retour index Werber

retour index principal

 

 

Nathan-dez vous à savoir...

 

(célèbre formule de Geneviève Tabouis, chroniqueuse des Dernières nouvelles de demain)

 

22/12/07 : lecture de Serial eater, de Tobie Nathan (2004).

(avis : ce qui vient immédiatement est une première étude, qui sera suivie d’une seconde écrite après la lecture d’un autre Nathan, apportant d’indispensables approfondissements)

J’avais lu les 3 autres polars de Nathan, je ne me souviens guère des deux premiers lus parmi des centaines d’autres à une époque où je lisais tous les polars disponibles. J’ai ensuite accordé une attention particulière à 613, immédiate allusion au « 813 » de Leblanc,  sans y trouver de « grain à moudre ». J’avais laissé passer celui-là, qu’un hasard a mis sous mes yeux le 18 en cherchant Labyrinthe, de Kate Mosse, à la médiathèque.

L’histoire : le 11 septembre 2001 le psychiatre Abdelaziz Padoue reçoit à 12h30 un étrange nouveau client, qu’on apprendra plus tard être Muller. Passons sur le suspense, ce Muller assassine ensuite des femmes dont il découpe des morceaux qu’il dépose dans des églises. Muller a tué 4 femmes et s’apprête à sacrifier la juge chargée de l’enquête lorsqu’il est arrêté, le profileur Salomon Ghani ayant compris la signification des meurtres.

Muller est en train d’écrire en hébreu une expression biblique, ototay eleh beqirbo, tirée d’Exode 10,1. Ghani passe 3 pages à en expliquer les multiples sens, le plus immédiat étant « afin de mettre au milieu d’eux les signes de ma présence ». C’est ce que dit YHWH à Moïse avant de lancer la 8e plaie sur les Egyptiens, expliquant qu’il a endurci leurs cœurs pour que l’épisode demeure dans toutes les mémoires. Les 3 mots de l’expression sont polysémiques, et il est utile de les étudier « à la lettre », en utilisant une transcription immédiate des lettres hébraïques.

ATTY : « mes signes » ou « mes lettres »

ALE : démonstratif eleh appliqué au nom précédent, mais se lisant aussi eloha, « Dieu »

B-QRB-W : « à l’intérieur d’eux » ou « dans leurs entrailles »

Muller a choisi l’interprétation « lettres dans les entrailles », et découpe donc les morceaux de victimes permettant d’écrire

A, alef, avec la main droite de Sylvie Chazot, le 14/9,

T, taw, avec la jambe gauche de Blanche Redon, le 7/10,

T-Y, taw-yod, avec la jambe droite et un annulaire de Marie-Madeleine Mory, le 5/11,

A, alef, avec une main de Salwa Elchameya le 17/1.

Les choses s’accélèrent puisque c’est le même jour qu’il enlève la juge et se prépare à la transformer en lamed, L.

L’utilisation de la 3e victime pour deux lettres peut s’expliquer par la petitesse de la lettre yod, mais je remarque que les lettres principales données par les 4 victimes sont ainsi ATTA, or l’Egyptien Mohammed Atta était le présumé chef des kamikazes du 11 septembre, le pilote du premier avion qui a frappé le World Trade Center, le vol AA11.

Muller a débuté ses crimes le 11 septembre pour des raisons bizarres, dont la réalité est incertaine puisqu’il est un brin dérangé, mais le lecteur doit faire avec. Ainsi il aurait été l’élève d’un pasteur allemand nazi, Frantz Ullmann, qui l’aurait choisi parce que sa mère était fille de SS. Le pasteur Ullmann connaissait l’hébreu, la kabbale, etc., et destinait son fils adoptif à une opération ésotérique kolossale (mais peu claire), nécessitant encore quelques années de préparation spirituelle. Mais Ullman se serait laissé séduire par Al Qaida, serait parti pour New York début septembre, et Muller est certain qu’il était dans le vol AA11, celui détourné par Atta donc.

Il serait donc bizarre d’avoir un ATTA épelé par hasard en hébreu, mais je dois avouer ne pas comprendre à quoi ça rimerait. En fait je ne comprends pas à quoi rime le roman de toute manière, alors… A l’appui de l’intentionnalité il y a plusieurs allusions à l’Egypte, Atta étant égyptien : le profileur est né en Egypte, et l’expression codée a trait à la sortie d’Egypte. Il y aurait encore le fait que Muller appelle le pasteur « Père », et ata signifie « père » en turc…

Le roman donne en fin de chapitres quelques nouvelles des suites de l’attentat, et le nom de Mohammed Atta est mentionné à la fin du chapitre 3, sans que son rôle soit encore connu. Il n’en sera plus question ensuite.

Tout de même, un ATTA responsable de l’ATTAque des TT (Twin Towers) grâce aux AA (American Airlines), ça pouvait motiver.

 

Serial Auster

Intentionnel ou non, ce jeu alphabétique m’évoque dans un premier temps deux choses, la seconde ayant fort peu de chances d’être connue de Nathan.

Un comportement bizarre cachant l’épellation d’une expression biblique… Je pense à Cité de verre, de Paul Auster (1985), où Daniel Quinn, écrivain de polars sous le pseudo de William Wilson, est pris pour le « détective privé Paul Auster », et engagé pour suivre le professeur Stillman qui sort d’un asile. Après 13 jours de filatures dans New York, Quinn comprend que les trajets en apparence erratiques du vieil homme correspondent chaque jour à l’inscription d’une lettre dans un carré bien délimité, pour composer le message THE TOWER OF BABEL. La Tour de Babel est l’obsession du professeur Stillman, qui a écrit jadis un ouvrage érudit sur la question, rapprochant la Tour de l’Arbre de la Connaissance, estimant que New York avec ses gratte-ciel est la nouvelle Babel.

