Quand le tempérament va,
Le Clavier
bien tempéré, c’est d’abord la promotion d’un accord de l’instrument permettant
de jouer dans toutes les tonalités, et la démonstration immédiate par 24
compositions épuisant les 24 possibilités.
Ce n’est
peut-être pas un hasard si le titre original Das wohltemperirte Clavier
est en 24 lettres, ni si le mot forgé par Bach wohltemperirte a 14
lettres (on trouve souvent sur des partitions modernes l’orthographe Das
wohltemperierte Klavier, mais la partition autographe de Bach et l’édition
originale ne laissent aucun doute).
Dans
l’alphabet numérique de 24 lettres prêté à Bach, le titre du recueil se scinde
en deux parties de 12 lettres de valeur égale :
DASWOHLTEMPE
= RIRTECLAVIER = 133
Quant au
mot de 14 lettres, sa valeur 177 correspond au nombre de mesures des ensembles
14 des deux recueils (64 et 113) ; comme 177 se répartit selon la section
d’or en 110 et 67, 14 se répartit en 9 et 5, et les 9 premières lettres de wohltemperirte
ont la valeur 110 :
WOHLTEMPE
= 110 RIRTE = 67
on
constate que cette césure survient au milieu exact du titre complet ; elle
partage aussi exactement les 5 syllabes du mot en 3 et 2.
L’homologation
des 24 lettres et des 24 ensembles montre que la première lettre W de ce mot
miraculeux tombe sur la tonalité de cis-moll, la seule dont la tonalité
(cis=30) soit en rapport d’or avec le mode (moll=48). Le tableau suivant donne
les 14 tonalités correspondantes et les nombres de mesures des Préludes et
Fugues du premier recueil.
|
|
|
tonalité |
|
P |
F |
P+F |
|
W |
|
cis-moll ”” |
|
39 |
115 |
|
|
O |
|
D-dur ”” |
|
35 |
27 |
|
|
H |
|
d-moll ”” |
|
26 |
44 |
|
|
L |
|
Es-dur ”” |
|
70 |
37 |
|
|
T |
110 |
es-moll dis-moll |
1028 |
40 |
87 |
|
|
E |
|
E-dur ”” |
|
24 |
29 |
|
|
M |
|
e-moll ”” |
|
41 |
42 |
|
|
P |
|
F-dur ”” |
|
18 |
72 |
|
|
E |
|
f-moll ””
2 |
|
(22) |
(58) |
80 |
|
R |
|
Fis-dur ”” 0 |
|
(30) |
(35) |
|
|
I |
|
fis-moll ””
9 |
|
(24) |
(40) |
129 |
|
R |
67 |
G-dur ”” |
636 |
19 |
86 |
|
|
T |
|
g-moll ”” |
|
19 |
34 |
|
|
E |
|
As-dur ”” |
|
44 |
35 |
|
|
|
177 |
|
1664 |
375 |
608 |
209 |
Au parfait équilibre sur les valeurs des lettres du mot wohltemperirte
correspond un autre parfait équilibre sur les noms des tonalités correspondantes,
mais ceci demande quelques éclaircissements.
A la première lettre W correspond donc do dièse mineur ou
cis-moll, puis viennent D-dur, d-moll, etc., avec évidemment à chaque fois la
fugue dans la même tonalité que le prélude, sauf dans un cas.
Pour l’ensemble 8, à la 5e position ici, le
prélude est en mi bémol mineur et la fugue en ré dièse (es et dis). Ceci n’est
pas forcément extraordinaire : la différence entre mi bémol et ré dièse était
nettement perceptible dans les tempéraments anciens et Bach pouvait montrer par
cette double notation au sein d’un même ensemble que son tempérament résolvait
tous les problèmes ; il ne la reprendra cependant pas dans le second
recueil.
Mais
la chose a des conséquences numérologiques. Aux 14 tons des préludes
cis D d Es es E e F f Fis fis G g As
correspond
la valeur numérique 205, qui passe à 213 pour les fugues avec dis remplaçant
es.
