It’s wonderful, it’s wonderful…

 

 

La décade prodigieuse (1948) est une des plus grandes réussites d’Ellery Queen. Son titre original, Ten days’ wonder, était difficilement traduisible car il repose sur une expression idiosyncrasique, nine days’ wonder, « prodige de 9 jours », qui s’est d’abord appliquée à des phénomènes hors du commun, puis qui s’est dépréciée et désigne aujourd’hui un succès éphémère.

Il y a eu plusieurs éditions françaises du titre, avant celles qui m’intéressent dans la collection J’ai Lu, où Jacques Sadoul a voulu rassembler tous les titres de Queen.

Dans la première édition de 1980, il y avait une erreur sur le titre original du roman, orthographié TEN DAY’S WONDER, forme grammaticalement incorrecte en anglais.

Peut-être a-t-on  informé l’éditeur qu’il y avait une erreur dans ce titre, toujours est-il qu’il y a eu un changement dans la seconde édition en 1994, un changement qui n’était cependant pas une amélioration car le « titre original » est devenu THE DAY’S WONDER, grammaticalement correct (« Le prodige du jour ») mais de plus en plus éloigné du titre réel.

Cette double erreur a été maintenue dans la troisième édition de 1997.

 

La curiosité qui pourrait donner du sens à ces erreurs se trouve dans un autre roman de Queen, Et le huitième jour… (And on the eighth day…, 1964), qui a des implications religieuses comme La décade prodigieuse (et dont le titre original comporte aussi le mot jour et un nombre). On y trouve une étrange communauté de Quenan, qui pourrait être les Esséniens de Qumran ayant miraculeusement traversé les siècles et les mers, qui a gardé le souvenir d’un livre sacré perdu, le livre Mk’n ou Mk’h. La question de l’apostrophe est posée, mais elle n’est pas résolue dans le roman. La confusion entre n et h est en revanche explicitée : le Maître de la communauté pense avoir redécouvert en 1939 le livre perdu, qu’il a identifié grâce à l’acrostiche des mots figurant sur la couverture :

Mein  

Kampf

Hitler 

 

Il y a eu une autre édition poche de La décade prodigieuse, au Livre de Poche, en 1973, reprise de l’édition Stock de 1971 à la suite de l’adaptation de Claude Chabrol.

Le titre original est correctement orthographié dans ces éditions, mais j’y trouve une coquille qui peut avoir un rapport, page 374, où le nom divin Yahweh, correctement orthographié ailleurs (pages 286-7, 314, 336-9), est donné sous la forme doublement fautive Yahvew.

D’une part c’est une curiosité par rapport à l’intrigue, où le plan décalogique du criminel l’a amené à faire croire à son fils adoptif, H.H. Van Horn, que ses vrais parents étaient les Waye, à adopter la signature H.H. Waye, et donc à profaner le nom divin Yahweh dont c’est l’anagramme. Le détective découvre que le vrai nom de la famille était Way, et donc que l’ajout d’un e final ne peut que faire partie d’une machination dont les autres rouages lui apparaîtront après cette première révélation… Bref l’important pour moi est le parallélisme entre l’erreur criminelle sur « HH Way » et la coquille « Yahvew ».

C’est le nom divin qui est ici mutilé, ce qui fait donc des responsables de l’édition de cette coquille des transgresseurs du Second Commandement, entre autres…

Je ne sais si l’anglais day a un rapport étymologique avec le latin dies (espagnol dia), du moins ces mots se ressemblent-ils, et c’est une certitude établie que les mots latins dies, « jour », et deus, « Dieu », dérivent d’une même racine sanskrite. Or c’est bien sur le mot days’ de Ten days’ wonder qu’a été commise la première coquille de l’édition J’ai Lu, un mot qui peut donc avoir une relation avec le mot « Dieu ».

 

Cette coquille sur le Tétragramme YHWH a de multiples échos, voir notamment ici.

 

 

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