Stillman ayant calculé que la chute de la nouvelle Babel devrait survenir en 1960, il a décrété que son fils était un enfant du démon, et l’a enfermé à partir de cette date dans l’obscurité, ceci pendant 9 ans jusqu’à ce qu’un incendie dans son appartement permette de libérer l’enfant et de faire interner son père. L’enfant lourdement perturbé a passé 11 ans en milieu psy, et c’est 2 ans après sa sortie que sa femme demande à Quinn-Auster de suivre son père.

Les mêmes nombres 9-11-2 s’appliquent à Stillman père puisqu’il aurait pu être libéré voici 2 ans, mais une lettre à son fils où il le traitait d’enfant-démon porta alors à juger qu’il n’était pas complètement guéri… Les 22 dernières années se scindent donc plutôt pour lui en 9-13.

Par ailleurs le livre de Stillman souligne l’importance de la position du récit de la Tour de Babel, « chapitre onze de la Genèse, versets un à neuf inclus. »

Qui a quelques connaissances en mystique juive, et Auster montre qu’il n’est pas ignorant en la matière, peut penser à la valeur numérique du premier mot de la Genèse, qui est aussi son titre en hébreu : Bereshit = 913. Ce mot de 6 lettres, BRASYT (= 913), est en fait l’agglutination du mot RASYT (= 911), « commencement », et de la préposition B-(= 2), « dans », la différenciation étant de plus marquée dans la Bible hébraïque par le fait que cette lettre est plus grande que la normale, alors que l’hébreu ne connaît pas de distinction majuscules-minuscules.

Alors que le 11 septembre est pour les anglo-saxons le 9/11, singulier écho à l’appel d’urgence 911 aux USA, il y a trois manières de lire 9-11/911 dans ce roman évoquant un fou pour lequel New York est une nouvelle Tour de Babel qu’il aurait convenu de raser en 1960 pour permettre à l’humanité de retrouver des conditions édéniques. Qu’a dû penser Stillman trouvant à sa sortie New York agrémentée de deux nouvelles tours plus hautes encore que l’Empire State Building ? C’est en 1960 qu’a été choisi le nom définitif d’un projet de longue date, The World Trade Center, le 5 août 67 que fut posée la première pierre, le 4 avril 73 qu’eut lieu l’inauguration.

C’est en se référant aux calculs rabbiniques qui situent l’épisode de la Tour de Babel 340 ans après le Déluge que Stillman a calculé la date de 1960, en prenant pour base de départ l’arrivée du Mayflower en 1620.

Les tours jumelles du World Center peuvent aussi trouver une signification biblique puisque pour les judéo-chrétiens le centre du monde est le jardin d’Eden, et qu’au centre même du jardin il y a les deux arbres, celui de la Vie et celui de la Connaissance.

Rien dans le roman ne semble appuyer ces considérations sur le World Trade Center ; il apparaît effectivement lors d’un parcours dans la ville, mais rien ne semble souligner particulièrement ce passage.

 

Voilà donc ce que j’avais vu en lisant ce premier volet de la trilogie new-yorkaise, il y a 3 ans. J’en avais parlé à quelques amis qui n’avaient pas partagé ma perception de cette triple coïncidence numérique 9/11, peut-être parce qu’ils ne partageaient déjà pas mes intérêts pour la mystique juive : tout le monde ne réalise pas l’importance de la valeur 913 du premier mot de la Bible, telle qu’un rabbin a accumulé 913 interprétations différentes de ce mot ; j’ai par ailleurs une implication très personnelle dans le mythe des deux arbres d’Eden, objet de ma première découverte lors de mes recherches bibliques.

J’avais donc abandonné cette piste, sans cependant l’oublier, et Serial eater vient singulièrement la relancer. Si Cité de verre m’avait paru une possible pré-diction du 11 septembre, il faudrait envisager que Nathan ait eu la même impression, à moins que les ressemblances entre les deux romans ne soient pas intentionnelles.

Je n’ai vu aucun clin d’œil permettant d’opter pour l’intentionnalité, et, en l’absence d’éclaircissements de la part de Tobie Nathan, je suis réduit à examiner les ressemblances formelles entre les deux romans :

– S’il y a peut-être beaucoup de livres jouant avec l’idée d’écrire un message de manière inhabituelle, il apparaît ici une certaine progression logique puisque le message de Muller est tiré du 2e livre de la Bible, tandis que celui de Stillman venait du premier.

– Muller est le fils spirituel de Ullmann, qui lui a tout appris, en conséquence le message de l’Exode a été dicté par Ullmann, un nom fort proche de Stillman.

– Les deux hommes ont aussi en commun une conception particulière de l’éducation, mais Stillman a vu en son fils un enfant-démon, tandis que Muller est un enfant-dieu pour Ullmann.

– Le plus frappant est que les deux messages sont interrompus, et sur la même lettre, un L ou lamed qui est en hébreu une lettre particulière, la seule à posséder un jambage (!) supérieur à la ligne d’écriture, appelée pour cette raison « la tour » (!!).