VHK
verraient probablement dans 213 le 21/3, la naissance, et dans la moyenne 209
le 209e jour de l’année, la mort : tout BACH résumé en 14
tonalités…
Si
on écrit les noms complets des tonalités, il faut ajouter aux 205 et 213
précédents 14 fois les valeurs 41 de dur et 48 de moll pour avoir la somme des
28 tonalités des préludes et fugues, soit 1664.
Je
ne sais quelle était la bière favorite de Bach, mais le partage de 1664 selon
le nombre d’or donne 1028 et 636, et c’est exactement ce qu’on trouve pour le
partage des 14 ensembles en 9 et 5, correspondant au partage WOHLTEMPE-RIRTE.
Les
14 ensembles totalisent 1192 mesures dont le partage d’or idéal serait en 737
et 455. Les 8 premiers ensembles totalisent 746 mesures. Il y aurait mieux avec
les 14 fugues totalisant 741 face aux 451 des préludes, mais il y a un partage
parfait possible en isolant les 209 mesures déjà repérées des ensembles
12-13-14. Les 983 mesures restantes sont idéalement partagées en 608 pour les
fugues et 375 pour les préludes.
S’intéresser
aux correspondances du mot Wohltemperirte mène naturellement à
s’intéresser aux deux autres mots du titre.
A
Das correspondent 3 préludes de 35-38-104 mesures, en tout 177, valeur
de Wohltemperirte ou nombre de mesures des 4 pièces de rang 14
(24-40-43-70). Les fugues correspondantes ont 27-31-55 mesures, en tout 113, le
nombre de mesures des pièces 14 du recueil II (43-70).
A
Clavier = 66 correspondent 14 pièces totalisant 606 mesures (sans
répéter le prélude 24). Clavier, s’il faut le rappeler, vient du latin clavis,
« clé ».
A
Das correspondent les tonalités CcCis, à Clavier gisAaBbHh. Ainsi
le mot de 14 lettres apparaît symétriquement au milieu des tonalités BACH,
séparé d’elles par une tonalité unique (Cis et gis, quinte de Cis).
D’autres
petites choses en bref.
La figure essentielle des ensembles 12-13-14 est légèrement
décalée par rapport au centre 12-13 des 24 ensembles. En ne retenant que la
propriété (12) section d’or de (13+14), soit 80 section d’or de 129, il est
remarquable de trouver cette même propriété pour, et c’est le seul autre cas,
(11) par rapport à (12+13), soit 90 section d’or de 145. Ce sont, multipliés
par 5, les nombres 18 et 29, termes de la suite de Lucas qui semblent avoir une
importance immédiate dans le recueil I : les termes suivants sont 47 et 76
qui se trouvent correspondre aux derniers prélude et fugue, et les 2088 mesures
du recueil peuvent se factoriser en 4x18x29, trois nombres de Lucas.
Aux
299 mesures totales de ces 4 tonalités médiales en fa et fa dièse du volume 1
correspondent curieusement 598 mesures dans le volume 2, le double.
A
propos du dernier ensemble du volume 1, on sait que le prélude est à reprises,
et qu’il compte donc à l’exécution 47+47+76 = 170 mesures, soit 5 fois 34,
terme de la suite de Fibonacci. Il est remarquable de trouver deux autres
ensembles correspondant aux quintuples des termes précédents, constituant donc
une autre série d’or :
13 :
30 + 35 = 65 = 5 x 13 (et c’est le 13e
ensemble)
15 :
19 + 86 = 105 = 5 x 21
24 :
94 + 76 = 170 = 5 x 34
Ce
sont les seuls ensembles en rapport d’or du recueil. Il est étonnant qu’ils
forment une série, et Réellement Remarquable qu’à leurs rangs 13-15-24
correspondent les seuls R du titre « Das wohltempeRiRte
ClavieR »…
Note
ultérieure : en relisant j’ai trouvé ce dernier point si extraordinaire
que j’ai voulu revérifier, et j’ai alors découvert qu’il y avait deux autres
couples en rapport d’or, les 78 mesures de (PF19) correspondent à la section
d’or optimale des 127 mesures de (PF8), soit 78,49… mesures. C’est un moins bon
rapport que (PF24)/(PF15) ou (PF15)/(PF13), et il y aurait moyen de ne retenir
que ces couples en choisissant les seuls cas où le plus grand élément
corresponde optimalement au petit multiplié par le nombre d’or (78 x 1.618 =
126.2… à arrondir à 126), mais le couple 8-19 offre de telles harmonies que je
me sens incapable de les départager avec les Ratios des RRR.
