Le 2 juillet 07, mes yeux se posèrent sur un calendrier où les initiales des mois étaient des lettrines, et j'y vis presque machinalement l'acronyme JASON pour cinq mois consécutifs. Avec un peu plus d'attention, je vis les possibilités de doubler l'initiale de Jason en faisant intervenir le mois de Juin, et de lire "Médée" dans les premières syllabes des deux mois encadrant JJason, ce que j'ai noté sous la forme:
JJ uin uillet
A oût
S eptembre
O ctobre
N ovembre
se dore entre les froidures de
Mai et Dé (cembre)
Puis je me suis intéressé aux 4 mois restants, les premiers de l'année.
JFMA n'évoque rien d'immédiat, mais une règle classique de l'anagramme permet
de lire I pour J: IFMA permet de former FAIM, et la charmante Médée a calmé
la FAIM de JASON en lui cuisinant ses propres enfants...
Ce que j'ai en fait d'abord vu est FA MI, parce qu'il existe un Canon
super Fa Mi de Bach, qui m'intrigue depuis longtemps à cause d'une
mystérieuse formule, Fa Mi et Mi Fa est tota Musica.
Le plus simple est de donner ce canon BWV 1078, avec ses curieux commentaires
originellement de la main de Bach:
Je croyais qu'il s'agissait d'un canon composé pour un de ses élèves ou
amis, mais je vois en consultant divers
sites que rien n'est moins sûr. De fait il pourrait s'agir du faber
en général, l'ouvrier, le créateur, pourquoi pas Bach lui-même?
Quoi qu'il en soit, voici mes observations.
Le canon compte 14 mesures écrites, 14 le nombre de BACH (somme des rangs de ses lettres) que même un Cantagrel peu soucieux d'ésotérisme admet avoir été un nombre obsessionnel dans les dernières années de Bach.
Les entrées ont lieu toutes les 2 mesures, chaque groupe de 2 mesures ayant de plus la basse FABE, Répétée, or ces notes FABE ont elles aussi pour somme 14. La mesure FA = 7, comme la mesure BE.
C'est déjà curieux, mais qu'est-ce qui permet de passer de ce FABE (Fa La Si bémol Mi) à Fa Mi ? Si l'on admet l'alphabet numérique généralement prêté à Bach, FA MI = 7 + 21 = 28 = 14 + 14 ou FABE + BACH.
Le motif du canon qu'on distingue le plus à l'écoute est la suite ascendante des mesures 3 et 4, ABCDEFG = 28. En oubliant les basses intermédiaires A et B, on a Fa = 7 qui correspond aux 6 noires ABCDEF = 21, et Mi = 21 qui correspond à la blanche G = 7.
Le motif Fa Mi, ou FE, est la quinte de BA, et devient à la quinte CH: ceci devient extrêmement curieux, notamment dans le contexte des acrostiches traitant pareillement FABER et BACH.
Même la date est suspecte, le 1er Mars 1749. Bach aurait aussi pu voir que les initiales des mois de Ianuarius, Februarius, Martis et Aprilis formaient FAMI, et dater son Canon au tournant de Février à Mars. Bradley Lehman rappelle sur la page citée plus haut que les autorités religieuses privilégiaient le 1er mars comme début de l'année. Ainsi ce 1er mars début de l'année religieuse 49 surviendrait après 14 mois de l'année civile ayant débuté le 1er Janvier 48. Il existait alors le système des "lettres dominicales", avec un calendrier type réparti en semaines de jours notés ABCDEFG, à partir du premier jour de l'année (le 1er Janvier). La lettre dominicale indique donc quel jour tombe le dimanche dans ce calendrier type, avec 2 lettres dominicales pour les années bissextiles, une du 1er janvier au 29 février, l'autre à partir du 1er mars. L'année précédente, 1748, était bissextile, et avait les lettres dominicales G et F; en 49 la lettre dominicale était E, La date du 1er Mars pourrait faire allusion aux lettres dominicales F et E, Fa et Mi, des deux années 48-49 à cette date. Mieux, les lettres dominicales des deux années précédentes, 46 et 47, sont B et A, ainsi à ces 4 années consécutives correspondent (à la date du 1er mars) les lettres BAFE, rétrogradation du FABE Répété dans le Canon. Grosso modo, cette possibilité n'apparaît que tous les 28 ans, or 28 est aussi la valeur des lettres ABCDEFG comme de Fa-Mi, coïncidence qui aurait pu frapper Bach, d'autant que BAFE est la meilleure équivalence possible de BACH (BAFE = BACH = 14, et CH quinte de FE). Vers cette année 49 Bach compose aussi le Contrapunctus XIV avec son thème BACH devenant FEGFis à la quinte.