 

Tout n’est pas absolument clair chez Auster non plus, mais je m’accommode mieux de son style que de celui de Nathan. Toujours est-il que Quinn déchiffre le message au stade THE TOWER OF BAB…, et remarque que les deux lettres manquantes correspondent au mot « Dieu » en hébreu. Le jour suivant, en principe consacré au E, il aborde Stillman à plusieurs reprises, et le lecteur ne saura pas si la lettre E a pu être tracée ; en revanche, il est certain que le lendemain Stillman a disparu, avant d’avoir achevé son message. En hébreu, Babel ne s’écrit qu’avec 3 lettres, BBL.

Chez Nathan, Muller ne peut mener à bien le meurtre de Béatrice-Belle (Béa-Belle ? Ghani lui demande lors de leur première rencontre si on ne l’appelle pas Bébelle) correspondant au lamed, seconde lettre du mot ALE, qui ne nous est pas révélé pouvoir se lire eloha, « dieu ».

Il y a beaucoup de L dans ce dernier épisode, non relevés par la narration. La mère de Muller était issue du Lebensborn, programme nazi visant à élever dans le fanatisme les bâtards aryens, réalité peu connue, et il existait en France un centre Lebensborn, à Lamorlaye. C’est là que Muller a choisi de sacrifier la victime L, alors qu’il est au moins certain que la victime précédente n’a pas eu droit à ce déplacement, que Ghani parvient à deviner, pour sauver au dernier moment Belle en Licoptère… La main de la victime exécutée le matin même a été déposée à ND de Lorette.

Par ailleurs Muller a 30 ans, valeur de la lettre lamed. Nathan pourrait avoir joué avec la numérologie traditionnelle, ainsi les mains correspondant aux A sont déposées dans des églises de Paris, tandis que les jambes correspondant aux T, comme Tour (ou Twin Towers), sont déposées dans des églises de Seine-et-Marne, le département 77, 77 étant la valeur du mot migdal, « tour » (MGDL = 40-3-4-30). Le second T est donné par une Marie-Madeleine coupée en morceaux, et Madeleine vient de l’araméen magdala équivalent au migdal hébreu.

note : dp me souffle que Muller signifie « Meunier » en allemand, or le manoir de Lamorlaye était la propriété des chocolats Menier.

 

Atta babelifère

J’en arrive à ma deuxième idée : Atta est également le nom d’un genre de fourmi. Or qui dit « fourmi » dans la galaxie éditoriale française dit « Werber », et Werber revendique avoir fait une sorte de prédiction dans Les Thanatonautes (1996), s’achevant sur la disparition des thanatonautes dans la destruction de leur immeuble des Buttes-Chaumont, percuté par un 747. Il ne s’agit pas ici d’un attentat humain, mais probablement d’un acte téléguidé par les puissances supérieures qui goûtent fort peu l’entreprise de ces aventuriers de l’au-delà.

Tom Clancy avait peut-être été plus proche de la réalité avec Debt of honor (1994), où des terroristes détournaient un 747 pour le jeter sur le Capitole, mais ce livre n’a été traduit en français qu’en 1997, et n’a en principe pas influencé Werber, qui concerne plus mes recherches que Clancy.

Si je connais la fourmi Atta, c’est par une nouvelle de Jean Lahougue, Histoire naturelle, parue en 1989 dans le recueil La ressemblance. Lahougue y a imaginé les derniers jours de JH Fabre, consacrés à étudier l’espèce Atta bellifera (Fourmi guerrière, espèce inconnue parmi les nombreuses variétés de Atta), minuscules fourmis mimétiques des plus inventives arrivant à se soustraire aux investigations de l’éminent savant par d’étonnants prodiges, jusqu’à le précipiter dans la folie, et la mort.

Leur plus belle trouvaille, qui ne sera élucidée que bien après la mort de Fabre, est de s’être cachées dans les pages mêmes du cahier où il notait ses observations, en reproduisant ses mots mêmes, selon une disposition bien précise, le hasard (quelque peu aidé par Lahougue) voulant que les phrases ainsi formées aient un sens, contredisant les observations de Fabre. 

Un fou qui écrit avec des morceaux humains, à l’intention de Dieu, ATT(Y)A, à prolonger par la mort de Belle (comme on l’appelle essentiellement), et la colonie Atta bellifera qui écrit avec ses propres membres des mots qui se trouvent faire sens pour le dieu qui la persécute… Il m’étonnerait que Nathan ait connu cette nouvelle de Lahougue, peu lu hors du cercle restreint des amateurs de textes à contrainte.

Curieusement, la lettre L ajoutée aurait donné ATTYAL ou ATTIAL, or j’ai écrit pour la revue Le Nouvel ATTILA un texte sur Lahougue, qu’on peut lire ici :

http://www.champ-vallon.com/Pages/Pagesdetours/Lahougue4ab.html

Je me plais à lire le nom du répertoire où ce texte est classé Pages de Tours, alors que la première phrase inscrite par Atta bellifera sur le cahier de Fabre contient deux fois la syllabe « tour » : « Pendant les derniers jours, toutefois, sans que rien le laisse présager, le contour s’est effrangé, et le cheminement si régulier des nomades a pris un tour surprenant. »

Cette phrase conclut les observations de la découverte de la fourmilière, que Fabre compare à un millefeuille, qu’il compte trancher plus tard d’un coup de pelle, pour en étudier l’architecture interne.

C’est aussi à un millefeuille que Werber compare l’immeuble des Thanatonautes, dans la suite L’Empire des anges (2000), après que ses étages se sont écroulés les uns sur les autres, suite à la collision du Boeing.

