L’affaire Alexis
Il faut d’abord savoir que je suis membre de divers forums de discussion, ceux qui interviennent ici étant la liste Perec, comme on le devine rassemblant des amateurs de Perec, ouverte à tous, et la liste 813, interne aux membres de l’association polar 813. Cette association édite également la revue 813, dans le numéro 94 de laquelle j’ai publié en octobre 2005 une étude portant sur le roman homonyme « 813 » de Leblanc et ses citations dans des œuvres ultérieures.
Le 1er février 2006, j’ai signalé cette étude sur la liste Perec, anecdotiquement car elle ne contenait rien de neuf à propos de Perec ; mon message concernait au premier chef le roman de José Moselli paru en 1910, W… Vert…, éveillant divers échos avec plusieurs œuvres de Perec. J’avais appris l’existence de ce titre dans le numéro 42 de 813, reçu en cadeau en décembre à la suite de ma réadhésion, contenant un résumé d’un autre roman de Moselli et signalant le résumé de W… Vert… paru dans le #23, numéro que je pus consulter à Paris fin janvier.
Le lendemain jeudi 2 j’avais un message personnel d’un nommé Alexis Z. qui avait voulu me répondre sur la liste Perec, mais son message n’était pas passé. Ceci n’est pas exceptionnel, car les forums utilisent des automates éliminant les messages jugés suspects, avec parfois des excès qu’il vaut mieux ne pas chercher à comprendre.
Ceci faisait une petite coïncidence car ce même jour j’avais répondu à une demande de renseignement sur la liste 813, et mon message n’était de même pas passé. Je n’avais pas cherché à joindre directement le principal intéressé car je devais le rencontrer deux jours plus tard.
Alexis Z. m’informait que dans les Cahiers Marcoeur de Martin Winckler, il y a deux personnages qui n'en font qu'un, Dolorès et Laetitia ; Dolorès est la femme du diamantaire Rudolf Kesselbach dans « 813 », le roman de Leblanc, mais celui-ci la nomme en privé Laetitia. Alexis avait obtenu de Winckler la confirmation que c’était en référence à « 813 ».
Ces Cahiers Marcoeur forment un gigantesque corpus que Martin Winckler a mis en ligne sur son site, en 54 copieux chapitres. Recherchant à tout hasard "813" avec "marcoeur", je découvre que le nombre apparaît effectivement au tout début du chapitre 18 des Cahiers, qui se présente comme une série d’aphorismes précédés de nombres en apparence aléatoires dont le premier est :
LE DOSSIER VERT, 6
813 Comment s'entendre écrire dans le grand vacarme blanc ?
Je constate que cet aphorisme 813 concerne « le blanc », mais je ne suis pas sûr qu’il faille en déduire quelque chose.
Le samedi 4 février, j’ai donc été à Sorgues, près d’Avignon, à une manifestation annuelle autour du polar organisée par la société littéraire locale.
La première raison qui a motivé ma venue est la présence de Michel Wyn, et la projection d’un téléfilm qu’il a réalisé, Lenormand chef de la sûreté, adaptation de « 813 » dans la nouvelle série télévisée avec François Desnoyers dans le rôle d’Arsène Lupin. Dolorès Kesselbach alias Laetitia Malreich y est devenue Mercédès Keller alias Jonas, ce qui est curieux car Michel Wyn a connu son plus grand succès avec La demoiselle d’Avignon, où s’est révélée Marthe Keller, laquelle a joué le rôle de la compagne de Lupin pendant les premiers épisodes de la série télévisée avec Georges Descrières.
J’en parle à Michel Wyn qui me dit que ce nom lui était imposé par le scénario, et qu’il n’avait pas fait la relation. Lupin aime donc une M. Keller, et je repense au film Fahrenheit 451 où Truffaut a renommé Linda Montag, aux initiales LM comme Laetitia Malreich, un personnage de Bradbury qu’il a encore choisi de faire habiter un lotissement 813.
Ce n’est que plus tard que je me rends compte que Michel Wyn a les mêmes initiales que Martin Winckler.
Un intervenant, Roger Martin, parle de son travail sur la biographie de Georges Arnaud, et je pense à l'émission Le Vif du sujet qui lui a consacré un reportage il y a 2 ans.
Alexis répondait originellement a mon message sur "W... vert...", de José Moselli, où je faisais évidemment le rapprochement avec le W perekien, celui de Winckler notamment.
