(célèbre formule de
Geneviève Tabouis, chroniqueuse des Dernières nouvelles de demain)
22/12/07 : lecture de Serial
eater, de Tobie Nathan (2004).
(avis : ce qui vient
immédiatement est une première étude, qui sera suivie d’une seconde
écrite après la lecture d’un autre Nathan, apportant d’indispensables
approfondissements)
J’avais lu les 3 autres polars de
Nathan, je ne me souviens guère des deux premiers lus parmi des centaines
d’autres à une époque où je lisais tous les polars disponibles. J’ai ensuite
accordé une attention particulière à 613, immédiate allusion au « 813 »
de Leblanc, sans y trouver de
« grain à moudre ». J’avais laissé passer celui-là, qu’un hasard a
mis sous mes yeux le 18 en cherchant Labyrinthe, de Kate Mosse, à la
médiathèque.
L’histoire : le 11 septembre
2001 le psychiatre Abdelaziz Padoue reçoit à 12h30 un étrange nouveau client,
qu’on apprendra plus tard être Muller. Passons sur le suspense, ce Muller
assassine ensuite des femmes dont il découpe des morceaux qu’il dépose dans des
églises. Muller a tué 4 femmes et s’apprête à sacrifier la juge chargée de
l’enquête lorsqu’il est arrêté, le profileur Salomon Ghani ayant compris la
signification des meurtres.
Muller est en train d’écrire en
hébreu une expression biblique, ototay eleh beqirbo, tirée d’Exode
10,1. Ghani passe 3 pages à en expliquer les multiples sens, le plus immédiat
étant « afin de mettre au milieu d’eux les signes de ma présence ».
C’est ce que dit YHWH à Moïse avant de lancer la 8e plaie sur les
Egyptiens, expliquant qu’il a endurci leurs cœurs pour que l’épisode demeure
dans toutes les mémoires. Les 3 mots de l’expression sont polysémiques, et il
est utile de les étudier « à la lettre », en utilisant une
transcription immédiate des lettres hébraïques.
ATTY : « mes
signes » ou « mes lettres »
ALE : démonstratif eleh
appliqué au nom précédent, mais se lisant aussi eloha,
« Dieu »
B-QRB-W : « à
l’intérieur d’eux » ou « dans leurs entrailles »

Rémi Schulz, le 27/12/07
D’autres développements essentiels
suivent ici, si on ne veut pas lire d’abord l’
Il y a de multiples bizarreries
dans le roman, à commencer par la signification que Ghani prête à son nom en
arabe, « riche », alors que l’adjectif hébreu ghani (avec un ‘ayin
initial) signifie « pauvre » ! Peut-être Nathan joue-t-il ici
avec le fait que l’hébreu rish signifie « pauvreté », mais
pourquoi ? Rien à redire à son interprétation hébraïque de son nom, ghanni,
« il chante », mais le mot palindrome de rish (l’anadrome plus
exactement), shir, « chant », en est curieusement un
quasi-synonyme !
Le roman compte 23 chapitres, le
23e étant une sorte d’épilogue 5 mois après l’affaire Muller, aussi
peut-on supposer que les 22 chapitres précédents correspondent aux 22 lettres
de l’alphabet hébreu, de alef à taw, les lettres que Ghani a
reconnues dans les mains et jambes coupées.
C’est précisément dans le 22e
chapitre que Ghani explique comment il a reconnu le mot ATTY, « mes
lettres », dans les morceaux de corps des 3 premières victimes, ce qui l’a
conduit à relire la Bible pour voir où était employé ce mot : « par
chance, le mot ne se trouve qu’à deux endroits sous cette forme, chaque fois
avec la même signification. » Dans le seul Pentateuque, la première
concordance venue, et l’informatique permettait déjà en 2001 d’aboutir en
quelques secondes à ce résultat, livre 4 occurrences du mot ATTY, avec cette
forme et cette signification… Comment alors Ghani a-t-il deviné quelle était la
bonne ?
A la fin de ce chapitre 22, Ghani
trace mystérieusement des lettres sur le front de Belle avant de la libérer.
Lorsque Belle peut accéder à un miroir pour déchiffrer ce qu’a écrit Ghani, une
seule lettre est encore lisible, un alef… La seule chose à laquelle je
pense est la légende du golem, statue d’argile s’animant lorsqu’on trace le mot
emet (AMT, « vérité ») sur son front, revenant à l’état inerte
quand on efface l’alef, laissant MT (mot,
« mort ») ; peut-être faut-il imaginer un rituel inversé,
l’écriture d’AMT suivie de l’effacement de MT pour ramener Belle à la vie, mais
combien de lecteurs se seront engagés sur cette voie ?
