Les grands Pouys sont d’or
En février 2004 JiBé Pouy me demanda des textes pour une nouvelle revue, Teckel.
Je lui proposai une étude sur le nombre d’or dans deux œuvres, le Clavier bien tempéré de Bach et un poème de Perec, ainsi qu’une création personnelle, un poème quadridirectionnel composé pour illustrer une propriété liée au nombre d’or.
Ceci se passait alors que j’étais plongé dans une recherche intense sur Bach, initiée par une découverte de novembre 03, à la base de l’article donné dans Teckel : dans chaque volume du Clavier bien tempéré, les deux meilleures proportions d’or au sein d’une paire Prélude-Fugue apparaissent pour les mêmes tonalités (parmi 24), fa dièse mineur et si mineur.
Vers le 25 mars, je m’avise que les noms allemands de ces tonalités, fis et h, peuvent former fish, « poisson » anglais, ce qui éveille un écho avec une autre de mes découvertes sur le nombre d’or.
Ayant entrevu de possibles constructions d’or chez Ellery Queen, j’ai acheté (à prix d’or) le rare et unique livre publié par Daniel Nathan, nom de naissance d’un des cousins Queen, The Golden Summer (1953), et ce que j’y ai trouvé répondait assez idéalement à mon attente. En laissant de côté l’architecture d’ensemble qui ne m’est pas apparue directement, mon premier indice a été le chapitre intitulé The Verdict of the Fish Bowl, où le jeune héros organise une tombola dont il effectue le tirage dans le bocal de ses poissons rouges. Il a vendu 40 billets à 24 personnes différentes, ce qui équivaut au rapport 5/3 ; les nombres 3 et 5 étant des termes consécutifs de la série de Fibonacci, ce rapport représente une certaine approximation du nombre d’or.
J’avais noté que les poissons rouges étaient en anglais goldfish (poissons d’or), et que fish bowl pouvait correspondre à une discrète évocation du diminutif du nom de Fibonacci, Fibo.
Je m’avise alors que 24 et 40 correspondent aux nombres de mesures des Prélude et Fugue en fis du premier livre du Clavier bien tempéré.
Je n’en déduis rien. Je ne soupçonne ni Bach (« rivière » en allemand) d’avoir forgé un fish par ses pièces dorées, ni Nathan d’avoir fait référence à Bach. Ces échos relèvent du hasard, mais d’un hasard qui ne peut être qualifié de simple, car les coïncidences qui ne peuvent être intentionnelles s’accumulent à un tel point dans cette affaire qu’elles font naître les doutes les plus légitimes sur les éléments qui pouvaient constituer des indices de construction préméditée.
Je ne m’étends pas sur cette logique de l’absurde, mon propos étant de tenter d’exposer le plus brièvement possible les coïncidences sur « poisson d’or » et sur le rapport 40/24 ou 5/3.
L’étape suivante se situe le 2 avril, où je reçois un cadeau de l’adorable JiBé, qui connaît mon intérêt pour Queen, et qui m’envoie deux premières éditions françaises, dont Le mot de la fin dans la collection Le Cachet (1960). Bien que j’imagine connaître parfaitement ce roman, je le feuillette avec attendrissement et tombe sur un poisson d’or dont je mesure vite l’adéquation numérique.
Le mystère principal du Mot de la fin occupe 12 de ses 20 chapitres. Un certain John Sebastian (Jean Sébastien) reçoit chacun des 12 soirs de Noël un envoi contenant un ou plusieurs cadeaux, accompagné d’un message imitant les strophes de la chanson The twelve days of Christmas. Les 12 envois totalisent 20 cadeaux, et le 12e cadeau est un poisson d’or, non un vulgaire poisson rouge, goldfish, mais un golden fish, un beau poisson exotique dans son bocal.
Le nombre moyen de cadeaux par envoi est donc 20/12 ou 5/3, comme le nombre moyen de billets par client de la tombola du fish bowl, et le 12e cadeau, le poisson d’or, est souligné par le fait qu’il s’agit du dernier cadeau de l’année (1929), le 8e envoi survenant le 1er janvier 1930.
Ceci m’a inspiré une première étude, Gold Ellery Bach, puis une seconde explorant diverses coïncidences absurdes non développées dans la première, ainsi que des coïncidences survenues en cours d’écriture.
