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J'ai évoqué sur mon blog la remarquable coïncidence (si du moins c'est une coïncidence) unissant les deux films d'Aronofsky sur des sujets originaux, Pi et The Fountain.
Le premier est riche en données numériques, mais il en émerge surtout le nombre 216. Max Cohen aurait découvert par hasard un nombre de 216 chiffres, clé essentielle.
Si aucune donnée chiffrée n'est mentionnée ou discutée dans The Fountain, la caméra montre le numéro de la chambre d'hôpital où meurt Izzi, sans s'y attarder, mais on le distingue nettement dans deux plans, 620. C'est le seul nombre visible, avec le numéro 82- A46 sous lequel est classé l'arbre mystérieux qui pourrait guérir Izzi, qui serait l'arbre de vie dont il est question dans la Genèse.
L'arbre de vie est encore un nom donné à l'arbre des sefirot, concept autour duquel tourne toute la kabbale. Les dix sefirot sont des "numérations" qu'il est vain d'espérer présenter en quelques lignes, voici un lien wikipedia faute de mieux, la seule chose m'important ici étant qu'il s'agit d'un concept essentiel de la tradition juive, repris par d'autres doctrines ésotériques.
Ces sefirot ont des noms hébraïques, et ces noms ont selon l'alphabet numéral propre à l'hébreu des valeurs numériques donnant lieu à de multiples commentaires. Ainsi n'importe quel spécialiste reconnaîtra dans 620 et 216 les valeurs des 1e et 5e sefirot, keter et gevoura, la Couronne et la Rigueur.
Comme je le développe sur le blog, ces deux nombres ont un statut unique, car, outre qu'ils soient des valeurs de sefirot, ce sont aussi des nombres de lettres de passages bibliques particulièrement commentés, à tel point que je ne vois pas d'autre passage pareillement connu pour son nombre de lettres. Ce sont donc
Ex 14,19-21 : 216 lettres remarquables parce que chacun de ces 3 versets consécutifs compte 72 lettres.
Ex 20,2-17 : les 620 lettres du Décalogue, remarquées parce que le Judaïsme connaît 613 mitsvot, prescriptions divines dénombrées dans la Tora, plus diverses autres prescriptions rabbiniques, dont essentiellement 7 sont retenues.
J'avais développé ici les coïncidences liées aux 216 lettres, il en est d'autres liées aux 620, auxquelles je suis particulièrement sensible parce qu'une de mes "découvertes" de l'époque où je me suis investi dans l'étude biblique concerne les 620 lettres du Décalogue, et, à ce jour, cette découverte semble bien inédite alors que la plupart de mes autres trouvailles enfonçaient des portes ouvertes.
Il me semble d'abord utile de préciser ma position actuelle sur les "miracles" dans les textes "sacrés". Ce n'est généralement pas sans une certaine fascination préalable qu'on en vient à étudier le pentateuque hébraïque, par exemple, que les fondamentalistes affirment écrit par Dieu lui-même, et transmis sans erreur depuis l'origine des temps, lettre pour lettre. Lorsqu'on peut envisager d'admettre une pareille affirmation, il est aisé de basculer dans la croyance aveugle dès qu'on connaît assez la langue pour vérifier certaines relations, sinon en découvrir de nouvelles. Or de multiples preuves existent que tous les livres bibliques sont ancrés dans l'histoire, par leur écriture et leur transmission, ainsi la prétendue invariance de la Bible ne date-t-elle que du 15e siècle, parce qu'une des premières éditions imprimées a depuis servi de modèle à toutes les autres.
Qu'il soit donc bien entendu que ce qui suit est un miracle textuel, auquel je ne vois aucune raison d'attribuer une origine divine.
Mon approche du texte biblique a débuté par le Commencement, la Genèse, et plus particulièrement son premier chapitre, le récit des 6 jours de la création. Il m'est venu l'idée, entre autres, d'isoler dans ce récit les paroles prononcées par Dieu, réparties en 11 interventions: elles totalisaient 166 mots et 620 lettres.
