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b come back

Bises A Cha, Hévidemment

 

Le 2 mai 07 j'ai rencontré la charmante Charlotte B*, et découvert quelques jours plus tard son blog, Tabacaria 19, lequel contient une catégorie "collisions" qui m'intéresse au premier chef. La première collision relatée par Cha (c'est ainsi qu'elle signe ses messages) concerne deux livres qui ont une même illustration de couverture, ce qui m'a aussitôt rappelé une coïncidence similaire, survenue en 2000, mais ce n'est que ce 30 mai 07, près de 7 ans plus tard, que j'ai enfin pu voir ces deux couvertures ensemble, côte à côte, sinon face à face :

Il s'agit donc de deux polars, Face à Face, paru en janvier 2000, et La Mort des neiges, paru quatre mois plus tard en mai. Je crois avoir d'abord lu le premier, emprunté à la Bibliothèque Municipale de Digne (04), parce que son titre était le même que celui d'un roman d'Ellery Queen, puis j'ai été frappé quelques mois plus tard par la couverture de La Mort des neiges, essentiellement des arbres, du même bleu me semblait-il, mais je n'ai pu le vérifier, le livre de Chuck Hogan étant alors indisponible à la BM de Digne.

Il n'y aurait pas de quoi fouetter un chat si les initiales des auteurs, BA et CH, ne formaient le nom Bach, et si cette année 2000 n'avait été une année Bach : 250e anniversaire de sa mort, marqué par l'intégrale de son oeuvre en 153 CDs, de multiples manifestations et publications. Je suis moi-même un passionné de Bach, et de son exégèse. Sans rapport avec cette commémoration, l'évolution de mes recherches m'avait conduit à écrire en juin 2000 une étude sur les notes B-A-C-H dans son testament musical, l'Art de la Fugue (les lettres du nom Bach sont aussi des notes selon le système allemand), et l'écriture de cette étude auto-éditée avait été accompagnée de diverses "collisions", comme dirait Cha, de coïncidences bien plus frappantes que cette similitude de couvertures, d'autant que je n'avais pu la vérifier.

Je n'avais pas non plus alors lu La Mort des neiges, où je n'aurais pas manqué d'être frappé par le fait que l'auteur s'y introduit dans une mise en abîme hardie, ses personnages la nommant par ses initiales, sous la forme B* A*. Lorsque les deux livres ont été disponibles ensemble à la BM de Digne, fin 2000 ou début 2001, j'ai dû réviser ma première impression car la couverture de La Mort des neiges montrait bien des arbres, mais dans une photo retravaillée dans les tons rouges. Il faut préciser que je suis daltonien, et que je n'ai surtout aucune confiance dans mon appréciation des couleurs, laquelle n'est pas si catastrophique comme on en jugera d'après la couverture de la première édition, qui est évidemment celle qui avait éveillé mon attention, mais, lors de la première confrontation, mon peu de confiance m'a fait juger que ma première appréciation avait été fantasmatique, sans me douter que cette couverture rouge était celle d'une autre édition (France Loisirs) du roman.

Je sais donc maintenant que je ne m'étais pas trompé, et une série de circonstances diverses fait que cette coïncidence s'inscrit aujourd'hui dans un formidable réseau, si formidable qu'il y aurait de multiples façons de l'explorer. Je vais m'y essayer à partir des lettres BACH, en réservant les coïncidences annexes à des remarques ultérieures.

 

Un premier événement notable s'est produit le 27 juin 2000, un coup de téléphone au moment exact où j'achevais d'imprimer une note complétant mon étude sur Bach évoquée ci-dessus : j'avais écrit l'année précédente un polar, et c'était l'attachée de presse de mon éditeur Baleine qui prenait pour la première fois contact. J'appris ainsi son nom, Anne-Cécile Hautbois, et juste après avoir raccroché je remarquais les initiales :

B aleine

A nne

C écile

H autbois

Plus tard je reçus des courriers de la maison Baleine qui semblaient magnifier cette possibilité, tout à fait involontairement s'il est besoin de le préciser :

Comme on le voit ci-dessus, les mots aux initiales fatidiques sont en gras, et eux seuls. Si j'avais trouvé de belles combinaisons de lettres, notes, ou nombres correspondant à B-A-C-H dans l'œuvre de Bach, j'avais pris soin de les relativiser en donnant d'autres exemples de telles combinaisons dans des contextes a priori sans rapport, notamment dans le domaine du polar, et voici que s'y ajoutait un couronnement, me forçant à écrire un nouveau complément.