Enfin la concentration sur fish m’amena à discerner de nouvelles relations idéales chez Bach, portant non sur les seules pièces 14 et 24 en fis et h, mais sur l’ensemble des pièces 14 à 24.
Les circonstances qui m’ont amené à l’étape suivante seraient délicates à cerner. Je venais de renvoyer mes articles corrigés pour Teckel, le point le plus problématique étant le tableau donnant la structure de mon poème « fibonaccien » Sator aux quatre vents, très mal passé de Word à Xpress. Ce poème[1] a eu pour point de départ une strophe de 5x8 lettres, soit 40 lettres, destinée à être incorporée ensuite dans une strophe de 8x13 lettres, elle-même dans une strophe de 13x21 lettres, elle-même enfin dans une strophe de 21x34 lettres.
J’ai eu la curiosité de voir ce que donnerait l’utilisation du procédé en amont, et il s’est trouvé que les 4 strophes de 1x1, 1x2, 2x3 et 3x5 lettres pouvaient trouver un sens minimal, alors que personne ne les a écrites :
R.
Rê
été rat
et usa ta népéride
Avec la « népéride » vue comme la spirale d’or logarithmique de Neper, un nom qui s’accordait étonnamment bien au projet de départ. Ceci est décrit dans l’article, mais voici que je m’aperçois que les 4 strophes venues d’ailleurs totalisent 24 lettres, et que les lettres -ide que j’avais imaginées constituer un suffixe peuvent aussi être lues comme un nom du poisson rouge, l’ide.
J’ai donc 24 lettres s’achevant sur IDE suivies de 40 lettres s’achevant sur OR.
Et aussi contenues à l’intérieur de ce groupe de 40 lettres, selon le principe fibonaccien du poème.
Curieux, mais ce n’est pas fini. J’imaginais avoir décortiqué le poème de Perec sous toutes les coutures en son temps, et je n’ai éprouvé aucun besoin de le consulter pour écrire l’article pour Teckel se bornant à quelques points de la longue étude écrite l’an dernier. Et puis il y a eu l’histoire du virus « 12+8 », détaillée ici. Un copain qui n’a rien à voir avec la liste Oulipo a reçu le 12 avril 04 un virus caché par un message passé le 11 avril 03 sur cette liste ; c’était une réponse à une demande de liste de 12 titres de livres attractifs en eux-mêmes, et un membre avait donc proposé une liste de 20 titres.
Ceci alors que j’étais en train de développer dans Gold Ellery Bach l’histoire des 12+8 cadeaux.
Le premier titre de la liste était Si par une nuit d’hiver un voyageur, mais je n’avais pas ce livre de Calvino que je n’ai pu me procurer qu’en mai. Ce n’est qu’à un stade avancé de sa lecture, accompagnée de consultations de Comment j’ai écrit un de mes livres, que je m’aperçois le 10 mai que ce texte où Calvino dévoile l’architecture intime des 12 chapitres de son roman fut le 20e cahier de la Bibliothèque Oulipienne. Encore 12 et 20, mais où se niche le Poisson d’or ?
Il se trouve que le 19e cahier de cette Bibliothèque fut Epithalames, où Perec a rassemblé ses trois textes en beaux présents écrits pour des amis, le dernier étant Noce, le poème doré idéal. Et comme ces cahiers 19 et 20 constituent le début du second volume de la compilation des éditions Ramsay La Bibliothèque Oulipienne, je ne peux éviter de jeter un œil à Noce ni d’y apercevoir une Daurade qui avait échappé aux filets de mes lectures antérieures.
Et cette Daurade n’est pas dorée que sur le seul plan de l’étymologie …
Le point d’or capital que j’ai repéré dans Noce se situe parmi les 66 vers des 9 premières strophes, où les fiancés sont séparés (ils se réunissent dans la dernière strophe). Le partage d’or de 66 donne 41 et 25 en nombres entiers, 40,8 et 25,2 avec un peu plus de précision, les vers pouvant accepter des césures problématiques pour les mots et impossibles pour les lettres. Précisément le vers 26 de Noce,
Mon amour mon nombre d’or
admet une césure après amour qui respecte mieux le partage d’or idéal de 66 qu’une coupure en 25 et 41 vers, et cette césure révèle un partage d’or idéal des lettres comme des mots des 66 vers. Or toute quantité admet deux sections d’or : la petite tombait sur 25(,2), la grande tombe sur le vers 41,
Ma Reine, ma Diane, ma
Daurade
J’ajoute que le vers 26 concernait le fiancé, et que ce sont les seuls vers de ce type avec
Ma dame d’ambre rare (vers 1) et
Mon ami mon cœur (vers 57)
Et y aurait-il un 40-24 assez directement présent dans Noce ? Au premier abord[2] 41-25 n’en est pas loin, et il y a en fait 41 billets pour 25 personnes dans le Fish Bowl de la tombola, mais l’une des personnes n’a pas payé son billet et n’est donc pas comptabilisée dans le bilan final.