 

Autres

Je suis loin d’avoir épuisé tout ce que m’inspire Serial eater, qui passerait par une étude à paraître prochainement, et par une autre en cours d’écriture. Sans déflorer leurs sujets, le point commun essentiel est la quaternité, la valeur symbolique du nombre 4 telle que l’ont analysée CG Jung et ML von Franz, notamment.

Comme je l’écrivais ici, ma première découverte biblique fut de constater un rapport immédiat entre les valeurs numériques des deux arbres du jardin d’Eden : « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » correspond en hébreu à 932, soit exactement 4 fois la valeur de « l’arbre de la vie », 233. J’ai mis longtemps à trouver quelqu’un qui l’ait vu aussi, Friedrich Weinreb, qui avait relié le facteur 4 à la quadrupédie, à l’état animal, parce que le mot « pied » a pour valeur 233 en hébreu.

Je me livrais ici à quelques rapprochements avec, entre autres, le fait que les 4 avions détournés le 9/11 aient totalisé 233 passagers. Je m’émerveille aujourd’hui de trouver, quelles qu’aient été les intentions de Nathan, ATTA écrit avec 4 membres, plus exactement deux jambes et deux mains.

Serial eater est paru en juin 04, dans la collection Rivages Thriller. Il me semble évident, connaissant un peu le monde de l’édition, que le roman devait être achevé au moins 6 mois avant, soit largement avant le 11 mars, date du second attentat d’Al Qaida en Occident, celui d’Atocha à Madrid qui avait de multiples points communs avec celui du 9/11 :

– Un quadruple attentat, avec 4 séries de bombes, dans Atocha même, dans deux gares de banlieue, et dans un train.

– Une action particulièrement spectaculaire qui a en partie échoué, comme le 9/11, à cause d’impondérables. Les 2 avions détournés sur les Twin Towers auraient dû les frapper simultanément, mais le vol UA 175 a décollé avec du retard. De même le train piégé aurait dû exploser au moment où il arrivait à Atocha, en même temps qu’étaient déclenchées les explosions dans la gare, mais le train avait aussi du retard.

– La date du 11 n’avait sans doute pas été choisie au hasard, 30 mois exactement après le 11 septembre. Certains ont imaginé une intention dans l’intervalle de 911 jours séparant les deux attentats, j’ai remarqué pour ma part la possibilité d’avoir un 2+911, be-reshit, en comptant les jours des deux attentats. 

 

Je n’imaginais guère les terroristes islamistes au fait des calculs rabbiniques, mais voici que Nathan leur a adjoint des complices nazis qui prétendent agir « de l’intérieur », après avoir assimilé les secrets mystiques de leurs ennemis… Une certaine prémonition pourrait être avancée pour Serial eater :

– La série quaternaire des victimes A-T-TY-A, alors que le nombre 4 deviendra un label pour les attentats d’Al Qaida en Occident (le quadruple attentat de Londres en juillet 06).

– Le fait qu’elle commence et s’achève par un alef hébreu, alif en arabe, alpha en grec, alors que le nom espagnol de la cible principale, atocha, signifie « alfa », graminacée à usage textile.

– Les 30 ans du tueur en 2001, à comparer aux 30 mois séparant les deux attentats ; le plan d’abord prévu par le pasteur Ullmann nécessitait que son fils adoptif ait atteint l’âge symbolique de 33 ans, soit en 2004.

– La date de l’attaque terroriste est désormais pour les Espagnols le 11-M, et le tueur n’est connu que par son nom Muller, d’initiale M ; il a été adopté à 11 ans par le pasteur.

– Si Nathan a utilisé la gématrie hébraïque (pour migdal = 77 par exemple), il est justifié d’étudier d’autres équivalences numériques traditionnelles, ce qui permet de découvrir que son titre, SERIAL EATER en 11 lettres, a selon leurs rangs alphabétiques la valeur 113, évoquant le 11/3.

Curieusement, la capacité du profileur Ghani de comprendre les agissements du tueur et de prédire, après les victimes ATTY, qu’une main sera prélevée sur la prochaine victime en fait le principal suspect des enquêteurs, avant qu’il ne s’explique. De même, si Nathan ne s’explique pas sur ses intentions, je propose de l’inculper comme suspect dans l’attentat de Madrid… 

 

Ceci pourrait me faire imaginer une certaine prémonition dans une nouvelle que j’ai écrite vers décembre 2000, parue en mars 2001 dans Caïn n° 26, Le cas Nard, mais je n’avais pas envisagé cette hypothèse avant de trouver la bizarre association par Nathan des lettres ATTA aux 4 membres. Il s’agit donc d’un pauvre gars nommé Bela Nard qu’on retrouve mains et pieds coupés, et qui a pu avant de mourir tracer des lettres hébraïques avec ses moignons, les 4 lettres du Tétragramme YHWH.

Une de mes sources d’inspiration était L’adversaire, d’Ellery Queen, roman se situant lui-même dans la lignée de La mort et la boussole, de Borges. Au plus bref, je vois le mot « tour » caché dans la nouvelle de Borges, que je retrouve explicite dans le roman de Queen, sorte de tétralogie yorkaise où les 4 cousins York habitent 4 maisons pourvues chacune d’une tour, aux 4 coins de York Place (à NY City, état de NY). Un mystérieux assassin nommé Y les tue l’un après l’autre, leur expédiant d’abord des cartons énonçant tour à tour les lettres du Tétragramme.