Je suis si obsédé par Bach que mon roman, qui n'est pas seulement un polar, y contient diverses allusions, si discrètes qu'elles n'ont de chances d'être perçues que si on les cherche, j'y reviendrai. Je ne sais plus exactement quand j'ai découvert la possibilité de relier les couvertures des romans de BA et CH, mais c'était très certainement après les mois de juin-juillet où j'étais extrêmement concerné par Bach ; sinon je me serais alors efforcé de vérifier mon intuition. C'était vraisemblablement peu avant la parution des deux premiers Gondol, celui de Pouy, 1280 âmes, et le mien, Sous les pans du bizarre, en novembre, ce qui pourrait expliquer pourquoi je n'avais pu réussir à trouver ensemble les deux couvertures. Je bouge rarement de mon petit coin des Alpes où il n'existe pas de librairie importante à moins de 100 bornes, et je n'étais alors pas familier du Net.

Le 23 novembre 2000 eut lieu la présentation officielle de la collection Gondol, à la librairie Epigramme, rue Saint-Antoine, à Paris. J'étais descendu la veille en train, et je me souviens d'avoir fini d'imprimer le matin même un nouveau fascicule auto-édité, portant essentiellement sur les acrostiches, Que sans cesse mes huit jours me pendent au nez

 Comme ce 22 novembre était la Sainte-Cécile, j'en ai offert un à Anne-Cécile.

Il n'y était pas question de Bach, mais, voyant que la librairie disposait d'un rayon polar bien achalandé, j'ai regardé si les romans de Brigitte Aubert et Chuck Hogan y figuraient : le second était absent...

Petite coïncidence supplémentaire, les couvertures des Gondol étaient dans les mêmes tons de bleu que les couvertures BA-CH...

 

Je reviens aux premiers jours de mai 2007, où le blog de Charlotte B*, alias Cha, que j'ai aussitôt nommée Cha B*, m'a rappelé mon intuition sur les couvertures BA-CH, intuition classée depuis longtemps comme un fantasmatique effet de mon daltonisme.

Le 9 mai, j'ai été à la BM de Digne, devenue depuis une médiathèque. Je suis allé droit au rayon Nabokov, espérant y trouver La vraie vie de Sebastian Knight, passons sur mes raisons... Il n'y était pas, mais il y avait une intégrale de ses nouvelles, que j'ai empruntée. Quelques jours plus tard, je l'ai feuilletée sans arriver à lire une seule nouvelle en entier, et je me suis bien plus intéressé à une étiquette sur la 4e de couverture, indiquant que ce livre venait de la librairie Epigramme, à Paris, à 700 kms de Digne, là où j'avais fait ma première séance de signatures, là où j'avais voulu voir les deux couvertures BA-CH, sans succès.

J'ai rapporté le livre le 15 mai, où j'ai été ravi de trouver au rayon des nouveautés Les Falsificateurs, du rare Antoine Bello dont le roman précédent date de 1998, L'éloge de la pièce manquante qui avait attiré l'attention des amateurs de littérature à contraintes par ses références à Perec. Le soir même je me suis livré au rituel préludant désormais pour moi à la lecture de tout livre, un coup d'œil préalable à sa structure : Les Falsificateurs est construit en 3 parties de chacune 14 chapitres.

J'ai instantanément homologué cette structure à celle d'un polar lu 5 ans plus tôt, Route pour l'enfer de Craig Holden, structure que j'avais alors remarquée et que je suis certain de n'avoir pas rencontrée ailleurs depuis que je suis attentif à ces détails.