Ainsi
dans ce couple 8-19 ce ne sont pas seulement les totaux P+F qui sont en rapport
d’or optimal, mais les préludes entre eux et les fugues entre elles. De fait
les mesures des préludes correspondent au 24-40 mesures du PF14 du premier
volume. Quant aux fugues, elles correspondent, multipliées par 3, aux termes
18-29 de la suite de Lucas 1-3-4-7-11-18-29 qui se poursuit par 47 et 76, soit
le PF24 (sans reprises). L’intrication des rapport d’or entre PF avec les
rapports d’or entre P et F devient plus flagrante quand on considère le couple
PF13-PF15 (admettons que le PF24 est particulier puisqu’il n’entre dans ces
jeux qu’avec les reprises) :
|
rang |
P |
F |
PF |
|
8 |
40 |
87 |
127 |
|
19 |
24 |
54 |
78 |
|
13 |
30 |
35 |
65 |
|
15 |
19 |
86 |
105 |
Les
préludes 13 et 15 sont également en rapport d’or, mais inversement au rapport
PF15/PF13. Il n’y a ainsi pas de relation simple entre F13 et F15, mais une relation
existe néanmoins entre P13+P15 et F13+F15, 49 et 121, carrés de 7 et de 11
termes de la suite de Lucas.
Le
plus joli est la combinaison entre les préludes, P19+P15 = 43, P8+P13 = 70,
correspondant au 43-70 mesures du PF14 du second volume. Ainsi ces 4 préludes
issus d’une recherche sur les ensembles PF amènent 4 nombres deux à deux en
rapport d’or permettant de décrire les 2 ensembles PF 14, les deux seuls à
l’intérieur desquels existe un rapport d’or entre P et F (en considérant
toujours à part PF24 du premier volume). Ceci rappelle étrangement la recherche sur les rapports d’or entre tonalités sur les
deux volumes réunis, menant aux 4 tonalités à l’intérieur desquelles existent
des relations d’or de types divers, et appelle à se pencher sur ce qui pourrait
se passer d’analogue dans le second volume, avec un nouveau prodigieux résultat
à courir étudier ici.
Les
curiosités du tableau précédent ne sont pas épuisées, car la somme des rangs
des 4 tonalités considérées est 55, dont la moyenne 13.75 s’arrondirait à 14,
la tonalité dorée idéale. On pourrait déplorer de ne pas avoir 56 de moyenne
exacte 14, mais ce 55 peut apporter un surcroît de sens car les sommes des
rangs pour les préludes « forts » sont 8+13 = 21, parfaite relation
fibonaccienne, et pour les préludes « faibles » 15+19 = 34, le nombre
de Fibonacci suivant 21, c’est-à-dire qu’on a ici une inversion analogue à
celle des préludes des ensembles PF 13-15.
BACH
héla VERNE
Une petite curiosité dont le rapport avec ce qui
précède n’est peut-être pas évident, mais…
Je suis un grand lecteur de Jules Verne, où je
décèle, après d’autres, de très grandes subtilités d’écriture.
Rien à première vue qui concerne le nombre d’or,
sauf un cas, et qui a un rapport immédiat avec Bach.
En 1895 est paru L’Ile à hélice, le roman de
Verne qui a le plus de rapport avec la musique, ses héros étant les membres du
Quatuor Concertant, embarqués dans des péripéties autour du monde qui ne sont
pas toujours dignes du meilleur Verne.
