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72 anges, 216 lettres

 

 

J’approfondis ici la double coïncidence des page 216 du Zohar et section 216 des Thanatonautes traitant toutes deux des 72 anges dont les noms sont formés à partir de 216 lettres d’un étrange passage biblique.

Voici donc la page 216 de mon édition du Zohar (où je ne vois d’autre indication que printed in Israel) :

 J’ai entouré de rouge le passage donnant les 72 combinaisons de 3 lettres formées avec les 3 versets de 72 lettres chacun (Ex 14,19-21), le Zohar n’ayant besoin de référencer ces versets que par leurs premiers mots (que j’ai entourés de bleu).

Ce passage qui fait partie des Sitre Tora (Secrets de la Tora) n’est pas présent dans l’ancienne traduction de Pauly du Zohar. On le trouve page 101 du tome II de la traduction Mopsik. Il existe une traduction en ligne en anglais, avec le texte original en regard : la liste des 72 combinaisons est au paragraphe 280 (toutefois il faudrait rectifier la traduction qui fait s’appliquer les first part, second part, etc., à ce qui suit alors qu’elles concluent les subdivisions en 6 catégories de 12 noms.

 

Voici le début de la section 216 des Thanatonautes, avec les noms des 10 premiers anges formés selon ces combinaisons :

 

Je sais maintenant, par Bernard Werber lui-même, que c’est par hasard si cette liste se trouve section 216, et que les erreurs sur les noms de certains anges sont de simples erreurs, sans intentions secrètes.

De fait une petite enquête parmi les livres ou sites traitant de la question montre à quel point les erreurs sont communes, sur les noms hébraïques des anges ou sur leurs transcriptions. En laissant de côté les récupérations « magiques » des 72 anges, je remarque que les juifs pieux, pour lesquels le Zohar est presque un livre sacré, ne sont pas à l’abri de l’erreur. J’ai cité plus haut la traduction anglaise du Zohar, mais la traduction française de Mopsik présente une lacune, que je présume d’abord due à l’éditeur plutôt qu’au traducteur : avant cette liste des 72 combinaisons trilittères figure une autre liste de 72 anges, chapeautée par les 4 anges supérieurs, Michael, Gabriel, Raphael et Nuriel ; 3 de ces anges ont été oubliés, selon un mécanisme facile à comprendre mais l’erreur est bien là.

 

Pire encore, la liste classique des 72 anges, sous toutes les formes que j’ai vues, semble présenter une erreur. Il y a 3 paires identiques parmi les 72 combinaisons trilittères, ce qui était peut-être la raison du choix des deux suffixes –el et –iah, permettant de différencier ces redondances. Deux combinaisons identiques ont cependant reçu le même suffixe –iah, la 11e et la 17e, LAW devenant LAWYH. Ces noms peuvent être différenciés par la prononciation, mais restent rigoureusement identiques à l’écrit, la plupart des livres en hébreu ne comportant pas de signes vocaliques additionnels.

Ainsi l’« erreur » de Werber pour le 17e ange devenu Lauvizh, s’il ne l’a pas recopiée ailleurs, pourrait rectifier l’erreur originale où les 11e et 17e anges se nomment tous deux Lauviah.

Werber est si populaire que de nombreux internautes ont choisi leurs pseudonymes dans ses œuvres, ainsi il existe au moins deux « Lauvizh » distincts. Plus amusant, un « Lauziel » déclare avoir choisi son pseudo en mélangeant les noms des anges Lauvizh et Caliel (l’ange suivant cité par Werber), mais avec une petite erreur de manipulation… Sans cette erreur, il aurait pu choisir Lauviel ou Lauvel, actualisant ce qui aurait dû être le nom « correct » du 17e ange.

 

Pour revenir à la liste originale, c’est assurément une curiosité. Les 3 versets d’Exode 14 évoquent « l’ange de Dieu », et le procédé de lecture fait apparaître le nom Micha(el), le seul nom d’ange donné dans la Bible hébraïque, dans le livre de Daniel, nom qui apparaît aussi dans la liste angélique…

Il est difficile de dater cette lecture des 3 versets, sinon d’en confirmer la réelle authenticité. Dans l’édition critique de Knittel, établie à partir de tous les manuscrits connus de la Bible, il y a quelques variantes pour ces versets, ce dont on peut déduire ce qu’on veut, mais les fondamentalistes juifs n’imaginent pas qu’il puisse exister des variantes au texte transmis par Dieu à Moïse.