Antoine-Bello-Craig-Holden ont pour initiales ABCH. Les amateurs de signatures BACH recherchent de préférence ces notes dans l'ordre, mais sont souvent prêts à considérer comme significative toute autre forme. Il en va de même pour les nombres 2-1-3-8 correspondant aux rangs des lettres BACH, une forme presque unanimement acceptée étant leur somme 14. La plupart des musicologues admettent que c'est tout à fait consciemment que Bach a conclu son Art de la Fugue par le Contrepoint 14 utilisant pour la première fois dans son œuvre un thème débutant par les notes BACH. Selon le manuscrit inachevé de cette fugue ce thème est entendu 6 fois, ce que je mentionne sans bien entendu imaginer un rapport logique avec les 6 fois 14 chapitres composés par messieurs CH et AB.

Il n'y a aucun rapport logique non plus avec Cha B*, dont le blog m'avait amené quelques jours plus tôt à me remémorer les couvertures BA-CH, ni avec Nabokov, mon emprunt précédent qui m'avait rappelé l'échec de ma tentative à la librairie Epigramme, lors de la signature de mon Gondol. 

 

3 et 14 : peut-être est-ce une allusion à pi, 3,14, dans l'espoir que le livre marche rondement ? Je ne peux répondre pour les autres, mais mon propre polar avait 3 parties et 14 chapitres en tout, ce qui n'avait de rapport ni avec Bach ni avec le nom du héros, Pierre de Gondol (pi r2 gondole), lequel s'appelait Albert Fnak lorsque j'ai conçu mon roman: mon livre reprenait la structure des 3 premières strophes du chant d'Alphésibée.

 

J'ai lu les 3 fois 14 chapitres d'Antoine Bello, qui m'ont plutôt déçu, probablement parce que j'en attendais beaucoup avant cet écho, et plus encore après.

J'ai enchaîné avec les 42 chapitres de Craig Holden. La seule différence de structure est que ces chapitres sont numérotés de 1 à 42, alors que chez AB les chapitres sont numérotés de 1 à 14 dans chaque partie.

J'avais trouvé ce roman intéressant en 2002. En 2007 je m'interroge sur mes capacités intellectuelles d'alors, car il s'agit de toute évidence d'un livre ambitieux dépassant le cadre du polar classique. Alors que j'ai la faiblesse de penser que j'ai fait d'importantes découvertes sur les parodies christiques cachées dans certaines œuvres littéraires, je ne me rappelle pas avoir remarqué que  cette histoire débute à New Salem dans le Dakota (Nouvelle Jérusalem), que son héros se nomme Joe Curtis (JC et Curtis anagramme de Cristu), qu'il a aux pieds des blessures reçues au Koweït, saignant par intermittence (des stigmates), qu'il meurt enfin et ressuscite pour prendre la place du Père, chef fou d'une secte réfugiée dans Le dernier sanctuaire (traduction du titre original, il me semble que l'enfer choisi pour la traduction française est un contresens).

Ceci peut donner une indication pour les 3 fois 14 chapitres : les Evangiles débutent par une généalogie du Christ en 3 séries de 14 parents chacune (Mt 1,1-17, s'achevant sur "Il y a donc en tout : d'Abraham à David, 14 générations, de David à l'exil à Babylone, 14 générations, et de l'exil au Christ, 14 générations.") Il est possible que cette explication soit à envisager aussi pour Les Falsificateurs, histoire du jeune Sliv (fils ?) promis à un grand avenir dans une mystérieuse société secrète qui manipule le devenir de l'humanité depuis des temps inconnus, dans des buts non précisés... Les grandes religions ne résultent-elles pas de telles manipulations ? Je n'ai pas eu le courage de relire le livre à la lumière de cette hypothèse.

Mon obsession des parodies christiques m'avait conduit à une allusion dans Sous les pans du bizarre, avec la mort de Jacques Courtas sous les roues du métro d'Aleppe Conti le 4 avril 99 ; j'y laissais aux lecteurs curieux le loisir de décrypter les initiales JC, l'anagramme Ponce Pilate, et la date de Pâques...