Deux jours passent. Mardi 7, je me balade dans des quartiers inconnus de Digne, et je tombe sur le garage de la bagnole 6813 MJ 04, habité à l'étage supérieur par une famille très conviviale de nains de jardin. Je me dis qu'il faudra revenir faire une photo, où je pourrais retoucher l'immatriculation en 813.

De retour à la voiture vers 15 h 30, je pense que c'est l'heure du Vif du sujet, et j’y entends Martin Winckler qui est en train de parler, du jeune ALEXIS !
Cinq jours plus tôt, un Alexis me parlait d’une affaire Winckler, et voici que Winckler me parle d’une affaire Alexis, ainsi bien sûr qu’à tous les auditeurs de France-Culture.
Alexis m’a aussitôt évoqué la tuerie de Louveciennes, où le jeune Alexis Polevoï a été jugé coupable du meurtre de six personnes le 26 février 1995 et condamné à une peine ridicule pour ces crimes (il est sorti de prison en 2000, un an après sa condamnation), mais il s’agit de l’affaire Alexis Goulette, jeune martyr de la médecine, assigné à résidence au CHU d'Angers.
Avant de développer les coïncidences Winckler 813, un dernier événement survenu au cours de cette décade prodigieuse : samedi 11, j’écoute comme à chaque fois que j’en ai l’occasion l'émission Rendez-vous avec X, consacrée ce jour à Georges Arnaud, dont il avait été brièvement question à Sorgues le samedi précédent, et auquel Le Vif du sujet avait aussi consacré une émission.
Ce n’est pas la carrière littéraire de l’auteur du Salaire de la peur qui fait l’objet de ces émissions, mais l’affaire de la tuerie d’Escoire, le 24 octobre 1941, où le père et la tante de Henri Girard, son vrai nom, ont été assassinés dans des circonstances accablantes pour ce jeune homme d’alors 24 ans. Il sera pourtant étrangement acquitté après dix minutes de délibérés pour ce triple assassinat (la servante aussi a été tuée).
Un parallèle s’impose avec l’affaire Alexis, par la nature des crimes commis (notamment assassinat du père), et par la bizarrerie des verdicts (selon ceux qui semblent bien connaître ces affaires). Je n’ai évidemment aucune nouvelle lumière sur ces affaires, mais les deux m’ont frappé, et je suis encore plus frappé des coïncidences qui m’ont fait prendre conscience de leurs similitudes.
Il y a donc eu deux samedis consécutifs où j’ai entendu évoquer Georges Arnaud, la première m’ayant rappelé Le vif du sujet, et l’émission hebdomadaire intermédiaire du Vif du sujet était consacrée à une affaire Alexis. C’est certes une autre affaire « Alexis » que la tuerie de Louveciennes, au premier plan de l’actualité en son temps, mais la curiosité est qu’il existe également deux affaires « Georges Arnaud ».
Henri Girard a en effet choisi son pseudonyme au moment où un vrai Georges Arnaud se lançait dans l’écriture, lequel découvrit en 1950 avec ahurissement Le salaire de la peur à la devanture d’un libraire, se demandant si l’un de ses manuscrits avait été publié sans qu’on l’en eût averti. Lorsque deux ans plus tard il est enfin édité, la notoriété de son faux homonyme l’oblige à prendre un pseudonyme, Saint-Gilles. Plus tard, lorsqu’il deviendra l’un des auteurs phares du Fleuve Noir, ce sera sous le nom de Georges J. Arnaud, pour éviter la confusion avec « l’autre ».
C’était sans doute insuffisant, car lorsque Georges Arnaud est mort le 5 mars 87, la plupart des médias ont rapporté la mort de l’auteur du Salaire de la peur, mais en diffusant des photos et des interviews de Georges J. Arnaud…
Je tire ces dernières informations du numéro 42 de 813 dans lequel j’ai appris l’existence de W… Vert…, ce qui m’a conduit à passer le message sur la liste Perec qui m’a valu la réponse d’Alexis… En reprenant ce numéro ce 23 mars pour vérifier quelques points en écrivant cette page, je m’aperçois qu’il contient un article de Roger Martin, Le mystère des vies parallèles, sur les deux Arnaud, étudiant de plus des coïncidences dans leurs écrits, fortuites si l’on en croit Georges J. qui affirme s’être longtemps refusé à lire quoi que ce soit de Georges.