Des présupposés de même ordre touchent le Zohar, pour les fondamentalistes œuvre de Bar Yochai, rabbin du second siècle, pour la critique historique œuvre de kabbalistes espagnols du 13e siècle, néanmoins évidemment influencée par des courants antérieurs. Ainsi il est déjà question des 3 versets dans le Bahir, autre texte fondateur de la kabbale dont il est au moins assuré qu’il est antérieur au Zohar. C’est une autre curiosité qu’il en soit question aux section 107-108 de ce livre numéroté en 200 sections. Bien que Bahir signifie « Clarté », les textes kabbalistiques sont à déconseiller aux amoureux de la raison pure, et la section 108 associe 72 princes (ou anges) par groupes de 24 aux archanges Gabriel, Michael et Uriel, laissant supposer qu’à cette triade correspondent les sefirot 5-4-6, soit Gevoura, Chesed et Tiferet, la Rigueur, la Clémence et la Beauté.

Je ne vais pas tenter d’expliquer ce que sont les sefirot, ces « numérations » formant l’« arbre des sefirot » qui n’est pas inconnu de Bernard Werber comme en témoigne ce tableau trouvé sur son site.

Il est curieux, et sera abondamment commenté ensuite, que les valeurs numériques de Chesed et Gevoura soient 72 et 216, le nombre de lettres de chaque verset et des trois réunis.

Cette homologie est rapportée au passage de 3x72 lettres, l’ange est clément pour les Israélites, et rigoureux envers les Egyptiens. Ceci ne simplifie pas l’approche rationnelle de ces versets, que voici dans la version de la Bible de Jérusalem :

Ex 14:19-

L'Ange de Dieu qui marchait en avant du camp d'Israël se déplaça et marcha derrière eux, et la colonne de nuée se déplaça de devant eux et se tint derrière eux.

Ex 14:20-

Elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël. La nuée était ténébreuse et la nuit s'écoula sans que l'un puisse s'approcher de l'autre de toute la nuit.

Ex 14:21-

Moïse étendit la main sur la mer, et Yahvé refoula la mer toute la nuit par un fort vent d'est ; il la mit à sec et toutes les eaux se fendirent.

 

Il existe des sous-systèmes de l’Arbre des sefirot, comme le Char (merkava), formé des sefirot 4-5-6-10. 4 et 5, la Clémence et la Rigueur, forment un couple de complémentaires se résolvant éventuellement en 6, tandis que 6 et 10, Tiferet et Malkhout, forment le couple essentiel au cœur de toutes les spéculations kabbalistiques. 

Elles sont entre autres homologuées à l’arbre de vie et à l’arbre de la connaissance, et le fait d’avoir d’une part une relation 1-3, de l’autre une relation 1-4, m’a conduit à examiner les valeurs des 4 sefirot, en groupant les éléments à connotation positive (correspondant aussi à l’unité dans les deux relations multiples) :

Chesed + Tiferet = 72 + 1081 = 1153

Gevoura + Malkhout = 216 + 496 = 712

La somme 1865 se partage selon le nombre d’or en 1153 et 712…

 

Le nombre d’or ne fait pas partie des spéculations traditionnelles rabbiniques, mais je suis parti du film Pi qui l’y introduit de façon peu orthodoxe, justement en relation avec l’arbre de vie, et je découvre pour ma part un écho avec une curiosité que je me suis abstenu jusqu’ici de commenter.

Michael Drosnin n’est ni un ange ni un personnage de Werber, mais le journaliste qui a popularisé le « code biblique », la découverte d’un groupe de mathématiciens fondamentalistes, supposée démontrer que la Tora est l’œuvre de Dieu, contenant sous forme codée toute l’histoire humaine… (une excellente réfutation est disponible ici)

Je ne vais pas épiloguer ici ni sur l’échec des diverses prophéties de Drosnin, ni sur la parution récente de son troisième livre qui n’a pas semblé intéresser grand monde. En oubliant les outrances sensationnalistes il demeure des choses très bizarres dans cette affaire, et une des trouvailles de Drosnin dans son second livre m’a particulièrement frappé.