Si tel avait été le projet de Bach, une confirmation pourrait en être la présence de la séquence BAFE dans le canon, or ses dernières notes, aux deux dernières mesures toujours sur FABE, en sont (DC) BAFFE (DE), de quoi donner un bon coup aux sceptiques. A remarquer la cassure provoquée par le passage à l'octave entre les deux F, telle que le final FE est au-dessus de BA, comme CH dans le thème fameux de la dernière fugue.
En ces temps, toute personne sachant lire connaissait la lettre dominicale de l'année en cours, et toute personne dotée d'un minimum de logique (Bach n'en manquait pas) connaissait le principe simple de leur succession cyclique analogue à une gamme descendante (recul d'une lettre chaque année, de deux lettres les années bissextiles).
Une autre caractéristique des calendriers anciens est le
"nombre d'or", soit la position dans un cycle de 19 ans de
l'année, opération essentielle pour le comput de la date de Pâques. Ceci
n'est pas aussi essentiel que la lettre dominicale, néanmoins on pourra
vérifier que le calendrier du facteur, par exemple, donne toujours en 2007
aussi bien la lettre dominicale que le nombre d'or.
Les
années 1748 et 49 ont pour nombres d'or 1 et 2, autrement dit A et B. Ainsi la
conjonction des lettres dominicales et des nombres d'or pour ces deux
années est F-1 et E-2 ou F-A et E-B, précisément les notes structurant le
canon FABER, dominé par Fa Mi. Dominé... Domine Possessor, D et P sont
les seules initiales non expliquées par les commentateurs dans le texte énigmatique accompagnant le
Canon. Si Faber n'existe pas, il ne saurait être un Seigneur Propriétaire,
alors? Domine fait-il allusion à la lettre Dominicale, DP =
4+15 = 19 au nombre d'or ?
Si l'analyse BA-FE est réellement pertinente par rapport à
BA-CH, il est alors à considérer que la dissociation entre BA et FE
corresponde au passage d'un cycle de 19 ans au suivant. Un tel soulignement de
la disjonction BA-FE n'apparaît que tous les 532 ans (toujours grosso
modo, en oubliant la réforme grégorienne, mais cette période de 532 ans
était bien connue dans le calendrier julien).
Le canon ci-dessus est manuscrit, mais pas de l'écriture de Bach. On peut néanmoins supposer qu'il s'agisse d'une retranscription fidèle d'un original perdu de Bach, jusque dans la répartition sur deux lignes en 8 et 6 mesures. Lors des premières 6 mesures, les 3 premières voix, avec le continuo FABE, ont joué 38 notes, il y en aura 21 pour les 2 mesures suivantes, ainsi aux 4 premiers motifs FABE correspondent 21+38 notes, motif bachien probant pour certains.
Les 33 notes totales peuvent être lues 3 x 11, soit B+A x C+H (ou F+E).
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Voilà donc pas mal de choses sur ce Canon super Fa
Mi, et j'en donne d'autres en annexe. Faut-il en déduire quoi que ce soit ?
that is the question, et je vais maintenant m'attacher à ce qui ne peut
être que fortuit, tout en semblant significatif.
Ainsi le numéro BWV, posthume et basé sur une logique indépendante, de ce canon est-il 1078, soit 14 x 77.
Bizarre puisque FABE = 14, et que chacune des 14 mesures a pour basse FA = 7 ou
BE = 7.
J'en viens à plus personnel. Le 6 mai 06, j'ai trouvé dans
une brocante le numéro 666 de la collection Un Mystère, du "pape
du polar" Michel Lebrun, Gare au Barracuda, ainsi qu'un fascicule
mal imprimé de chez Taillandier, La bête infernale, que je n'ai pris
qu'à cause du 666 précédent, nombre bien connu de la Bête démoniaque.
De retour dans mon village mon attention a été très spécialement
attirée vers une voiture immatriculée 1078 MF, pour une raison que je ne
dévoilerai pas, par souci de préserver la vie privée de son propriétaire.
C'est un fait sans rapport avec l'immatriculation de la voiture qui m'avait
marqué, mais j'avais retenu ce nombre, parce que double du nombre christique
539 (77 fois 7 fois) pris pour certain (Gaston Georgel) pour une période
cyclique symbolique (sous sa forme 1078 notamment). Par ailleurs MF me rappelait
Maurice Fourré, dont l'oeuvre fait parfois intervenir le Diable.