Je m’ébahis devant la découverte que chacun des trois exemples dorés proposés à Pouy cachait un poisson doré dont je n’avais au départ aucune conscience. Et c’est grâce à Pouy que j’avais découvert début avril le poisson d’or du Mot de la fin. Et dans chaque cas le rapport 5/3 apparaît plus ou moins directement.
Goldfish, ide, daurade, cyprin, les noms dansent dans ma tête et je pense à un concept grec défendu par Phil Dick dans un de ses livres, quelque chose comme ideos kosmos, le monde personnel, qui peut être fort différent du monde partagé par tous, me disant que mon ideos kosmos se trouve soudain envahi par des bancs d’ides cosmiques.
Je pense que c’est dans Siva, le livre le plus fou de Dick car récit de sa vie même, que ça doit se trouver, et je feuillette mon exemplaire. Mon regard accroche très vite quelques mots de la page 116 : le signe du poisson d’or destiné à Thomas.
??? Je n’ai aucune idée de ce que ça signifie, et j’ai aussi le sentiment d’avoir déjà éprouvé la même incompréhension devant ces lignes et d’avoir dû revenir en arrière pour les éclaircir. Je reviens en arrière, et consulte par ailleurs la bio de Dick, Invasions divines de Lawrence Sutin.
Le 19 février 1974, Dick subit une intervention lourde chez un dentiste qui lui administra du 4-penthotal. Une douleur extrême le tortura dans la nuit et il dut attendre le matin la livraison d’un analgésique puissant. Ce fut une jeune femme aux cheveux sombres qui vint sonner à sa porte, et Dick demeura pétrifié devant le collier doré qu’elle portait, représentant un profil de poisson.
« C’est un symbole qu’utilisaient les premiers chrétiens » lui indiqua-t-elle.
A en croire Dick, ces mots déclenchent une anamnèse en lui, et il se rend compte qu’il est aussi Thomas, un chrétien du premier siècle dont l’esprit va désormais partager avec celui de Dick un unique corps. Non content de lui révéler les profonds rapports qui unissent l’Amérique de Nixon à l’empire romain, Thomas permet à Dick d’accéder à d’autres personnalités enfouies, notamment extraterrestres…
Hum… Dick était-il dingue ? Au moins se le demandait-il lui-même, mais là n’est pas la question. Parmi les « révélations » issues de l’anamnèse provoquée par ce poisson d’or, il y aura le rectangle d’or et la série de Fibonacci (pages 194-198 de Siva), et c’est pour cette raison que j’ai intitulé Very Dick la relation d’une curiosité survenue alors que je parlais à un ami des relations dorées dans Noce : quelques instants après nous découvrîmes sur notre route un panneau « NOMBRE D’OR », en pleine campagne.
J’ai lu plusieurs fois Siva, et je devais donc avoir enregistré quelque part ce poisson d’or, que j’imagine avoir occulté parce que je n’ai aucune sympathie pour les religions dogmatiques. Néanmoins, si c’est mon inconscient qui m’a poussé à feuilleter ce livre, il faut lui reconnaître l’habileté d’avoir justifié l’action par le motif plausible du ideos kosmos. Le terme exact est en fait idios kosmos, opposé à koinos kosmos, « monde commun » ; je le retrouve dans La fille aux cheveux noirs où Dick conclue un passage par « Si deux personnes rêvent le même rêve, celui-ci cesse d’être une illusion (…) nous commençons à voir l’artificialité tremblante du koinos kosmos et un début de tangibilité de l’hallucination. Comme avec la SF, une troisième réalité existe à mi-chemin entre les deux. »
Je connais cependant fort bien le symbole chrétien du poisson, IChThYS, choisi parce les deux premières lettres du mot correspondent aux initiales de Iêsous Christos. Et je suis depuis longtemps fasciné par l’harmonie gématrique qui unit les deux mots grecs. La gématrie de Iêsous 888 est souvent commentée et mise en relation avec le 666 de l’Antéchrist, mais tout le monde ne sait pas que 888 c’est 3 fois 296 et que la valeur 1480 de Christos égale 5 fois 296. J’avais noté qu’il suffisait de multiplier par 37 les 24-40 mesures du Prélude-Fugue en fis pour obtenir les 888-1480 du Fils Jésus-Christ, je suppose que ça aurait fasciné Dick, en tout cas ses omniscientes personnalités de rechange ne semblent pas l’en avoir informé.