C’est ce même Roger Martin qui avait évoqué Georges Arnaud à Sorgues, qui a en outre écrit la biographie Georges Arnaud Vie d’un rebelle, et qui participait à l’émission Le vif du sujet le 20 janvier 2004 où j’avais appris cette affaire de la tuerie d’Escoire.
A cette même émission participait Guy Penaud, ancien commissaire, auteur d’un livre sur l’affaire en 2002 ; c’est Patrick Pesnot qui a imaginé l’amusant principe de son émission Rendez-vous avec X. Puisque nous sommes dans les homonymies, Roger Martin n’a pas craint de garder son vrai nom pour publier alors qu’il existait un prédécesseur avec lequel il n’a rien d’autre de commun ; je découvre à l’instant que Roger Martin du Gard (où est né Georges J. Arnaud) est né le 23 mars 1881, il aurait 125 aujourd’hui où je prends conscience de l’importance de l’article de Roger Martin (du Vaucluse).
C’est le 19 décembre que j’ai reçu ce #42 de 813, avec un autre exemplaire du dernier numéro #94 contenant mon article que j’avais demandé à la place du cadeau usuel, mais j’ai eu droit aux deux. Je me souviens avoir lu rapidement cet article sur les deux Arnaud, mais la première chose qui m’a frappé dans ce #42 était un papier titré Deux Anglaises et le continent, à propos de deux auteures de polars d’outre-Manche ; ce titre est identique à celui d’un film de Truffaut, or mon article concernait essentiellement les occurrences du nombre 813 dans les films de Truffaut.
Et puis il y avait l’article sur Moselli et W… Vert…
Je ne me rappelais plus de cette fausse annonce de la mort de GJ Arnaud à la fin de la semaine, où j’ai reçu le samedi 24 décembre le dernier trimestriel 813, comme chaque année un reprint d’une œuvre rare, ici un feuilleton de José Moselli… Ce qui m’a fait bondir ce samedi était le cadeau publicitaire joint, le numéro 0 d’un nouveau mensuel polar, Shanghai Express. Alors qu’au moment où le paquet tombait dans ma boîte, j’étais en train d’écrire quelque chose sur Marc/Mark en rapport avec Sherlock Holmes, la couverture de Shanghai Express annonce Sherlock Holmes selon MARC TWAIN. J’essaye de développer les tenants et aboutissants de cette coquille ici, mais, bien que je sache que Mark Twain ait connu cette même mésaventure d’apprendre la nouvelle de sa mort par les journaux, et que j’aie fait le lien avec la coquille Marc, je n’ai alors pas fait le rapprochement avec ce qui est arrivé à GJ Arnaud, que j’avais pourtant lu quelques jours plus tôt.
En étant bien conscient que ma mémoire n’est pas d’une fiabilité exemplaire, je ne me souviens pas d’autre écrivain dont la mort ait été annoncée à tort. Je pense néanmoins à… Sherlock Holmes, dont Doyle a tenté de se débarrasser définitivement, mais qui a été contraint par son public à le ressusciter.
Après cette longue digression induite par l’affaire Alexis que j’ai confondue avec la tuerie de Louveciennes, je reviens à Martin Winckler.
Ce n’est que plusieurs jours après la coïncidence de Winckler parlant d’un Alexis le 7 février que je me suis avisé à quel point la voiture 6813 remarquée quelques instants auparavant était en rapport avec le nombre 813 rencontré dans les Cahiers Marcoeur, immédiatement précédé d’un nombre 6 dans le titre du chapitre. Voici comment Google répertorie le chapitre 18 dans sa version PDF :
[PDF] LE DOSSIER VERT, 6 813 Comment s'entendre écrire dans le grand ...
Je me suis rappelé plus tard d’une autre voiture immatriculée 6813, dans Adèle et la bête de Tardi, or je m’étais intéressé aux aventures d’Adèle Blanc-Sec parce qu’elles se déroulent de la fin 1911 à la fin 1912, chevauchant donc la période où se passe « 813 » de Leblanc, débutant le 16 avril 1912. Page 41 de cette BD de 76 (soit 4 ans avant la création de l’association 813) on voit Adèle monter dans un taxi immatriculé 6813 G7.

