin de volume fait état d’un même titre pour deux numéros : La Marie du Port de Georges Simenon serait aussi bien le numéro 134 de la série que le numéro 167. En fait le numéro 134 n’a jamais existé ; pour quelque raison que ce soit, le programme éditorial de la collection n’a pas été respecté, mais cette bavure n’a jamais été rectifiée dans tous les volumes ultérieurs.

Parmi les nombreuses éditions des œuvres de Simenon, la première qui ait visé à la complétude est celle des éditions Rencontre, commencée du vivant de l’auteur avec sa collaboration. Dans le tome 15 de ces œuvres complètes, en 1968, apparaît au catalogue final des tomes déjà parus un pataquès, corrigé dès le tome suivant : le tome 11 débute par La Marie du Port, de même que le tome 12 !

L’erreur est double. Le tome 12 présenté, La Marie du Port – Le Suspect – Les Sœurs Lacroix – Le Cheval-Blanc, est en fait paru en tant que tome 11, et le tome 11 présenté, La Marie du Port – Chez Krull – Le Bourgmestre de Furnes, est paru en tant que tome 12, débutant par Le Coup-de-Vague à la place de cette Marie de trop.

Le Coup-de-Vague est aussi paru chez Folio Policiers, sous le numéro 101. La bonne Marie du Port y a le numéro 167, l'autre Marie du Port, inexistante, serait le numéro 134, exacte moyenne entre 101 et 167.

 

Voici donc des extraits du catalogue final d’un Folio Policier, ici le #218, mais des dizaines d’autres volumes offrent cette même anomalie :

 

On  remarque que le numéro 134 serait La Marie du port, et que celui du 167 est La Marie du Port ; il apparaît bien ainsi en couverture, mais devient à l’intérieur La Marie du port ! Le titre original en 1938 était La Marie du Port, mais à cette époque tous les noms dans les titres de la nrf avaient systématiquement droit à une majuscule. Une confusion serait possible, car si cette Marie vit dans un port, il s’agit de Port-en-Bessin, couramment abrégé en Port, mais on dirait alors La Marie de Port. Je remarque cette région du Bessin qui peut évoquer les bessons, les jumeaux (et ce #218 où j’ai repéré cette coquille est Meurtres à l’antique d’Yvonne Besson).

Voici maintenant l’extrait du catalogue tiré du tome 15 des Œuvres Complètes de Simenon aux éditions Rencontre :

et le catalogue corrigé dans le tome 16 :

Peut-être faut-il signaler que La Marie du Port a un petit quelque chose de particulier. Lors de sa première publication en 1938, Simenon a jugé bon de publier une présentation dans laquelle il annonçait que ce roman représentait un tournant pour lui, qu’il était le premier à contenir une étincelle de ce qu’il cherchait à exprimer, « un tout petit frémissement de vraie vie », une « luciole »…

Cette LUCIOLE aura au moins été à l’origine d’une belle paire de COqUILLEs.

 

    RETOUR INDEX