 

Cette affaire AB-CH relançait la question BA-CH, aussi j'ai emprunté le 29 mai à la médiathèque La mort des neiges et Face à face, et un examen enfin attentif du premier m'a montré qu'il ne s'agissait pas de l'édition originale. Quelques secondes m'ont suffi pour trouver sur Amazon la couverture de la première édition, conforme à ma première impression...

J'ai relu ces deux livres. Il y a une thématique immédiate commune aux deux CH américains, Craig Holden et Chuck Hogan : un ex-militaire devenu chef d'une communauté religieuse a réuni autour de lui quelques adeptes surarmés, ils menacent de se sacrifier avec leurs familles si on ne les laisse pas tranquilles. 

Le réel face à face de Face à face, publié aux USA en 1995, débute le 4 août 93 à la suite d'une bévue d'un flic surveillant le domaine des rebelles à Paradise Ridge (la crête du paradis...): une fusillade éclate avec un mort de part et d'autre, parce que les chiens ont senti l'eau de toilette de ce flic nommé LOBACH (!) Un négociateur du FBI nommé John Banish vient diriger les opérations, et tenter de ramener à la raison le chef des rebelles, Glenn Ables. Il évitera un massacre, mais mourra d'une balle perdue dans des circonstances troubles (quelques faits suggèrent que ce drame est lié à des combines glauques du FBI dont Ables aurait été un informateur destiné à infiltrer les multiples groupes similaires sévissant dans le Montana).

Banish ne ressuscite pas comme le héros de Route pour l'enfer (1996 aux USA), Joe Curtis, le principal artisan de la solution idéale trouvée pour neutraliser Father Amon, de son vrai nom Fred Haines, individu bien plus dangereux que Ables. Je suis effaré par les initiales des noms des protagonistes de ces deux face à face, Banish-Ables, BA à Paradise Ridge, Curtis-Haines, CH en "enfer". J'ai exprimé mes réticences sur le titre français, mais c'est une réalité face au "paradis" de Face à face, soulignant encore un BACH qui ne peut être que fortuit, bien que chaque auteur ait pu choisir soigneusement les noms de ses personnages (il est au moins certain que le C de Curtis est calculé).

Le titre original était The standoff, terme désignant une joute où il ne peut y avoir de vainqueur. Je n'aurais pas lu ce livre si son titre français n'avait été le même que celui d'un roman de Queen, traduction littérale de Face to face. L'une des moindres curiosités ce ce premier Face à face est que le mot FACE y est une énigme, finalement résolue par la correspondance des lettres formant ce mot avec les notes de musique se lisant "entre les lignes" de la portée (en clé de sol, selon la notation anglaise).

Face à face est dédié à Charlotte Bright; les remerciements finals précisent qu'il s'agit de la femme de Chuck Hogan. J'ai indiqué l'importance du blog de Charlotte B*, importance qui n'est peut-être qu'une coïncidence supplémentaire, car je crois que je me serais rappelé des couvertures BA-CH sans son aide, mais il m'est impossible d'être certain que la suite de mes découvertes sur les livres concernés aurait été la même sans ce surcroît de motivation. En livrant une autre lettre de son nom, on pourrait la nommer CH* BA*.

Bright signifie "brillant". J'ai évoqué la parution du coffret de 153 CDs Bach 2000, chez Teldec, qui était plutôt du Hibach (high price, dans les 5800 francs), que du Lobach, or une autre intégrale à prix nettement plus bas (low price, 90 euros pour 155 CDs) est parue en 2006, chez Brilliant. Il s'agit ici du diamant, mais l'adjectif brilliant signifie aussi "brillant".

 

Si les auteurs BA et AB de La mort des neiges et des Falsificateurs sont tous deux français, les points communs entre leurs livres sont moins immédiats, et pourtant...