J’ai vu l’ordre des crimes tracer une lettre, N, dans le carré de York Place, au centre duquel il y a une stèle à la mémoire de Nathaniel York, l’héritier légitime de York Place, disparu en Amazonie. Il m’a semblé lire dans ces N et Nathaniel une implication personnelle de l’auteur principal signant Ellery Queen, Daniel Nathan (alias Frederic Dannay), lequel avait d’énormes problèmes relationnels avec son cousin Manfred Lee, avec lequel il avait créé la série Ellery Queen. Je passe sur l’interprétation de ces cousinicides, admirant d’abord la subtilité du procédé consistant à écrire la lettre N par le biais de l’énigme de la succession des lettres J-H-W-H, pointant d’abord vers une fausse explication, le suspect John Henry Walt.

Les noms des cousins assassinés sont successivement Robert-Emily-Myra, et Percival est soupçonné d’être le mystérieux Y. Je vois se dessiner un REMY, qui pourrait être souligné par une autre subtilité du roman : la forme curieuse des maisons symétriques n’est pas explicitée, or celle de Percival ressemble à un Yod hébraïque, l’initiale de Yahvé qui est un personnage de ce polar métaphysique…

Ce roman (hélas mal traduit en français) est pour moi le carrefour de nombreuses pistes, ainsi Daniel Nathan Queen évoque le Daniel Quinn d’Auster aussi bien que Tobie Nathan, John Henry Walt peut faire penser à Jean-Henri Fabre…

La possibilité d’un REMY ou REMI (puisque la lettre Yod est directement l’ancêtre de notre I) m’émerveille par rapport à ATTA, nom palindrome d’un genre de fourmi, car une incroyable histoire à base de palindromes m’a conduit à découvrir que mon prénom était l’anagramme de MIER, signifiant « fourmi » en néerlandais.

Il devient très difficile de récapituler, d’autant que, comme je l’ai annoncé, je me trouve en conflit d’intérêt, d’autres études sur les mêmes ouvrages devant paraître plus ou moins prochainement.

 

Rémi Schulz, le 27/12/07

 

D’autres développements essentiels suivent ici, si on ne veut pas lire d’abord l’

 

Annexe sur l’hébreu dans Serial eater.

Il y a de multiples bizarreries dans le roman, à commencer par la signification que Ghani prête à son nom en arabe, « riche », alors que l’adjectif hébreu ghani (avec un ‘ayin initial) signifie « pauvre » ! Peut-être Nathan joue-t-il ici avec le fait que l’hébreu rish signifie « pauvreté », mais pourquoi ? Rien à redire à son interprétation hébraïque de son nom, ghanni, « il chante », mais le mot palindrome de rish (l’anadrome plus exactement), shir, « chant », en est curieusement un quasi-synonyme !

Le roman compte 23 chapitres, le 23e étant une sorte d’épilogue 5 mois après l’affaire Muller, aussi peut-on supposer que les 22 chapitres précédents correspondent aux 22 lettres de l’alphabet hébreu, de alef à taw, les lettres que Ghani a reconnues dans les mains et jambes coupées.

C’est précisément dans le 22e chapitre que Ghani explique comment il a reconnu le mot ATTY, « mes lettres », dans les morceaux de corps des 3 premières victimes, ce qui l’a conduit à relire la Bible pour voir où était employé ce mot : « par chance, le mot ne se trouve qu’à deux endroits sous cette forme, chaque fois avec la même signification. » Dans le seul Pentateuque, la première concordance venue, et l’informatique permettait déjà en 2001 d’aboutir en quelques secondes à ce résultat, livre 4 occurrences du mot ATTY, avec cette forme et cette signification… Comment alors Ghani a-t-il deviné quelle était la bonne ?

A la fin de ce chapitre 22, Ghani trace mystérieusement des lettres sur le front de Belle avant de la libérer. Lorsque Belle peut accéder à un miroir pour déchiffrer ce qu’a écrit Ghani, une seule lettre est encore lisible, un alef… La seule chose à laquelle je pense est la légende du golem, statue d’argile s’animant lorsqu’on trace le mot emet (AMT, « vérité ») sur son front, revenant à l’état inerte quand on efface l’alef, laissant MT (mot, « mort ») ; peut-être faut-il imaginer un rituel inversé, l’écriture d’AMT suivie de l’effacement de MT pour ramener Belle à la vie, mais combien de lecteurs se seront engagés sur cette voie ?

 

Les initiales de Belle Darmentières forment le mot hébreu BD, « partie », « membre » (du corps) ; est-ce intentionnel ? Et Darmentières évoque une autre quaternité jungienne, Les trois mousquetaires (qui sont 4), s’achevant par la décapitation de Milady à Armentières :

Une idée superstitieuse la frappa sans doute ; elle comprit que le Ciel lui refusait son secours et resta dans l'attitude où elle se trouvait, la tête inclinée et les mains jointes.

Alors on vit, de l'autre rive, le bourreau lever lentement ses deux bras, un rayon de lune se refléta sur la lame de sa large épée, les deux bras retombèrent ; on entendit le sifflement du cimeterre et le cri de la victime, puis une masse tronquée s'affaissa sous le coup.

Alors le bourreau détacha son manteau rouge, l'étendit à terre, y coucha le corps, y jeta la tête, le noua par les quatre coins, le chargea sur son épaule et remonta dans le bateau.

Arrivé au milieu de la Lys, il arrêta la barque, et suspendant son fardeau au-dessus de la rivière :

" Laissez passer la justice de Dieu ! " cria-t-il à haute voix.

Et il laissa tomber le cadavre au plus profond de l'eau, qui se referma sur lui.