Curieusement je venais il y a peu d’associer Dick à cette pièce. France-Culture a diffusé le 9 avril une émission sur Dick, où il était question de La machine à conserver, nouvelle imaginant la transformation de chaque Prélude-Fugue du Clavier bien tempéré en un coléoptère. J’ai alors (re?)lu cette nouvelle dont je ne me souvenais pas, et me suis amusé de son dernier mot, « Ce que je fis. »
De multiples autres coïncidences se rattachent peu ou prou à cette affaire, mais je ne veux pas noyer le poisson. Je peux donc aligner au bas mot six poissons dorés, au bas mot puisque le symbole christique offre deux pistes, puisque chaque volume du Clavier bien tempéré contient un fis-h doré, puisque d’autres poissons pourraient avoir un rôle doré dans The Golden Summer.
Au-delà de la quantité, les trois exemples proposés dans Teckel constituent une totalité qui confine à une fatalité, un déterminisme ?
Une dernière curiosité. C’est dans l’édition J’ai Lu que j’ai lu pour la première fois Le mot de la fin, en 85. Dans cette édition le « poisson d’or », 12e cadeau, apparaît à la page 144, 12e nombre de Fibonacci. La somme correspondant aux rangs des 10 lettres POISSONDOR dans l’alphabet est 144, tandis que celle correspondant aux 6 lettres de mon nom SCHULZ est 89, 11e nombre de Fibonacci.
Mais où va-t-il pêcher tout ça ?
le 18/05/04, pour AM,
Rémi Schulz
Un peu plus tard… (juillet)
En relisant cette page je
me rends compte à quel point elle pourrait paraître égocentrique au premier
abord. Fidèle à ma démarche sur ce site je ne modifie rien, mais je précise que
je n’imagine pas un instant que cette avalanche de coïncidences poissonneuses
ait une quelconque signification élective. J’entends par là que je ne me
sens en aucune façon privilégié par une quelconque puissance supérieure
qui m’enverrait des signes personnels…
Je me sens en fait souvent
fort peu doué, ainsi un fait relativement important m’a échappé depuis près de
8 mois où je m’intéresse à ces tonalités fis-h 14 et 24.
Je suis venu à m’intéresser
au nombre d’or en été 01, à la suite d’un article de Gehrard Goebel, où
ce professeur voyait notamment Le Songe de Poliphile, fameux texte
ésotérique de 1499, divisé par la section d’or parce que l’événement crucial du
livre, selon lui, se situe au milieu du 24e de ses 38 chapitres,
soit au 47e de ses 76 demi-chapitres. Curieuse assertion car la
division immédiate du livre est en deux parties de 24 et 14 chapitres, et la
structure en chapitres est soulignée par un acrostiche couvrant les 38
lettrines les débutant, POLIAM FRATER FRANCISCUS COLUMNA PERAMAVIT. J’ai eu la
curiosité de calculer la valeur numérique latine de cette formule, 408, que la
section d’or partagerait idéalement en 252 et 156, ce qui correspond exactement
au partage des lettrines selon les deux parties du livre :
24 premières :
POLIAM FRATER FRANCISCUS CO = 252
14 dernières : LUMNA
PERAMAVIT = 156
Je n’en déduis rien, mais
ce serait tout de même un meilleur argument que l’hypothèse bancale de Goebel,
sachant que de tels jeux gématriques ont explicitement été employés un siècle
plus tard dans les manifestes rosicruciens, visiblement inspirés par ailleurs
par Le Songe de Poliphile.