Je n'y insiste pas, l'essentiel étant que je me suis aussitôt rappelé
de cet incident lorsque mon attention portée sur le Canon Fa Mi m'a fait
redécouvrir son numéro BWV, 1078, or le MF de cette voiture pouvait encore
correspondre à Mi Fa.
D'accord , c'est un peu léger, mais c'est qu'à cet événement de l'an
dernier se superposait un autre, survenu le mois précédent.
Le
12 juin, la chatte Zéphir s'était installée sur mon clavier, les deux pattes
avant appuyées sur les touches Fa Mi, ce qui m'évoqua aussitôt le Canon (dont
j'ignorais alors le numéro).
Je pus prendre cette photo avant qu'elle quittât la pose.
La partition sur le pupitre est le prélude en do mineur BWV 999. 999 est
bien entendu évocateur en tant que renversement de 666, mais l'actualité
immédiate soulignait ce jeu.
En mai, l'Opus Dei portait plainte contre Catherine Fradier, auteur du
roman Camino 999, et contre son éditeur, Jean-Jacques Reboux déjà
mentionné à diverses reprises dans mes pages, notamment pour son splendide
roman Le massacre des Innocents.
Or, lorsqu'il était directeur de la collection Canaille/Revolver
chez Baleine, Reboux avait publié un livre nommé Lagos 666, de Pierre
Cherruau. En reprenant le catalogue des collections Baleine qui m'ont inspiré
une page délirante, je me suis aperçu de deux choses:
- le volume précédent publié par Reboux en Canaille/Revolver était un
roman de Catherine Fradier, Les Carnassières;
- j'étudiais sur la page délirante les rapports d'or entre les
Poulpes et les non-Poulpes chez Baleine, et le numéro 180 de Lagos 666
faisait partie des élus, car il s'agissait du 69e non-Poulpe alors qu'il était
paru 111 Poulpes (à remarquer cet autre chiffre triplé face au 666)
Voilà, tout ceci part dans tous les sens, et il n'y a évidemment rien de logique à en déduire, mais il me semblait important de confronter ces folies aux hypothèses raisonnables sur le Canon Fa Mi.
Par ailleurs je n'avais jusqu'ici guère prêté attention à
Faber, dédicataire supposé du Canon. D'apprendre qu'il s'agissait
vraisemblablement d'une fausse dédicace m'a rappelé une investigation où
j'avais précisément été amené à évoquer ce Canon Fa Mi.
Une de mes recherches perecquiennes touche à la généalogie de la famille
Gratiolet, où j'avais observé deux possibilités d'acrostiches.
- les 5 fils du Patriarche de la famille, Juste, ont pour initiales ELGOF, soit
l'anagramme de FOLGE, "suite" en allemand, or JUSTE peut-être
considéré comme une anagramme de SUITE (toujours selon le jeu I=J évoqué
plus haut);
- les 4 femmes de la seule lignée ayant encore des représentants vivants ont
pour initiales MFAI, anagramme de FAIM.
SUITE et FAIM, avais-je avancé, puisque les enfants d'Isabelle ne
porteraient plus le nom de Gratiolet, mais j'avais aussi pensé au mot FAMI-LLE,
interrompu, et découvert que la notice "famille", dans mon
encyclopédie Larousse, prenait pour premier exemple la famille Bach, ce qui
m'avait fait évoquer le Canon
Fa Mi.
Aujourd'hui où je privilégie l'interprétation faber = forgeron,
ouvrier, fabricant, je me souviens que ELGOF m'a aussitôt fait penser à LEGOF,
variante du nom breton Le Goff, qui signifie précisément "forgeron".
Je privilégiais aussi dans cette série
de pages l'interprétation PEREC = Père C. Si je ne vois guère Perec
conscient de la possibilité de relier le goff breton au faber
latin via Fa Mi, il n'est pas exclu que Bach se sentant au seuil de la mort ait
voulu exprimer dans ce qui est une de ses dernières oeuvres datées la
poursuite de son oeuvre en tant que faber familias, via ses enfants
auxquels il avait su transmettre une part de son génie créateur. Un canon de
ce type est dit perpétuel...