Trois jours après, les quatre mousquetaires rentraient à Paris ; (…) Les trois mousquetaires (chapitre 66)

Muller donne quelques indications sur la façon dont il entend écrire un lamed avec le corps de Belle : « Il me faut conserver ta tête, mais seulement avec la moitié de ton corps. »

Une autre possibilité de lien avec Dumas est que Milady était, lorsqu’elle a rencontré Athos, accompagnée d’un moine qu’elle lui a dit être son frère (alors que c’était vraisemblablement son amant). L’une des nombreuses questions non résolues de Serial eater est la relation de Ghani avec sa sœur, avec laquelle il vit. Ghani se livre à d’étranges digressions sur les voyages d’Abraham et d’Isaac en Egypte, qui à chaque fois ont certifié à Pharaon que leurs femmes étaient leurs sœurs…

Une autre quaternité de type jungien apparaît dans le dernier chapitre, où Belle apprend qu’elle est enceinte, mais elle a le choix entre 4 pères putatifs : les 3 hommes auxquels elle a accordé ses faveurs pendant l’enquête, dont Ghani, et Muller qui l’a violée…

Le roman s’achève sur une réponse de Ghani à Belle lui demandant des conseils sur le choix d’un prénom pour le futur petit garçon. Ghani a recours au Zohar pour une étrange digression sur les lettres MLK du mot melekh, « roi », en remarquant que le plan de Muller a échoué au niveau de la lettre L, et Belle en déduit qu’il lui propose de baptiser son fils Melekh… Or le K de melekh se prononce comme un R roulé, ainsi MLK est très proche des consonnes de MuLLeR…

 

Le mot ATTY a pour valeur numérique 811, les 5 lettres ATTYA 812. Nous sommes fort proches de 813, le nombre clé du roman homonyme de Leblanc, un de mes auteurs de prédilection, ce qui m’a porté à lire avec attention 613 de Tobie Nathan (le judaïsme connaît 613 prescriptions).

Incidemment la dernière communication du vol AA11 s’est passée à 8h13 (heure de New York), et c’est juste après que Atta et ses hommes se sont rendus maîtres de l’avion, mais je n’ai relevé cela qu’en étudiant ces jours-ci l’affaire du 9/11.

 Ce qui me frappe le plus dans la connexion 813 est la découverte du premier débris humain dans l’église Ste-Rita (XVe). Il y a peu j’ai appris qu’il existait un Liber 813, dit aussi Liber ARARITA, ces lettres correspondant aux initiales de valeur 813 d’une formule magique en hébreu. Il est très curieux que ce texte soit paru quasi au même moment que le « 813 » de Leblanc, en 1910. Il s’agit d’un texte d’Aleister Crowley, le mage qu’on a dit être « l’homme le plus vil du monde », mais la formule était connue antérieurement de ses confrères de la Golden Dawn, dont il faisait alors partie. On peut lire ici ce texte qui dégage une certaine poésie, malgré son obscurité. Selon la bio de Lawrence Sutin, Crowley aurait développé le rite Ararita vers 1908, à une époque où il était très fréquemment à Paris, et il est fascinant que ARARITA soit l’acronyme d’une formule en hébreu ayant trait à la permutation (temoura), alors que « 813 » est le roman où Leblanc introduit la permutation, des chiffres avec la résolution de l’énigme 813 montrant que ce sont les chiffres 1-3-8 qui y sont importants, quel qu’en soit l’ordre, et des lettres avec les anagrammes d’Arsène Lupin, Paul Sernine et Luis Perenna.

La nouvelle curiosité apportée par Tobie Nathan, dont le titre du précédent polar plagiait « 813 », c’est donc d’avoir fait lire le premier alef de sa formule biblique, la même lettre débutant la formule ARARITA, dans l’église Ste-RITA…

Note ultérieure : La lecture du roman précédent de Tobie N. fournit une possibilité d’explication à Ste-Rita, car 613 s’achève sur la résolution d’une énigme passant par St-Jude, or St-Jude et Ste-Rita ont même fonction de recours aux causes désespérées.

 

Une autre connexion entre 9/11 et 813 pourrait être établie via Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, Palme d’or 2004 (décidément l’année 2004 revient souvent). Ce titre est une référence immédiate au Fahrenheit 451 de Ray Bradbury porté à l’écran par Truffaut, or l’obsession de Truffaut pour le nombre 813, cité dans presque tous ses films, l’a mené à faire poser par Julie Christie la question « 451, pourquoi pas 813 ? », ce qui a donné lieu à une fantastique coïncidence étudiée ici.

La conversion de 451 degrés Fahrenheit donne 233 degrés Celsius…

 

Dieu-Dope

31/12/07 : La date du 17 janvier 2002 pour le final de Serial eater avait attiré mon attention, parce qu’il s’agit de la Saint-Antoine, ce saint étant identifié par sa béquille en forme de T, le Tau grec étant de ce fait appelé croix de Saint-Antoine. Mais, les T de la formule biblique ayant déjà été marqués par les victimes précédentes, j’avais laissé ça de côté…

La relecture de Dieu-Dope (1995), le second roman de Tobie Nathan, me force à approfondir. L’intrigue est foisonnante et confuse, au plus bref une nouvelle drogue, distribuée gratos, fait des ravages dans la région parisienne, provoquant de multiples suicides. Le responsable est le professeur d’ethnovulcanologie ANTOINE HABT, anagramme de TOBIE NATHAN (prof d’ethnopsychiatrie), ses initiales AH ne devant rien Au Hasard puisque c’est un futur Führer qui entend embrigader par l’addiction les multitudes de paumés. Mais son entreprise a été récupérée par Bruno Lareine, pdg d’un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les psychotropes, qui entend multiplier ses profits en jouant sur tous les tableaux…