Ensuite, j'ai appris que la tradition juive établissait un parallèle entre les Dix Paroles de la Révélation, le Décalogue, et les Dix Paroles de la Création, mais sans homologation des 620 lettres car ces dernières (ou premières) Paroles sont uniquement celles introduites par "Dieu dit" (vayomer elohim). Ceci ne concerne que 9 des interventions divines dans le chapitre I, et la 10e Parole est alors celle de Gn 2,18, Yahvé Dieu dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul..."
C'est vers 1987 que j'ai découvert cette possibilité de 620 lettres dans ce que j'ai appelé les "Dix Dires", comme dans les Dix Paroles. J'ai exploré cette piste et quelques autres et jugé avoir obtenu suffisamment de matière pour une publication, mais me suis découragé après quelques tentatives. C'est après m'être tourné vers d'autres recherches que j'ai découvert, peu après sa publication probablement, l'essai concluant le recueil Les Dix Paroles (Cerf, 1995), Lechon Haqodech (la Langue Sacrée) de Joseph Elkouby. Voici le passage qui m'avait frappé :
Cette connexion entre Création et Révélation est confirmée de façon arithmétique. Le chapitre de la Création (Gn 1) et celui du Décalogue (Ex 20) présentent la même structure. Le premier verset de chacun des deux chapitres compte 7 mots et 28 lettres. Dans l'un le verbe "dire" (Vayomer) est mentionné 10 fois et dans l'autre les paroles sont au nombre de 10.
Le chapitre de la Création débute par un mot de 6 lettres (Berechit) et les injonctions de Dieu comptent 36 lettres soit 62.
Le chapitre de la Révélation débute par un mot de 5 lettres (Vaydabber) et les injonctions comptent 25 lettres soit 52.
Enfin, le nombre de termes qui composent les deux passages (Gn 1,1-31 et Ex 20,1-17) est de 613, nombre correspondant aux 613 préceptes.
Les formulations ne sont pas d'une limpidité extrême. Pas de problème avec le premier point, les 7 mots et 28 lettres des versets Gn 1,1 et Ex 20,1, ce que j'avais vu. Ensuite j'avoue n'avoir toujours aucune idée de ce que pourraient être les "injonctions de Dieu" en 36 et 25 lettres.
Le dernier alinéa m'a paru alors témoigner que ma découverte était connue de la sagesse juive, mais que l'auteur avait confondu le nombre des 613 mitsvot, "préceptes", avec celui des lettres du Décalogue, 620, qui sont homologuées de diverses manières à ces 613 préceptes. Je n'ai pas cherché à contacter l'auteur pour plus de précisions car, d'une part je m'étais déjà vu répondre par un rabbin kabbaliste qu'il ne pouvait discuter ces questions avec un incirconcis, d'autre part ces recherches bibliques ne m'étaient plus alors prioritaires.
Je suis donc resté pendant plus de dix ans convaincu que mes "Dix Dires" n'apportaient rien de neuf, et puis, précisément à la suite des coïncidences sur les noms des 72 anges issus des 216 lettres d'Ex 14,19-21, j'ai été consulter à mon dernier passage à Paris le rayon judaïsme de la BPI, espérant y trouver quelque nouvelle lumière sur le sujet. Ce n'a pas été le cas, mais, apercevant Les Dix Paroles, j'ai eu la curiosité de reprendre l'essai d'Elkouby, avec maintenant suffisamment de distance pour comprendre ce qui était écrit, indépendamment de mes supputations.
Ces "termes" du dernier alinéa sont des MOTS, et il y a 434 mots dans le récit de la Création (Gn 1), 179 dans le Décalogue précédé de son verset introductif (Ex 20,1), soit en tout 434+179 = 613.