J’ai découvert que Martin Winckler avait publié quelques extraits de ses Cahiers dans un court livre, Le mystère Marcoeur (2001). Il se trouve que tout le chapitre 18 y figure, réparti en trois sections non consécutives. La première section, Le tissu de soutien, contient les 16 aphorismes par lesquels débute le chapitre 18, chacun précédé d’un numéro, mais, alors que ces numéros semblaient en ordre anarchique dans la version web, ils sont classés ici par ordre croissant : 15 29 33 112 145 175 202 221 289 344 703 813 907 908 909 990.
Ceci permet de distinguer deux choses qui n’étaient pas du tout évidentes avec les numéros mélangés :
– 813 est le 12e numéro (dans le roman de Leblanc l’énigme 813 est résolue par l’addition des chiffres 8-1-3, soit 12, qui amène à une 12e salle dans laquelle il faut mettre une horloge à l’heure de midi, et Leblanc surdétermine ce 12 en situant la résolution de l’énigme au chapitre 12 du roman qui se passe en 12).
– Aucun motif ne se dessine parmi les premiers numéros jusqu’à la triade consécutive 907 908 909, puis vient 990 permutation de 909. On a donc une série hétéroclite de 12 nombres de 15 à 813, puis cette tétrade finale plus ordonnée. J’ai eu la curiosité d’additionner ces12 nombres de 15 à 813, obtenant le total 3081, permutation de 0813 (dans le roman de Leblanc toute permutation de 813 lui serait équivalente).
Je n’ai aucune idée de ce qu’a pu vouloir dire ou non Winckler avec ces nombres et leurs deux ordonnancements, mais, quand bien même s’avèrerait-il que ces nombres ont été choisis par un générateur aléatoire et que leur reclassement dans le livre est un effet involontaire de la mise en forme du texte (ce qui peut arriver, mais il est également possible que Winckler ait d’abord écrit une suite ordonnée, reclassée ensuite aléatoirement par une opération informatique élémentaire), les bizarreries de cette suite ont une réalité effective, et elles peuvent être reliées au 813 de Leblanc. Je rappelle que Winckler a admis s’être inspiré de « 813 » pour le couple Laetitia/Dolorès, et que son aphorisme 813 concerne Le (grand silence) blanc.
J’ai tenté d’étudier plus avant le petit livre, plus séduisant que le monstre électronique. J’y trouve le concept de Lecriture qui ressemble fort au jeu que je vient de faire avec Le(gs)blanc (et Marcoeur est assez évidemment obtenu de Martinwinckler). J’y trouve aussi mention que Marcoeur aurait appris suffisamment de maths pour arriver à mélanger sans aucun déterminisme les pages de ses textes…
Le mystère Marcoeur s’achève sur une table en 22 rubriques. La première est une préface signée Winckler, écrite au Mans le 8 février 2001, expliquant le projet des Cahiers Marcoeur, puis viennent 20 extraits des Cahiers Marcoeur, qui comme on l’a vu peuvent présenter des différences avec les versions électroniques, et enfin une Apostille, non signée, écrite le 9 février 2001 à Tourmens, la ville où se déroulent les fictions de Winckler. On pourrait donc considérer que Le mystère Marcoeur se compose de 21 sections, dont Le tissu de soutien (où apparaît 813) est la 8e, suivie de 13 sections. Sinon, sans chercher trop loin, Le tissu de soutien est précédé de 8 rubriques et suivi de 13.
En février 2006 paraissait un nouvel ouvrage de Winckler, Camisoles, que j’ai lu en avril.
Lupin en personne apparaît dans le roman, sous le nom de Raoul d’Andrésy, au volant de sa Torpédo 813 AL 75…
Il enquête sur la disparition d’une gouine nommée Jeannie Le Guen (soit Leblanc en breton)…
Winckler est un admirateur notoire de Perec, auquel il a notamment emprunté son pseudo. Les Cahiers Marcoeur contiennent de nombreuses allusions à l’œuvre de Perec, et j’en décèle au moins deux dans Camisoles.
– Lupin y utilise aussi le pseudo Luis Perenna (sous lequel Lupin s’engage à la Légion à la fin de « 813 »), et corrige quelqu’un qui le nomme Péréna (l’erreur Pérec pour Perec est courante).
– Une autre victime est un docteur Derec (les lettres d-p forment un couple ambigramme, l’une se transformant en l’autre par retournement, technique utilisée par Perec).