Première curiosité : Antoine est unijambiste, ainsi il manque à l’homme du Tau grec une jambe qui correspondra 9 ans plus tard dans Serial eater au taw hébraïque, ce qui sera dévoilé le jour de la Saint-Antoine dans le 22e chapitre du roman, rang de cette lettre taw. Si ce dernier épisode se déroule le jour célébrant Antoine dit le Grand, le roman s’ouvre sur la visite de Muller à A. Padoue, tel que se présente à ses clients Abdelaziz Padoue, peu fier de son prénom. Muller tente de le deviner, avec diverses propositions erronées, mais pas la plus évidente face à un Padoue, Antoine (le Padouan, fêté le 16 juin), et il s’adresse ensuite à de multiples reprises au psy en le nommant docteur « A » Padoue (en insistant sur le « A » est-il précisé).

Ainsi Antoine, par son initiale et son attribut essentiel, est un nom privilégié pouvant signifier à la fois A et T, et « Antoine Habt » m’a permis de comprendre que les Antoine cachés aux chapitres 1 et 22 de Serial eater participaient vraisemblablement de ce jeu, confirmant mon hypothèse que ototay eleh… est une fausse explication cachant la véritable intention de Nathan…

…qui me reste néanmoins toujours obscure, la perte d’une jambe de cet Antoine à la Soufrière étant déjà une colossale énigme, qui se drape du plus épais mystère en avançant dans la compréhension de la structure de Dieu-Dope.

Une lycéenne remarque d’emblée : L'ouvrage se compose de 29 chapitres qui, hormis le dernier, sont tous introduits par le nom d'un personnage.

Effectivement, le titre du dernier chapitre étant Le début du monde. Ceci m’a mené à une hypothèse vite transformée en quasi-certitude : les 28 autres chapitres correspondent aux 28 lettres du premier verset de la Bible hébraïque, Bereshit bara elohim…, en français Au commencement Dieu créa…, BRASYT BRA ALEYM… en lettres hébraïques.

Je ne vais pas en donner toutes les preuves. Les chapitres correspondant aux initiales des 3 mots hébraïques ci-dessus ont les mêmes initiales, Babacar pour Bereshit, Bara pour bara (ce pourrait être suffisant), ‘eid pour elohim (mais peut-être est-ce le renversement die-u qui est privilégié). L’action se passe en 6 jours, d’un dimanche de décembre non précisé au vendredi suivant, soit l’équivalent de la semaine de la Création, Dieu flemmard n’ayant pas souhaité travailler plus pour gagner plus. Dans le dernier chapitre, l’ethnopsychiatre Nessim Taïeb, double évident de Tobie Nathan, se livre à une conférence sur le rythme 6+1 dans diverses cultures, en 7 sections suivies d’autant d’interventions de Judith dite Youde, une de ses clientes qui assiste à la conférence et raconte avec quelques heures de différé l’exécution à Bogota de Antoine Habt, que lui avait ordonnée Taïeb. Après ces 2 fois 7 sections le roman s’achève sur un échange de 6 répliques entre le flic Musil et Taïeb, Musil lui apprenant la mort de Habt avant que Youde ait pu lui annoncer. Les derniers mots de Taïeb sont : « Sachez que la mort du maître est une part de son enseignement…Pardonnez-moi, je vois là quelqu’un qui m’attend. »

Une exégèse commune lit le mot BRASYT en le scindant en BRA SYT, bara shit, « Il créa six », soit Dieu commença par créer les 6 jours nécessaires pour la création (y aurait-il un lien entre ce shit, aujourd’hui nom courant du haschich, et Dieu-Dope ?).

 

La correspondance entre titres de chapitres et lettres de Gn 1,1 ne semble effective, à mon sens du moins, que dans très peu de cas, mais d’autres codages sont probables. Ainsi le chapitre 26 est-il intitulé The Boss, vraisemblable allusion à la valeur 26 du Tétragramme. Ce Boss est aussi The King : il s’agit d’un blues qui paraît d’abord s’appliquer à Taïeb, mais à la fin du chapitre celui-ci décrète pour d’obscures raisons que l’organisateur des distributions de dope est Habt, et le condamne à mort sur-le-champ, confiant l’exécution de la sentence à Judith. En fait le chapitre 27 montre Habt prisonnier du chef de la mafia colombienne, et de son acolyte français Lareine, qui n’apprécient guère la gratuité du produit décidée unilatéralement par Habt. Un chef ou boss est en Colombie un JEFE, et il est connu que ces lettres de rangs 10-5-6-5 correspondent exactement aux lettres du Tétragramme YHWH dans l’alphabet hébreu. Par ailleurs le chapitre 26 correspond à l’initiale alef du mot erets, « terre », et l’hébreu alouf dérivé de alef signifie aussi « chef » (de tribu).

Je laisse deviner mon émoi en trouvant Lareine mêlé(e) à l’affaire, puisque Ellery Queen (alias Nathan) a utilisé le Tétragramme dans plusieurs romans, mais je ne peux développer ici ce qui doit être publié prochainement. Quoi qu’il en soit, Habt parvient à s’enfuir, sur des béquilles de fortune, après avoir tué le Jefe et Lareine, mais ce sera pour tomber sur le poignard de Judith, une autre reine…

 

Par ailleurs Habt apparaît au chapitre 6, intitulé Antoine, correspondant à la lettre tav de BRASYT. Il est difficile de croire à un hasard, la correspondance avec la béquille, le tau croix de Saint-Antoine offrant de toute manière des échos vertigineux.