Les initiales de Belle
Darmentières forment le mot hébreu BD, « partie »,
« membre » (du corps) ; est-ce intentionnel ? Et
Darmentières évoque une autre quaternité jungienne, Les trois mousquetaires
(qui sont 4), s’achevant par la décapitation de Milady à Armentières :
Une idée
superstitieuse la frappa sans doute ; elle comprit que le Ciel lui refusait son
secours et resta dans l'attitude où elle se trouvait, la tête inclinée et les
mains jointes.
Alors on
vit, de l'autre rive, le bourreau lever lentement ses deux bras, un rayon de
lune se refléta sur la lame de sa large épée, les deux bras retombèrent ; on
entendit le sifflement du cimeterre et le cri de la victime, puis une masse
tronquée s'affaissa sous le coup.
Alors le
bourreau détacha son manteau rouge, l'étendit à terre, y coucha le corps, y
jeta la tête, le noua par les quatre coins, le chargea sur son épaule et
remonta dans le bateau.
Arrivé au
milieu de la Lys, il arrêta la barque, et suspendant son fardeau au-dessus de
la rivière :
"
Laissez passer la justice de Dieu ! " cria-t-il à haute voix.
Et il
laissa tomber le cadavre au plus profond de l'eau, qui se referma sur lui.
Trois jours
après, les quatre mousquetaires rentraient à Paris ; (…) Les trois
mousquetaires (chapitre 66)
Muller donne quelques indications
sur la façon dont il entend écrire un lamed avec le corps de
Belle : « Il me faut conserver ta tête, mais seulement avec la moitié
de ton corps. »
Une autre possibilité de lien
avec Dumas est que Milady était, lorsqu’elle a rencontré Athos, accompagnée
d’un moine qu’elle lui a dit être son frère (alors que c’était
vraisemblablement son amant). L’une des nombreuses questions non résolues de Serial
eater est la relation de Ghani avec sa sœur, avec laquelle il vit. Ghani se
livre à d’étranges digressions sur les voyages d’Abraham et d’Isaac en Egypte,
qui à chaque fois ont certifié à Pharaon que leurs femmes étaient leurs sœurs…
Une autre quaternité de type
jungien apparaît dans le dernier chapitre, où Belle apprend qu’elle est
enceinte, mais elle a le choix entre 4 pères putatifs : les 3 hommes
auxquels elle a accordé ses faveurs pendant l’enquête, dont Ghani, et Muller
qui l’a violée…
Le roman s’achève sur une réponse
de Ghani à Belle lui demandant des conseils sur le choix d’un prénom pour le
futur petit garçon. Ghani a recours au Zohar pour une étrange digression sur
les lettres MLK du mot melekh, « roi », en remarquant que le
plan de Muller a échoué au niveau de la lettre L, et Belle en déduit qu’il lui
propose de baptiser son fils Melekh… Or le K de melekh se prononce comme
un R roulé, ainsi MLK est très proche des consonnes de MuLLeR…
Le mot ATTY a pour valeur
numérique 811, les 5 lettres ATTYA 812. Nous sommes fort proches de 813, le
nombre clé du roman homonyme de Leblanc, un de mes auteurs de prédilection, ce
qui m’a porté à lire avec attention 613 de Tobie Nathan (le judaïsme
connaît 613 prescriptions).
Incidemment la dernière
communication du vol AA11 s’est passée à 8h13 (heure de New York), et c’est
juste après que Atta et ses hommes se sont rendus maîtres de l’avion, mais je
n’ai relevé cela qu’en étudiant ces jours-ci l’affaire du 9/11.
Ce qui me frappe le plus dans la connexion 813 est la découverte
du premier débris humain dans l’église Ste-Rita (XVe). Il y a peu
j’ai appris qu’il existait un Liber 813, dit aussi Liber ARARITA,
ces lettres correspondant aux initiales de valeur 813 d’une formule magique en
hébreu. Il est très curieux que ce texte soit paru quasi au même moment que le « 813 »
de Leblanc, en 1910. Il s’agit d’un texte d’Aleister Crowley, le mage qu’on a
dit être « l’homme le plus vil du monde », mais la formule était
connue antérieurement de ses confrères de la Golden Dawn, dont il faisait alors
partie. On peut lire ici
ce texte qui dégage une certaine poésie, malgré son obscurité. Selon la bio de
Lawrence Sutin, Crowley aurait développé le rite Ararita vers 1908, à une
époque où il était très fréquemment à Paris, et il est fascinant que ARARITA soit
l’acronyme d’une formule en hébreu ayant trait à la permutation (temoura),
alors que « 813 » est le roman où Leblanc introduit la
permutation, des chiffres avec la résolution de l’énigme 813 montrant que ce
sont les chiffres 1-3-8 qui y sont importants, quel qu’en soit l’ordre, et des
lettres avec les anagrammes d’Arsène Lupin, Paul Sernine et Luis Perenna.