Un autre cas est plus litigieux, mais se distingue par l’apparition du prénom Alexis !
Winckler achève son livre par une liste de remerciements, d’abord aux personnes qui l’ont particulièrement aidé pour ce livre, puis plus généralement à divers artistes qui ont pu l’inspirer, écrivains, musiciens, acteurs, etc. Parmi 46 noms apparaissent notamment Maurice Leblanc, Georges Perec, et Alexis Breidel.
Il s’agit assez évidemment d’Alexis Bledel, actrice connue pour son rôle dans la série Gilmore Girls, mais il est difficile de croire à une bévue du spécialiste des séries télé qu’est Winckler, alors ?
Par Google on trouve aussi des pages avec les orthographes Bleidel et Bredel, mais (au moment de ma recherche le 10/4/6 du moins) pas d’Alexis Breidel.
Je connais un Breidel chez Perec, dans un chapitre de VME qui m’intéresse particulièrement, que je relie à Deibler, le bourreau responsable de la guillotine à la Belle Epoque, et à Lupin, et surtout au Bouchon de cristal, roman de Leblanc où Lupin blesse Deibler en personne pour empêcher l’exécution d’un de ses complices.
Dans ce roman l’adversaire de Lupin est Alexis Daubrecq…
Dans L’île aux 30 cercueils l’adversaire de Lupin est encore un Alexis, le plus dangereux criminel qu’il ait affronté puisque Alexis Vorski y a près de 30 morts à son actif.
Le premier d’entre eux est un certain Maguennoc, un nom dans lequel on peut reconnaître guennoc, « blancheur », Ma pouvant correspondre aux premières lettres de « Maurice »…
Je me borne à constater ces rencontres sans prétendre en déduire quoi que ce soit, sans d’ailleurs imaginer que quiconque puisse en déduire quoi que ce soit.
M’intéressant au nombre d’or chez Bach, j’ai évidemment eu la curiosité de croiser par Google les deux thèmes : une des pages concerne Martin Winckler :
En fait, il y annonçait des sujets qu’il comptait traiter en 2003 dans sa chronique Odyssée, parmi lesquels « Qu’est-ce que le nombre d’or ? » et « Comment Bach a-t-il pondu tout ça ? », mais je crois qu’il s’est fait virer avant…
Le Tissu de soutien des Cahiers Marcoeur, version web :
813 Comment s’entendre écrire dans le grand vacarme blanc ?
145 Moyen de se calmer : écrire lettre après lettre, sans lever la plume, si bien que le sentiment et la main ne font plus qu’un, et le sentiment ne s’éteint pas tant que la main court.
112 Il faut avoir le courage de se lever de son siège pour éteindre la télé. Et débrancher la prise. Mieux, peindre l’écran en noir.
29 Les feuilles peuvent être détachées, il faut néanmoins que le texte tienne.
15 Il n’y a pas de bons ou de mauvais moments pour écrire. Il n’y a que des moments où l’écriture est matériellement impossible. Encore que.
33 Toujours se demander si on a le droit d’écrire au verso.
289 Quand on n’a pas eu la chance de naître fils de tué, rescapé d’un camp, martyr, poliomyélitique, cancre, mongolien, prisonnier politique ou ancien combattant/militant/dissident, il faut avoir la décence de ne pas vivre sa vie trop ouvertement, sous peine d’insulter les veinards. On peut l’écrire, à la rigueur : personne ne le saura.
344 Dans le fond, la forme c’est le tout.
221 Entre la lecture et l’écriture il y a autant de différence qu’entre le gamin face à un dinosaure dans une salle de paléontologie et le guerrier masaï face à un lion rugissant.
175 Le caractère labyrinthique du livre doit clairement renvoyer le lecteur à sa propre incohérence.
202 Ecrivain - si possible. Auteur ? jamais de la vie !
703 Si vous n’avez rien pour écrire, fermez les yeux et gravez vos paupières.
907 Un stylo fonctionne comme un pénis. Tantôt il gicle, tantôt il a des fuites. Au bout du compte, il se tarit.
908 Il vaut mieux finir mort-né que survivre morne.
909 Faire semblant de tout dire pour pouvoir ne rien faire. Faire semblant de tout faire pour pouvoir ne rien dire.
990 L’amour, la mort, l’écriture : que puis-je ajouter que vous n’ayez déjà imaginé, voyeurs ?