AB a imaginé le CFR, Consortium de Falsification du Réel, vaste organisation occulte exigeant de multiples spécialisations. Certains membres établissent des scénarios, d'autres se chargent des multiples aspects de leurs applications. Un auteur de policier classique est aussi un nécessaire falsificateur, de par l'obligation du genre de parvenir à un dénouement surprenant le lecteur type. L'auteur est souvent secondé dans cette tâche par ses personnages, le meurtrier qui laisse de faux indices, les témoins qui travestissent la vérité pour toutes sortes de raisons...

Il est rare que l'auteur d'un crime ou d'une série de crimes soit un groupe, il l'est encore plus que cette série de crimes suive un plan préalablement établi par un tiers, or c'est le cas pour La mort des neiges, où l'héroïne du roman précédent de BA, Elise, aveugle, muette et paralysée, se trouve au cœur d'une horrible série de crimes incompréhensibles dans un village isolé. On découvre au chapitre 14 (!) qu'il s'agit du scénario d'un nouveau roman de B* A*, l'auteur qui avait fait un succès des premières aventures d'Elise, destiné à son éditeur, mais qui avait échoué entre les mains du groupe PsyGot'yk, une bande peu crédible d'au moins huit tarés. PsyGot'yk s'est alors appliqué à faire vivre réellement à Elise les horreurs imaginées par B* A*, dans le but avoué d'en faire un roman snuff (comme il existe des snuff movies, filmant des morts réelles) promettant de rapporter gros...

Je passe sur les détails et évite une historique du polar (qui passerait par Les Habits noirs de Féval et L'île aux 30 cercueils de Leblanc) pour énoncer tout de go que je n'y vois rien d'aussi proche des Falsificateurs, et il devient franchement inquiétant d'examiner les romans précédents de AB et BA.

En 1998 Bello contait dans L'éloge de la pièce manquante une série de meurtres dans le milieu des champions de puzzle. Les corps étant retrouvés amputés d'un membre, le Lecteur idéal découvrait qu'il s'agissait de l'application de l'art du puzzle à l'anatomie, un chirurgien fou ayant décidé de fabriquer le puzzliste idéal à partir des meilleures pièces des champions du genre; il n'attendait plus que le Lecteur idéal pour greffer sa tête au monstre encore incomplet...

En 1996 la première aventure de la paraplégique Elise la confrontait dans La mort des bois à une série de meurtres d'enfants. C'est encore au chapitre 14 que se dévoilait la vérité: le coupable était une femme un brin dérangée qui choisissait ses victimes selon la ressemblance d'une partie de leur corps avec celle de son propre fils disparu; elle aussi opérait ses prélèvements, religieusement conservés pour reconstituer le fils aimé...

Le mot "puzzle" est énoncé, et il est également fait allusion au mythe d'Osiris, découpé en 14 morceaux (!)

Je ne suggère pas que Bello ait copié sur Aubert, ce qui n'aurait d'ailleurs rien de déshonorant pour cette littérature type oulipienne où les emprunts sont volontiers une règle, et il y aurait sur les puzzles humains d'autres exemples à citer, comme ...et mon tout est un homme de Boileau-Narcejac (1965). Mais, si AB ne doit rien à BA, alors ces coïncidences sont du même ordre de hasard orienté qui m'a fait découvrir BACH dans les deux face à face des romans des deux CH.

 

Et qu'en est-il des "collisions" repérées par Charlotte, ou Cha B, ou CH* BA* ?

Voici les deux couvertures en question:

Je remarque de mon côté que les titres de ces livres ont une évidente ressemblance, La * des *, ou mieux La co* des *es, comme La collision des couvertures ou La coïncidences des images.

 Il ne doit pas exister des dizaines de titres réels de cette dernière forme. S'il y en a forcément plus de la forme La * des *, il s'agit néanmoins d'un faible pourcentage, et je constate que La mort des neiges en fait partie.

Son édition en poche est dans la même collection Points Seuil que La compagnie des spectres (n°561), sa couverture (n°875) respecte le ton de l'édition originale.