La nouvelle curiosité apportée
par Tobie Nathan, dont le titre du précédent polar plagiait « 813 »,
c’est donc d’avoir fait lire le premier alef de sa formule biblique, la
même lettre débutant la formule ARARITA, dans l’église Ste-RITA…
Note
ultérieure : La lecture du roman précédent de Tobie N. fournit une
possibilité d’explication à Ste-Rita, car 613 s’achève sur la résolution
d’une énigme passant par St-Jude, or St-Jude et Ste-Rita ont même fonction de
recours aux causes désespérées.
Une autre connexion entre 9/11 et
813 pourrait être établie via Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, Palme
d’or 2004 (décidément l’année 2004 revient souvent). Ce titre est une référence
immédiate au Fahrenheit 451 de Ray Bradbury porté à l’écran par
Truffaut, or l’obsession de Truffaut pour le nombre 813, cité dans
presque tous ses films, l’a mené à faire poser par Julie Christie la question
« 451, pourquoi pas 813 ? », ce qui a donné lieu à une
fantastique coïncidence étudiée ici.
La conversion de 451 degrés
Fahrenheit donne 233 degrés Celsius…
31/12/07 : La date du 17
janvier 2002 pour le final de Serial eater avait attiré mon attention,
parce qu’il s’agit de la Saint-Antoine, ce saint étant identifié par sa
béquille en forme de T, le Tau grec étant de ce fait appelé croix de
Saint-Antoine. Mais, les T de la formule biblique ayant déjà été marqués par
les victimes précédentes, j’avais laissé ça de côté…
La relecture de Dieu-Dope
(1995), le second roman de Tobie Nathan, me force à approfondir. L’intrigue est
foisonnante et confuse, au plus bref une nouvelle drogue, distribuée gratos,
fait des ravages dans la région parisienne, provoquant de multiples suicides.
Le responsable est le professeur d’ethnovulcanologie ANTOINE HABT, anagramme de
TOBIE NATHAN (prof d’ethnopsychiatrie), ses initiales AH ne devant rien Au
Hasard puisque c’est un futur Führer qui entend embrigader par l’addiction les
multitudes de paumés. Mais son entreprise a été récupérée par Bruno Lareine,
pdg d’un laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les psychotropes, qui
entend multiplier ses profits en jouant sur tous les tableaux…
Première curiosité : Antoine
est unijambiste, ainsi il manque à l’homme du Tau grec une jambe qui
correspondra 9 ans plus tard dans Serial eater au taw hébraïque,
ce qui sera dévoilé le jour de la Saint-Antoine dans le 22e chapitre
du roman, rang de cette lettre taw. Si ce dernier épisode se déroule le
jour célébrant Antoine dit le Grand, le roman s’ouvre sur la visite de Muller à
A. Padoue, tel que se présente à ses clients Abdelaziz Padoue, peu fier de son
prénom. Muller tente de le deviner, avec diverses propositions erronées, mais
pas la plus évidente face à un Padoue, Antoine (le Padouan, fêté le 16 juin),
et il s’adresse ensuite à de multiples reprises au psy en le nommant docteur
« A » Padoue (en insistant sur le « A » est-il
précisé).
Ainsi Antoine, par son initiale
et son attribut essentiel, est un nom privilégié pouvant signifier à la fois A
et T, et « Antoine Habt » m’a permis de comprendre que les Antoine
cachés aux chapitres 1 et 22 de Serial eater participaient
vraisemblablement de ce jeu, confirmant mon hypothèse que ototay eleh…
est une fausse explication cachant la véritable intention de Nathan…
…qui me reste néanmoins toujours
obscure, la perte d’une jambe de cet Antoine à la Soufrière étant déjà une
colossale énigme, qui se drape du plus épais mystère en avançant dans la
compréhension de la structure de Dieu-Dope.
Une lycéenne
remarque d’emblée : L'ouvrage se compose de 29 chapitres qui,
hormis le dernier, sont tous introduits par le nom d'un personnage.
Effectivement, le titre du dernier chapitre étant Le
début du monde. Ceci m’a mené à une hypothèse vite transformée en
quasi-certitude : les 28 autres chapitres correspondent aux 28 lettres du
premier verset de la Bible hébraïque, Bereshit bara elohim…, en français
Au commencement Dieu créa…, BRASYT BRA ALEYM… en lettres hébraïques.