Je me demandais en lisant Serial eater si Tobie Nathan n’avait pas voulu protester à sa manière contre le code biblique popularisé par Michael Drosnin, dont le second livre paru en 2002 était largement consacré au 11 Septembre, et à sa prédiction de longue date dans la Bible. Ainsi Drosnin y a trouvé selon son système contestable (et contesté !) les mots « terroriste Atta » à proximité de « homme égyptien »…

J’ai préféré ne pas en parler car je ne vois absolument pas en quoi la formule ATTY ALH BQRBW serait une meilleure « preuve » de quoi que ce soit, mais l’accent qui semble mis ici sur le taw de Bereshit change quelque peu les choses (je rappelle la valeur 911 de reshit seul, « début » [du monde…]).

Le succès mondial du premier livre de Drosnin en 1997 est dû à sa « prédiction » du meurtre de Rabin le 4/11/95, cependant le « code biblique » était connu bien avant, notamment en France où la revue Kountrass avait publié plusieurs articles sur la question, de 87 à 94. Le grand précurseur du code est le rabbin Weissmandel, lequel a découvert vers 1950 les 4 lettres du mot TORA « codé » toutes les 50 lettres à partir du T du premier mot de la Tora, le T de Bereshit précisément. Ceci pourrait être anecdotique, mais la même lecture se retrouve à l’identique à partir du premier T du second livre de la Tora, l’Exode débutant par les mots eleh shemot, et on a TORA toutes les 50 lettres à partir du T de shemot… Divers auteurs avancent des choses analogues pour les 3 autres livres de la Tora, c’est tout à fait inexact, mais le fait que les livres concernés soient les deux seuls comportant un taw dans leurs titres hébreux, Bereshit et shemot, est remarquable en soi.

Si ceci n’est pas suffisant pour me convaincre de me convertir, de nombreux croyants y voient une preuve absolue de l’origine divine de la Tora, ajoutant que le rythme de lecture de 49+1 lettres correspond au jubilé, année de repos marquant chaque période de 49 ans, elle-même divisée en 7 périodes de 6 ans plus 1 année sabbatique, ce qui peut être rapproché de la conférence finale de Taïeb.

Le T de Berechit correspond donc ici à un personnage peu recommandable, Antoine Habt, graine de Führer, que le sage juif Taïeb (signifiant « bon » en arabe, comme Tobie en hébreu) décide d’éliminer sans autre forme de procès. On serait amené à se méfier d’un psy aussi expéditif, et l’équivalence anagrammatique du condamné avec Tobie Nathan ne conduit pas forcément à oublier ces réticences…

L’assassinat de Rabin a suivi une longue campagne d’une hostilité sans précédent menée contre lui par divers mouvements religieux extrémistes, allant jusqu’à le caricaturer en moustachu arborant l’uniforme nazi… Il est probable que l’auteur des coups de feu mortels y ait été encouragé par un haut dignitaire d’un de ces mouvements.

J’ai cité plus haut l’énigmatique fin de Dieu-Dope, avec sa « mort d’un maître », or rabin, quand on ne le traduit pas par « rabbin », signifie « maître ». Dans ce dernier chapitre Nessim Taïeb, qui a commandité l’exécution de son double Habt, revendique l’héritage de son aïeul Rabbi Nessim ben Yitzhaq Taïeb, un nom où l’ordinateur n’est pas indispensable pour lire « Ytzhaq Rabbi N »…

Il faut tout de même rappeler que ce roman est paru en juin 95, et que le roman était vraisemblablement achevé plusieurs mois plus tôt. Je retombe dans les suppositions de prémonition déjà avancées pour Serial eater, et la juxtaposition des deux livres aboutit au vertige absolu.

 

Ceci m’a conduit à examiner le chapitre correspondant au L de elohim, le chapitre 11 (…) intitulé Bintou. Une recherche Google m’apprend que c’est le nom d’un cas développé dans un livre « sérieux » de Tobie Nathan et Isabelle Stengers, Médecins et sorciers (1995, la même année). Le chapitre 14, Isabeau correspondant à la dernière lettre de elohim, contient un vibrant éloge à une certaine Isabeau von Stengerfield… Du coup je me demande si Belle Darmentières, Armentières étant une ville frontalière avec la Belgique, ne serait pas une allusion à la philosophe belge.

Cette recherche me fait découvrir aussi le nom de Bruno Latour, autre ethnopsychiatre qui a collaboré avec Tobie Nathan. Voici qui explique Bruno Lareine, mais d’avoir une Tour plutôt qu’une Reine ne me fait en rien revenir sur mon idée de prémonition puisque le dernier crime d’Antoine (ATTA) sera de vider son chargeur sur cette Tour/Reine…

rémi schulz, 1/1/8

 

Le goût de Tobie Nathan pour l’anagramme me fait penser que Blanche Redon, la première « Tour » dépecée par Muller, donne « blanche ronde », la blanche en musique valant deux temps, moitié des quatre temps d’une ronde.

La seconde « Tour » est Marie-Madeleine (migdal) Mory, et Dieu-Dope m’a appris que mory signifie « marabout » (Mory Kante appartient ainsi à une famille de marabouts). Cette Mory a été initiée à la sorcellerie, aussi dite magie noire.

 

Un autre développement ici, sur le mot attal, « assassin ».

 

retour index Werber

Retour index général