J'ai lu La conjuration des imbéciles à sa parution en 1981, et je me suis souvenu du nom de son héros, Ignatius Reilly, lorsque j'ai lu le roman d'espionnage de David Ignatius, Nom de code: Siro, dans cette même collection Points Seuil (n°689). Il s'agissait d'un des exemples que j'avais donné en juin 2000 dans mon étude sur Bach de coïncidence fortuite entre un contexte Bach, dont une cantate sert de fond sonore au chapitre 23, et un nombre bachien, en l'occurrence 2138, au chapitre suivant, l'adresse 2138 68e rue à Brooklyn (si ce mot a une autre étymologie, brook anglais = "ruisseau" = Bach allemand). C'est la seule adresse donnée en clair dans le roman, et j'avais quelque doute sur la question jusqu'à ce que Ignatius en personne me confirmât qu'il n'avait aucune connaissance des spéculations numériques sur les lettres B-A-C-H = 2-1-3-8.

 

L'illustration des deux couvertures identiques est un tableau de Eduardo Arroyo, Habillé descendant l'escalier (1976). Charlotte ajoute: 

Le jour où je remarquai cette curiosité, je fis aussi l’acquisition d’un livre de Cees Nooteboom, dans la collection Folio : Le chant de l’être et du paraître. Le lendemain seulement, m’attardant sur sa couverture, je réalisai qu’elle représentait un détail d’un autre tableau du même Eduardo Arroyo : Winston Churchill peintre.

J'ai eu la curiosité de feuilleter ce livre, qui s'achève sur un bref commentaire d'un limerick donné dans le New Scientist à l'occasion du centenaire de la naissance d'Einstein, qu'il est difficile de ne pas citer intégralement:

There was a young lady named Bright

Who travelled much faster than light

She left home one day

In a relative way,

And came home the previous night.

C'est une adaptation d'un original de 1912 de A. H. Reginald Buller (AHRB, à une lettre près...), dont je tente une traduction:

C'est une fille qui s'appelle Claire,

Qui va bien plus vite que la lumière.

L'est partie ce matin,

Guidée par son Einstein,

Et elle est revenue avant-hier.

Mais ceci ne rend pas l'originale "jeune dame nommée Bright", qui m'évoque irrésistiblement la Charlotte Bright à laquelle Chuck Hogan a dédié son Face à Face.

 

Charlotte signe ses billets Cha, et les poste sous le nom de Carlotta. Ceci m'évoque encore une fantastique paire de coïncidences sur des polars, qui a débuté pareillement sur une quasi-homonymie de titres. Le 9 avril 99 avant de prendre un train, j'ai choisi un Masque nommé L'aube du cauchemar parce que j'avais aimé dans ma jeunesse Le cauchemar de l'aube de Frédéric Dard. J'inaugurais ainsi l'auteur, Linda Barnes, et sa détective, Carlotta Carlisle, enquêtant ici sur la disparition d'une fille de 14 ans 24 ans plus tôt, le 9 avril 71, à Cambridge, code postal 02138. Mon attention éveillée par ce 9 avril exactement 28 ans plus tôt, j'ai calculé qu'il s'agissait d'un Vendredi saint, ce qui m'a permis de prédire qu'on allait retrouver la fille présumée morte, et j'ai relevé d'autres petites coïncidences bachiennes à côté des 14 et 2138.

Ceci n'a pas été suffisant pour me donner l'envie de lire les autres aventures de Carlotta publiées par Le Masque, jusqu'à ce qu'un hasard m'apprenne que sa première enquête avait été publiée dans la Série Noire, Chasse au bahut, n° 2183. Il s'agit d'un nombre bachien acceptable, qui se double d'une curiosité presque inimaginable: comme notre ut correspond à la note allemande C, B-A-H-UT peut se lire B-A-H-C, qui sont aussi les lettres de rangs 2-1-8-3, correspondant au numéro du livre.

Je donnais cet exemple dans mon étude de juin 2000, mais c'est plus tard que j'ai découvert une formidable symétrie. Le numéro 2138 de la Série Noire, Le fou au flingue, est une énième enquête de Dan Fortune, le privé de Michael Collins dont toutes les aventures sont parues dans cette collection, sauf la première, Mon ami Jojo, parue au Masque sous le numéro 1382, encore un nombre bachien.