Mais ce qui m’occupe est la composition du Quatuor,
formé de
- Sébastien Zorn, violoncelle, 55 ans, le chef
- Yvernès, premier violon, 32 ans
- Frascolin, deuxième violon, 30 ans
- Pinchinat, alto, 27 ans
Au 19e siècle, et plus tard encore, Bach
était connu en France comme « Sébastien Bach », et « Sébastien
Zorn » l’évoquait forcément, d’autant que dans son nom de 4 lettres la
voyelle occupe la même position que dans Bach. On remarque que son premier acolyte
laisse lire les lettres VERNE.
Enfin ce qui m’importe au premier chef est la somme
des âges de ses trois accompagnateurs, 89 ans, 55 et 89 étant des nombres de
Fibonacci, dont le rapport approche le nombre d’or mieux qu’aucune autre paire
de nombres voisins.
Je ne prétends aucunement que ce soit autre chose
qu’un hasard, mais j’incline par ailleurs à penser que les relations vues chez
Bach restent fort éloignées d’un calcul conscient de sa part, alors…
Peu d’autres indices sur cette piste dans ce roman,
sinon qu’il est construit en deux parties de 14 chapitres chacune, et que cette
« île », Standard Island, est administrée par Calistus Munbar,
anagramme transparente de Barnum ; la syllabe sensible « bar »
(proche de Bach) est demeurée identique ; si Verne avait effectué un
simple échange de syllabes, Numbar aurait été fort proche de number,
« nombre ».
Standard Island… Dans une nouvelle contemporaine, M.
Ré-dièze et Mlle Mi-bémol (1893), Verne rappelle l’origine de la note SI
acronyme de Sancte Ioannes. Selon les manuscrits préparatoires, Verne a
d’abord envisagé de nommer son île Screw Island (dont l’acronyme était déjà
SI), soit une traduction exacte de Ile à Hélice, mais screw est aussi un
mot très grossier en argot…
Cette histoire de ré dièse et mi bémol n’a nul besoin
d’avoir un rapport avec le problème es-dis du Clavier bien tempéré,
mais il est bien plus curieux de trouver dans cette nouvelle l’organiste
Eglisak, contrapontiste sans rival, auteur d’une fugue à quatre parties qui
reste à jamais inachevée. Le lecteur n’en sait rien d’autre, mais si par parties
Verne entend une fugue à 4 voix ceci n’a rien d’exceptionnel et il existe de
nombreuses fugues à 5 voix, et au moins une à 6 ; s’il s’agit d’une fugue
à 4 thèmes, on ne peut que songer à la dernière fugue inachevée, longtemps
connue comme Fugue à trois sujets, mais en 1881 Nottebohm montrait qu’à
ces trois sujets se superposait le Grand Thème structurant L’Art de la fugue,
et qu’en conséquence il s’agissait d’une prodigieuse fugue à 4 thèmes ou sujets
concluant l’œuvre.
L’expédition polaire des Aventures du capitaine
Hatteras, le second roman publié de Verne (1864), ne connaît que 5
survivants :
Johnson (Johann est le prénom commun à presque tous les
Bach)
Bell
Altamont
Clawbonny
Hatteras lui-même, le seul dont le prénom est donné
au lecteur, John (comme Sébastien est le seul prénom connu des membres du
Quatuor Concertant).
Et SI ? (mais non)
Il existe assez peu de romans où le Nombre d’or soit
évoqué. Le plus ancien que je connaisse est Les sœurs Lacroix (décembre
1937) de Simenon. Dans sa préface à La Marie du port écrite deux
mois plus tôt, Simenon déclarait chercher une vérité que d’autres avaient
trouvée, tels Rembrandt et Sébastien Bach…
Les sœurs Lacroix sont la femme et l’amante du
peintre Emmanuel Vernes, qui a écrit d’étranges Recherches sur le Nombre
d’Or dont elles ne sauront que faire après sa mort, qu’elles veulent faire
constater par le docteur Jules.
achevé
le 03/12/03