Or le titre de ma page sur
les tonalités fis-h, Vois, ton pêcheur, était une
traduction très libre du choral BWV 408, et ce nombre 408 n’avait pas manqué de
m’évoquer le premier rapport doré idéal que j’avais découvert[3],
mais il m’avait alors échappé que ce partage idéal 252-156 était lié à un
partage non idéal 24-14. Je n’y avais pas davantage pensé ces mois derniers où
je me suis intéressé plus particulièrement aux tons 14-24, ni d’ailleurs lors
de l’écriture de ma première page dorée sur
Bach fin 2001 où je voyais déjà une lecture 14-24.
Ayant donc pallié à cet
oubli du Songe, j’ai exhumé mon édition ainsi qu’un livre de
commentaires, Les Jardins du Songe, d’Emanuela
Kretzulesco-Quaranta. Je constate que cet ouvrage est préfacé par le professeur
Goebel évoqué plus haut, et je m’émerveille des deux premières notes du livre,
en vis-à-vis aux pages 20 et 21, où ce sont les seules notes.
La note de la page 20 fait
référence à un texte de Matila Ghyka, l’homme dont le nom est irrémédiablement
associé au nombre d’or, même s’il n’en est pas question ici (comme je pense
dans l’ensemble des Jardins).
Et la note de la page 21
n’est autre que l’explication de l’acronyme IchThYS, « très ancien symbole
adopté par les chrétiens », parce qu’un des premiers symboles rencontrés
par Poliphile dans son songe est une ancre sur laquelle se love un dauphin,
emblème adopté comme marque typographique par Alde Manuce, le premier éditeur
du Songe, en 1499.
Ces deux notes apparaissent
dans une introduction sous-titrée Le temps revient, ce qui était la
devise de Laurent le Magnifique. Ce n’est pas loin de ce que propose Dick, avec
son temps interrompu au 1er siècle qui redémarre en 1974 par le
signe du Poisson d’or.
Cet
ΙΧΘΥΣ exogène m’a encore dessillé les yeux. J’ai
mentionné plus haut le rapport 5/3 entre les valeurs grecques de
Χριστος et
Ιησους, mais je n’avais pas alors remarqué la
valeur des seules initiales, à l’origine de l’adoption du poisson par les chrétiens,
or Ι Χ = 10+600 = 610, soit le 15e terme de la suite de Fibonacci,
qui est encore le nombre de mesures des fugues fis..h (14 à 24) du premier
volume du CBT, 11 fugues dont le partage idéal 7-4 livre le partage fibonaccien
idéal 377-233 mesures.
On peut encore lire XI (11
latin) fugues = XI (610 grec) mesures, en n’oubliant pas que Xi (chi ou
khi) est encore le nom de la lettre grecque X.
La valeur du mot complet
ΙΧΘΥΣ est 1219, soit 610+609, se présentant de façon
immédiate comme un double à une unité près d’un terme de Fibonacci, un type de
nombre déjà rencontré, notamment pour les sommes des pièces en fis (177 = 2x89
– 1) et en h (289 = 2x144 + 1). Les pièces en fis-h totalisent 466 mesures, ce
qui correspond à la petite section d’or de 1219, valeur du poisson grec.
Je découvre ensuite que la
somme des nombres de 14 à 24 n’est autre que 209, le nombre de la mort de Bach
(le 209e jour de l’année 1750), déjà impliqué dans maintes
relations, et que ce 209 peut se partager en 80+109 : la somme des nombres
de 14 à 18 est 80 (Bach est né le 80e jour de l’année 1685).
Cette nouvelle approche est
si riche qu’elle a débouché sur cette nouvelle page.
Et le rappel de l’équation
38 = 24+14 du Songe m’a fait prendre conscience d’une parfaite
homologation avec les trois paires idéalement dorées parmi les 48
préludes-fugues du Clavier bien tempéré, les paires 14, 24 et 38 : nouvelle page encore car il y a d’autres corrélations.
Et c’est grâce à une dame
née Quaranta (40 en italien, nombre de mesures de la première fugue 14 en fis),
traitant du songe de Poliphile (narré dans la première partie de 24 chapitres,
nombre de mesures du prélude), que je fais ces pêches miraculeuses.
Il me semblait qu’on ne
pouvait guère envisager de lien intentionnel entre fis ou fis-h et le poisson fish,
or ce n’est pas si certain. Le 9 mars 04 j'écoutais France-Culture à 11 h 30,
où Rohmer parlait de son film Le Rayon vert, dont la musique a sur sa
demande été écrite sur les notes B-A-C-H. L'interprète principale en est Marie
Rivière (= Bach), mais la coïncidence n’est pas signalée.