 

Je voudrais conclure en revenant aux deux paires de livres des auteurs BA-CH et AB-CH, formant ce qui s'appelle un chiasme, puisque les initiales BACH se retrouvent identiques en permutant par exemple les deux premiers livres de chaque paire : AB-CH et BA-CH. Ce cas est remarquable car on donne souvent comme exemple de chiasme A-B / B-A (ou 1-2 / 2-1).

La suite a montré l'existence de relations verticales BA-AB et surtout CH-CH, ce qui complète toutes les possibilités du carré sémiotique de Greimas, lequel ne décrit rien d'autre que la totalité des relations bilatérales entre 4 éléments.

Comme déjà dit (et redit), malgré une première intuition en 2000, je n'ai pu vérifier la réalité de BA-CH qu'en 2007, juste après la découverte de AB-CH, ceci à cause de la couverture rouge de l'édition France-Loisirs dans laquelle j'ai emprunté La mort des neiges à la BM de Digne. Or cette édition a la particularité d'adjoindre au roman une nouvelle inédite, sans rapport avec lui, Tendres duos, et cette nouvelle lue à l'époque et relue en 2007 détaille précisément toutes les combinaisons de 2 éléments parmi 4:

Franck et Valérie, Paul et Lisa, sont deux couples réguliers mari-femme, et amis...

Franck couche avec Lisa, et Paul avec Valérie... Les deux femmes suggèrent à leurs amants de se débarrasser de leurs conjoints respectifs.

Devant le peu d'enthousiasme desdits amants, Lisa et Valérie en viennent à évoquer combien la vie serait plus facile sans leurs maris.

Et ce sont enfin Franck et Paul qui passent à l'acte et suppriment de concert leurs femmes.

Rémi Schulz, le 4/6/7

 

Charlotte a été la première informée de la mise en ligne de cette page, elle me répond qu'elle vient de terminer le numéro 40 de son journal en ligne Papier peint, et que la collision du mois de mai concerne Bach. Je ne lui avais fait part jusqu'alors que des seules dernières coïncidences sur les privés Carlotta Carlisle et Dan Fortune, et ceci a fait coïncidence avec un poème de Gherasim Luca tombé sous ses yeux, Prendre corps, dont voici quelques vers:

je te gorge je te ventre

je te jupe

je te jarretelle je te bas je te Bach

oui je te Bach pour clavecin sein et flûte
Il s'agit donc d'une exploration énumérant toutes les parties du corps, avec quelque fantaisie, et mes coïncidences bachiennes sur deux livres de AB et BA m'ont conduit à d'autres coïncidences sur les puzzles humains dans leurs romans précédents. 

 

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L'abondance des coïncidences tournant autour de ma signature à la librairie Epigramme m'a conduit à regarder de plus près le recueil de nouvelles de Nabokov, provenant de cette librairie du 4e arrondissement et échoué pour quelque obscure raison à la BM de Digne.

Il contient 65 nouvelles, et j'ai tiqué devant le titre de la 13e, Bachmann (qu'on peut éventuellement considérer comme la 14e rubrique de la Table qui offre d'abord une Préface.) 

Dans cette nouvelle écrite en octobre 1924 à Berlin, Bachmann (son prénom n'est pas donné) est un pianiste de talent qui ne semble guère fréquentable sans son piano. Les quelques titres de son répertoire mentionnés font penser à Bach, et je suis ébahi par la présence d'une "fugue dorée".

Il faudra entrer plus avant dans mes obsessions intimes pour comprendre à quel point cette expression m'est significative, il suffit pour l'instant d'indiquer que, parmi les dizaines (ou centaines) de millions de pages en français recensées par Google, une requête "fugue dorée" n'a livré le 2 juin 07 qu'un seul et unique résultat, une de mes pages écrite en janvier 03.

J'invite à me rejoindre sur cette page où j'explore plus avant cette piste et d'autres.