J'avais décelé dans le mot GRATIOLET la présence des lettres TAILOR, un autre
genre d'ouvriers, le "tailleur" qui pouvait faire allusion au tailleur
de pierres précieuses qu'était le personnage principal de la famille Perec,
son grand-oncle Jacques Bienenfeld, vu comme modèle de Juste Gratiolet,
fondateur de l'immeuble du 11 rue Simon-Crubellier où se déroulent les 99
chapitres de La vie mode d'emploi. On sait qu'il y a 99 chapitres au lieu
des 100 (C) prévus par le programme de Perec parce qu'il a volontairement omis
le chapitre qui aurait porté le numéro 66, et divers commentateurs ont été
attentifs à ce couple 66-99, qui constitue un ‘‘ambigramme’’ ou ‘‘palindrome
vertical’’. Les propres explications de Perec, fort confuses, évoquent le
Diable qui devait apparaître au chapitre 66, et de fait un jeu sur les nombres
‘‘diaboliques’’ 6-66-666-6666 apparaît au chapitre 65, peut-être
vestige de ce qu'aurait pu contenir le chapitre 66... Pour ma part je me borne
à souligner le parallélisme avec mes 666-999.
Coïncidence en temps réel: Je venais d'écrire les lignes
ci-dessus hier 18/7/7 lorsque je suis parti en balade. Le facteur était passé
et j'eus juste le temps de décacheter un courrier de Jean-Pierre Le Goff. Bien
entendu ma première pensée devant le ELGOF de Perec a été pour mon ami Le
Goff spécialiste des coïncidences, mais je n'ai pas alors jugé pertinent de
le mentionner.
Il n'était pas spécialement étonnant d'avoir un courrier de Le Goff, qui en
expédie plus ou moins régulièrement aux centaines d'abonnés à son
"cachet de la poste", mais la fréquence de ses envois est en baisse,
de l'ordre d'un par mois.
Etant pressé, je n'y ai jeté qu'un coup d'oeil, apercevant le nom de Charles
Le Goffic (co-auteur du livre Brocéliande). Je suis parti en méditant
sur le fait que, juste après avoir évoqué Le Goff en relation avec les 99
chapitres de VME, Le Goff lui-même évoquait un Le Goff-IC, avec IC = 99 en
chiffres romains.
Au premier carrefour il y avait une voiture allemande immatriculée WI-AF 583.
Alors que j'évoquais le palindrome vertical de Perec, alors que les notions de
renversement (effet miroir vertical) et de récurrence (effet miroir latéral)
sont essentielles en musique, notamment dans les canons de Bach, WI correspond
au renversement de MI, et AF à la récurrence de FA.
Je me soucie assez peu d'être cru en relatant cette coïncidence difficilement
vérifiable, mon souci étant d'abord d'expliquer pourquoi je me refuse à
interpréter les rapprochements raisonnables effectués à propos du Canon Fa
Mi, tant les coïncidences irrationnelles semblent proliférer autour de ce
thème.
Ce n'est pas fini, et de nouvelles coïncidences aujourd'hui me font envisager une prochaine page à ce propos.
rémi schulz, le 20/07/2007
En annexe quelques remarques sur la dernière phrase du Canon.
A noter aussi les durées toutes différentes de ces notes B
A FF E, soit 1-2-6-4 en prenant comme unité la double croche. C'est presque le
1-2-6-5 qui correspondrait à ABFE. En cherchant un peu, la phrase entière
finale BCDCBAFFEDE peut se décomposer, selon les durées, en
- BCDC = 19,
- B = 1,
- A = 2,
- FFEDE = 18 (doubles croches), soit
les nombres d'or 18-19-1-2 des années 1746 à 49.
La valeur de ces 11 notes est 41, ce qui peut titiller le
spécialiste des nombres bachiens, car J-S-BACH = 9+18+14 = 41, et il y a
bien moyen d'arriver à ce découpage
- BCD = 9,
- CBAFF = 18,
- EDE = 14
Si IT de amIcum Tuum sont données par Spitta,
biographe de Bach, pour initiales de Isenaca Thuringum, Eisenach en Thuringe,
lieu de naissance de Bach, ce n'est qu'une conjecture et on peut en envisager
d'autres, comme I (1 romain) de T=19, première année du cycle de 19 ans, ou IT = 28 =
FAMI. A remarquer que l'exécution minimale du canon suggère que chaque voix
joue deux fois sa partie, avec donc, en prenant comme unité la double
mesure
- 7 doubles mesures d'entrées des voix
- 7 doubles mesures où toutes les voix sont présentes
ensemble (la dernière sera strictement identique à la dernière du groupe
précédent)
- 6 doubles mesures de sorties des voix
soit en tout 20 doubles mesures, dont 2 identiques, soit 19 doubles mesures
différentes mettant l'accent sur une répartition 12-7
correspondant au cycle de Méton originel répartissant un cycle de 235 mois
lunaires en 12 années de 12 mois et 7 années de 13 mois.