Après l’émission il y a une
annonce pour le spectacle Kyrielle du sentiment des choses, opéra
contemporain de François Sarhan, mis en scène par Frédéric Fisbach, d'après un
poème de l'écrivain Jacques Roubaud.
Sarhan et Roubaud sont
présents dans l'émission d'actualité artistique qui suit, et Roubaud en donne
un extrait qui s'achève sur le mot "rivière".
Sarhan aurait rêvé d'être
violoncelliste virtuose. On a droit à un extrait d'une suite de Bach.
Le lendemain matin Roubaud
est encore présent aux Mardis littéraires, pour sa traduction des poèmes de
Zukowski, autre obsédé de Bach, et cet exemple est donné : Bénie soit
l'Ardente Célia Heureuse.
J’avais accepté passivement
l’existence d’un Fisbach, qui n’était qu’une coïncidence parmi d’autres en ces
jours où j’étais en train de rédiger la Messe en phi majeur
(où je parlais notamment du Kyrie, dont vient kyrielle), mais l’irruption d’un
Fischbach quelque temps plus tard m’a incité à approfondir. Fischbach est un
raccourci de Fischbacher, pêcheur (de rivière), et il est probable que
Fisbach en soit un autre raccourci. Les deux noms de famille Fischbach et
Fisbach existaient du temps de Bach, où l’égalité Fis = Fisch était donc
effective.
Beaucoup plus tard (avril
06)
Relisant et corrigeant
cette page, j’y vois tant de choses à ajouter que j’en suis découragé.
Je me limite à 2 choses.
1 – Le 8e
chapitre du Golden summer est The old dolphin flogger, en 20
lettres. Le mot de la fin est basé sur les 20 lettres d’un alphabet dont
la 12e lettre est signifiée par un poisson d’or ; ici la 12e
lettre est le i d’un phi lui-même partie d’un poisson (du moins
jadis considéré comme tel).
2 – Un autre de mes auteurs
de prédilection, avec Dick, Queen et Perec, est Leblanc, et dans La-barre-y-va
Lupin attrape à la fin du chapitre 12 des « poissons d’or », ainsi
que leurs pêcheurs qui sont aussi des pécheurs, Arnold et Charlotte. Ces deux
noms ont pour valeur 64 et 102, dont le rapport 102/64 = 51/32 est non
seulement idéalement d’or mais a de multiples échos, notamment avec les 5132
mesures des deux recueils du Clavier bien tempéré.
[1] Mon éditeur s’opposant à la mise en ligne de cette
œuvre majeure, je ne peux qu’inciter à se procurer la revue Teckel 1 par
n’importe quel moyen, par exemple en envoyant un chèque de 10 euros à
l’éditeur :
Les Contrebandiers Editeurs
52 rue Broca
75005 Paris
[2] J’ai par la suite vu d’autres possibilités.
En admettant des vers césurés, la section
d’or des 66 vers tombe après ma Diane, soit 80 mots après la petite
section d’or sur amour, 120e mot du poème. Les 313 mots se
découperaient en 120 mots (suivis de mon nombre d’or), puis 80 mots
(suivis de ma Daurade), et enfin 113 mots ; 120+80 est équivalent
au 12+8 des cadeaux du Mot de la fin ; 113 correspond au nombre de
mesures du Prélude-Fugue en fis du second volume du Clavier, et
la répartition correspondante 43-70 trouve un écho remarquable dans Noce.
Le premier texte donné par Perec dans ce
cahier 19, Epithalame de Sophie Binet et de Michel Dominault, compte 64
vers. Il occupe les pages 5 et 6 du recueil des éditions Ramsay, avec 40 vers
sur la page 5 et 24 sur la page 6.
[3] J’avais de bonnes raisons de ne pas oublier ce nombre
408 qui intervient aussi dans une série qui a quelques analogies avec la suite
de Fibonacci, celle des couples de nombres dont le rapport donne les meilleures
approximations de la « division sacrée », la racine de 2. Ainsi
j’avais envisagé d’écrire un texte sur le nombre d’or en deux paragraphes de
252 et 156 lettres, qui se seraient recombinées en un autre texte anagramme en
239 et 169 lettres parlant de la division sacrée. Autre curiosité,
l’approximation courante de ce nombre étant 1.414, on peut écrire 408 = 169 x
2.414 (en analogie avec 24-14).