Je ne vais pas en donner toutes
les preuves. Les chapitres correspondant aux initiales des 3 mots hébraïques
ci-dessus ont les mêmes initiales, Babacar pour Bereshit, Bara
pour bara (ce pourrait être suffisant), ‘eid pour elohim
(mais peut-être est-ce le renversement die-u qui est privilégié). L’action se
passe en 6 jours, d’un dimanche de décembre non précisé au vendredi suivant,
soit l’équivalent de la semaine de la Création, Dieu flemmard n’ayant pas
souhaité travailler plus pour gagner plus. Dans le dernier chapitre,
l’ethnopsychiatre Nessim Taïeb, double évident de Tobie Nathan, se livre à une
conférence sur le rythme 6+1 dans diverses cultures, en 7 sections suivies
d’autant d’interventions de Judith dite Youde, une de ses clientes qui assiste
à la conférence et raconte avec quelques heures de différé l’exécution à Bogota
de Antoine Habt, que lui avait ordonnée Taïeb. Après ces 2 fois 7 sections le
roman s’achève sur un échange de 6 répliques entre le flic Musil et Taïeb,
Musil lui apprenant la mort de Habt avant que Youde ait pu lui annoncer. Les
derniers mots de Taïeb sont : « Sachez que la mort du maître est une
part de son enseignement…Pardonnez-moi, je vois là quelqu’un qui
m’attend. »
Une exégèse commune lit le mot
BRASYT en le scindant en BRA SYT, bara shit, « Il créa six »,
soit Dieu commença par créer les 6 jours nécessaires pour la création (y
aurait-il un lien entre ce shit, aujourd’hui nom courant du haschich, et
Dieu-Dope ?).
La correspondance entre titres de
chapitres et lettres de Gn 1,1 ne semble effective, à mon sens du moins, que
dans très peu de cas, mais d’autres codages sont probables. Ainsi le chapitre
26 est-il intitulé The Boss, vraisemblable allusion à la valeur 26 du
Tétragramme. Ce Boss est aussi The King : il s’agit d’un blues
qui paraît d’abord s’appliquer à Taïeb, mais à la fin du chapitre celui-ci
décrète pour d’obscures raisons que l’organisateur des distributions de dope
est Habt, et le condamne à mort sur-le-champ, confiant l’exécution de la
sentence à Judith. En fait le chapitre 27 montre Habt prisonnier du chef de la
mafia colombienne, et de son acolyte français Lareine, qui n’apprécient guère
la gratuité du produit décidée unilatéralement par Habt. Un chef ou boss est en
Colombie un JEFE, et il est connu que ces lettres de rangs 10-5-6-5
correspondent exactement aux lettres du Tétragramme YHWH dans l’alphabet
hébreu. Par ailleurs le chapitre 26 correspond à l’initiale alef du mot erets,
« terre », et l’hébreu alouf dérivé de alef signifie
aussi « chef » (de tribu).
Je laisse deviner mon émoi en
trouvant Lareine mêlé(e) à l’affaire, puisque Ellery Queen (alias Nathan) a
utilisé le Tétragramme dans plusieurs romans, mais je ne peux développer ici ce
qui doit être publié prochainement. Quoi qu’il en soit, Habt parvient à
s’enfuir, sur des béquilles de fortune, après avoir tué le Jefe et
Lareine, mais ce sera pour tomber sur le poignard de Judith, une autre reine…
Par ailleurs Habt apparaît au
chapitre 6, intitulé Antoine, correspondant à la lettre tav de
BRASYT. Il est difficile de croire à un hasard, la correspondance avec la
béquille, le tau croix de Saint-Antoine offrant de toute manière des échos
vertigineux.
Je me demandais en lisant Serial
eater si Tobie Nathan n’avait pas voulu protester à sa manière contre le
code biblique popularisé par Michael Drosnin, dont le second livre paru en 2002
était largement consacré au 11 Septembre, et à sa prédiction de longue date
dans la Bible. Ainsi Drosnin
y a trouvé selon son système contestable (et contesté !) les mots
« terroriste Atta » à proximité de « homme égyptien »…
J’ai préféré ne pas en parler car
je ne vois absolument pas en quoi la formule ATTY ALH BQRBW serait une
meilleure « preuve » de quoi que ce soit, mais l’accent qui semble
mis ici sur le taw de Bereshit change quelque peu les choses (je
rappelle la valeur 911 de reshit seul, « début » [du monde…]).