Il a cherché la formule « clef du code », expression de 7 lettres en hébreu, lue en ELS (séquence de lettres équidistantes) dans la Tora, et a trouvé 4 occurrences « verticales » de l’expression. Deux d’entre elles croisaient avec une même séquence « horizontale » de 7 lettres, soit une expression effectivement présente dans la Tora, un nom de localité qui n’y apparaît que 3 fois, Pi-Hachirot. Le premier croisement se fait sur la lettre centrale des deux expressions (image obtenue grâce au logiciel gratuit Torah4u) :

Drosnin calcule une probabilité infinitésimale pour cette collision, ce que j’admets volontiers, encore faudrait-il pouvoir la mettre en parallèle avec tous les essais infructueux dans la même voie. Les commentaires de Drosnin ne m’ont pas convaincu. Pi-Hachirot est le nom du lieu d’Egypte près duquel s’est effectué le passage de la mer Rouge ; ha-chirot ressemble à un substantif féminin pluriel hébreu, mais le sens en est inconnu. Drosnin s’enthousiasme pour un midrash (commentaire rabbinique) non précisé qui aurait identifié ces chirot à des puissances célestes, mais selon le Midrash rabba, le plus connu de ces commentaires, les chirot seraient des prostituées…

Je me suis émerveillé d’une autre possibilité, entièrement irrationnelle. Ces 7 lettres se translittèrent PIHXIRT (par exemple), que je suis tenté de lire PHI = TRIX, avec TRIX (400-200-10-8) correspondant exactement au nombre 618 exprimé dans le système numéral hébreu, et 618 évoquant la section d’or phi = 0.618. Bien évidemment ce n’est que très récemment que la lettre grecque phi symbolise la section d’or, mais Drosnin se soucie peu d’utiliser le mot d’hébreu moderne qod, par exemple.

On peut aussi se référer à la translittération de la Vulgate, Phi-Hahiroth (les sons P et Ph correspondent à la même lettre en hébreu, où il est en principe impossible qu’un mot débute par le son Ph), et lire, avec Ha- dans son rôle d’article, « Phi, le 618 ». A l’expression « clef du code », mafteach qod translittéré MPTXQWD, correspond la valeur 638, ainsi la moyenne des deux expressions à gauche de Pi ou Phi est-elle 628, évoquant 2 x 314, ou 2Pi, le rapport de la circonférence du cercle à son rayon.  

Le rapport avec ce qui précède est que la première mention de Pi-Hachirot, celle qui donne le beau croisement ci-dessus, est en Ex 14,2, dans le même chapitre que les trois versets de 72 lettres, probablement à la source du nombre sacré de 216 chiffres dans le film Pi (tourné au format phi). La seconde occurrence est dans le même chapitre, Ex 14,9, et la dernière en Nb 33,7, celle qui croise aussi avec la « clé du code » (sur la lettre P).

En fait une concordance livre une 4e occurrence de « Pi-Hahiroth », la transcription la plus classique, au verset suivant Nb 33,8, mais il s’agit d’un cas, loin d’être unique, où le texte hébreu de la Bible présente une faute évidente : il est écrit PNI HXIRT au lieu de PI HXIRT. La raison en est simple à comprendre, PNI étant un mot courant employé deux fois dans le verset précédent, néanmoins la sacralité du texte est telle qu’aucun scribe n’a osé corriger cette erreur (reconnue par une note dans la version courante dite « Bible de Berlin ») commise probablement très tôt dans la chaîne des copies bibliques, si bien qu’elle apparaît dans tous les manuscrits connus de la Tora. Le « code biblique » de Drosnin et consorts est si précaire qu’il suffirait de supprimer cette lettre pour que disparaisse le second croisement entre « Pi-Hahiroth » et « clé du code », comme d’ailleurs celui entre « Yitzhak Rabin » et « l’assassin » qui a grandement contribué au succès public du code.

Peut-être cette suppression révèlerait-elle d’autres prodiges, mais ce n’est qu’une possibilité qui ne figure même pas parmi les milliers de variantes effectivement recensées dans les divers manuscrits de la Tora.

 

Il me reste encore à expliciter le titre affiché dans la barre du navigateur. J’ai parlé sur la page précédente de relations gématriques concernant 216, en français. Je n’ai pas retrouvé la source, mais j’avais noté quelques-unes de ces relations, dont

Le premier et le dernier = 216

Bernard Werber (=133, section dorée entière de 216) cite dans sa liste le premier et le dernier des 72 anges, Vehuiah et Mumiah, qui sont en hébreu des mots de valeurs 32 et 101, de somme 133.