Odieux marqueurs

 

 

 

Les huit coups de l’horloge, de Maurice Leblanc (1923), est un recueil de huit histoires qui ne sont pas absolument indépendantes. Ce sont huit épreuves que le héros, le prince Rénine, doit surmonter pour conquérir sa belle, Hortense. La dernière aventure, « Au dieu Mercure », s’achève pudiquement sur l’abandon d’Hortense au prince :

Toutes les aventures étaient finies, mais il en restait une à courir, dont l’attente effaçait le souvenir de toutes les autres. C’était l’aventure d’amour,…

On verra que la considération de cette neuvième aventure permet d’envisager une remarquable symétrie du recueil, très probablement voulue. Si ce schéma, aussi satisfaisant soit-il, reste du domaine de la spéculation, il est de fait que la 8e histoire, « Au dieu Mercure », recèle en sa fin l’ébauche d’une nouvelle aventure, et une coquille vient souligner ce caractère double.

Le pataphysicien Jacques Derouard a consacré en 1989 une biographie à Maurice Leblanc, Arsène Lupin malgré lui, qui s’achève sur une bibliographie détaillée. Une seule incongruité apparaît dans cette liste, le redoublement page 581 de la ligne évoquant la parution de la dernière aventure :

Au Dieu Mercure, Excelsior, janvier 1923.

Au Dieu Mercure, Excelsior, janvier 1923.

 

L’extrait concerné de la bibliographie, dans la première édition de la biographie de Derouard (1989), page 574 :

 

Selon Jung, qui a tenté de donner un statut et un nom, la synchronicité, à ces coïncidences signifiantes, Mercure est le trickster, le faiseur de tours, responsable de ces fantaisies qui empêchent toute approche « scientifique » du phénomène, approche que Jung a en vain tentée (voir Synchronicité et Paracelsia).

 

Le doublement de ce Mercure a une certaine analogie avec le double bissage de la Marie du Port dans l’exemple précédent, qui s’accompagnait d’une coïncidence numérique autour du numéro 134 de la Marie du Port fantôme dans la collection Folio Policiers, moyenne entre les numéros 167 et 101 de la vraie Marie et du Coup-de-Vague, objets d’une coquille dans le catalogue des éditions Rencontre.

Or 134 est pour moi un nombre significatif dans l’œuvre de Leblanc, où il correspond à la gématrie de ARSENE LUPIN, la somme des rangs de ces 11 lettres. Mieux, je vois une relation où 134 apparaît comme la moyenne des valeurs des noms de deux amants, ceux qui vont s’unir après le dernier des Huit coups de l’horloge, dans cette neuvième aventure qui serait ce « Au dieu Mercure » bis :

SERGE RENINE = 119

HORTENSE DANIEL = 149

Total 268 = 2 fois 134. Le prince Rénine serait selon la préface des Huit coups l’une des multiples identités d’Arsène Lupin, mais sans cette affirmation il serait bien difficile de reconnaître le pétillant voleur dans cet homme pondéré dont la gématrie est identique à celle de MAURICE LEBLANC.

J’ai publié dans L’Aiguille Preuve une étude sur l’architecture des Huit coups de l’horloge, reproduite ici.

 

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