Le succès mondial du premier
livre de Drosnin en 1997 est dû à sa « prédiction » du meurtre de
Rabin le 4/11/95, cependant le « code biblique » était connu bien
avant, notamment en France où la revue Kountrass avait publié plusieurs
articles sur la question, de 87 à 94. Le grand précurseur du code est le rabbin
Weissmandel, lequel a découvert vers 1950 les 4 lettres du mot TORA
« codé » toutes les 50 lettres à partir du T du premier mot de la
Tora, le T de Bereshit précisément. Ceci pourrait être anecdotique, mais
la même lecture se retrouve à l’identique à partir du premier T du second livre
de la Tora, l’Exode débutant par les mots eleh shemot, et on a TORA
toutes les 50 lettres à partir du T de shemot… Divers auteurs avancent
des choses analogues pour les 3 autres livres de la Tora, c’est tout à fait
inexact, mais le fait que les livres concernés soient les deux seuls comportant
un taw dans leurs titres hébreux, Bereshit et shemot, est
remarquable en soi.
Si ceci n’est pas suffisant pour
me convaincre de me convertir, de nombreux croyants y voient une preuve absolue
de l’origine divine de la Tora, ajoutant que le rythme de lecture de 49+1
lettres correspond au jubilé, année de repos marquant chaque période de 49 ans,
elle-même divisée en 7 périodes de 6 ans plus 1 année sabbatique, ce qui peut
être rapproché de la conférence finale de Taïeb.
Le T de Berechit correspond donc
ici à un personnage peu recommandable, Antoine Habt, graine de Führer, que le
sage juif Taïeb (signifiant « bon » en arabe, comme Tobie en hébreu)
décide d’éliminer sans autre forme de procès. On serait amené à se méfier d’un
psy aussi expéditif, et l’équivalence anagrammatique du condamné avec Tobie
Nathan ne conduit pas forcément à oublier ces réticences…
L’assassinat de Rabin a suivi une
longue campagne d’une hostilité sans précédent menée contre lui par divers
mouvements religieux extrémistes, allant jusqu’à le caricaturer en moustachu
arborant l’uniforme nazi… Il est probable que l’auteur des coups de feu mortels
y ait été encouragé par un haut dignitaire d’un de ces mouvements.
J’ai cité plus haut l’énigmatique
fin de Dieu-Dope, avec sa « mort d’un maître », or rabin,
quand on ne le traduit pas par « rabbin », signifie
« maître ». Dans ce dernier chapitre Nessim Taïeb, qui a commandité
l’exécution de son double Habt, revendique l’héritage de son aïeul Rabbi Nessim
ben Yitzhaq Taïeb, un nom où l’ordinateur n’est pas indispensable pour lire
« Ytzhaq Rabbi N »…
Il faut tout de même rappeler que
ce roman est paru en juin 95, et que le roman était vraisemblablement achevé
plusieurs mois plus tôt. Je retombe dans les suppositions de prémonition déjà
avancées pour Serial eater, et la juxtaposition des deux livres aboutit
au vertige absolu.
Ceci m’a conduit à examiner le
chapitre correspondant au L de elohim, le chapitre 11 (…) intitulé Bintou.
Une recherche Google m’apprend que c’est le nom d’un cas développé dans un
livre « sérieux » de Tobie Nathan et Isabelle Stengers, Médecins
et sorciers (1995, la même année). Le chapitre 14, Isabeau
correspondant à la dernière lettre de elohim, contient un vibrant éloge
à une certaine Isabeau von Stengerfield… Du coup je me demande si Belle
Darmentières, Armentières étant une ville frontalière avec la Belgique, ne
serait pas une allusion à la philosophe belge.
Cette recherche me fait découvrir
aussi le nom de Bruno Latour, autre ethnopsychiatre qui a collaboré avec Tobie
Nathan. Voici qui explique Bruno Lareine, mais d’avoir une Tour plutôt qu’une
Reine ne me fait en rien revenir sur mon idée de prémonition puisque le dernier
crime d’Antoine (ATTA) sera de vider son chargeur sur cette Tour/Reine…
rémi schulz, 1/1/8
Le goût de Tobie Nathan pour
l’anagramme me fait penser que Blanche Redon, la première « Tour »
dépecée par Muller, donne « blanche ronde », la blanche en musique
valant deux temps, moitié des quatre temps d’une ronde.
La seconde « Tour » est
Marie-Madeleine (migdal) Mory, et Dieu-Dope m’a appris que mory
signifie « marabout » (Mory Kante appartient ainsi à une famille de
marabouts). Cette Mory a été initiée à la sorcellerie, aussi dite magie noire.
Un autre développement ici, sur le mot attal,
« assassin ».