Je m'absous volontiers de m'être d'abord trompé, tant la coïncidence résultant de la bonne interprétation est fabuleuse. Il faut être bien conscient de la presque absolue équivalence touchant dans l'herméneutique juive les nombres 620 et 613, pouvant concerner d'ailleurs quelques nombres voisins, valeurs de mots importants, notamment le mot tora, de valeur 611. Ainsi sont distinguées deux prescriptions, que tout le peuple d'Israël aurait entendu de la voix de Dieu, correspondant aux 6 premiers versets du Décalogue (énoncés à la première personne, tandis que Dieu est ensuite désigné à la troisième personne), des 611 autres prescriptions de la Tora.
Si je suis ébahi de voir mes deux fois 620 lettres réunies dans un ensemble de 613 mots (1671+648=2319 lettres pour information), j'imagine que ceux qui, tel Joseph Elkouby, s'émerveillent de la réunion de ces deux passages bibliques totalisant 613 mots, tomberaient à genoux en apprenant que les paroles divines totalisent 620 lettres dans chacun de ces passages.
Sans développer plus avant, la distinction dans le récit des Six jours de dix paroles vayomer opérée par le même Elkouby vient appuyer ma distinction de 10-11 paroles divines dans ce récit, l'autre approche n'en voyant que 9 et allant chercher la 10e au chapitre 2.
Le Décalogue est à plusieurs reprises explicitement appelé "Dix paroles" dans la Tora, 'esret hadevarim, expression de valeur 1231 (970+261). Il est encore appelé communément "Couronne de la Tora", à cause de ses 620 lettres, et la valeur de cette expression keter tora est encore 1231 (620+611). J'ai découvert ceci postérieurement aux 620 lettres des 6 jours, et cette harmonie m'a particulièrement frappé parce que mon "initiation" à la recherche biblique avait été marquée par la séquence 1-2-3-1; je n'essaierai pas de retrouver la démarche naïve qui m'avait mené à cette séquence, toujours est-il que j'ai alors été tenté de voir un "signe" dans cette équivalence, d'autant qu'aucune source kabbalistique ne la mentionnait.
Reprenant aujourd'hui la recherche "keter tora" sur le net, je vois que la relation est connue, des rabbins kabbalistes comme des ésotéristes chrétiens qui étudient aussi l'hébreu biblique pour y retrouver les signes précurseurs de Jésus.
Aboulafia signalait également l'équivalence avec la valeur gématrique du nombre "vingt-six", soit 'esrim weshesha = 620+611 = 1231. C'est à la 26e génération que Dieu a révélé sa Tora à Moïse, MSH qui est encore le renversement de HSM, "le Nom", désignation du Tétragramme YHWH = 26.
Mes "dix Dires" en 620 lettres semblent toujours inconnus, mais ma recherche m'amène à une autre série de 620 lettres découverte par les rabbins qui ont dénombré les mots et lettres de chaque parasha biblique (la Tora est divisée en 54 sidrot, formant un cycle annuel de lecture synagogale, et 669 parashiot, plus ou moins courtes sections).
Il se trouve ainsi que la parasha où Dieu indique comment fabriquer le chandelier à 7 branches compte 10 versets, 114 mots et 483 lettres (Ex 25,31-40), tandis que la parasha indiquant quelle huile doit être utilisée pour ce chandelier compte 2 versets, 37 mots et 137 lettres (Ex 27,20-21). En tout 620 lettres, en 10+2 versets, ce qui peut faire sens à plusieurs niveaux:
- si le Décalogue occupe 16 versets dans les Bibles chrétiennes, il possède un découpage différent dans la Bible hébraïque où il occupe 12 versets (voir ici sa division selon la Bible du Rabbinat).
- 10 x 2 = 20 (avec toujours vingt = 'esrim = 620), et il y a antérieurement deux fois "Dix" (ou 11) Paroles divines en 620 lettres.
Reprenant tardivement cette page interrompue il y a six mois, j'ai un peu de mal à en reprendre le fil, d'autant que certains points que je comptais aborder l'ont été sur mes blogs:
- ici 620 en tant que valeur de rouhot, "souffles" ou "directions".
- là 620 valeur de sheshakh, codage de Babel.
Et ici, je donne le détail des trois séries de 620 lettres.